>Ci-nous-dit
Manuscrit à peintures
(début du XIVe siècle)
Chantilly, Musée Condé 26-27 lu par Gérard BLANGEZ Tome
I (Chantilly Ms 26)
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Ms
26 f. 2 r.Dieu créant le monde (Ci 1, 1-2)
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Dieu tient de la main gauche le disque du monde. Il lève
la main droite, deux doigts repliés: geste "d'institution",
que nous retrouverons pour Ci 2: Création de l'homme, Ci 4: Création
de la femme, Ci 50: Institution de l'Eucharistie,etc... Le disque du monde est
rose; dans sa partie inférieure on peut voir la masse des eaux non encore
divisées. Les verticales laisseraient entendre que ce monde est en cours
d'organisation. De chaque côté, le fond rouge tente de cacher des
esquisses d'arbres qui ont dû être une étourderie du dessinateur
: en effet la scène ne peut être située au paradis terrestre...
Ci ch.1 : Dieu crée le monde. 2 Au commencement Dieu créa le monde
pour montrer sa puissance à ceux qu'il avait décidé de
faire participer à ses perfections.
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Ms 26 f. 2 v. Chute des anges (Ci
1,3 - 2,1)
Les
bons anges, représentés par un visage nimbé et un bras,
sont au ciel avec Dieu leur créateur (le personnage central qui semble
tenir un globe). Quant aux mauvais anges, ils sont précipités
du ciel en trois catégories, nous dit-on. Or nous voyons bien ceux qui
quittent le ciel, qui sont en l'air; nous voyons ceux qui sont arrivés
sur la terre; mais nous ne voyons pas ceux qui s'enfoncent jusqu'en enfer. Le
ciel est bleu sombre, la terre est noire, l'air (le fond) est rouge. Il est
regrettable que cette peinture soit en mauvais état.
Ci 1 (suite) Chute des anges. 3 Les premiers qu'il y fit participer, ce furent
les neuf choeurs des anges. 4 Mais parmi eux Lucifer, qui se trouvait le plus
beau de tous, pensa qu'il méritait mieux que son rang de créature;
et aussitôt il tomba, et tombèrent avec lui tous ceux qui embrassaient
son parti. 5 Leur chute, dit-on, les amena en trois endroits: dans l'air, sur
terre, ou en enfer.
6 Ceux qui sont tombés dans l'air se battent dans les orages et les tempêtes.
7 Ceux qui sont tombés sur terre s'occupent de nous tenter pour nous
faire pécher contre Dieu: 8 Les théologiens disent que chacun
d'entre nous en a un qui nous tire tant qu'il peut vers l'enfer, tout comme
nous avons un bon ange qui désire nous conduire au ciel. 9 De même
que les grands seigneurs envoient leurs fils au tournoi pour qu'ils y fassent
leurs preuves, de même Dieu permet que les diables nous tentent parce
qu'il veut que nous entrions au ciel en vainqueurs. 10 Quiconque n'aura pas
fait ses preuves contre les diables a peu de chances d'être jamais couronné
parmi les anges, sinon ceux que leur innocence excuse, faute d'âge ou
de raison; 11 bien que le diable ne puisse les faire pécher aussi gravement
que les gens sensés, ils sont sauvés par la force de leur baptême.
Ci 2, 1 Les diables qui sont tombés en enfer sont chargés de tourmenter
les malheureux humains qui y seront aussi tombés. Eux qui étaient
autrefois au ciel parmi les anges les plus beaux; ils sont devenus les plus
affreux.
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Ms 26 f. 3 r. Création de
l'homme (Ci 2,2)
Dans le paradis terrestre figuré par deux arbres, Dieu (représenté
en homme mûr vêtu d'un manteau, nimbé et peut-être
barbu, qui lève une main en geste d'institution) vient de créer
Adam (nu et imberbe) dont la main droite exprime son émerveillement de
se voir créé à l'image de Dieu
Ci 2 Création de l'homme. 2 Pour remplir leurs places au ciel, Dieu,
après avoir créé un certain nombre de choses, prit du limon
de la terre 3 et dit: "Faisons l'homme à notre image et à
notre ressemblance."
4 Ces paroles nous laissent deviner que toute la Trinité participa à
la création de l'homme, 5 ce qui fait que toute créature humaine
a dans son âme l'empreinte de la Trinité: la mémoire, la
connaissance et la volonté . 6 Ces trois facultés sont en nous
la marque de la Trinité: La mémoire que nous avons de ce que nous
avons vu ou entendu est la marque de Dieu en la personne du Père, qui
est tout-puissant. 7 La faculté que nous avons de distinguer le bien
du mal est la marque de Dieu en la personne du Fils, qui est la Sagesse de Dieu
le Père. 8 Le désir que nous avons de faire du bien à nous-mêmes
et aux autres est la marque de Dieu en la personne du Saint-Esprit. 9 Et c'est
pourquoi Dieu a dit: "Faisons l'homme à notre image et à
notre ressemblance".
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Ms 26 f. 3 v. L'homme comparé
aux créatures (Ci 3)
L'homme est fait comme un arbre à l'envers: Nos branches (nos membres)
sont tournées vers la bas. Nos racines (nos cheveux) poussent vers le
ciel qui est notre pays. La patrie du feu, c'est le ciel qu'il cherche à
rejoindre. L'homme (pouce gauche levé vers le ciel, la main droite dédaignant
la terre) marche à deux pieds dès qu'il est doué de raison,
pour se rapprocher du ciel. Une bête (ici un mouton) avec ses quatre pattes
est solidement établie sur la terre qui est son pays. La pierre qu'on
lance en l'air s'empresse de rejoindre la terre, qui est son pays. L'oiseau
peut voler en l'air parce qu'il a des plumes; nos plumes à nous, ce sont
nos bonnes oeuvres, qui nous sont nécessaires pour gagner le ciel.
Ci 3 L'homme est fait pour aller au ciel. 1 On voit ici que l'homme ressemble
à un arbre à l'envers: 2 L'arbre dirige ses branches vers le haut
et son fruit pend vers le bas, et les fleurs qui meurent sont emportées
par le vent. 3 Nous au contraire, nous dirigeons nos branches vers le bas et
le fruit de nos oeuvres doit monter vers le ciel; 4 et les péchés
que nous faisons contre Dieu sont comme les fleurs d'un arbre qui meurent sans
produire de fruit.
5 Dieu nous a fait deux pieds pour marcher sur la terre et deux ailes pour voler
dans le ciel à la manière des oiseaux qui avec leurs ailes peuvent
voler où ils veulent. 6 Nos mains, ce sont nos ailes: Les bonnes pensées
de nos coeurs et les bonnes oeuvres de nos mains, ce sont les plumes qui nous
porteront au ciel; 7 et pas plus que l'oiseau ne peut voler sans plumes, nous
ne pouvons aller au ciel sans bonnes oeuvres.
8 De même que la nature du feu le fait monter vers le ciel, de même
par nature nous devons tous désirer monter au ciel.
9 De même que la pierre qu'on lance en l'air revient naturellement sur
la terre qui est son pays, à plus forte raison nous autres qui séjournons
sur la terre devons-nous désirer regagner le ciel qui est notre pays.
10 Les bestiaux vont à quatre pieds, montrant qu'ils sont dans leur pays;
et nous allons à deux pieds, montrant que nous ne sommes pas dans le
nôtre. 11 Et quiconque place sur terre l'amour de son coeur, il se rend
semblable aux bestiaux, alors que nous devons diriger tous nos désirs
vers le ciel, car Dieu nous a créés pour cela.
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Ms 26 f. 4 r.Les pépiniéristes
(Ci 3,12)
Un pépiniériste plante un arbre peu profondément pour qu'il
ne s'attache pas à la terre par des racines, afin de pouvoir le transplanter
facilement à sa place définitive.
Si un arbre était planté les racines en l'air, il ne pousserait
pas. C'est signe, nous dit-on, que Dieu ne veut pas que nous nous enracinions
sur la terre: notre vraie patrie, c'est le ciel.
N.B.: Le personnage de droite, qui plie à l'horizontale un jeune arbre,
n'est pas mentionné dans le texte, lequel revient aux bestiaux (supra,n.10)
et à la surface qu'ils occupent au sol en grandissant.
Ci 3 (suite) 12 La terre, c'est la patrie des bestiaux, des oiseaux, des serpents:
c'est pourquoi Dieu a montré qu'il ne veut pas que nous nous y enracinions,
comme les pépiniéristes qui plantent leurs scions peu profond
quand ils ont l'intention de les replanter ailleurs. 13 Si un arbre était
planté la cime en terre, il ne pourrait y faire de racines. 14 Et c'est
notre situation: car nos pieds, c'est la cime de l'arbre que nous sommes, qui
chez nous est tournée vers la terre, 15 en signe que Dieu ne veut pas
que nous y fassions de racines, mais veut que nous nous enracinions au ciel;
16 c'est pour cela qu'il nous fait la tête levée vers le ciel (pour
garder la comparaison avec les arbres). 17 Les singes et quelques autres bêtes
savent bien marcher sur deux pattes, mais ils ne le font que si on les y oblige,
parce qu'ils ne sont pas doués de raison. 18 Les petits enfants non plus
ne savent pas marcher sur deux pieds tant que leur intelligence ne surpasse
pas celle des bêtes.
19 Autre signe que Dieu veut que nous soyons du ciel: Il nous fait grandir en
nous approchant du ciel: il montre ainsi qu'il nous a faits pour y monter; 20
au contraire, il fait grandir les bêtes en les allongeant sur la terre:
il montre ainsi que c'est bien leur pays. 21 Et il n'y a aucune bête qui
proportionnellement à sa taille occupe sur la terre aussi peu de surface
que nous. 22 Conclusion de toutes ces remarques: Dieu nous fait bien voir que
nous ne sommes pas faits pour habiter définitivement sur la terre.
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Ms
26 f. 4 v.Dieu tire Eve de la côte
d'Adam (Ci 4)
Les deux arbres qui encadrent la scène figurent le paradis terrestre.
Adam est endormi, nu, accoudé à droite, sur un lit de verdure.
Dieu lève trois doigts de la main droite (geste d'institution). De la
main gauche il extrait Eve du côté gauche d'Adam en la tirant par
les poignets. Les taches noires sur l'arbre de droite doivent être accidentelles.
Ci 4 Création de la femme. 1 Dieu fit la femme de la côte de l'homme.
2 S'il l'avait faite de sa tête, on pourrait croire qu'il voulait qu'elle
lui soit supérieure. 3 S'il l'avait faite de ses pieds, on pourrait croire
qu'il voulait qu'elle lui soit très inférieure. 4 Mais il la fit
de sa côte pour qu'elle soit son égale.
5 Leur épreuve fut un échec lamentable pour eux et pour nous.
6 Et pour réparer cet échec le Père du ciel nous envoya
son cher fils pour qu'il soit notre second père (c'est à dire
un second Adam). 7 Et de même que la femme d'Adam fut faite de son côté,
de même il voulut que son épouse soit elle aussi tirée de
son côté quand sur la croix il en sortit du sang et de l'eau. 8
Cette épouse est notre véritable mère la sainte Eglise,
avec les sept sacrements qu'elle nous dispense.
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Ms 26 f. 5 r.Les diables tiennent
conseil (Ci 5)
Les diables sont indignés que Dieu, pour remplir leurs places au ciel,
ait créé l'homme avec de la boue. Leur groupe agité veut
faire échouer le projet de Dieu. A gauche, assis sur un siège
vert, leur roi, nu et les jambes croisées, portant sceptre et couronne,
leur parle avec autorité. Son index levé est le geste du dialogue
(="Ecoutez donc!" Ce sera le geste de Dieu et d'Adam au f. 6 v.).
La troupe des diables, plus ou moins noirâtres mais sans cornes ni queue,
semble marcher vers lui en discutant; le premier arrivé expose leurs
doléances. Cette peinture est la seule du livre qui soit placée
en bas de page, peut-être parce que nous sommes aux enfers.
Ci 5 Les diables envieux de l'homme. 1 Selon certains théologiens les
diables furent indignés quand ils surent que Dieu avait fait la race
humaine d'aussi pauvre matériau que le limon de la terre 2 afin que les
hommes soient humbles de par leur origine. Cette humilité devait leur
donner accès aux nobles sièges du ciel que les diables avaient
perdus par leur orgueil. 3 C'est pourquoi les diables décidèrent
de les faire tomber dans le péché pour être damnés
éternellement avec eux.
4 Un proverbe dit qu'un teigneux voudrait que tout le monde soit teigneux comme
lui, de sorte qu'il ne resterait personne pour le traiter de teigneux. 5 Ainsi
les diables, sachant bien qu'ils ne peuvent être sauvés, désirent
que nous soyons damnés avec eux. 6 Tant pis pour ceux qui leur feront
ce plaisir.
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Ms 26 f. 5 v.Le serpent tentateur
(Ci 6)
Encadré par les deux arbres du paradis terrestre, le diable-serpent dans
l'arbre central s'adresse au personnage de gauche, dont le geste des bras exprime
l'horreur. Ce serait bien Adam, quoi que dise le texte (on verra mieux Eve dans
la peinture suivante). Le beau visage dans l'arbre signifie l'aspect aimable
sous lequel se présente toute tentation. La suite (le corps du serpent)
est moins belle. Le serpent est une bête tortue: tortu aussi devient le
pécheur qui se détourne du ciel pour rentrer en terre d'où
il est sorti, comme le fait cette sorte d'arceau vert au pied de l'arbre. Le
geste des mains d'Eve à droite semble trouver intéressantes les
propositions du diable.
Ci 6 Le serpent tentateur. 1 Le diable, quand il tenta Eve, lui présenta
une belle face; elle se laissa tromper parce qu'elle ne prit pas garde à
la queue du serpent. 2 C'est ainsi dans toutes les tentations: le diable nous
fait toujours miroiter le plus bel aspect; mais l'aboutissement du péché,
c'est la queue du serpent que nous devrions toujours regarder.
3 Et si le diable la tenta sous l'aspect d'un serpent, qui est bête tortueuse,
c'était pour la faire rentrer dans la terre d'où elle était
sortie, comme une racine qui ne sort de terre que pour rentrer en terre. 4 Dieu
nous a faits droits pour aller au ciel; mais quand nous péchons, nous
nous disposons à rentrer dans la terre d'où nous venons. 5 Nous
devenons alors tortueux de coeur et de conscience.
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Ms 26 f. 6 v.Expulsion du paradis
terrestre (Ci 7)
Des cimes d'arbres apparaissent au dessus de la tour-porte qui doit marquer
la sortie du paradis terrestre. L'ange aux ailes bleues déployées,
l'épée haute, exécute avec indifférence sa consigne:
de la main gauche il pousse Adam. La main gauche d'Adam a l'air de tempérer
la brusquerie de l'ange, tout en déplorant la situation. Eve, main ouverte
vers l'extérieur, semble en prendre son parti plus légèrement.
Le péché a inspiré à Adam et Eve la gêne de
leur nudité: tous deux cachent leur sexe avec du feuillage.
Ci 7 Adam et Eve découvrent la honte. 1 Adam après son péché
connut la honte, qu'il ne connaissait pas auparavant. 2 C'est pourquoi, au dire
des philosophes, l'enfant ne connaît la honte qu'après avoir péché,
ce qui veut dire que le péché produit la douloureuse honte d'enfer.
3 Ainsi Adam ayant péché perdit la robe d'innocence et récolta
la honte. 4 Alors l'ange les chassa honteusement du paradis terrestre et ils
se trouvèrent nus de toute grâce.
5 Si nous allons au paradis nous l'aurons plus glorieusement que ne l'aurait
eu Adam s'il avait évité le péché: 6 car il l'aurait
eu uniquement par grâce, tandis que nous l'aurons par mérite et
par grâce; 7 et il est plus glorieux d'avoir une chose que l'on a achetée
qu'un cadeau reçu gratuitement. 8 Et après le Jugement dernier
nous aurons cette gloire d'être plus semblables à Dieu que les
anges 9 parce qu'il est notre frère par la nature humaine qu'il a prise
en sa vierge mère pour laver les plaies d'Adam et les nôtres dans
les souffrances de sa Passion.
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Ms 26 f. 6 v.A la sueur de ton
front (Ci 8)
Dans une grasse prairie encadrée de deux arbres (serions-nous encore
au paradis terrestre?) Dieu (son nimbe est crucifère) congédie
Adam et Eve. Il leur a donné des tuniques décentes pour remédier
à la honte de leur nudité. Dieu remet de la main gauche à
Adam une bêche pour travailler la terre. Les index levés de Dieu
et d'Adam semblent marquer un dialogue animé. Eve les écoute:
sa main droite a cessé d'être désinvolte. Elle semble considérer
que le désastre est plus grave qu'elle n'aurait cru; sa main gauche se
pose sur son ventre, peut-être à l'idée d'enfanter dans
la douleur...
Ci 8 A la sueur de ton front. 1 Dieu donna des habits à Adam et Eve et
dit à Adam: 2 "Tu peineras sur la terre à la sueur de ton
front; et quand tu penseras avoir semé de la bonne graine, tu récolteras
des chardons." 3 Et de fait il arrive souvent qu'on se croie vertueux et
que l'on soit le contraire. 4 C'est l'orgueil qui a fait perdre aux diables
les sièges de paradis; aussi Dieu veut les regarnir par l'humilité.
5 C'est pourquoi saint Bernard dit: "Quand nous croirons avoir atteint
une certaine valeur, c'est alors que nous perdrons toute valeur." 6 Ceux
qui vont en enfer n'ont plus aucune valeur, car, bien que leur vie soit une
souffrance éternelle, cette souffrance ne leur vaut aucun mérite.
ici commence L'AVENEMENT DE NOTRE DAME
Ci 9,1 On présentera d'abord les figures
qui annonçaient la vierge Marie dans l'Ancien Testament.
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Ms 26 f. 7 r.Le buisson ardent
(Ci 9)
En haut, sur la montagne verte, apparaît à droite un visage nimbé
(Dieu) dans un buisson dessiné qu'on pourrait croire ardent s'il était
peint en rouge (mais le ciel étant déjà rouge, on ne voit
pas bien quel contraste on aurait pu trouver ici). Au centre Moïse à
genoux devant ce buisson, fait, semble-t-il, un geste d'adoration. Son manteau
est lié autour de sa taille, découvrant sa tunique sur ses épaules.
Derrière lui ses chaussures que Dieu lui a fait quitter. A gauche, en
pied de la montagne, les moutons de Moïse semblent au bord de la panique;
en tout cas ils ne pâturent pas. Ce buisson ardent est présenté
comme une figure de Marie qui resta vierge après la naissance de Jésus.
Ci 9 Le buisson ardent. 2 Quand Moïse eut quitté la cour du pharaon,
il se fit berger. 3 Et en gardant ses brebis il vit un buisson qui brûlait
sans se consumer 4 et il entendit une voix qui lui dit: "Déchausse-toi,
Moïse, car cette terre est sainte".
5 Ce buisson qui brûlait sans se consumer figurait la vierge Marie, qui
devait concevoir et enfanter sans perdre sa virginité. 6 Les souliers
que Moïse déchaussa signifient que nous devons retirer nos affections
des créatures transitoires pour les placer en Dieu.
7 Certains théologiens disent que ce buisson de Moïse était
un buisson de ronces ce qui signifie que, pas plus qu'on ne peut sculpter des
ronces, 8 le coeur de l'homme ne peut imaginer la grandeur ni la puissance ni
la beauté ni la bonté qui résident éternellement
en Dieu.
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Ms 26 f. 7 v.L'arbre de Jessé
(Ci 9a)
Jessé, le père de David, coiffé d'un bonnet et nimbé,
dort accoudé à droite sur un lit vert. Il voit en songe un arbre
qui monte du sol auprès de ses genoux et s'étale en espalier,
évoquant un arbre généalogique. A chacun de ses trois niveaux
l'arbre porte une tête au centre et une au bout de chaque branche. Il
est évident que le personnage au centre du troisième niveau est
Jésus. Quant aux autres, qu'ils portent couronne ou bonnet, ce sont tous
des hommes: où est donc Marie dont on étudie ici les figures?
Le texte nous apprend que cet arbre était un amandier, dont le fruit
sert à faire un électuaire, remède très efficace.
De même Jésus (le fruit de Marie) sera l'amande qui guérira
l'humanité de sa maladie du péché.
Ci 9a L'arbre de Jessé. 1 Le Saint-Esprit dit par Isaïe: "De
Jessé naîtra une verge qui fleurira." 2 Certains disent que
Jessé vit en songe une pousse d'amandier fleurie, 3 cette pousse signifiant
que la vierge Marie qui devait naître de sa descendance serait le véritable
amandier qui porterait l'amande 4 avec laquelle on confectionnerait le remède
pour guérir le genre humain de la maladie de péché qui
frappait le monde entier. 5 Ce précieux remède préparé
au calvaire sera disponible jusqu'au Jugement pour ceux qui seront décidés
à faire leur salut et seulement pour eux, 6 si ce n'est ceux que leur
innocence excuse, faute d'âge ou de raison comme les enfants en dessous
de sept ans et les fous 7 qui sans désirer leur salut sont cependant
sauvés par la vertu de leur baptême. 8 Et cela montre que notre
volonté est libre: pas plus que le diable ne peut nous damner malgré
nous, Dieu ne veut nous sauver malgré nous.
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Ms 26 f. 8 r.Judith et Esther, figures
de Marie (Ci 10 & 10a)
Scène de gauche: Holopherne, général syrien qui assiégeait
Jérusalem, cuve le vin du festin. Judith, penchée sur lui coupe
de la main gauche la tête qu'elle tient de l'autre main par les cheveux.
Les mains de la suivante expriment l'angoisse. Au centre, la tête du général
est plantée au sommet d'une tour porte. Des chevaliers (portant haubert)
au pied de la muraille regardent cette tête. Le premier, habillé
de vert, est stupéfait et pense au départ; son voisin donne déjà
des consignes à des auditeurs que nous ne voyons pas: c'est le commencement
de la débandade. Judith a donc procuré le salut de son peuple.
Scène de droite: Aman, le mauvais conseiller du roi Assuérus est
debout derrière son maître et son index levé montre qu'il
le prévient contre Esther. La jeune Esther, qui risque sa vie en se présentant
devant le roi, ne semble pas ici prête à défaillir. Sa suivante
manifeste avec ses mains une émotion bien dominée. Le roi étend
sa verge d'or qui exprime sa grâce.
Ci 10 Judith, figure de Marie. 1 La belle Judith enivra Holopherne et le tua
pendant son sommeil parce qu'il voulait détruire Jérusalem; et
elle suspendit sa tête sur les murailles de la cité. 2 Quand ses
soldats virent cela ils se débandèrent. 3 C'est ainsi que nous
fûmes délivrés d'enfer par la vierge Marie que figurait
Judith: 4 Les diables perdirent leur pouvoir par elle et par son fils; et nous
fûmes délivrés d'enfer tout comme ceux de Jérusalem
furent délivrés d'Holopherne par la belle Judith.
Ci 10a Esther, figure de Marie. 1 Voici maintenant la bonne Esther à
qui le roi Assuérus ,tendit son sceptre d'or: elle procura l'amitié
du roi à son peuple qui jusque là en était mal vu. C'est
ainsi que nous fûmes délivrés par la vierge Marie et par
son fils que figurait le sceptre d'or. 3 Car tout comme l'or est purifié
par le feu, il est venu du sein du Père sur la terre pour nous purifier
au feu du véritable amour.
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Ms 26 f. 8 v.Naissance de sainte
Anne (Ci 11)
A gauche un personnage à bonnet est en conversation avec son épouse
nimbée: Ce sont Joachim I et Agar, les grands-parents de Marie. Ils eurent
de leur mariage deux filles, Anne et Emerie, dont on voit ensuite les mariages.
Dans le groupe central un maître juif barbu reçoit le mariage de
sainte Anne (nimbée) avec Joachim II le père de Marie. Le groupe
de droite doit être le mariage d'Emerie (nimbée) qui sera la mère
se sainte Elisabeth (Lc 1,5), la cousine germaine de Marie. Chacune des femmes
étant également nimbée, il est difficile d'affirmer que
telle est l'une plutôt que l'autre. Cette tradition apocryphe est ici
présentée pour réfuter une autre tradition apocryphe qui
faisait naître sainte Anne de la cuisse de Phanuel; on nous dit que c'est
une hérésie.
Ci 11 Naissance de sainte Anne. 1 Il était un honnête homme nommé
Joachim et sa femme Agar. 2 Ils eurent de leur mariage deux filles, sainte Anne
et Emerie sa soeur. 3 Sainte Anne fut mariée à un honnête
homme nommé Joachim comme son père. 4 Emerie fut mère de
sainte Elisabeth, qui était donc cousine germaine de Notre Dame, puisqu'elles
étaient filles de deux soeurs. 5 Il n'y a donc rien de sérieux
dans la tradition qui fait naître sainte Anne de la cuisse de Phanuel:
6 C'est une hérésie de le croire, car elle eut père et
mère comme tout le monde.
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Ms 26 f. 9 r.La femme vêtue
du soleil (Ci 12)
Dans le cercle doré du soleil, une "Vierge à l'enfant"
dont la poitrine semble nue et l'enfant un peu grand (le nimbe de l'enfant est
crucifère). La "lune sous ses pieds" doit être le mince
croissant qui dépasse sous le soleil. Là s'est arrêtée
la représentation de la vision. On ne voit pas les douze étoiles
de sa couronne, qui font quand même les douze points de développement
du texte.
Ci 12 La dame aux douze étoiles. 1 En ce temps-là apparut dans
le ciel une dame entourée du soleil. 2 Elle avait la lune sous ses pieds
et était couronnée de douze étoiles. 3 Elle figurait la
vierge Marie entourée du véritable soleil de justice, portant
son fils qui lui-même la portait.
4 La lune sur quoi elle était debout signifiait qu'elle serait au dessus
de tout reproche. 5 Les douze étoiles de sa couronne sont douze privilèges
qu'elle aurait sur toutes les autres femmes: 6 Premier privilège: Elle
fut fille de femme stérile qui avait dépassé l'âge
d'être mère (encore qu'elle ait eu ensuite deux autres filles).
7 Second privilège, elle fut purifiée du péché originel
dès le sein de sa mère et donc sanctifiée avant de naître.
8 Troisième privilège, elle fut la première femme qui consacra
à Dieu sa virginité. 9 Quatrième privilège, elle
eut beauté parfaite. Cinquième privilège, elle conçut
vierge. Sixième, elle porta son enfant sans difficultés. 10 Septième
privilège, elle enfanta sans souffrances. Huitième: Après
l'enfantement elle demeura vierge. 11 Neuvième privilège, elle
fut mère de son père. Dixième,: Le diable intervint pas
à sa mort. Onzième: Elle est au paradis en corps et en âme.
12 Douzième: Elle est assise à la droite de son fils, la plus
noble et la plus puissante créature de Dieu, 13 reine des anges et du
genre humain, mère des apôtres, amie des martyrs, épouse
des vierges, protectrice des confesseurs, 14 réconfort des veuves, nourricière
des pauvres et des orphelins, destructrice des prestiges diaboliques, 15 avocate
et secours dans toutes les nécessités humaines si on l'invoque
avec piété et confiance.
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Ms 26 f. 9 v.Prodige de la blanche
geline (Ci 13)
Un empereur romain et sa femme (tous deux portant couronne) sont assis sur une
très longue banquette. De part et d'autre un courtisan stupéfait
et une dame recueillie. Au centre un aigle plongeant du ciel a déposé
aux pieds du couple impérial une poule blanche (il faut en croire le
texte) qui porte dans son bec un rameau de laurier. L'empereur, qui semble bien
comprendre le sens de ce prodige, a entrepris de l'expliquer à son épouse
(ils font de l'index gauche le geste de la conversation); l'impératrice
a l'air plus admirative que son époux. Cette histoire que Suétone
raconte au début de la Vie de Galba, est appliqué à Notre
Dame symbolisée ici par la poule blanche. Le laurier, insigne des vainqueurs,
annonce la victoire de Jésus sur l'enfer.
Ci 13 Prodige de la blanche geline. 1 Un empereur et sa femme assis dans un
jardin s'inquiétaient de leur succession parce qu'ils n'avaient pas d'enfant.
2 Alors un aigle qui planait laissa tomber entre eux une poule blanche qui tenait
dans son bec un rameau de laurier. 3 Cet aigle figurait Dieu le Père
et la poule blanche la vierge Marie 4 qui devait être notre mère
et notre gardienne contre les tromperies du diable avec la vigilance d'une mère-poule
pour ses poussins.
5 Ce rameau de laurier fut planté et par la suite l'usage s'établit
d'en offrir un rameau aux chevaliers qu'on trouvait forts, braves et victorieux:
c'était une grande marque d'honneur. 6 Et ce laurier, dans les vues de
Dieu le Père, c'était Notre Seigneur Jésus-Christ vêtu
de notre humanité, notre véritable champion qui combat pour nous
victorieusement. 7 Et Dieu le Père, après nous l'avoir promis
par ses prophètes, nous l'envoya dans un triple but: pour qu'il soit
notre chevalier qui mette en déroute le diable notre ennemi 8 et notre
véritable frère qui adoucisse la justice de son Père 9
et notre avocat contre le diable, car il est notre parent depuis qu'il a pris
notre condition humaine en sa vierge mère.
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Ms 26 f. 10 r.Les quatre vertus (Ci
14)
"Miséricorde et Vérité se sont rencontrées;
Justice et Paix se sont embrassées" dit le psaume. Ce sont donc
ces quatre vertus (appelées aussi les quatre filles de Dieu ou les quatre
soeurs) qu'il faut voir en ces quatre femmes nimbées. On pourra voir
que Miséricorde a la main gauche sur le coeur et abaisse peut-être
la main droite pour donner l'aumône. Vérité a les deux mains
ouvertes pour contempler ou pour enseigner. Justice et paix se donnent un baiser.
On leur attribuait traditionnellement une discussion au ciel sur l'opportunité
de racheter l'humanité déchue après le péché
d'Adam. Vérité et Justice s'y opposent avec de bonnes raisons,
mais Miséricorde et Paix l'emportent: l'homme sera donc racheté,
bien qu'il ne le mérite pas.
Ci 14 Le procès des quatre vertus. 1 On voit ici illustré ce que
dit le Saint-Esprit par le prophète: "La Miséricorde et la
Vérité se sont rencontrées, la Justice et la Paix se sont
embrassées." 2 Ce sont les quatre vertus qui règnent en Dieu,
ses quatre filles dont la reine est Miséricorde, qui procure le salut
du genre humain. 3 Les théologiens imaginent une discussion au ciel entre
ces quatre vertus: 4 Justice et Vérité avaient de leur parti Dieu
en la personne du Père. 5 Miséricorde et Paix avaient de leur
côté Dieu en la personne du Saint-Esprit. 6 Dieu en la personne
du Fils en fut juge et partie et il en paya pour nous les dépens quand
il souffrit la mort sur la croix; 7 car selon Justice et Vérité
nous avions mérité d'être damnés, mais Miséricorde
et Paix obtinrent de la Trinité notre salut.
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Ms 26 f. 10 v.La conception de Notre
Dame (Ci 15)
On voit ici trois fois un personnage angélique (tête et bras sous
un nuage) adressant la parole à Joachim. A gauche Joachim, désolé
de ne pas avoir d'enfant, partait avec ses bergers; un ange le rappelle. Au
centre il discute avec l'ange, qui lui indique où il doit rencontrer
sa femme. A droite l'ange guide sainte Anne vers son mari. Le texte dit qu'ils
se rencontrèrent "sous la Porte Dorée", mais notre image
ne représente pas cette mystérieuse porte. Tout ce récit
vient des Evangiles Apocryphes.
Ci 15 Conception et naissance de Notre Dame. 1 Joachim se retirait avec ses
bergers, tout triste qu'on ait refusé son offrande au temple parce que
sa femme n'avait pas d'enfant. 2 Mais l'ange lui commanda d'aller rencontrer
sa femme et il en dit autant à sainte Anne. 3 Ils se rencontrèrent
alors sous la Porte Dorée et c'est là que fut conçue Notre
Dame.
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Ms 26 f. 11 r.Naissance de Marie ( Ci
15,4) et sa présentation au temple (Ci 16)
A gauche petit tableau de la naissance de Marie (Ci 15,4) qui marqua le début
d'une période de paix universelle. Au centre, la Présentation
(Ci 16): Joachim et Anne, nimbés tous les deux regardent la petite Marie
âgée de trois ans qui monte seule d'un pas décidé
les quinze marches du temple. Ce temple est représenté comme un
autel chrétien drapé de nappes d'autel. Joachim semble considérer
que sa mission est terminée. Anne recueille toutes ces choses dans son
coeur.
Ci 15 (suite) Nativité de notre Dame. 4 Dès qu'elle fut née,
il s'établit sur terre une paix telle qu'on n'en avait jamais vu. 5 Les
gens attribuaient cette paix à la bonne étoile d'un empereur qui
régnait alors; 6 mais elle venait de l'excellence de la vierge Marie
et de Dieu qui lui avait donné tant de perfections pour qu'elle devienne
sa vierge mère.
Ci 16 Présentation de Marie au temple. 1 Saint Joachim et sainte Anne
conduisirent la petite Marie âgée de trois ans au temple pour la
présenter à Dieu. 2 Et sous l'inspiration divine elle monta les
quinze marches du temple et lui offrit son coeur et son corps. 3 Elle fut la
première à consacrer à Dieu sa virginité. Et, demeurant
avec les jeunes demoiselles au temple elle apprit à coudre et à
travailler la soie.
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Ms 26 f. 11 v.Marie à l'ouvroir
du temple.
C'est un récit des évangiles apocryphes. Une compagne envieuse
ayant dit qu'on traitait Marie comme la reine des anges, une voix angélique
déclare que c'est en effet le cas. Sur une longue banquette quatre jeunes
filles en tunique sont occupées à des travaux d'aiguille. Une
seule est nimbée, Marie. Curieusement, c'est à elle que l'ange
semble s'adresser.
Ci 17 Marie à l'ouvroir de temple. 1 La petite Marie était si
mignonne que, pour les qualités que Dieu lui avait données, la
maîtresse avait un faible pour elle. 2 Comme on lui confiait toujours
les plus beaux travaux, une de ses compagnes dit, inspirée sans le savoir:
3 "On dirait que c'est la reine des anges: On lui confie toujours les plus
beaux travaux!" 4 Un ange fut dépêché pour lui répondre:
"Tu l'as dit. C'est bien la reine des anges."
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Ms 26 f. 12 r.Mariage de Notre Dame
(Ci 18)
Récit des évangiles apocryphes. Marie étant devenue
grande, ses maîtres du temple (on voit à gauche l'annonce de la
décision) veulent la marier. Parmi les partis possibles, Joseph est désigné
par un miracle: son bâton fleurit, dit le texte, mais notre image n'en
dit rien. A droite un maître reçoit le mariage de Joseph et Marie
qui se donnent la main, sans beaucoup d'enthousiasme, semble-t-il. En effet
tous deux avaient renoncé au mariage pour se consacrer à Dieu.
Ci 18 Mariage de Notre Dame. 1 Lorsque la jeune Marie eut grandi dans le temple
parmi les demoiselles jusqu'à l'âge d'être mariée,
les docteurs de la loi déclarèrent qu'il convenait de la marier.
2 Elle refusa pour deux raisons: "Avant ma naissance, dit-elle, mon père
et ma mère ont fait voeu de me consacrer à Dieu et j'ai fait moi
aussi le même voeu." 3 Mais ses arguments ne servirent à rien,
car Dieu voulait qu'elle soit mariée. 4 Et là Dieu consacra la
valeur du mariage, puisqu'il l'avait faite pour être sa mère et
qu'il voulut naître d'elle en mariage, comme on le verra par la suite.
5 On convoqua alors les garçons à marier de la tribu de Juda;
et Joseph y vint, qui était de cette tribu. 6 La douce vierge lui fut
attribuée parce que son bâton lui était fleuri dans la main,
alors que celui de ses compagnons n'avait pas fleuri. 7 Et tout comme Marie
avait refusé le mariage, Joseph le refusa aussi. Mais Dieu en avait décidé
autrement. 8 Quand Joseph eut épousé la jeune dame, il la confia
aux demoiselles avec qui elle avait grandi au temple, pour qu'elle y soit en
sûreté. 9 Car les docteurs de la loi au nom de Dieu la lui avaient
donnée à garder sous le lien de mariage.
ici
commence l' AVENEMENT de NOTRE SEIGNEUR
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Ms 26 f. 12 v.Annonciation à
Zacharie (Ci 19)
La scène est située dans le temple de Jérusalem figuré
par des tours-portes de part et d'autre reliées par une voûte dont
on voit les amorces. Contre la tour de gauche est adossé un autel drapé
comme un autel chrétien. Zacharie sans insignes sacerdotaux écoute
un personnage angélique lui annoncer qu'il aura un fils qui s'appellera
Jean. Sa main droite souligne l'importance de son message.
Ci 19 Annonciation à Zacharie. 1 Peu de temps après, Gabriel,
l'archange de Dieu, annonça dans le temple au prêtre Zacharie que
sa femme concevrait un enfant qui s'appellerait Jean. 2 Toute créature
se réjouirait de sa naissance; il ne boirait ni vin ni bière.
3 Zacharie eut du mal à le croire, sa femme étant stérile
et âgée. 4 Pour le punir l'ange lui dit qu'il serait muet jusqu'à
sa naissance; et il le fut.
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Ms 26 f. 13 r.Annonciation à
Notre Dame (Ci 20-21)
A gauche une tour-porte (d'où part une voûte dont on voit la retombée
au bord droit) marque l'entrée de la maison de Marie que l'ange vient
de franchir. L'ange en pied, ailes bleues déployées, genou fléchi,
porte une banderole sans inscription qui symbolise son message: Marie aura un
fils qu'elle appellera Jésus. Marie debout semble tenir un livre de sa
main gauche. Sa main droite ouverte fait le geste d'acceptation. Derrière
elle un fauteuil droit d'où elle vient de se lever et un lit drapé
de bleu et surmonté d'un oreiller blanc.
Ci 20 Annonciation à Notre Dame. 1 Quand le diable avait parlé
à notre première mère, il lui avait dit: "Pourquoi
ne mangez-vous pas de ce fruit?" 2 Elle répondit: "Nous craignons
d'en mourir". Il reprit: "Si vous en mangez, vous saurez davantage
de choses que vous n'en savez". 3 Et c'est ainsi (par désir d'en
savoir plus que ce que Dieu avait jugé bon de leur faire connaître)
4 qu'ils avaient transgressé son commandement et donc péché
contre sa Sagesse. 5 Et comme la Sagesse est attribuée à Dieu
en la personne du Fils, pour réparer la faute d'Adam qui avait péché
contre lui, 6 il fit annoncer sa venue par son archange Gabriel, qui dit à
Marie: "Je te salue, pleine de grâce. Dieu soit avec toi.
Ci 21 (suite) 1 Il me charge de t'annoncer qu'il veut s'abriter en toi."
2 Et elle, étonnée de recevoir une telle salutation, répondit:
3 "Comment cela se fera-t-il? Je n'ai de relations avec aucun homme."
4 L'archange lui dit: "Ne crains rien, Marie, car le Saint-Esprit descendra
sur toi et la vertu du Très-Haut s'abritera en toi".
5 Notre première mère avait reçu la visite d'un mauvais
messager et elle lui avait répondu étourdiment. 6 Mais à
notre seconde mère vint un messager sage et courtois qui la salua avec
grâce; 7 et elle lui répondit plus sagement que dame Eve en lui
demandant comment elle pourrait concevoir. 8 Dieu montra ainsi que par lui et
par sa vierge mère il voulait réparer les fautes d'Adam et Eve.
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Ms 26 f. 13 v.La Visitation (Ci
22). La Nativité de Jean-Baptiste (Ci 23)
Premier tiers: Une Visitation très discrète sur fond rouge, à
deux personnages féminins nimbés. La suite, sur fond bleu, représente
Elisabeth sur son lit d'accouchée. Elle est nimbée, mais tourne
le dos à la sage-femme qui lui fait des recommandations.
Ensuite Marie (nimbée) présente le bébé (emmailloté
et nimbé également) à Zacharie assis qui s'apprête
à écrire sur une tablette: "Son nom est Jean". Mais
cette dernière scène, racontée par l'évangile, n'apparaît
pas dans notre texte.
Ci 22 La Visitation. 1 Notre Dame après avoir conçu à l'annonce
de l'archange s'en alla saluer sainte Elisabeth sa cousine. 2 Celle-ci répondit:
"Pourquoi la mère de mon Seigneur vient-elle au devant de moi? 3
L'enfant que je porte a bondi de joie à l'approche de celui que tu portes".
4 Ainsi saint Jean-Baptiste reconnut son créateur à travers quatre
parois, les ventres des deux mères et des deux enfants. 5 Elisabeth ajouta:
"Bienheureux celui qui croira ce qui est écrit de toi et de Dieu".
6 La vierge Marie répondit: "Mon âme célèbre
Dieu et mon esprit saute de joie devant le salut de mon Dieu."
Ci 23 La Nativité de Jean-Baptiste. 1 Après cette salutation de
sainte Elisabeth la vierge Marie demeura avec sa cousine jusqu'à la naissance
de saint Jean-Baptiste.
2 Jean-Baptiste fut un grand saint: Il reconnut son créateur dès
le ventre de sa mère. 3 Il obtint pour elle l'esprit de prophétie
et fut sanctifié avant de naître. 4 Dieu fit pour lui un miracle
à sa naissance en rendant la parole à son père qui était
muet depuis neuf mois et demi. 5 Sur l'ordre de Dieu, il fut élevé
dans le désert dès son plus jeune âge. 6 Et Jésus
devait dire un jour que parmi les hommes nés de femmes il n'y en avait
pas de plus grand que lui.
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Ms 26 f. 14 r.Doutes de Joseph (Ci
24). Epreuve de l'eau maudite (Ci 25)
Premier tiers: Marie et Joseph couchés nus dans un même lit. Joseph,
qui a gardé son bonnet, écoute (geste d'acceptation) les apaisements
du personnage angélique. Cette scène (à fond bleu) est
fermée par des amorces de voûte et un pilier.
Ci 24 Doutes de Joseph. 1 Joseph qui voulait s'enfuir en apprenant que Marie
était enceinte 2 fut apaisé par l'ange de Dieu qui lui dit qu'elle
avait conçu du Saint-Esprit.
Ci 25 Epreuve de l'eau maudite. 1 Selon certaine tradition, on fit boire à
Notre Dame et à Joseph de l'eau maudite 2 (quiconque en buvait mourait
aussitôt s'il était coupable du crime dont on l'accusait). 3 Quand
ils virent qu'elle ne leur faisait pas de mal, ils surent qu'elle avait conçu
du Saint-Esprit.
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Ms 26 f. 14 v.La Nativité
de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Dans son lit Marie, accoudée sur sa droite, semble très détendue
(comparer avec Elisabeth f. 13 v.): Elle a accouché "sans nulle
peine", dit le texte. Derrière elle l'enfant Jésus emmailloté
et nimbé est couché dans une sorte de coffre décoré
de moulures dans lequel il nous serait difficile de reconnaître une mangeoire
d'animaux si les deux têtes de l'âne et du boeuf ne surmontaient
les deux extrémités de cette crèche. A droite Joseph également
nimbé est assis très droit sur un banc. Sa main gauche placée
sur le coeur exprime le recueillement; le geste de sa main droite n'est pas
explicite... Aucune mention ici de l'étable, ni de la grotte, ni de l'appentis
dont parle le texte.
Ci 26 Naissance de Jésus. 1 En ce temps-là l'empereur de cette
époque voulut savoir le nombre de ses sujets pour établir ses
impôts. 2 On fit pour cela des rassemblements dans toutes les bonnes villes,
notamment à Bethléem. 3 Et comme Joseph et la dame dépendaient
de ce centre, ils y allèrent comme tout le monde. 4 Mais Dieu voulut
qu'ils ne trouvent pas de gîte, 5 car tout était pris, tant il
y avait de gens à loger ce jour-là; et telle fut la volonté
de Dieu. 6 Ils s'abritèrent donc sous l'appentis d'une vieille maison,
sans porte ni fenêtre: c'est là que Marie mit au monde son noble
enfant sans nulle douleur.
7 On peut dire que jamais une mère n'eut d'enfant sans douleur, car la
souffrance qu'elle aurait dû avoir à sa naissance lui fut si largement
restituée à sa mort 8 que jamais aucune mère ne subit autant
de douleur pour son enfant: 9 car autant elle était bonne plus que toutes
les mères, autant elle aimait avec plus de tendresse et de passion.
Ci 27 Six raisons d'aimer pauvreté. 1 Nous avons six raisons d'aimer
la pauvreté: La première, c'est que Jésus l'aima. 2 La
seconde, c'est qu'il naquit dans la pauvreté. 3 La troisième,
c'est que la pauvreté, c'est la liberté: le pauvre ne paie ni
taxe ni impôt. 4 Autre raison de l'aimer: tous ceux qui en veulent peuvent
en avoir. 5 Autre raison, la pauvreté, c'est la sécurité:
le pauvre passe sans crainte, le chapeau sur la tête, devant les brigands,
sans que jamais on puisse rien lui réclamer. 6 Dernière raison,
la pauvreté dignement acceptée pour l'amour de Dieu conduit aux
éternelles richesses du ciel.
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Ms 26 f. 15 r.l'adoration des bergers
(Ci 28)
Groupe de gauche: l'annonce. Trois bergers debout, de vagues moutons à
leurs pieds, regardent avec émerveillement un personnage angélique
qui tient de la main droite une banderole (cf. folio 13r.) symbole de son message.
Scène de droite: les bergers à la crèche. Joseph (bonnet,
grand nimbe bleu, sa barbe vibre d'enthousiasme) a écouté assis
les bergers émerveillés lui parler de l'ange qu'ils ont vu. Il
leur explique cette annonce en leur montrant Marie allongée sur un lit,
une main sur le coeur. On voit au second plan la crèche entre les têtes
de l'âne et du boeuf; l'enfant emmailloté porte un petit nimbe
crucifère.
Ci 28 L'adoration des bergers. 1 Notre-Seigneur Jésus-Christ quand il
fut né de sa vierge mère fit annoncer sa naissance aux bergers
par les anges qui disaient: 2 "Nous vous annonçons une grande joie,
car Messire Dieu est né de sa douce vierge mère à Bethléem.
3 La gloire de Dieu s'est manifestée sur terre et paix aux hommes de
bonne volonté. 4 Vous le trouverez qui vient de naître de sa vierge
mère, couché dans la mangeoire de deux bestiaux".
5 Alors les bergers entendirent la multitude des anges qui chantaient et célébraient
Dieu. 6 Ils trouvèrent Notre-Seigneur dans la mangeoire des deux bestiaux
annoncés, couché près de sa douce vierge mère et
emmailloté de pauvres langes. Alors ils s'en retournèrent en louant
Dieu.
7 S'il a fait annoncer sa naissance aux bergers, c'était pour dire qu'il
était venu du sein de son père sur terre pour être le berger
et le gardien du genre humain jusqu'à la plus humble des créatures.
8 S'il a voulu être couché dans la crèche des deux bêtes,
c'était pour dire qu'il était la vie des anges et des hommes,
des bêtes et de tous les êtres vivants.
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Ms 26 f. 15 v.La circoncision (Ci
29)
Au centre, dans un petit lit de bois, l'enfant Jésus paraît plus
âgé que ses huit jours. Un personnage à bonnet à
gauche maintient l'enfant pendant qu'un autre à droite pratique l'opération.
Une autre tête à bonnet au fond. On peut conjecturer que le premier
personnage à gauche est Joseph et que celui qui se détourne à
droite est Marie; tous deux souffrent pour leur enfant, mais la main de Marie
exprime plus d'acceptation. Je ne crois pas que le triangle que l'on voit à
droite soit le saint prépuce. Ce serait plutôt la pierre angulaire
dont parle le texte: Jésus unit l'ancien et le nouveau Testament comme
l'angle unit la façade au pignon.
Ci 29 La circoncision. 1 De même que la pierre angulaire est à
la fois le bout du pignon et le début de l'arêtier, 2 ainsi Notre-Seigneur
Jésus-Christ paracheva la loi des Juifs quand il voulut être circoncis
huit jours après sa naissance; 3 et il marqua le début de la foi
de baptême quand il reçut le baptême de saint Jean-Baptiste
après vingt-neuf ans et huit jours.
4 Personne ne devait recevoir la circoncision s'il n'était pas souillé
du péché originel; 5 Mais il voulut la recevoir pour nous donner
l'exemple: car aucun humain ne peut vivre si saintement dans son corps mortel
6 qu'il ne doive pas se considérer comme pécheur devant Dieu et
devant les hommes. 7 Tout ce qu'il a dit et fait était toujours destiné
à notre instruction.
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Ms 26 f. 16 r.Un château contre
une pomme (Ci 30,4)
Notre texte fait seulement allusion (30,4) à un tel échange comme
à un marché de dupe. La tour-porte crénelée représente
ici le château que l'enfant désigne de son index droit en recevant
de la main gauche un objet rond et bleu (ce doit être une pomme) d'un
personnage indéterminé, nu tête, dont l'index gauche indique
qu'il tient conversation avec l'enfant. A cet enfant on compare Dieu quand il
nous donne la vie éternelle en échange de nos coeurs.
Ci 30 Trois propriétés de l'enfance. 1 L'enfant se fâche
de peu de chose, il est calmé par peu de chose, et il échange
parfois des trésors contre des riens. 2 Jésus a voulu être
enfant et il nous montre ces trois caractères de l'enfant, puisque nous
lui déplaisons pour une seule mauvaise pensée et lui plaisons
pour une seule bonne pensée 3 et il nous offre la vie éternelle
en échange de nos pauvres coeurs: 4 C'est faire encore meilleur marché
que l'enfant qui donna son château pour une pomme. 5 Car en plus de tous
les biens qu'il nous fait, il se donne à nous chaque fois que par amour
nous voulons le recevoir en nos coeurs. 6 Il est toujours prêt à
venir vers nous et nous ne sommes pas toujours prêts à le recevoir.
7 Nous avons plus de raisons de le désirer qu'il n'a, car il n'a rien
à gagner avec nous et nous n'avons rien à perdre avec lui.
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Ms 26 f. 16 v.Le départ
des rois mages (Ci 31, 1-7)
Scène de gauche: Trois veilleurs postés au sommet d'une montagne
(les taches brunes sont la représentation habituelle des terrains pierreux)
pour guetter l'apparition de l'étoile. L'un d'eux montre le bord d'un
disque sans grande luminosité, qui doit être cette étoile...
Scène de droite: Un personnage angélique parle aux trois rois
couchés dans le même lit (nous dirions: dans le même sac
de couchage), vêtus de leur seule couronne, qui l'écoutent pieusement,
une main sur le coeur.
Ci 31 Les rois mages. 1 Le Saint-Esprit dit par Balaam le prophète longtemps
avant la naissance de Jésus 2 que quand le Saint des saints serait né
une étoile apparaîtrait en orient. 3 C'est pourquoi les gens de
cette contrée entretenaient des veilleurs sur les montagnes la nuit 4
pour voir quand cette étoile apparaîtrait, tant était grande
leur confiance en cette prophétie. 5 Les juifs en avaient plus de quarante,
qui tous leur annoncèrent l'avènement de Notre-Seigneur; mais
certains n'en croyaient pas un mot. 6 Et la nuit où Jésus naquit
de sa vierge mère, Dieu montra son étoile aux gens de l'orient
pour récompenser leur foi. 7 Et l'ange dit aux trois rois d'aller adorer
le roi de l'univers qui venait de naître à Bethléem et de
suivre l'étoile là où elle les mènerait.
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Ms 26 f. 17 r.Les mages chez le
roi Hérode (Ci 31, 8-10)
Longue table drapée, garnie de quelques esquisses de plats, derrière
laquelle quatre rois assis parlent deux à deux (Il est difficile de dire
lequel est Hérode). Encadrant la table deux serviteurs apportent des
plats.
Ci 31 Les rois mages (suite) 8 Ils obéirent sur le champ et arrivèrent
à Jérusalem où ils furent reçus chez le roi Hérode
à la douzième nuit. 9 Il n'y a pas lieu de s'étonner qu'ils
aient fait si longue route en si peu de temps, car le Tout-Puissant qu'ils allaient
adorer pouvait à son gré leur réduire cent lieues à
une et raccourcir leur voyage à volonté. 10 Ils demandèrent
donc à Hérode où était le roi de l'univers qui venait
de naître.
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Ms 26 f. 17 v.Les mages à
Bethléem (Ci 31, 11)
Scène de gauche: Un roi mage imberbe écoute (geste d'acceptation)
le roi Hérode qui, les prophéties à la main, lui montre
la direction à suivre.
Scène de droite: Adoration des mages. En fait il n'y a qu'un seul roi
à la barbe folâtre, tête nue, à genoux. De la main
droite il offre un objet à l'enfant Jésus debout sur un banc et
soutenu par sa mère. De la main gauche il pose sa couronne aux pieds
de l'enfant.
Ci 31 Les rois mages (suite) 11 Hérode interrogea ses clercs et ils lui
dirent: "Selon les prophètes c'est à Bethléem. 12
Hérode dit aux trois rois d'aller l'adorer et de repasser par chez lui;
et il irait lui aussi l'adorer. 13 Sitôt sortis de chez Hérode,
ils virent l'étoile qui les mena tout droit à Bethléem.
14 Ils y trouvèrent l'enfant Jésus sur les genoux de sa vierge
mère et ils lui offrirent avec piété leurs trésors.
15 Ces trois présents, inspirés par le Saint-Esprit, disaient
qu'il était à la fois dieu, roi et homme: 16 par l'offrande de
l'or qu'il était le plus grand, par l'encens le plus digne, et par la
myrrhe vrai dieu et vrai homme. 17 Quand les rois eurent remis leurs offrandes,
ils ne repassèrent pas chez Hérode, car l'étoile les reconduisit
par un autre chemin dans leur pays.
Ci 32 Les trois parties du monde. 1 Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut
recevoir l'adoration de trois rois. 2 Cela signifie qu'il est le roi du ciel
et des trois parties de la terre, Asie, Afrique, Europe. 3 Europe est la plus
pauvre de ces trois parties et c'est celle où Dieu trouve le plus de
foi et d'amour. 4 On ne peut trouver des gens moins pieux que dans un pays riche,
5 car la plupart des gens y sont tellement attachés aux biens et aux
plaisirs de cette terre (qui sont passagers et inconsistants) 6 qu'ils négligent
de penser aux biens éternels du ciel.
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Ms 26 f. 18 r.Présentation
de Jésus au temple (Ci 33)
Le temple est indiqué seulement par l'autel drapé que l'on voit
sous l'enfant Jésus (...âgé de quarante jours!) que sa mère
(nimbée) présente à bout de bras et qui semble tenir un
discours. A droite, le vieillard Siméon, nimbé, chauve et barbu,
tend vers l'enfant ses mains revêtues d'une sorte de voile huméral
blanc. A gauche, deux femmes dont la première, main gauche sur le coeur,
porte une colombe dans sa main droite à hauteur de hanche; la seconde
porte un panier dans lequel on distingue deux têtes d'oiseaux.
Ci 33 Présentation de Jésus au temple. 1 Le bon vieillard Siméon
reçut Jésus le jour de la purification de la vierge Marie. 2 D'ordinaire
les pauvres femmes offraient des pigeons et des tourterelles et les riches offraient
des agneaux. 3 Et la noble vierge Marie offrit les trois offrandes: Elle offrit
des pigeons et des tourterelles, et en plus son doux fils qui était le
véritable agneau sans tache. 4 Car tous les sacrifices de boeufs, de
veaux, d'agneaux de l'Ancien Testament ne faisaient qu'annoncer ce noble agneau.
5 Quand le bon vieillard Siméon eut dans les bras le noble enfant, il
se mit à chanter en grande piété: 6 "Que maintenant
soit faite ta volonté sur ton serviteur, car mes yeux ont vu la vraie
lumière du salut." 7 Il annonça à sa vierge mère
qu'elle aurait un jour à son sujet si grande douleur que le glaive qui
percerait le côté du fils percerait aussi l'âme de sa mère.
8 Et jamais depuis la douce vierge n'oublia cette prédiction dont elle
trouva l'accomplissement à la Passion, où elle fut la mère
la plus torturée qui ait jamais été. 9 Elle aurait encore
souffert davantage si elle n'avait pas su le grand profit qui devait nous revenir
de cette mort.
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Ms 26 f. 18 v.Le massacre des Innocents
(Ci 34)
Hérode debout, tenant de la main gauche un glaive dressé, commande
la massacre d'un geste de sa main droite. Au centre un soldat qui tient un enfant
par les pieds lève son épée pour le tuer. A droite un autre
soldat arrache un enfant à sa mère assise. Cette peinture est
en mauvais état, le visage des "méchants" en particulier
semble avoir subi la vindicte de quelque jeune lecteur.
Ci 34 Le massacre des Innocents. 1 Hérode en apprenant que le roi de
l'univers était né eut si grande peur de perdre sa couronne 2
qu'il fit exécuter cent quarante-quatre mille enfants du peuple d'Israël
pour trouver et mettre à mort l'enfant Jésus. 3 On peut vraiment
dire qu'Hérode et Judas sont les plus mauvais de tout l'enfer. 4 On peut
dire aussi que nul ne perd sans qu'un autre gagne. 5 En effet les Innocents
ont été par le crime d'Hérode glorieusement couronnés;
et par la trahison de Judas tous les humains qui seront sauvés ont été
glorieusement rachetés.
6 Bien que tous les damnés soient damnés, leur damnation n'a pas
tenu au choix de Dieu, mais à leur méchanceté.
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Ms 26 f. 19 r.La fuite en Egypte
(Ci 35)
Scène de gauche: Miracle de l'arbre dans le désert selon un évangile
apocryphe: Pour réconforter la sainte famille, un arbre abaisse ses branches
avec leurs fruits et fait jaillir une fontaine. On voit Marie, assise avec l'enfant
Jésus sur les genoux, cueillir un fruit de l'arbre.
L'âne boit à la source. Au centre saint Joseph assis admire le
miracle.
La scène de droite représente la sainte famille en marche dans
le désert. Joseph en tête portant un balluchon au bout d'un bâton
se retourne pour encourager Marie.
Ci 35 La fuite en Egypte. 1 Joseph et Notre Dame emportèrent l'enfant
en Egypte au commandement d'un ange pour fuir la terre du roi Hérode.
2 Ils rencontrèrent un certain nombre de bêtes sauvages qui leur
faisaient fête en reconnaissant la puissance de leur créateur et
qui auraient étranglé n'importe qui d'autre. 3 Ils se reposèrent
sous un bel arbre chargé de bons fruits et Notre Dame dit à Joseph
qu'elle en mangerait volontiers. 4 Il répondit: "Le plus ennuyeux,
c'est que nous manquons d'eau pour nous et pour nos bêtes." 5 Aussitôt
l'arbre abaissa ses branches pour que Notre Dame prenne du fruit et il fit jaillir
une source entre ses racines. 6 Ils eurent ainsi abondamment de tout ce qu'ils
désiraient. Et tous cela s'accomplit pour obéir à l'enfant.
7 Ensuite ils cheminèrent par les déserts, faisant plus de chemin
en un jour que les autres gens en trois. 8 Et pourtant ils marchaient tranquillement,
mais le Tout-Puissant qui était avec eux leur raccourcissait la route
à son gré.
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Ms 26 f. 19 v.Chute des idoles
en Egypte (Ci 36)
A l'entrée de Jésus en Egypte, dit un apocryphe, les idoles de
tout le pays s'écroulèrent. On revoit ici la sainte famille en
voyage comme dans la scène précédente, l'âne étant
peut-être encore plus long et ayant changé de couleur; et Jésus
a beaucoup grandi. Joseph montre à Marie la chute des idoles. Ces idoles
sont comme souvent des petits personnages nus coiffés d'un bonnet pointu;
l'une est debout sur un autel drapé, l'autre est en train de tomber:
ses bras et ses jambes ont le mouvement d'un homme qui tombe et n'ont pas la
rigidité d'une statue. C'est que les idoles sont des diables déguisés.
Ci 36 Chute des idoles d'Egypte. 1 Lorsque l'enfant Jésus et ses parents
entrèrent en Egypte, les idoles s'écroulèrent par tout
le pays en montrant qu'il était le véritable Moïse. 2 Car
de même que Moïse avait libéré les enfants d'Israël
de la main du pharaon, 3 de même il était venu personnellement,
vêtu d'un corps humain pour effacer et détruire les erreurs et
les idolâtries 4 en libérant le genre humain du pouvoir du diable,
5 ceux du moins qui auraient foi en son enseignement et espérance du
salut éternel.
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Ms 26 f. 20 r.Un enfant tombe de
l'étage (Ci 37)
A l'étage d'une maison deux enfants (dont aucun n'est nimbé) semblent
jouer à qui sautera le premier. Quart suivant: Jésus tient la
main de l'enfant qui s'est tué en tombant: il va le ressusciter à
la prière de sa mère, pendant que Joseph calme les Egyptiens qui
s'indignent contre le jeune immigré. C'est un récit des évangiles
apocryphes.
Ci 37 Résurrection de l'enfant tombé de l'étage. 1 Notre
Dame, Joseph et leur enfant logèrent dans une ville d'Egypte, à
l'étage. 2 Comme ils étaient nouveaux venus, on vint leur rendre
visite 3 et un enfant de ces visiteurs se tua en tombant de l'étage.
4 Faute de connaître le coupable, certains affirmèrent que c'était
le jeune Jésus qui l'avait poussé. 5 Quand il sut qu'on l'accusait,
il ressuscita l'enfant et lui demanda devant tous s'il l'avait poussé.
6 Il répondit devant tout le monde: "Bien sûr que non, très
saint et très noble enfant!" 7 Ainsi se libéra Notre-Seigneur
de cette accusation d'homicide.
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Ms 26 f. 20 v.Jésus en Egypte:
Bataille à la plage (Ci 38); Miracle du poisson mort (Ci 39)
A gauche (Ci 38) Joseph et Marie prennent très au sérieux les
menaces d'expulsion que profère un égyptien. Heureusement le petit
Jésus ressuscite le garnement qui était mort pour lui avoir détruit
ses bassins. Récit des apocryphes comme le suivant.
A droite (Ci 39) la menace d'expulsion est plus précise. Auprès
de la tour-porte de sa maison une femme semble vouloir pousser dehors Marie
et Joseph parce que leur enfant (bien tranquille) avait rendu la vie à
un poisson qui pourrissait dans une écuelle: Cette dame ne tolère
pas de sorcier chez elle! La sainte famille la considère sans réagir.
Ci 38 Bataille à la plage. 1 Bien que l'enfant Jésus ait été
tout-puissant et qu'il ait su toute chose, il se comportait parfois comme un
enfant. 2 En allant jouer sur le rivage de la mer, il fit trois bassins qu'un
garnement démolit devant lui; aussitôt il tomba mort. 3 Ses camarades
dirent à Notre Dame et à Joseph que s'ils permettaient à
leur fils de faire des choses pareilles ils ne pourraient demeurer là.
4 Et Jésus le ressuscita aussitôt à la demande de sa mère.
Ci 39 Miracle du poisson mort. 1 Bien des fous tirent un dommage de ce dont
les sages feraient leur profit. 2 Ainsi Notre Dame et Joseph avec leur enfant
firent mis à la porte de la maison où ils étaient logés
3 parce que le saint enfant avait fait nager un poisson mort dans un bassin
d'eau et l'avait rendu vivant alors qu'auparavant il était puant et pourri.
4 Pour avoir vu ce miracle, la propriétaire le traita de sorcier et les
jeta dehors. 5 Et bien des gens s'en seraient réjouis et se seraient
émerveillés de sa puissance.
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Ms 26 f. 21 r.La poutre allongée
(Ci 40). Miracle du pied coupé (Ci 41).
A gauche (Ci 40), Jésus et Joseph tiennent en main une pièce de
bois dont un habitant de Nazareth voulait faire sa charrue. Comme elle est trop
courte, Jésus l'allonge. Le client dit son admiration.
A droite (Ci 41) un garçon assis, sa hache sur l'épaule, s'est
tranché la jambe en coupant du bois. Jésus (a-t-il son nimbe?)
la lui remet. Récit des apocryphes.
Ci 40 Miracle de la pièce de bois allongée. 1 Après la
mort d'Hérode, sur l'ordre de l'ange, ils rentrèrent tous les
trois à Nazareth. 2 La vierge Marie était couturière et
travaillait la soie; et Joseph était charron. 3 Un brave homme lui apporta
une pièce de bois pour faire sa charrue; 4 mais Joseph lui dit qu'on
ne pourrait en faire ce qu'il voulait, parce qu'elle était trop courte.
5 Jésus le noble enfant lui dit: "Si c'est trop court, on l'étire."
6 Joseph , qui savait l'enfant tout-puissant, lui dit en souriant: "Tire
de ce côté et moi de l'autre." 7 Et ils l'étirèrent
si bien qu'il fallut la raccourcir. 8 Le brave homme à qui le bois était
raconta depuis ce miracle à plusieurs. 9 Les gens de Nazareth en faisaient
beaucoup de cas, et il y avait réellement de quoi.
Ci 41 Miracle du pied coupé. 1 Un garçon en coupant du bois à
Nazareth se coupa le pied. 2 L'enfant Jésus lui remit son pied en place
si parfaitement qu'on n'en voyait pas la cicatrice. 3 "Souviens-toi de
moi plus tard, lui dit-il". 4 Il s'en souvint si bien que par la suite
il fut un de ses fidèles disciples à suivre son enseignement.
5 Ce miracle fut accompli en privé à Nazareth, entre ses amis.
6 Cependant ses actions et ses paroles déplaisaient toujours à
ceux qui le jalousaient.
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Ms 26 f. 21 v.Jésus à
l'école (Ci 42)
Deux écoliers qui encadrent l'image, assis sur un banc, un livre à
la main, doivent figurer l'école. Au centre deux scènes: A gauche
un méchant maître à bonnet noir donne une gifle à
l'enfant Jésus parce qu'il n'a pas voulu répéter ce qu'on
lui demandait. Le maître est déjà en train de tomber mort.
A droite son successeur debout écoute Jésus lui lire de fort belles
choses sur un parchemin blanc. Le petit Jésus, sensible aux félicitations,
ressuscitera le premier maître. Récit des apocryphes.
Ci 42 Jésus à l'école. 1 On ne cessait d'insister auprès
de Joseph et Notre Dame pour qu'ils mettent leur fils à l'école.
2 Mais ils savaient bien que personne ne pourrait rien lui apprendre; toutefois,
pour avoir la paix, ils le placèrent chez un maître. 3 Comme Jésus
refusait de répéter après lui ce qu'il lui commandait,
il lui donna une gifle. 4 Et aussitôt le maître qui avait donné
la gifle mourut subitement. 5 Un autre maître dit à Notre Dame
et à Joseph de lui envoyer sans crainte leur fils et il lui enseignerait
gentiment, sans le frapper. 6 Quand le noble enfant fut devant le maître,
il prit une feuille de parchemin où il n'y avait rien d'écrit;
et en lisant dedans il disait beaucoup de belles choses. 7 Alors le maître
dit: "Ah, très cher enfant, je suis assuré que le Saint-Esprit
règne en vous: aussi je n'ai rien à vous apprendre." 8 Jésus-Christ
le divin enfant répondit: "En récompense de ce que tu viens
de dire, le maître qui est mort de m'avoir donné une gifle sera
ressuscité." 9 Et aussitôt il le fut. Aussi ne leur parla-t-on
plus d'envoyer leur fils à l'école.
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Ms 26 f. 22 r.Jésus retrouvé
au temple (Ci 43)
La scène est fermée par des amorces de voûte, qui figurent
le temple. Joseph lève un doigt de protestation. Marie lève une
main admirative. Jésus continue de répondre avec autorité
(geste de l'index) aux docteurs de la Loi. Un seul docteur, celui de droite,
continue la discussion: sa main droite admet la sagesse des réponses;
son index droit est peu assuré de la pertinence de l'argument qu'il va
avancer. Celui de gauche a renoncé à discuter, sa main gauche
exprimant peut-être du dépit. Celui du centre, dont on ne voit
que la tête, est en train de passer de l'amusement à l'admiration.
Ci 43 Jésus est retrouvé au temple. 1 L'enfant Jésus, quand
il eut douze ans, alla avec Joseph et sa vierge mère au temple pour une
grande fête qu'on y célébrait. 2 Au retour Marie croyait
qu'il était avec Joseph, car les hommes et les femmes formaient des groupes
distincts; et Joseph croyait qu'il était avec sa mère. 3 Ils le
cherchèrent trois jours. Au bout de trois jours sa douce mère
désolée le retrouva au temple discutant avec les docteurs de la
loi et lui dit: 4 "Ah, mon fils, ton père et moi tout désolés
t'avons cherché trois jours (elle l'appelait son père, comme tout
le monde). 5 Il répondit: "Il faut que je fasse ce pour quoi mon
Père du ciel m'a envoyé. 6 Vous dites que vous et mon père
me cherchiez. Mais qui est mon père? qui est ma mère? qui est
ma soeur? qui est mon frère? 7 Celui-là est mon père, ma
mère, ma soeur, mon frère, qui fait la volonté de mon Père
qui est au ciel. 8 Voilà ce que répondit Jésus à
sa mère. Ensuite il la suivit en fils obéissant. 9 Il arrive que
l'on perde Jésus-Christ dans les fêtes ou les mondanités:
on ne peut le retrouver mieux que par de pieuses larmes 10 comme fit sa mère
qui dans la fête l'avait perdu trois jours et par ses pieuses larmes le
retrouva au temple.
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Ms 26 f. 22 v.Baptême de
Jésus (Ci 44)
Le cadre de la peinture est surmonté ici d'une sorte de coupole dans
laquelle on voit la colombe qui figure le Saint-Esprit et un visage qui représente
la voix de Dieu le Père disant: "C'est mon Fils bien-aimé,
écoutez-le." A gauche, Jean-Baptiste nimbé tient à
la main un récipient rond pour verser de l'eau sur la tête de Jésus
déjà plongé dans l'eau du Jourdain. L'eau est représentée
en plan vertical comme un tas de foin dans lequel on distingue le bas du corps
de Jésus, tandis que Jean-Baptiste est à pied sec. A droite un
ange aux ailes déployées présente un vêtement sans
manches pour revêtir Jésus quand il sortira de l'eau.
Ci 44 Baptême de Jésus. 1 Quand il eut vingt-neuf ans et treize
jours, Jésus-Christ reçut le baptême de saint Jean Baptiste
dans le fleuve du Jourdain. 2 A ce sujet on a dit: "Il était une
chose qui n'avait jamais été; et celui qui ne la possédait
pas la donna à celui qui la possédait."
3 Dieu possède tout ce qui existe. Quand saint Jean-Baptiste le baptisa,
il lui donna donc ce qu'il possédait déjà.. 4 Il vit Dieu
en la personne du Saint-Esprit sous l'apparence d'une colombe et il entendit
la voix de Dieu le Père qui disait: "C'est mon cher Fils qui me
plaît tant. Ecoutez-le." 5 Ce jour-là la Trinité se
manifesta très clairement à saint Jean-Baptiste, 6 quand il eut
connaissance d'un seul Dieu en trois personnes et de trois personnes en un seul
Dieu.
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Ms 26 f. 23 r.Autre manifestation
de Dieu (Ci 44a)
Groupe de cinq apôtres, dont les deux premiers se demandent ce que l'on
entend, les deux suivants s'étonnent, le cinquième admire. Jésus
est seul en avant d'eux. Et devant lui, dans le ciel, un visage représente
la voix de Dieu le Père qui parle comme dans la scène du baptême.
Ci 44a Seconde théophanie. La Trinité. 1 Un peu avant sa Passion,
Jésus leva les yeux au ciel en disant: "Père, glorifie ton
Fils." 2 La voix du Père lui répondit: "Je t'ai glorifié
et je te glorifierai encore." 3 Cela signifiait qu'il désirait être
connu et aimé de tout son peuple, dont beaucoup ne le connaissaient pas
encore.
4 Par ces deux manifestations Dieu nous a donné une meilleure marque
d'amour qu'à ceux de l'Ancien Testament où l'on ne le connaissait
guère qu'en une personne. 5 Mais nous autres chrétiens qui devons
vivre dans la foi de l'Eglise, nous devons tous sans exception le reconnaître
et proclamer Dieu en Trinité: 6 à savoir que le Père n'est
pas le Fils, ni le Fils n'est le Père, ni le Saint-Esprit n'est le Père
ni le Fils. 7 Ils sont trois en personnes et un seul en divinité, une
seule puissance, une seule nature, un seul Dieu tout-puissant en toutes choses.
8 Nous ne rapportons pas ici l'histoire de Jésus avant sa Passion
car ce livre en parlera par la suite, comme on l'a annoncé au début.
ici
commence la PASSION de NOTRE-SEIGNEUR
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Ms 26 f. 23 v.Jésus monte sur l'ânesse
(Ci 45 - 46,6)
L'ânon qui suit sa mère, nous dit-on, figurait le Nouveau Testament
qui vient après l'Ancien. On peut croire que les apôtres admirent
cette belle signification. Le texte dit aussi (Ci 46,1) que Jésus était
d'abord monté sur l'ânon, mais qu'il en était descendu parce
qu'il ruait. L'ânon est alors figure des jeunes gens indociles.
Cette image présente plusieurs singularités: l'ânesse n'est
ni sellée ni bridée; la jambe de Jésus (courte par rapport
au tronc) paraît cependant reposer sur un étrier invisible; enfin
l'ânon a la même taille que sa mère.
Ci 45 L'ânesse et l'ânon des Rameaux. 1 Jésus envoya deux
de ses disciples à Jérusalem chercher l'ânesse qui était
à la disposition du public et l'ânon avec elle; 2 et il leur dit:
"Si on vous demande ce que vous en voulez faire, dites que le Seigneur
en a besoin." 3 Il était le Seigneur, mais il ne le montra pas dans
les événements qui suivirent, 4 quand il se fit obéissant
jusqu'à la mort à ceux qui le traitèrent avec le plus grand
mépris et qui n'étaient pas dignes de son regard.
5 Cette ânesse qui était à la disposition de tous signifiait
la loi que Dieu donna à Moïse, qui recevait tous ceux qui voulaient
la suivre fidèlement. 6 L'ânon qui se faisait traîner derrière
sa mère signifiait le Nouveau Testament 7 qui s'en venait si péniblement
que Jésus qui l'instaurait voulut être mis à mort honteusement
en l'instaurant. 8 Et certains disent que c'est pour signifier cela que l'ânon
se laissait traîner derrière sa mère.
Ci 46 ,1 Quand les deux disciples amenèrent l'ânesse et l'ânon,
Jésus monta d'abord sur l'ânon; 2 mais il en descendit parce qu'il
ruait. Jésus savait bien avant de monter qu'il allait ruer; 3 mais cela
voulait dire qu'il se donnerait aux bons comme aux méchants, comme le
soleil qui ne refuse à personne sa lumière.
4 Qu'il soit monté d'abord sur l'ânon, cela signifiait que sous
ce Nouveau Testament qui est le nôtre et qu'il instaurait, 5 il donnerait
son précieux corps dans l'eucharistie à Pâques en premier
aux jeunes gens. 6 Mais quand ceux qui l'ont reçu retombent dans les
péchés dont par repentir et confession ils s'étaient débarrassés,
ils désarçonnent Notre-Seigneur, comme l'ânon qui ruait.
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Ms 26 f. 24 v.Entrée triomphale
de Jésus à Jérusalem (Ci 46,7)
La tour-porte de droite représente l'entrée de Jérusalem.
Elle est occupée en bas par deux personnes (des petites gens de Jérusalem,
dit le texte) dont l'une étend son manteau, l'autre tient une poignée
de verdure comme les deux autres qui sont en haut de la tour. Ces poignées
de verdure doivent représenter pour notre peintre les rameaux de palmiers
ou d'olivier de cette entrée triomphale, qui d'ailleurs manque d'effet
de foule.
Ici l'ânon est nettement plus petit que sa mère. Sur le dos de
l'ânesse on voit étendu un vêtement sans manches (comme au
baptême de Ci 44 et comme celui qu'on étend ici par terre). Jésus,
dit le texte, prédit les malheurs de Jérusalem. Les apôtres
qui le suivent (au nombre de trois) expriment leur admiration.
Ci 46 (suite) Le triomphe des Rameaux. 7 Ensuite il monta sur l'ânesse
et fit mettre les manteaux de ses disciples derrière lui; et elle le
porta convenablement. 8 Cette ânesse représente ceux qui s'appliquent
à garder les commandements de l'Eglise. 9 Les manteaux de ses disciples
placés derrière lui signifiaient que par sa Passion qu'il commençait
ici 10 il voulait rendre au genre humain la robe d'innocence qu'Adam avait perdue
pour lui et pour nous. 11 Alors il regarda les petites gens de Jérusalem
qui tous acclamaient son arrivée; et en regardant Jérusalem il
dit en pleurant: 12 "Cité, si tu savais à quoi tu en es,
tu pleurerais!" Il disait cela pour la destruction qui attendait Jérusalem.
13 Bien que les petites gens de Jérusalem lui aient fait grande fête
en étendant leurs manteaux sous ses pas et en portant des branches d'olivier
devant lui, 14 ils lui furent cependant si hostiles avant la fin du jour que
personne, pauvre ni riche, ne l'invita et qu'il s'en retourna à Béthanie
chez Marthe et Marie.
15 Les rameaux d'olivier que les enfants et les petites gens tenaient en main
représentent un sceptre de roi, car nous sommes tous faits pour devenir
rois au ciel. 16 Les manteaux qu'ils déposaient signifiaient que nous
devons tous déposer le manteau de nos péchés pour l'amour
de Dieu chaque fois que nous voulons le recevoir corporellement ou spirituellement.
17 Sainte Eglise observe cette bonne coutume tous les ans au jour de Pâques
Fleuries. 18 Car celui qui se conduit selon la sagesse, il est roi; et c'est
la plus haute royauté dessous le ciel de se bien gouverner soi-même.
19 Quiconque ne s'est pas confessé pendant le carême n'a pas le
droit de porter ces rameaux, 20 car nous devons être nous aussi fleuris
et renouvelés pour accueillir Notre-Seigneur.
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Ms 26 f. 25 v.Jésus chasse
les vendeurs du temple. (Ci 47)
Sur la droite le temple est figuré par la voûte habituelle et par
un autel drapé. Jésus lève de la main gauche un bâton
en poussant dehors le dernier marchand, qui n'offre guère de résistance.
Les trois autres déjà sortis, dont l'un porte une corbeille et
un autre une colombe, semblent préparer une protestation.
Le visage de Jésus est confus; on pourrait attribuer cela à la
lumière qui sortait de sa face, mais le dernier marchand a également
un visage indistinct. On peut aussi se demander si cette ombre qui apparaît
entre Jésus et l'autel faisait bien partie du projet du peintre: je croirais
plutôt à un accident...
Ci 47 Les marchands du temple. 1 Quand il eut fait son entrée à
Jérusalem, Jésus alla d'abord au temple. 2 Il y trouva des marchands
de boeufs et de colombes et des changeurs d'argent. 3 Il fit un fouet avec des
cordes et les jeta dehors avec violence, disant: "Ma maison doit s'appeler
maison de prière et vous en faites un repaire de brigands." 4 Cela
signifie que l'on ne doit ni vendre ni acheter ni payer ni réclamer ses
dettes ni tenir aucune conversation profane dans l'église pendant la
messe ou un autre office. 5 S'ils quittèrent le temple sans discuter
devant lui, c'est parce qu'ils avaient vu jaillir de son visage une si grande
lumière qu'ils ne pouvaient ni le regarder ni résister à
sa volonté. 6 Et cette violence qu'ils avaient vue en lui fut l'une des
raisons pour lesquelles ils étaient armés d'épées
et de lances quand ils allèrent l'arrêter le soir du Jeudi Saint;
car ils craignaient qu'il ne veuille se défendre.
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Ms 26 f. 26 r.Abel innocent, figure
du Crucifié. (Ci 48)
A gauche, meurtre d'Abel. Ce que l'on voit de chaque côté doit
représenter non pas des gerbes, mais de petits autels: Sur celui d'Abel
à gauche la fumée monte, signe que Dieu a accepté le sacrifice.
Abel en prière tourne le dos à Caïn furieux, qui s'apprête
à le tuer. Abel mis à mort sans être coupable, figure la
Passion de Jésus innocent.
A droite, les juifs veulent lapider Jésus. Une triade-foule de juifs
menace Jésus avec des pierres. Il s'échappe vers la droite, entraîné
par un disciple. Ces trois juifs qui symbolisent une foule nous rappellent les
trois vendeurs du temple (Ci 47), les trois disciples de l'entrée à
Jérusalem (Ci 46-45), les trois docteurs de la loi (Ci 43). Le personnage
central de ces triades-foules n'a généralement ni pieds ni mains
et son visage a souvent peu d'expression.
Ci 48 Le meurtre d'Abel, figure de la Passion. 1 Dès les débuts
de l'humanité fut annoncée la mort de Jésus. 2 Lorsque
Caïn tua son frère pour les qualités qu'il avait, cela annonçait
que Jésus serait ainsi traité par Judas son frère à
cause de ses qualités.
3 Extraordinaire fut la mort de Jésus: car si un homme voulait se faire
condamner à mort, il lui suffirait de commettre un grand crime et il
y parviendrait tout de suite. 4 Mais Jésus venait du ciel sur la terre
pour mourir et cependant ses oeuvres et ses propos ne témoignaient que
de sa sainteté et perfection. 5 Il fallait donc que quelqu'un se charge
du crime de le mettre à mort: car si quelqu'un avait eu pour lui de la
haine, il aurait été forcé de l'aimer en voyant ce qu'il
faisait et en entendant ce qu'il disait. 6 Et cependant, en montrant qu'ils
n'avaient que faire de son enseignement, ils avaient voulu le lapider; mais
personne ne pouvait lui faire de mal sans sa permission. 7 Et il ne se mêla
plus à la foule jusqu'à l'approche de sa Passion.
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Ms 26 f. 26 v.Avant sa mort David
couronne Salomon (Ci 49)
Scène de gauche: David portant couronne et couché dans son lit
discute avec la reine debout et couronnée dont l'index est plus impératif
que celui du roi. Elle obtiendra que son fils soit couronné roi. Scène
de droite, Salomon assis sur un banc-trône est couronné par deux
hommes debout. Celui de gauche qui porte un bonnet ordinaire lève l'index
pour lui faire des recommandations. Serait-ce le prêtre Nathan? Le texte
ne le dit pas. Cet exemple a bien un rôle de figure dans le traité
de la Passion: Avant sa mort, Jésus nous a laissé l'eucharistie.
Ci 49 Salomon, l'eucharistie et l'arche d'alliance. 1 Avant sa mort David fit
couronner comme roi son fils Salomon à la demande de la reine sa mère.
2 De la même façon Jésus institua l'eucharistie le soir
du Jeudi Saint et nous donna son précieux corps au saint sacrement de
l'autel pour régner éternellement avec lui. 3 Il nous donna là
une grande marque d'amour à nous autres chrétiens. 4 En effet
les juifs faisaient tant de cas de l'arche d'alliance qui contenait le bâton
de Moïse et ses cinq livres; 5 elle contenait aussi de la manne dont Dieu
nourrit son peuple au désert. 6 Et pour ces trois choses qui s'y trouvaient,
ils lui témoignaient tout le respect qu'ils pouvaient; un grand pécheur
n'aurait pas osé y toucher sans craindre son châtiment. 7 Et nous
avons dans le saint sacrement de l'autel notre Dieu, notre seigneur, notre ami,
notre père et notre roi, notre rédempteur et notre gardien, notre
frère et notre champion. 8 Et cependant beaucoup d'entre nous refusent
de se gêner et de se préparer pour le recevoir; et personne ne
peut s'empêcher de le courroucer.
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Ms 26 f. 27 r.La Cène. (Ci
50)
Jésus est assis au centre. De la main gauche il tient un calice surmonté
d'une hostie marquée d'une croix. Sa main droite fait avec deux doigts
et le pouce étendus le geste solennel d'institution que nous avons vu
à la création du monde et au couronnement de Salomon.: il institue
l'Eucharistie. Saint Jean dort, appuyé sur lui. Devant eux une table
garnie de vaisselle diverse (dont deux coupes qui semblent être de verre).
Chose curieuse, on compte douze apôtres tous nimbés: même
Judas?
Ci 50 La Cène. 1 Saint Jean l'Evangéliste dormit au giron de Jésus
le soir du Jeudi Saint à la Cène; 2 Et là lui furent révélés
les saints secrets du ciel pendant qu'il dormait sur sa poitrine. 3 A ce repas
Jésus mangea de l'agneau rôti avec ses disciples comme il était
prescrit dans l'Ancien Testament, 4 où cet agneau avait été
prévu dès l'origine pour figurer son précieux corps. Après
quoi il institua le saint sacrement de l'autel. 5 Comprenons que, de même
que le soir est la fin du jour, ce précieux Testament institué
au soir durera jusqu'à la fin du monde. 6 Et si quelqu'un le reçoit
indignement, il reçoit son jugement.
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Ms 26 f. 27 v.Le lavement des pieds
(Ci 51)
Jésus ceint d'un tablier est à genoux devant un baquet dans lequel
il lave le pied droit de Pierre qui proteste de son indignité. Pierre
fait partie du groupe compact de onze apôtres assis, tous nimbés
sauf deux à l'avant, dont le second pourrait bien être Judas si
l'objet qu'il tient de la main gauche est bien une bourse. Mais pourquoi onze
apôtres alors que Judas, dit le texte, a refusé sans que Jésus
insiste?
Ci 51 Le lavement des pieds. 1 Jésus par vraie humilité voulut
laver les pieds à ses disciples le soir du Jeudi Saint, 2 en montrant
qu'il n'y avait rien d'autre à laver en eux et en nous donnant exemple
de véritable humilité. 3 Car les sièges de paradis avaient
été vidés par l'orgueil et il voulait les remplir par l'humilité.
4 Les vrais humbles peupleront le ciel et les orgueilleux l'enfer. 5 On est
orgueilleux quand on croit valoir plus qu'on ne vaut, pouvoir plus qu'on ne
peut, savoir plus qu'on ne sait et valoir mieux que les autres sous quelque
rapport. 6 Le vrai humble croit toujours que les autres valent mieux que lui.
7 En leur lavant les pieds, il voulait les laver d'abord à Judas, mais
il n'accepta pas. 8 Et Jésus n'insista pas beaucoup, sachant bien qu'il
y avait plus à laver dans son coeur qu'à ses pieds. 9 Saint Pierre
non plus n'accepta pas qu'il lui lave les pieds; Jésus lui dit: 10 "Pierre,
si je ne te lave pas les pieds, je ne veux plus jamais rien partager avec toi."
11 "Ah, Seigneur, répondit Pierre, ne me lave donc pas seulement
les pieds, mais les mains et la tête."
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Ms 26 f. 28 r.A propos du lavement
des pieds. (Ci 51,12)
Jésus est assis au milieu d'un long banc sur lequel sont assis à
gauche un groupe de cinq apôtres qui semblent commenter, à droite
un groupe de six qui admirent. Il n'y a toujours que onze apôtres et on
ne voit pas la table de la Cène.
Ci 51 (suite) , 12 Quand il eut lavé les pieds à tous les autres,
il s'assit parmi eux et leur dit: 13 "Vous avez vu ce que j'ai fait. Vous
m'appelez votre maître et vous avez raison, car je le suis. 14 En vous
lavant les pieds je vous ai donné l'exemple, pour que celui qui voudra
être au ciel le plus grand soit ici-bas le plus petit."
15 On peut dire que l'on a bien des raisons de s'humilier quand on ne peut se
vanter que de ses péchés. 16 Les bêtes, les oiseaux sont
si glorieusement parés de leurs plumes; et nous, du genre humain, nous
ne pouvons nous parer que de choses mortes. 17 Et il plaît à Dieu
qu'il en soit ainsi pour que nous ayons plus grand désir d'aller dans
notre patrie du ciel, 18 là où nous serons éternellement
parés de robes de vertus.
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Ms 26 f. 28 v.Vision de Joseph:
les gerbes. (Ci 52 , 1-2)
A gauche, dans une sorte de bulle verte qui représente un champ moissonné,
le petit Joseph, accoudé dans son lit, voit douze gerbes inclinées
devant lui et une treizième qui seule est verticale au sommet. Au dessus
de cet espace vert, à la frange supérieure de l'image, on distingue
deux formes vagues qui doivent être le soleil et la lune...
A droite Joseph raconte le songe à son père, qui lui prédit
sa grandeur future, et à sa mère, qui se recueille, une main sur
le coeur.
Ci 52 Joseph vendu par ses frères. 1 Joseph le fils de Jacob vit en songe
plusieurs gerbes dans un champ, qui avec le soleil et la lune adoraient une
gerbe qui était là. 2 Quand il eut raconté ce songe à
son père, il lui dit: "Fils, cela signifie que tu seras un jour
si grand que ta mère, tous tes frères et moi, nous t'adorerons
sur terre."
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Ms 26 f. 29 r.Joseph vendu par ses
frères.
Scène de gauche: Joseph porte à manger à ses frères
dans les champs. Il porte un sac sur l'épaule droite et tend de la main
gauche un récipient à un groupe de cinq frères dont le
premier l'injurie ou le menace, un autre marque sa réprobation, le dernier
serait peut-être plus accueillant.
Scène de droite: Les cinq frères reçoivent une bourse de
deux marchands qui s'apprêtent à emmener en Egypte le (tout-)petit
Joseph. Celui-ci semble protester. Joseph vendu par ses frères est figure
de Jésus vendu par Judas.
Ci 51 (suite) 3 Dès lors ses frères le jalousèrent; un
jour qu'il leur portait à manger aux champs, ils le vendirent trente
deniers à des marchands égyptiens. 4 Le Saint-Esprit voulut par
là signifier que Jésus serait vendu trente deniers par Judas.
5 Il est facile de voir que ce fut une disposition du Saint-Esprit, car, de
même que la vente de Jésus nous fut profitable au plan spirituel,
6 ainsi la vente de Joseph fut profitable par la suite à tous ses amis
sur le plan matériel. 7 Ils vendirent leur frère bon marché
en le vendant trente deniers; mais Judas vendit Jésus encore plus à
perte. 8 Car Joseph avait une certaine valeur, tant matérielle que spirituelle;
9 mais on ne peut ni on ne doit mettre de prix sur celui qui vaut tout, qui
peut tout, qui sait tout, qui possède tout, qui comprend tout, qui maintient
tout, qui contient tout; car rien n'a de valeur que par lui. 10 C'est pourquoi
Judas est plus à blâmer de l'avoir donné pour si peu que
s'il l'avait vendu très cher. 11 Si quelqu'un blasphème le nom
de Dieu pour gagner cent livres, il montre du moins qu'il l'estime cent livres;
et si on le blasphème pour un denier, on ne l'estime qu'un denier. 12
Et celui qui le blasphème sans aucun profit, il ne l'aime ni ne l'estime
pas du tout.
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Ms 26 f. 29 v."Nous avons
deux épées."
Jésus vient de recommander d'acheter une épée. "Nous
avons deux épées," disent les disciples. "Cela suffit,"
dit Jésus. Moralité: Le refus de la violence a plus de valeur
quand on a les moyens de se défendre.
Ci 53 L'agonie de Jésus au jardin des oliviers. 1 Le soir du Jeudi Saint,
Jésus dit à ses disciples, 2 sachant que la vente dont on vient
de parler était déjà conclue: 3 "Que celui qui n'a
pas de glaive vende son manteau pour en acheter un." Ils répondirent:
"Nous avons deux épées. -C'est suffisant, dit-il." 4
Pourquoi donc réclamait-il un glaive, alors qu'il ne voulait pas se défendre?
5 Il voulait nous donner l'exemple de la vraie patience: Car tel qui se fait
humble quand il n'a pas d'armes se défendrait s'il en avait; 6 et il
voulait donner l'exemple de vraie patience en refusant de se défendre
alors qu'il avait des armes. 7 Ces deux épées signifiaient la
justice de l'Eglise et la justice civile.
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Ms 26 f. 30 r.L'agonie de Jésus
(Ci 53,8)
A droite Jésus à genoux, mains jointes, prie son Père (visage
au ciel) de lui épargner les souffrances de la Passion. A gauche, Jésus
revient vers ses trois disciples endormis au pied de l'arbre. Le premier refuse
de se réveiller.
Ci 53 L'Agonie (suite) 8 Ensuite il emmena ses disciples au mont des Oliviers
et il s'éloigna un peu d'eux. 9 Il pria le Père en disant: "Père,
si c'est possible, que ce calice passe sans que je le boive! Cependant, soit:
que ta volonté soit faite." 10 Et en faisant cette prière,
il sua du sang. Revenant alors vers ses disciples, il les trouva endormis et
leur dit: 11 "Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi? Veillez et priez
pour ne pas entrer en tentation." 12 Celui qui dort ne voit pas derrière
lui, ni là où il est, ni devant lui. 13 Celui qui dort en état
de péché ne voit pas les bienfaits de Dieu dont il a joui avant
même de naître; il ne voit pas le danger dans lequel il est (car
s'il mourait sans repentir il serait damné); 14 Il ne voit pas non plus
la peur que les pécheurs connaîtront au Jugement. 15 C'est à
eux que s'adressait Jésus quand il disait: "Ne pouvez-vous veiller
une heure avec moi?" 16 Toute la vie d'un homme n'est qu'une heure bien
brève si on la compare à la vie du ciel. 17 Car le prophète
dit que mille années sous le regard de Dieu ne durent qu'une journée.
18 La vie d'un homme n'est donc qu'une heure bien courte: Sage sera qui sans
péché la veillera.
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Ms 26 f. 30 v.Arrivée des soldats ( Ci 53,19)
A gauche, nouveau retour de Jésus vers ses disciples qui dorment au pied
d'un arbre. A droite, Jésus debout répond à quatre soldats
qui tombent à la renverse devant lui. La scène du retour de Jésus,
déjà représentée sur l'image précédente,
est peut-être ici l'oeuvre d'un nouvel artiste.
Ci 53 L'Agonie (suite) 19 La seconde fois qu'en revenant de prier il trouva
ses disciples endormis, il leur dit: 20 "Dormez et reposez-vous. L'esprit
est disposé à bien faire, mais la chair est faible." 21 Comprenons
que trois ennemis due nous avons empoisonnent nos âmes: ce sont la chair,
le monde et le diable. 22 Mais nous avons contre eux trois remèdes: Si
nous gardons les commandements de Dieu le Père, 23 si nous suivons Jésus-Christ
par nos oeuvres, si nous logeons dans nos coeurs le Saint-Esprit par véritable
amour, 24 dans ces conditions nous pourrons vaincre nos trois ennemis qui font
la faiblesse de notre chair.
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Ms 26 f. 31 r.Arrestation de Jésus.
(Ci 54)
Scène tumultueuse d'où émergent, au dessus de l'image,
deux lanternes et un bâton. On y reconnaît successivement Pierre
remettant l'épée au fourreau - un soldat levant une lanterne -
Judas donnant à Jésus le baiser de la trahison - Jésus
guérissant l'oreille que Pierre vient de couper - un autre soldat qui
lève un bâton - un autre sans armes qui saisit Jésus par
son manteau - et un dernier qui lève une lanterne en brandissant son
glaive.
Ci 54 Arrestation de Jésus. 1 Ensuite arrivèrent les juifs avec
des épées et des lanternes. 2 Jésus leur demanda trois
fois: "Qui cherchez-vous?" Et trois fois ils tombèrent. 3 Et
ils ne purent s'emparer de lui jusqu'au moment où il leur permit de le
faire. 4 Saint Pierre coupa alors l'oreille à un valet et Jésus
la lui remit en disant: 5 "Pierre, range ton épée. Quiconque
frappera de l'épée périra par l'épée. Ne
crois-tu pas que si je le voulais mon Père du ciel m'enverrait douze
légions d'anges pour me défendre de mes ennemis?"
6 Celui qui reçoit le corps de Jésus-Christ indignement, il est
semblable à Judas qui le trahit en l'embrassant. 7 En lui rendant son
baiser, Jésus lui dit: "Mon ami, qu'es-tu venu faire?" 8 Lui
qui était la vérité, comment pouvait-il l'appeler ami sans
mentir? 9 Il fit exprès de l'appeler ami justement parce que sa trahison
lui permettait de racheter le genre humain qui s'était perdu par le péché.
10 Il lui dit: "Qu'es-tu venu faire?" Il faut comprendre: 11 Toi qui
étais si grand qu'on te plaçait parmi les douze princes qui siégeront
au jugement sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël;
12 Toi qui étais l'intendant de la maison de l'empereur du monde et qui
portais la bourse de tout ce qu'il possédait dans la vie qu'il s'était
choisie; 13 pour trente malheureux deniers tu livres à une mort honteuse
celui qui t'avait comblé de bienfaits et que tu trahis sans qu'il l'ait
mérité. 14 On peut poser la question: Pourquoi donc lui confiait-il
sa bourse en sachant qu'il était traître et voleur? 15 Il voulait
montrer qu'il faisait peu de cas des richesses en les confiant à un voleur.
16 Il n'avait pas l'intention de lui confier sa véritable épouse
et amie notre mère sainte Eglise 17 qu'il confia à saint Pierre,
le sachant honnête homme et solide.
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Ms 26 f. 31 v.Exemples du cerf et
des poissons. (Ci 55)
Le cerf se laisse prendre en écoutant les abois des chiens. Les poissons
se laissent prendre facilement la nuit. Ce sont des affirmations traditionnelles
sur les moeurs des animaux. On en conclura ici que Jésus s'est laissé
prendre par amour, pour délivrer ses amis.
Ci 55 Le cerf se laisse prendre. 1 Si le cerf voulait courir, on aurait bien
du mal à le prendre; mais il se laisse prendre en écoutant les
abois des chiens. 2 De même c'est en écoutant les plaintes de ses
amis retenus aux enfers que Jésus-Christ se laissa capturer.
3 Tout comme on prend les poissons la nuit facilement, ainsi il voulut être
arrêté sans motif et il accepta tout par amour.
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Ms 26 f. 33 r.Capture d'une baleine
(Ci 56)
La mer est représentée en plan vertical (comme le Jourdain au
folio 22v. et la Mer Rouge au 49v.); mais ici on distingue les vagues et même
les reflets sous forme de traînées jaunes sur le bleu de l'eau.
La baleine (qui ressemble à une énorme carpe) apparaît en
transparence dans la mer. Les deux pécheurs (à pied sec) l'attirent
à eux, l'un avec une sorte de râteau, l'autre avec un crochet arrondi.
Le texte s'étendra ensuite (Ci 56, 4-19) en une longue accumulation rhétorique
des différents profits que la "capture" de Jésus a procurés
à l'humanité.
Ci 56 La capture d'une baleine, source de prospérité pour la région.
1 Ceux qui pratiquent la pêche en mer prennent d'ordinaire les gros poissons
la nuit. 2 Mais, de jour comme de nuit, quand on capture une baleine, toute
la région en profite. 3 Et la prise extraordinaire que fut Jésus,
qui fut faite le soir du Jeudi Saint, nous est encore plus profitable à
plusieurs titres.
4 Le vendredi, jour qui suit la nuit où il fut pris, en retira grand
honneur: 5 car les anciens lui avaient donné le nom qu'il a encore en
l'honneur d'une dame de petite vertu qu'on appelait Vénus; 6 et maintenant
le vendredi a l'honneur d'être considéré comme le plus religieux
jour de la semaine.
7 Le poteau où il fut battu est plus honoré que ne serait une
copie de lui faite en or fin. 8 Les fouets de la flagellation, où qu'ils
soient, sont maintenant dignes d'être traités avec respect. 9 Sa
cruelle couronne, qui avant le Passion n'avait aucune valeur, est maintenant
considérée comme plus précieuse que toute couronne d'or
ou de pierreries que jamais roi ait portée. 10 Sa croix qui était
dans l'Ancien Testament un gibet épouvantable est depuis la Passion tellement
honorée que rois et empereurs en ornent leur front en signe de piété.
11 Les clous qui servirent à le crucifier, qui n'étaient que de
la pauvre ferraille, sont maintenant pieusement baisés et gardés
plus soigneusement que nulle pierre précieuse sur terre. 12 Le mont du
Calvaire où il fut crucifié, qui était auparavant l'écorcherie
des chiens et des chevaux de Jérusalem est maintenant tenu pour un des
plus saints lieux de toute la terre. Le bon larron y gagna son pardon. 13 La
cruelle lance rouillée dont fut percé son côté, qui
auparavant n'avait aucune valeur, est maintenant plus honorée, où
qu'elle soit, que la meilleure épée qui ait jamais été
forgée.
14 L'enfer en a perdu les saints prisonniers de l'Ancien Testament qu'il retenait
en ses ténèbres. Les diables en ont perdu le plus gros de leur
puissance. 15 Le chemin d'enfer est à l'abandon, lui qui autrefois était
une grand-route quand tous les morts du genre humain étaient forcés
de l'emprunter: n'y va plus maintenant que celui qui le veut bien. 16 Le sépulcre
où fut déposé son corps, qui auparavant n'était
que de la pierre commune, en est maintenant plus vénéré
par les vrais chrétiens qu'un tout semblable ne pourrait l'être,
fût-il d'or ou de pierre précieuse.
17 Nos coeurs en sont devenus temples du Saint-Esprit. Plusieurs méchants
en sont devenus bons. Nos âmes en seront sauvées. 18 Les sièges
du paradis seront remplis par nous: Le nombre des neuf choeurs des anges y retrouvera
sa perfection et nous y gagnerons d'avoir au ciel la vision éternelle
de la sainte Trinité.
19 C'est pourquoi nous avons plus de raisons de nous réjouir de l'arrestation
de Jésus que les pêcheurs qui ont capturé une baleine, dont
nous parlions au début.
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Ms 26 f. 34 v.Jésus souffleté
(Ci 57); Le reniement de saint Pierre (Ci 57a)
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Devant le grand-prêtre accompagné d'un suivant, un valet donne
une gifle à Jésus que maintiennent deux soldats. Ce valet serait,
dit-on, un ancien paralytique guéri par Jésus (Ci 654,4). Mais
on moralisera sur cette "colée" qui fonde une nouvelle chevalerie
de non-violence.
A droite, Pierre assis sur un banc se chauffe devant un feu. Une servante, tête
nue, l'accuse d'être un disciple de Jésus. Pierre proteste des
deux mains. Au dessus de la servante, deux coqs chantent sur une branche. "Avant
que le coq chante, avait dit Jésus, tu m'auras renié trois fois."
Ci 57 Jésus souffleté. 1 Un valet donna une gifle à Jésus
devant Anne le grand-prêtre. 2 Il lui répondit sans colère:
"Si j'ai mal parlé, remontre-le moi; et si j'ai bien parlé,
pourquoi me frappes-tu?
3 Cette gifle fit plus souffrir Jésus que bien des tourments de sa Passion.
4 Car selon plusieurs théologiens, le valet qui lui donna cette gifle
fut celui qu'il avait guéri à la piscine probatique d'une grave
maladie qui l'avait tenu trente-huit ans.
5 Cette gifle doit nous faire rougir, nous autres chrétiens, car il nous
a accordé plus de bienfaits qu'à celui qui la lui donna; 6 et
nous savons bien qu'il est notre Seigneur et notre Dieu, ce que le valet ne
savait pas; 7 et cependant nous l'offensons chaque fois que nous péchons
mortellement. 8 Il a donc, quand nous péchons, plus de raisons de se
fâcher contre nous que contre le valet qui lui donna cette gifle.
9 Nous devons croire fermement qu'on ne pouvait lui faire aucun mal sans qu'il
le permette. 10 Pourquoi alors voulut-il recevoir cette gifle? Parce qu'il voulait
fonder une nouvelle chevalerie: 11 Celui qui adoube un chevalier lui donne une
colée sans pour autant le haïr. Et souvent les bons chevaliers remportent
la victoire sur leurs ennemis en se défendant. 12 Mais
cette nouvelle chevalerie dont Jésus était le fondateur a de tout
autres lois, car il voulait remporter la victoire sus ses ennemis en endurant
leur violence. 13 Et nous aussi, si nous voulons le suivre comme notre vrai
maître et modèle, nous devons remporter nos victoires de cette
façon. 14 C'est pourquoi saint Grégoire dit que nul n'est digne
d'être compté parmi les chrétiens s'il veut obtenir sur
terre vengeance de ses ennemis ( excepté pour récupérer
un bien dérobé ou en appliquant une décision de justice
si on est mandaté pour cela). 15 Nous ne pouvons nous défendre
mieux de nos ennemis ni en subir moins de dommage qu'en les supportant patiemment
pour l'amour de Dieu; de cette façon nous les vainquons sans coup férir.
16 Ceux qui veulent se venger doivent craindre d'être un jour lourdement
punis, car Dieu veut que nous rendions le bien pour le mal: c'est le moyen de
vaincre n'importe qui.
Ci 57a Le reniement de saint Pierre. 1 Quand fut donnée cette gifle nous
avons tant parlé, le bon saint Pierre n'était pas très
loin et par peur de la mort il le renia trois fois en fort peu de temps.
2 Jésus permit cela pour deux raisons: La première, c'est que
Pierre avait dit ce même soir que si tous les autres l'abandonnaient,
lui ne l'abandonnerait pas. 3 Comprenons que nous ne devons pas nous fier en
nous, mais nous devons être certains que nous ne pouvons nous retenir
de pécher un jour ni une heure sans la grâce de Dieu 4 et qu'il
la met à la disposition de tous ceux qui la lui demandent par amour et
avec confiance.
5 L'autre raison pour laquelle il le laissa tomber en péché, c'est
qu'il l'avait fait père et chef de toute l'Eglise et lui avait donné
tout pouvoir d'absoudre les pécheurs de leurs fautes. 6 Un proverbe dit
que celui qui n'a jamais été malade fera difficilement un bon
médecin; mais s'il a été malade, il compatit davantage
à la souffrance des autres et reçoit mieux ce qu'ils disent de
leur maladie. 7 Ainsi Dieu voulait qu'il compatisse davantage aux pécheurs;
et c'est ce qu'il fit.
8 Et encore il se souvenait de son péché chaque fois qu'il entendait
chanter les coqs parce que vers l'heure où chantent les coqs, par crainte
de la mort il avait renié trois fois son doux Seigneur. 9 Il en pleura
depuis tant et si souvent qu'il avait sur le visage deux traces livides à
cause de ses chaudes larmes qui y coulaient.
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Ms 26 f. 35 r.Le jeu de chapifour.
(Ci 58)
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En attendant le matin, les gardiens jouent avec Jésus au jeu de "chapifour".
Jésus est assis au centre sur un banc, la tête couverte d'un bandeau
blanc. Un valet à gauche lui frappe le visage; un autre à droite,
un genou en terre, l'agace avec un bâton. Deux autres à droite,
index tendu, l'interrogent: "Devine qui t'a frappé!"
Ci 58 Jésus battu et renvoyé devant plusieurs juges. 1 Jésus
fut honteusement frappé et battu par les juifs. 2 Les verriers quand
ils font le verre abritent leurs yeux de la chaleur du feu. 3 Jésus voulut
avoir les yeux bandés pour ouvrir les yeux de nos intelligences 4 et
parce que nous sommes faits de plus pauvre sable que celui dont les verriers
font le verre; et néanmoins il voulait faire de nous des ornements éternels
au ciel. 5 Et, ses yeux ainsi bandés, il entendait dire à ses
oreilles: "Toi qui es prophète, devine qui t'a frappé!"
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Ms 26 f. 35 v.Première comparution
devant Pilate. (Ci 58, 6-15)
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Jésus tenu par trois soldats est présenté à un personnage
à droite qui doit être Pilate. L'image ne fait aucune mention du
songe de la femme de Pilate, que notre texte dit venir des diables qui voulaient
empêcher la Rédemption. C'est cependant à cause de ce songe
de sa femme (Ci 58,15) que Pilate renvoie Jésus à Hérode.
Ci 58 (suite) 6 Quand ils l'eurent suffisamment battu et maltraité, les
juifs l'envoyèrent à Pilate en pleine nuit.
7 S'il voulut comparaître devant plusieurs juges, c'est qu'il voulait
établir une nouvelle Alliance 8 pour effacer de nos coeurs tout ce que
notre conscience nous reproche à bon droit, 9 en reconnaissant devant
lui-même Dieu et devant nos prêtres que nous sommes pécheurs.
10 Et ces deux jugements nous évitent la condamnation éternelle
de l'enfer.
11 Cette nuit-là, un diable dit à la femme de Pilate d'user de
son influence pour empêcher qu'on mette à mort le prisonnier, car
sa mort aurait des conséquences désastreuses. 12 S'il disait cela
c'est parce qu'il prévoyait que par cette mort l'enfer perdrait une partie
de ses prisonniers. 13 Quand elle fut réveillée, elle fit dire
à Pilate d'empêcher la mise à mort de son prisonnier.
14 Quand les juifs lui eurent envoyé Jésus et qu'il sut qu'il
était de la juridiction d'Hérode, 15 il le lui envoya pour retarder
la sentence, à cause de la requête de sa femme.
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Ms 26 f. 36 r.Hérode renvoie
Jésus à Pilate (Ci 58, 16-25)
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Hérode est assis couronne en tête et parle à Jésus
que maintiennent deux soldats. Jésus ne lui répond rien parce
que, dit le texte, il avait fait mourir Jean-Baptiste. Alors Hérode le
fait vêtir d'une robe blanche et renvoyer à Pilate la nuit-même.
A droite, le retour chez Pilate.
Ci 58 (fin) 16 Hérode avait bien envie de voir Jésus pour les
miracles qu'il en entendait raconter. 17 Il en pardonna à Pilate une
vieille brouille qu'il y avait entre eux. 18 Jésus se montra ainsi prince
de paix en établissant la paix entre deux méchants. 19 Mais il
ne voulut répondre à aucune de ses questions, car ce n'était
que de la curiosité. 20 De plus Hérode ne méritait pas
d'entendre ses divines paroles, lui qui par lâcheté avait fait
mourir saint Jean-Baptiste. 21 Alors il lui fit revêtir une robe blanche
et le renvoya à Pilate durant la même nuit. 22 Quand Pilate le
vit, il dit: "Cette robe dans laquelle il me l'a renvoyé signifie
que c'est un innocent." 23 Nous devons bien haïr le péché
puisque pour effacer nos péchés il fut dit de celui qui par sa
sagesse avait fait le monde que c'était un homme qui ne savait rien.
24 S'il voulut être amené devant Hérode, c'était
pour nous ôter la peur que les damnés éprouveront devant
lui au Jugement, 25 car il s'y montrera plus dur que n'importe quel Hérode.
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Ms 26. f. 36 v.Jésus en
prison, puis devant Pilate. ( Ci 59)
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Jésus en prison est assis sur un banc entre deux soldats dont le premier
semble lui parler et le second tient une épée. A droite, deux
soldats amènent Jésus devant Pilate. .
Ci 59 Ecce Homo. 1 Quand Pilate eut reçu Jésus renvoyé
par Hérode, il le fit garder par deux soldats dans une prison, au dire
de certains. 2 Et il le fit comparaître devant lui à l'heure de
Prime. 3 Cela doit être un réconfort pour ceux qui sont en prison
de savoir 4 qu'il voulut être prisonnier pour nous éviter la prison
éternelle de l'enfer. 5 Le juge suprême voulut être amené
devant plusieurs mauvais juges, qui ne méritaient pas un regard de lui,
pour nous éviter le puant jugement d'enfer.
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Ms 26 f. 37 r.La flagellation (Ci
59,6)
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Jésus est attaché à un poteau ( l'estache, dit le texte)
nu jusqu'à la ceinture et les mains liées devant lui. Un des bourreaux
assène le coup pendant que l'autre lève son bâton. la scène
de droite représente la correction que reçoit un pourceau qui
a causé du dommage. La flagellation semble ici moins méthodique.
6 Quand Pilate l'eut interrogé à l'heure de Prime et qu'il sut
qu'il ne méritait pas la mort, 7 il le fit battre tout nu, attaché
à un poteau, par deux bourreaux, comme on inflige une raclée à
un pourceau qui a causé quelque dommage. 8 Ils le battirent tellement
qu'on pouvait difficilement trouver sur sa peau un endroit sans blessure. 9
Jésus voulut endurer tous ces coups pour nous éviter les châtiments
et les coups que les damnés reçoivent en enfer. 10 Après
cette flagellation on lui remit ses vêtements, qui se collèrent
sur tout son corps.
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Ms 26 f. 37 v.Ecce Homo (Ci 59,11)
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Jésus nu sous un manteau, couronné d'épines et tenant un
roseau en guise de sceptre dérisoire, est assis pendant que les valets
agenouillés se moquent de lui en le saluant comme roi des juifs. Pilate
au centre montre cette scène aux juifs qui à droite menacent Pilate
d'une plainte à l'empereur.
Ci 59 (fin) 11 Les juifs vinrent trouver Pilate pour obtenir une sentence de
mort. 12 Alors Pilate lui fit revêtir un manteau de pourpre et coiffer
la couronne d'épines 13 et il leur dit: "Voici votre roi. C'est
un homme" comme pour dire: "Ce n'est pas une bête sauvage; 14
c'est un homme qui vous ressemble et vous lui ressemblez: ayez donc pitié
de lui comme d'un homme. 15 Je ne trouve en lui aucune raison de le condamner
à mort."
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Ms 26 f. 38 r.Jésus est condamné
à mort. (Ci 60)
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A gauche Pilate se lave les mains: Un serviteur verse de l'eau et présente
une serviette.
A droite Jésus chargé de sa croix se retourne pour parler aux
femmes de Jérusalem, nous dit le texte; mais le peintre qui les a nimbées
a dû penser aux saintes femmes qui suivaient Jésus. Devant lui
marchent deux fonctionnaires, dont le premier (sans pieds?) porte trois grands
clous et le second (un soldat tenant un marteau sur son épaule) se retourne
pour faire presser le mouvement.
Ci 60 Jésus est condamné à mort. 1 Les juifs crièrent
tous ensemble: "Si tu ne le crucifies pas, nous le dirons à César."
2 En entendant ces mots il eut peur et leur dit: "Jugez-le donc selon votre
loi. Je m'en lave les mains." 3 Déjà alors on faisait de
mauvais jugements par crainte, mais c'est là pour Pilate une mauvaise
excuse.
4 Ils lui chargèrent alors la croix sur ses divines épaules. 5
Jésus se tourna vers les filles de Jérusalem qui pleuraient et
leur dit: 6 "Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez
sur vous et sur vos enfants." 7 Il disait cela en pensant au malheur qui
allait accabler Jérusalem.
8 S'il voulut porter sa croix, c'est pour nous dire que personne ne doit prendre
la croix de pénitence sans la prendre sur sa nuque. 9 C'est à
dire que n'importe quelle pénitence doit être entreprise pour l'amour
de lui qui fit trente-deux ans pénitence pour l'amour de nous. 10 Celui
qui entreprend une pénitence de cette façon, il prend la croix
sur la nuque de Jésus qui la lui porte en partie. 11 C'est pourquoi il
avait dit bien avant sa Passion: "Mon joug est doux et mon fardeau léger."
12 En effet il aide à porter les fardeaux dont on se charge pour l'amour
de lui.
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Ms 26 f. 38 v.Simon le cyrénéen
(Ci 61). Le crucifiement (Ci 62-63)
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Simon de Cyrène est requis pour porter la croix. Voir le mouvement de
son bras gauche qui fait contrepoids. Jésus épuisé, soutenu
par deux soldats, marche derrière lui aussi docilement, dit le texte,
que le veau derrière le boucher. C'est ce boucher et ce veau qu'il faut
voir tout à gauche de l'image.
La croix (représentée en plan vertical) est étendue sur
le rocher du calvaire et deux bourreaux sont occupés à clouer
l'un une main, l'autre les pieds; deux autres à droite en bas doivent
tirer au sort la robe du supplicié; le texte ne parle pas d'eux ici,
mais on trouvera cette robe au folio 39r.
Ci 61 Simon de Cyrène porte la croix. 1 Quand Jésus fut chargé
de sa croix, 2 il était complètement épuisé par
tous les supplices qu'on lui avait infligés la nuit précédente.
3 Aussi on donna sa croix à porter à un brave homme nommé
Simon. 4 Et Jésus marchait derrière lui aussi docilement qu'un
veau derrière le boucher.
Ci 62 Le crucifiement. 1 Ils étendirent par terre sa croix, où
les trous étaient déjà percés. 2 Ils durent tellement
tirer ses bras pour les amener jusqu'aux trous qu'ils lui rompirent plusieurs
nerfs. 3 Il fut crucifié le pied droit par dessus le pied gauche, ce
qui signifie qu'en ce jour Miséricorde l'emportait sur Justice. 4 Justice,
c'est rendre à chacun ce qui lui appartient. Miséricorde, c'est
avoir pitié de tel qui ne le mérite peut-être pas. 5 Nous
avions mérité la mort et il voulait nous donner la vie éternelle.
Ci 63 Jésus en croix. 1 Jésus fut élevé en l'air
entre deux voleurs. 2 Nos âmes appartiennent à Dieu; et chaque
fois que nous péchons, nous volons ce qui lui appartient. 3 L'un des
larrons était bon et l'autre mauvais 4 pour signifier que tous, bons
ou mauvais, nous étions larrons: larrons repentants ou larrons endurcis.
5 Alors ils tirèrent au sort ses vêtements et Pilate eut son manteau
tout trempé de son précieux sang. 6 Si Jésus voulut mourir
tout nu, ce fut pour rendre à Adam la robe d'innocence qu'il avait perdue
après son péché.
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Ms 26 f. 39 r.Jacob pleure la mort
de son fils Joseph (Ci 64)
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Le groupe de sept personnes qui donnent des signes de violente émotion
représente les fils de Jacob qui ont vendu leur frère (supra Ci
52). Ils rapportent à leur père la tunique de Joseph en disant
qu'une bête sauvage l'a dévoré. La douleur de Jacob est
une figure traditionnelle de la figure de Marie au Calvaire. L'expression de
cette douleur est un modèle célèbre de lamentation ( planh
en langue d'oc).
Ci 64 Deuil de Jacob devant la robe de Joseph. 1 Les fils de Jacob, après
avoir vendu Joseph leur frère aux marchands égyptiens, ensanglantèrent
sa robe avec le sang d'une de leurs bêtes 2 et dirent à leur père
qu'une bête féroce avait dévoré son fils Joseph.
3 Apprenant cela Jacob et sa femme se mirent à pleurer et à se
désoler. 4 De même eut des raisons de pleurer la vierge Marie qui
fut la mère de douleur 5 quand elle sut qu'on avait tiré au sort
les vêtements de son cher fils dont Joseph avait été une
figure. 6 Car de même que Joseph remplit les greniers du Pharaon par sa
sage prévoyance, 7 de même Jésus était venu du sein
de son Père pour remplir avec le genre humain, 8 par sa sagesse et sa
douloureuse Passion, les sièges du ciel laissés vides par les
mauvais anges.
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Ms 26 f. 39 v.Jésus meurt
sur la croix (Ci 65, 1-9)
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A gauche le bon larron regarde vers Jésus; à droite, l'autre s'en
détourne. Jésus a confié sa mère (l'une des trois
saintes femmes nimbées à gauche) à saint Jean (nimbé
à droite). Un jeune homme tend à Jésus une éponge
imbibée d'eau vinaigrée, au bout d'un bâton. Le juif entre
ce jeune homme et saint Jean doit être le représentant des ennemis
de Jésus, à moins qu'on ait introduit ici Joseph d'Arimathie;
en tout cas, il n'est pas nimbé.
Sur le "senestre bras de la croix la tache noire représente un diable,
qui vient à la mort de tout homme pour voir s'il n'a aucun droit à
faire valoir sur lui.
Ci 65 Jésus meurt sur la croix. 1 Lorsque Jésus fut crucifié,
il regarda sa chère mère et saint Jean l'Evangeliste. 2 Alors
il dit à la pauvre femme "Voici ton fils" et au disciple: "Voici
ta mère". 3 Elle ne fut pas gagnante à cet échange,
sa pauvre mère qui échangea son créateur contre une créature,
4 son Dieu contre un simple homme, son seigneur contre un serviteur, son père
contre son neveu, son maître contre un disciple, 5 qui échangea
le précieux fils qu'elle avait conçu vierge du Saint-Esprit contre
un homme qui avait été conçu en péché et
pouvait pécher. 6 Pour tous ces échanges elle serait morte de
douleur 7 si deux considérations ne lui avaient rendu courage: elle savait
que c'était pour notre profit et elle savait aussi qu'il ressusciterait
le troisième jour. 8 Alors le divin crucifié regarda sur le bras
gauche de la croix où il aperçut un diable qui venait voir s'il
n'avait rien à revendiquer chez le roi des justes. 9 Il dit alors: "Père,
je remets mon esprit en ta main".
10 Nous ne mentionnons pas ici tous les miracles qui se produisirent
au crucifiement, parce que ce livre en raconte ça et là quelques-uns.
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Ms 26 f.40 r.Le voile du temple
se déchire (Ci 65, 11-14)
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A la mort de Jésus, le voile qui fermait le Saint des Saints dans le
temple de Jérusalem se déchira, montrant, dit notre texte, qu'il
n'y avait plus de séparation entre Dieu et les hommes: ce fut le premier
bienfait de la Rédemption. Au centre de l'image il faut voir trois grains
de blé, dont les deux du bas sont intacts alors que celui du haut porte
un germe: "Si le grain ne meurt, il ne fait pas de fruit", avait dit
Jésus.
Ci 65 (suite) 11 Aussitôt après, le voile du temple se déchira,
signe que cette mort mettait fin à la séparation entre Dieu le
Père et le genre humain 12 qui étaient séparés depuis
le péché d'Adam jusqu'à cette mort. 13 C'est à ce
propos que Jésus avait dit avant sa Passion: "Si le grain de blé
ne meurt, il reste seul; mais quand il meurt il produit beaucoup de fruit. 14
S'il n'avait pas subi la mort, il serait resté au ciel séparé
des hommes, alors que par sa mort les sièges du ciel seront remplis.
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Ms 26 f. 40 v.La descente aux enfers
(Ci 65,15-17);
Préparation allégorique de la Couronne d'Epines (Ci 66,1)
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A gauche, deux petits personnages jouent aux dés. Celui qui a gagné
met la main sur l'argent. De même Jésus vainqueur par sa mort descend
aux enfers (c'est à dire chez les morts) pour délivrer Adam et
Eve et tous les justes de l'Ancien Testament que l'Enfer (c'est à dire
la puissance infernale: gueule de dragon ouverte démesurément)
retenait prisonnier jusque là.
A droite, confection de la couronne d'épines par deux femmes allégoriques:
Envie et Haine. Le personnage au nimbe crucifère est certainement Jésus.
Faut-il voir Bon Amour à la fois dans celui qui vient du ciel et celui
qui semble placer la couronne sur la tête de Jésus? Je laisse à
plus certain et résolu que moi le soin d'en décider. Toutefois
on remarquera dans l'ombre à droite un religieux (est-ce l'auteur du
poème?) qui garde cette couronne dans son coeur pour en faire sa méditation.
Ci 65 (fin) 15 Quand deux hommes jouent aux dés, celui qui a gagné
met la main sur l'argent. 16 C'est pourquoi l'âme de Jésus descendit
aux enfers toucher l'enjeu qu'il avait gagné. C'est là qu'il dit
à Adam: "La paix soit sur toi." 17 Pendant ce temps-là
son précieux corps restait pendu en croix. Ce fut la première
démarche qu'il fit après sa mort.
Ci 66 POEME en DIZAINS
sur la COURONNE D'EPINES.
001 Bon Amour venant des cieux
imposa au roi du ciel
le jour du Vendredi Saint
un très douloureux chapeau
005 de joncs de mer épineux.
Les auteurs de ce travail,
ce furent Haine et Envie,
si bien que j'aurai toujours
en mémoire, c'est certain,
010 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 41r.Deuxième dizain
(Ci 66, 11-20)
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A gauche deux juifs à bonnet discutent avec les mêmes allégories
Envie et Haine. Au centre est assis Jésus portant la couronne d'épines.
A droite le bon religieux (auteur du poème?) écoute dévotement
le personnage en vert (Bon Amour) lui parler de la couronne du Christ.
Ci 66, 011 Envie s'était emparée
du coeur des plus félons juifs.
Leur haine se renforça,
si bien que sa chère tête
015 saigna devant et derrière,
à flots, comme une rivière,
de son clair sang par filets.
Comment peut-on l'oublier?
C'est pour nous qu'il a porté
020 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 41 v.Troisième
et quatrième dizains (Ci 66, 21-40)
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A gauche les méchants juifs de l'image précédente discutent
avec un personnage nimbé: C'est Bon Amour, qui leur donne son consentement:
Jésus portera donc cette couronne par amour pour nous.
A droite Jésus entre deux larrons s'est fait le compagnon de ceux qui
souffrent. Sainte Eglise, couronnée comme une reine, agenouillée
aux pieds du crucifié, recueille son sang dans un calice.
021 Ils n'auraient rien obtenu, 031 Jésus-Christ par grand amour
ces méchants, ces envieux, fut l'ami de ceux qui souffrent,
si Amour n'avait donné lui qui mourut pauvrement
son accord à leur projet. entre deux affreux larrons.
025 Car ainsi voulait le Père 035 Sainte Eglise son épouse
du ciel nous donner les sièges. répandit des flots de larmes
Il nous donna son doux Fils, pour ce douloureux chapeau
qui, venu nous libérer, qui ne fut ni doux ni beau;
voulut humblement porter c'est Amour qui lui remit
030 cet angoisseux chapeau-ci. 040 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 42 r.Cinquième
et sixième dizains (Ci 66, 41-60)
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En portant la couronne d'épines, Jésus a fabriqué pour
le pécheur repentant qui se prosterne au pied de la croix une couronne
précieuse. Nous ne voyons pas que le crucifié porte la couronne
d'épines, mais un ange apporte du ciel trois couronnes royales.
A droite un religieux explique à deux jeunes gens que nous ne valons
rien si nous n'aimons pas Jésus couronné d'épines par amour
pour nous.
041 Sur la croix mourut ainsi 051 Comment peut-on l'oublier?
le meilleur des amoureux , Nous savons que notre Dieu
qui aurait eu lieu de dire: voulut par amour pour nous
"Sois sans crainte en ta prière, mourir parmi les supplices.
045 pécheur qui reviens vers moi, 055 Il était roi, empereur:
car sous mon chapeau d'épines comme à un roi lui donnèrent
je te forge une couronne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
pour te couronner au ciel". les félons juifs, les maudits,
Et c'est ce que signifie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
050 Cet angoisseux chapeau-ci. 060 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 42 v.Septième et
huitième dizains ( Ci 66, 61-80)
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Les quatre personnages qui se tiennent par la main sont des danseurs. Ils regardent
le Crucifié qui porte un "chapel d'autre manière"...
On comprendrait plus facilement cette scène si le peintre avait coiffé
ses danseurs d'un "chapel de fleurs" comme c'était la coutume
à la danse. Notre peintre d'ailleurs semble avoir reculé devant
la difficulté de représenter une couronne d'épines qui
n'ait pas l'air d'un quelconque bandeau: il a dû y renoncer après
ses deux essais peu concluants du folio 41.
A droite, un personnage à chaperon (chapel de bièvre, de castor)
semble se faire frotter le pied... Dans le poème cependant il semble
bien que "estraindre ses pieds" ou les frotter signifie danser et
qu'il s'agit toujours d'une attaque de notre prêcheur contre la danse.
La pointe est peut-être trop subtile? Les deux personnages de droite sont
les gens raisonnables qui gardent la couronne d'épines inscrite en leur
coeur.
061 Aujourd'hui bien des danseurs 071 Celui qui frotte ses pieds
ont pris l'étrange habitude sur la piste de la danse,
d'effacer de leur mémoire qu'il pense aux pieds de celui
tout ce qu'a souffert pour eux qui les eut cloués en croix.
065 celui qui a fait le monde. 075 Il porta cruel chapeau Il créa un
nouveau pas pour racheter notre tort
pour nous faire mieux danser et nous éloigner d'enfer.
avec ce chapeau tressé. Ayons tous en notre coeur
Fou est qui met en oubli écrit sans plus l'effacer
070 cet angoisseux chapeau-ci. 080 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 43 r.Neuvième dizain
(Ci 66, 81-90); fin du poème (Ci 66, 91-107)
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A gauche un religieux montre le Crucifié à un pécheur qui
a proféré des blasphèmes sur la Mort de Dieu.
A droite un diable emmène en enfer avec une corde un groupe d'âmes
qui n'ont pas voulu répondre à l'amour de Dieu. Tout à
droite on voit un loup emporter un petit mouton malgré le bâton
du berger. Le propriétaire (nimbé parce qu'il représente
Dieu voyant se perdre les pécheurs) déplore cette perte, mais
il en prend son parti, car, dit le proverbe "Si le loup mange la bête,
elle y perd plus que son maître." C'est tant pis pour eux.081 Pécheur,
tu as trop d'audace 091 Le chapeau du condamné
quand, poussé par la colère, est devenu précieux.
tu fais jurons et blasphèmes Jésus souffrit le mépris
des tourments de la Passion pour nous mériter la gloire.
085 où Dieu pour toi souffrit tant 095 Il voulait vraiment gagner
pour sauver d'enfer ton âme. nos coeurs et les acheter
Il a montré par des actes puisqu'il se donna lui-même.
combien ton sort lui importe: Mais il ne les a pas tous,
il porta, la tête basse, certains lui échapperont:
090 cet angoisseux chapeau-ci. 100 C'est eux qui seront à plaindre.
101 Si le loup mange la bête
elle y perd plus que son maître.
Dieu nous a tous rachetés;
Si nous faussons le marché
en faisant péché mortel,
nous agissons en voleurs.
107 Est sage qui s'en repent.
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Ms 26 f. 43 v.Comment Dieu dut décroiser
ses bras (Ci 67)
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A gauche, Dieu assis sur un banc s'est croisé les bras. Il est en colère
à cause du péché d'Adam. Au centre, Dieu donne de la main
gauche à Moïse agenouillé (qu'on reconnaît à
ses cornes de lumière) les Tables de la Loi. Il a dû pour cela
dégager son bras gauche. A droite une reine couronnée qui est
Amour (féminin en ancien français) ou sainte Eglise lève
vers Jésus crucifié un calice surmonté d'une hostie (c'est
le sacrifice eucharistique, mémorial du Calvaire). Sur la croix Dieu
avait les deux bras étendus, ce qui prouve que le péché
d'Adam est réparé... Tout à fait à droite, un chrétien
adore la croix.
Ci 67 Dieu irrité par le péché d'Adam a été
apaisé au Calvaire.
1 Ici commence une pieuse fiction qui met en scène Dieu lui même.
2 Quand Adam eut péché, Dieu avait quelque raison de nous manifester
son mécontentement en se croisant les bras comme cette image nous le
représente.
3 Longtemps après parut un saint homme dévot et religieux: Ce
fut Moïse qui par sa piété et ses prières sut si bien
apaiser Dieu 4 que par bonté il déplia vers lui son bras gauche
qui signifie justice et droiture, en lui donnant sa loi au mont Sinaï 6
pour gouverner et faire entrer le peuple d'Israël dans son obéissance
s'il voulait renoncer à ses fautes et suivre les commandements contenus
dans la loi.
7 Longtemps après parut une noble demoiselle belle et douce, courtoise
et sage, et très bonne. Ce fut Amour qui contraignit Dieu à déplier
son bras droit qui signifie en lui pitié et miséricorde. 9 Dieu
eut dès lors ses deux bras étendus, indiquant ainsi qu'il voulait
que ceux qui sans raison avaient pris l'initiative de le courroucer reviennent
sans crainte faire la paix avec lui.
10 C'est pourquoi notre mère sainte Eglise, qui est sa vraie épouse
et amie, crie en son nom à tout le genre humain par quatre fois une parole
que le Saint-Esprit dans la Sainte Ecriture rappelle: 11 "Reviens à
moi, reviens à moi, reviens à moi, reviens à moi, ami!"
12 Pourquoi? Parce que j'ai les bras étendus pour t'embrasser. Reviens
à moi, car j'ai la tête penchée pour te donner un baiser.
13 Reviens à moi, car j'ai les mains ouvertes pour te faire des cadeaux.
Reviens à moi, car j'ai le côté ouvert pour te cacher dans
mon sein.
14 Et pour que tu soies certain que je ne te refuserai rien que tu me demandes
par amour, tu sais qu'en bourse percée il ne peut rien demeurer? 15 C'est
pour cela que j'ai les mains percées, en signifiant que je donne tout
sans rien retenir. 16 Et souviens-toi, tu sais que le jour du Jeudi Saint je
donnai mon précieux corps à tous mes disciples dans le saint sacrement
de l'autel 17 pour le distribuer comme il convient à tout le genre humain
vivant dans la foi de l'Eglise.
18 Tu sais que cette nuit-là je me donnai pour être arrêté
et battu vilement de plusieurs façons. 19 Tu sais que je donnai mes vêtements
et ensuite me donnai moi-même pour être crucifié ignominieusement.
20 Tu sais que la chose la plus précieuse sous le ciel après moi,
je la donnai à saint Jean l'Evangéliste: 21 C'était ma
très douce vierge mère, dont l'excellence ne peut être mesurée
au ciel ni sur terre. 22 Tu sais qu'ensuite je me suis donné et j'ai
remis mon esprit entre les mains de mon Père.
23 Et ainsi, suspendu à la croix, j'avais tout donné sans rien
retenir 24 excepté un précieux bijou que l'on ne m'avait pas encore
demandé: c'était le royaume de Paradis. 25 Tu sais qu'à
ma droite il y avait un brigand crucifié près de moi en juste
châtiment de ses crimes. 26 Et pour son repentir, parce qu'il me reconnut
comme son créateur, 27 quand il me pria d'avoir pitié de lui,
je lui donnai ce fameux royaume de Paradis que j'avais encore à donner.
28 Tu peux bien voir avec certitude que j'ai les mains percées, car je
donne tout sans rien retenir.
29 Voilà pourquoi je t'ai dit de revenir à moi et que je te donnerais
tout ce que tu me demanderas par amour: c'est que plus je donne, plus je possède.
30 Et j'ai encore plus à donner que tu ne saurais demander. 31 et je
désire encore plus te donner que jamais demandeur ne désira recevoir.
32 Je te prie de te donner tout à moi et je me donnerai tout à
toi.
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Ms 26 f. 45 r.Le bon médecin
goûte ses potions. (Ci 68)
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Le malade est couché" dans un lit remarquablement long. Au pied
du lit le médecin boit à la coupe du remède qu'il vient
de prescrire; son index gauche continue de prescrire et d'expliquer. De même
Jésus pour nous encourager a bu lui-même au calice de la souffrance
et de la mort.
Ci 68 Le bon médecin goûte aux remèdes. 1 Le bon médecin
boit des potions de son malade pour l'encourager à les boire. 2 Le malade
voit ainsi qu'il ne veut pas l'empoisonner, mais qu'il désire vraiment
sa guérison. 3 Le divin Jésus ne nous a jamais donné un
conseil sans l'avoir pratiqué le premier, 4 montrant ainsi qu'il ne voulait
pas nous empoisonner et qu'il ne souhaitait que notre salut. 5 Il nous le démontra
bien en buvant le calice de sa Passion et de sa mort ignominieuse pour notre
salut.
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Ms 26 f. 46 r.Signes d'alliance:
l'arc en ciel (Ci 69); le sacrifice d'Isaac (Ci 70)
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Au sortir du Déluge Dieu donne à Noé l'arc en ciel en gage
d'alliance. Le vague nuage vert en haut de l'image peut difficilement passer
pour un arc en ciel, dont notre texte dit qu'il pointerait sa flèche
en direction du ciel. L'arc en ciel qui doit disparaître quarante ans
avant la fin du monde est pour les chrétiens figure du signe de la croix.
A droite le jeune Isaac est assis paisiblement sur un autel (drapé) et
interroge son père. Abraham lève son glaive pour le sacrifier,
mais un personnage angélique arrête le glaive et montre en bas
à gauche un mouton que l'on sacrifiera.
Ci 69 L'arc en ciel que Dieu donna à Noé. 1 Quand Noé sortit
de l'arche, Dieu lui dit de refaire des maisons. 2 Il répondit: "Ouais,
et vous vous fâcheriez encore contre nous quand il vous plairait?"
3 Dieu répondit: "Noé, je te jure par ma main droite que
jamais plus ce monde ne périra par l'eau. 4 Et pour que tu saches quand
il doit périr, je te mettrai un arc dans le ciel en signe de paix et
d'alliance, qui disparaîtra quarante ans avant le jour du Jugement."
5 La tradition y voit la figure du Fils de Dieu vrai Dieu et vrai homme vêtu
de notre nature humaine. 6 Dès qu'il coula de son côté du
sang et de l'eau sur la croix, il y eut paix et alliance entre Dieu le Père
et tous les hommes qui vivront dans la foi de l'Eglise jusques au Jugement.
7 Nous avons la corde de cet arc de notre côté, ce qui montre qu'il
n'a aucune intention de nous faire du mal ni de tirer contre nous par colère.
8 On voit bien que la corde est de notre côté, car chaque fois
que nous commettons un péché mortel, nous tirons contre lui et
faisons tout ce que nous pouvons pour le tuer. 9 Il est mort une fois à
cause du péché; et si nous ne le tuons pas de nouveau, cela ne
tient pas à nous, mais à lui: car étant la vie de toute
chose, il ne peut plus mourir. 10 Et quand nous nous efforçons de le
tuer, nous nous tuerions nous-mêmes s'il ne nous protégeait et
ne nous ressuscitait par sa bonté 11 dont on ne peut pas plus faire le
compte que des grains de sable de la mer.
Ci 70 Le sacrifice d'Isaac. 1 Le patriarche Abraham accepta de sacrifier son
fils pour obéir à Dieu. 2 Mais un ange lui montra un mouton empêtré
dans un buisson et il l'offrit en sacrifice au lieu de son fils. 3 Cela annonçait
que Dieu le Père accepterait de sacrifier son Fils pour l'amour du genre
humain. 4 Ce mouton empêtré dans le buisson signifiait que le Fils
de Dieu en sa nature divine ne souffrirait pas ni ne pourrait souffrir, 5 mais
que sa nature humaine qu'il prendrait en sa vierge mère souffrirait attachée
à la croix.
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Ms 26 f. 47 v.Le repas de la Pâque
(Ci 71)
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C'est le repas que Moïse a fait prendre aux Hébreux avant leur départ
d'Egypte. Ils mangèrent debout, tenant à la main leur bâton
de voyageur. La table, au centre, est d'ailleurs à la hauteur de leurs
épaules. Il est possible que les deux groupes de convives représentent
les voisins réunis pour ce repas. Le dernier personnage à droite
jette au feu les restes du festin.
Ci 71 L'agneau pascal. 1 L'agneau sans tache qu'il fallait prendre dans l'Ancien
Testament pour le manger à la Pâque 2 est pour nous figure du corps
de Jésus-Christ le véritable agneau sans tache: comme lui, nous
qui le mangeons devons être sans tache.
3 Marquer les deux montants de la porte avec le sang de l'agneau signifiait
que nous devons nous repentir de toutes nos fautes et avoir volonté de
persévérer en l'amour du vrai agneau.
4 Rôtir la viande de l'agneau et non la bouillir dans l'eau, c'est recevoir
le corps de Jésus- Christ en pénitence que l'on fait au feu ardent
de charité et non pas dans l'eau des plaisirs.
5 Manger le pain sans levain, c'est mener une vie qui ne soit pas enflée
d'orgueil. 6 Manger avec des herbes amères, c'est le recevoir dans les
pleurs et dans l'amertume de nos péchés et de sa Passion.
7 Ceindre nos reins, c'est renoncer à tous nos péchés.
8 Etre chaussés, c'est penser à sa cruelle mort et à la
nôtre. 9 Avoir son bâton en main, c'est croire à l'Ancien
Testament et au Nouveau, qui forment une croix: 10 Et cette croix nous permettra
de nous défendre contre toutes les attaques des diables en ressentant
en nous ce que souffrit celui qui nous aime sans mesure.
11 Si l'on ne devait pas être moins de dix pour manger l'agneau, c'est
que personne n'est digne de manger cette précieuse nourriture 12 s'il
n'a la ferme intention de garder à l'avenir les dix commandements de
Dieu mieux qu'il ne les a gardés jusqu'ici. 13 Si l'on devait le manger
à huis clos, c'est que nous ne devons décider de faire une chose
ou de nous en abstenir qu'en considération de l'amour de Dieu. 14 Que
toute la compagnie mange l'agneau dans la même écuelle signifie
que nous devons désirer le profit d'autrui autant que le nôtre.
15 Si on devait le manger en hâte, c'est que, quelque bien que nous fassions,
il ne doit pas nous empêcher de toujours désirer faire plus et
mieux. 16 Si on ne pouvait tout manger, il fallait partager avec les voisins;
17 Cela signifie que si nous goûtons ou comprenons la bonté de
Dieu mieux qu'eux, nous devons la leur enseigner avec soin. 18 Il était
prescrit, si on ne trouvait personne avec qui partager les restes, de les mettre
au feu. 19 C'est à dire: Si nous ne connaissons tous les mystères
du saint sacrement de l'autel, 20 croyons-en du moins ce qu'en enseigne l'Eglise
au-delà de notre compréhension et faisons confiance au Saint-Esprit.
21 Car tout comme le feu raffine l'or et l'argent, le Saint-Esprit efface les
hérésies et les superstitions du coeur de ses fidèles.
22 Il était défendu de briser aucun des os de l'agneau. 23 Cela
signifie que nous ne devons pas jurer par la mort de Dieu ni jurer grossièrement
par lui ni par sa vierge mère ni par aucun de ses saints, 24 car Dieu
nous interdit de jurer, si ce n'est devant un juge quand on y est obligé.
25 Disons seulement oui ou non, car Dieu nous défend de jurer sur les
cheveux de notre tête; car si un cheveu est blanc nous ne le rendrons
pas noir et s'il est noir nous ne le rendrons pas blanc: 26 ils ne nous appartiennent
donc pas puisque nous n'en faisons pas ce qui nous plaît. 27 Tout appartient
à Dieu puisqu'il a tout fait; et il nous défend de jurer sur tout
ce qu'il a fait. 28 Nous avons bien un serment que nous pouvons faire, mais
pas plus: nous pouvons jurer par nos péchés. 29 En effet, s'il
y a quelque bien à notre actif, il appartient à Dieu qui l'a fait
par nous, 30 tandis que nos péchés sont bien à nous: N'hésitons
donc pas à jurer sur nos péchés, car nous ne possédons
en propre rien d'autre.
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Ms 26 f. 49 r.L'ange exterminateur
(Ci 72)
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C'est la dixième plaie d'Egypte. Six arcades représentent des
portes de maisons. A la première porte (qui n'était pas marquée
du signe de Tau du sang de l'agneau pascal) l'ange, ailes déployées,
tue avec une épée le fils aîné de la maison. Les
portes suivantes, dûment marquées du signe de Tau, sont celles
de hébreux, qui, n'ayant rien à craindre, regardent et commentent.
Le signe du sang de l'agneau est figure du signe de croix.
Ci 72 Signe de Tau, signe de Croix. 1 Dieu commanda par son ange aux enfants
d'Israël de faire sur leur porte le signe de Tau avec le sang de l'agneau:
2 Là où ce signe ne serait pas, l'ange mettrait à mort
le fils aîné 3 et là où il serait, Dieu n'exercerait
pas sa dure justice contre les habitants de la maison.
4 Ce signe de Tau annonçait la crucifixion de Notre-Seigneur que nous
devons avoir inscrite dans nos coeurs comme la plus grande assurance que l'on
puisse avoir d'être sauvé. 5 C'est le jeton qui nous donnera accès
à la distribution d'aumônes du roi du ciel. 6 Si quelqu'un n'est
pas muni de ce jeton, il a lieu de craindre de n'être pas reçu
dans l'autre monde.
7 C'est pourquoi saint Paul dit: "Ayons en nous les sentiments qui furent
ceux de Jésus-Christ." 8 Et saint Grégoire dit que la meilleure
garantie qu'une créature humaine puisse avoir de son salut, 9 c'est de
souvent pleurer amèrement de compassion en pensant à tout ce que
Notre-Seigneur a souffert pour l'amour de nous.
10 La croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ fut d'abord connue sous la
forme d'une potence, qui signifiait dans l'Ancien Testament un gibet. 11 Elle
indique que si on voulait s'attacher par amour et se suspendre à ce gibet
en pleurant sur celui qui pour notre amour y fut suspendu, 12 on éviterait
le puant gibet d'enfer.
13 Cette potence signifie aussi une béquille, annonçant que la
croix de Jésus serait une solide béquille qui pourrait empêcher
le genre humain de tomber dans le malheur. 14 Et personne n'est si faible dans
sa lutte contre le péché que cette béquille ne puisse,
s'il veut s'y appuyer avec amour, le soutenir contre tous les diables de l'enfer.
15 Et personne, tant soit-il fort ou savant, ne tombe dans le péché
sinon parce qu'il n'a pas voulu chercher appui et soutien dans cette solide
béquille.
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Ms 26 f. 49 v.Le passage de la
Mer Rouge. (Ci 73)
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A droite le peuple hébreux s'éloigne paisiblement, conduit par
Moïse reconnaissable à ses cornes de lumière (qu'il ne devait
porter qu'après son face à face avec Dieu; mais c'est le meilleur
signe pour l'identifier).
A gauche la Mer Rouge est représentée en plan vertical (Cf. la
baleine folio 33r.) avec des vagues, rouges bien sûr. Dans cette mer on
distingue en transparence des soldats noyés et le Pharaon lui-même,
couronne en tête et vêtu d'un manteau vert.
Ci 73 Mission de Moïse 1 Après avoir quitté la cour du Pharaon,
Moïse entendit la voix de Dieu lui dire: 2 "Va dire au roi Pharaon
qu'il laisse vivre mon peuple en paix dans son royaume. - Ah, Seigneur, répondit
Moïse, qui êtes-vous?" 3 La voix de Dieu répondit: "Je
suis celui qui suis. Tu diras au roi Pharaon: Celui qui est m'envoie vous dire
de laisser son peuple vivre en paix dans votre royaume." 4 Par Moïse
Dieu accomplit plusieurs grands prodiges devant Pharaon, mais il refusa obstinément
de se convertir, tant devant les miracles que devant les paroles.
5 Le nom que se donne Dieu en parlant à Moïse, celui qui est, indique
plusieurs grandes puissances et propriétés qui sont en lui sans
commencement ni fin. 6 Car c'est celui qui est puissant en toutes choses; c'est
celui qui est le très haut et le très humble. 7 C'est celui qui
est le très courtois et le très noble; c'est celui qui est le
très riche et le très généreux, 8 puisqu'en plus
de tous les biens du ciel et de la terre qu'il donne à ses amis, il se
donne lui-même à tous ceux qui veulent bien le recevoir. 9 C'est
celui qui est si beau que tous ceux qui le voient sans cesse ne peuvent se rassasier
de le voir. 10 C'est celui qui est si rempli de pitié, de douceur et
de miséricorde que la bonté qui est en lui ne peut être
mesurée ni par les anges, ni par les hommes. 11 C'est celui qui par Moïse
délivra les enfants d'Israël de la main de Pharaon et leur fit passer
la Mer Rouge tandis que Pharaon s'y noyait avec toute son armée, 12 en
montrant que de la même façon il nous délivrerait dans les
siècles suivants de la domination des diables d'enfer par son cher Fils,
vrai Dieu et vrai homme, et par la puissance de son précieux sang répandu
sur la croix.
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Ms 26 f. 50 r.L'éléphant
est vulnérable par dessous (Ci 74)
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Notre éléphant est très long, il a des pieds de cheval
et son nez semble emmanché d'un pavillon de trompe de chasse. Devant
lui un conducteur plus haut que lui et armé d'un bâton semble le
mener en laisse. Le dos de l'éléphant porte une tour crénelée
et garnie de quatre petits soldats. Agenouillé près de lui, un
jeune homme lui enfonce une épée dans les côtes et le sang
coule, sans que personne s'en émeuve, semble-t-il...
Ci 74 L'éléphant est fort, mais vulnérable. 1 L'éléphant
est un animal fort et ossu, si fort qu'il porte sur son dos un château
garni de soldats. 2 On ne peut le blesser que par dessous et c'est ce que font
les soldats expérimentés. 3 Quand l'éléphant s'écroule,
ceux qu'il porte sur son dos ne doivent pas en mener large. 4 De la même
façon notre Dieu est notre protection, notre refuge, notre château.
Et pourtant nous l'avons mis à mort honteusement par nos péchés.
5 Le fait qu'on ne peut percer l'éléphant que par dessous signifie
que la divinité ne peut être atteinte par nulle souffrance qu'on
lui inflige; 6 mais l'humanité qu'il prit en sa vierge mère a
connu la souffrance dès avant sa Passion et sur la croix.
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Ms 26 f. 50 v.Les charognes attirent
le gibier (Ci 75, 1-5)
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L'oiseleur à gauche referme ses filets sur les oiseaux qui ont été
attirés, dit le texte, par la vue d'une charogne (c'est sans doute la
tache rouge entre deux oiseaux). De même à droite, c'est en amorçant
avec des charognes que le pêcheur prend du poisson. A notre époque
nous jugeons déplacé ce mot "charogne" que notre auteur
applique à la chair de Jésus en croix.
Ci 75 L'oiseau de chasse revient au leurre. 1 Le baptême fait de nous
des hommes libres, 2 mais un excessif amour de la chair peut nous ramener à
la condition d'esclave. 3 Quand Dieu le Père a vu que notre nature nous
inclinait à aimer la chair, il a fait revêtir à son fils
notre pauvre chair pour nous attirer à l'aimer, 4 tout comme certains
fauconniers ou pêcheurs prennent leurs oiseaux ou leurs poissons en leur
présentant des charognes. 5 Si donc nous nous intéressons à
la chair, attachons-nous à la très vierge chair pendue sur la
croix.
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Ms 26 f. 51 v.Le faucon revient
au leurre (Ci 75, 6-9)
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Le chasseur offre de la main gauche le leurre vers lequel le faucon se précipite,
tandis que sa main droite prépare le capuchon pour le retenir. A droite
les chrétiens manifestent au Crucifié le même attachement
que le faucon au leurre.
Ci 75 (suite) 6 Et si quelqu'un est tombé dans la condition servile par
le péché, que ce signal d'amour le fasse revenir en grand repentir
fondé sur vrai amour; 7 Nous pouvons revenir tout comme l'oiseau de chasse
revient au leurre. 8 Et c'est pour nous attirer de cette façon que notre
Père du ciel nous a jeté son leurre qui est son très cher
Fils crucifié. 9 Attachons-nous donc à lui et nous retrouverons
notre liberté; car au Jugement il attirera comme le fer attire l'aimant
tous ceux qui se seront attachés à lui par vrai amour.
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Ms 26 f. 51 v.Le fils que son père
mit à l'école. (Ci 76)
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A gauche un maître enseigne à un écolier assis qui tient
un livre. Dans la scène centrale, c'est l'écolier qui répond
au maître étonné de son savoir. Devenu maître lui-même,
l'écolier enseigne à une personne debout qui admire sa sagesse.
Enfin il siège comme juge et prononce un jugement entre deux plaideurs.
Il faut voir dans l'enfant de cette histoire fictive Jésus que Dieu son
Père mit à l'école de Pauvreté. Il y a obtenu de
si bons résultats que Dieu lui a confié le Jugement final du monde.
Ci 76 Fiction d'un fils mis à l'école. 1 Ici commence une pieuse
fiction qui s'applique à Dieu le Père. 2 Un homme riche mit son
fils à l'école. 3 Il y apprit si bien qu'en peu de temps il devint
maître et enseigna à ses élèves; aussi son père
lui confia sa charge de juge.
4 Quand le divin Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme fut né de
sa vierge mère, Dieu son vrai père le mit à l'école
de pauvreté. 5 Il y apprit si bien qu'en peu de temps il en devint le
meilleur maître; 6 et au bout de trente-deux ans et demi il l'enseigna
à ses élèves comme maître en chaire 7 quand il dit
sur la croix: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"
8 Et c'est une des raisons pour lesquelles son Père du ciel lui a confié
son siège de juge. 9 Et c'est pourquoi il siégera comme juge,
au titre de Fils du Dieu tout-puissant vrai Dieu et vrai homme vêtu de
notre humanité, 10 montrant les traces de ses cruelles plaies en jugeant
les douze tribus d'Israël qu'il a rachetées à ses propres
dépens.
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Ms 26 f. 52 r.Daniel vit un arbre
(Ci 77)
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Daniel, dit notre texte, vit en songe (il dort à gauche) un arbre magnifique
qui abritait une grande quantité d'oiseaux, d'hommes et de bêtes.
Cet arbre figurait l'arbre de la croix dont le pouvoir s'étend sur terre,
au ciel et dans les enfers. On voit trois oiseaux dans l'arbre, au pied de l'arbre
un porc et un mouton et des gens qui admirent cet arbre ( figure, bien sûr,
de la croix). A la racine de l'arbre s'ouvre la gueule béante de l'Enfer
telle que nous l'avons déjà vue au folio 44v où elle laissait
sortir les justes que Jésus avait délivrés.
Ci 77 L'arbre que vit Daniel. 1 Le prophète Daniel vit en songe un arbre
qui montait du plus profond de la terre jusqu'au ciel. 2 Il était chargé
de bons fruits et de belles feuilles et abritait sous son feuillage toute la
terre; 3 et se reposaient dessous ou dedans un grand nombre d'oiseaux, d'hommes
et de bêtes.
4 Telle est la puissance de l'arbre de la croix. 5 Il est puissant en enfer
et au paradis. Car l'enfer lui doit d'avoir perdu les saints de l'Ancien Testament
et au ciel le nombre parfait des anges en sera restauré. 6 Et les saints
hommes y cueillent le fruit de contemplation qui nourrit spirituellement leurs
âmes par la prière et la méditation de la bonté de
Dieu. 7 Les belles feuilles de cet arbre, ce sont les rappels que nous fait
notre mère sainte Eglise des bienfaits de la croix. 8 L'ombre portée
par cet arbre sur toute la terre, c'est la foi chrétienne établie
par cette croix et qui doit régner dans tous les coeurs du genre humain
vivant sur terre; 9 et si elle ne règne pas chez certains, cela ne tient
pas à Dieu, mais à leur mauvaise volonté. 10 Les bestiaux
qui s'abritaient sous cet arbre signifient que certains pécheurs à
la vue courte, qui ne s'intéressent qu'à leur péché,
peuvent obtenir leur salut de cet arbre de la croix 11 pourvu qu'ils veuillent
de leur péché se repentir, se confesser et faire pénitence.
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Ms 26 f. 52 v.La femme qui cherche
son fuseau (Ci 78)
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A gauche la fileuse qui a perdu son fuseau élève une lanterne
pour le retrouver. A droite Jésus élevé sur l'arbre de
la croix est la lumière qui éclaire tout homme en ce monde.
Ci 78 La lumière allumée, image du crucifix. 1 Quand une ménagère
a perdu son fuseau, elle allume sa lampe pour le retrouver. 2 De même
Dieu a voulu que son cher Fils soit accroché en l'air sur l'arbre de
la croix, 3 lui qui était la vraie lumière du ciel et de la terre,
pour retrouver le genre humain qui s'était perdu par le péché.
4 C'est pour cela qu'il avait dit avant sa Passion: "Je suis la lumière
du monde. Celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres,
mais il possédera la lumière de vie."
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Ms 26 f. 53 r.Samson et Dalila (
Ci 79 )
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Dalila debout à l'arrière-plan fait lier Samson pendant son sommeil.
Mais à son réveil Samson rompra tous ses liens sans difficulté.
De même à droite ce n'est pas trois clous de fer qui pouvaient
retenir Jésus sur la croix, mais les liens de l'amour.
Ci 79 Les liens de Samson. 1 Il était terriblement fort, Samson qui brisa
aussi aisément que si elles avaient été pourries, les cordes
de nerfs dont la femme l'avait fait lier pendant son sommeil. 2 Elles étaient
si solides qu'aucune bête n'aurait pu les briser; mais celui qui avait
donné une telle force à Samson était encore plus fort.
3 Nous devons être certains que trois clous de fer n'auraient pas suffi
à le retenir en croix. 4 Mais trois liens d'amour l'y retenaient: Le
premier, c'est qu'il voulait remplir les sièges du ciel que les mauvais
anges avaient laissés vides; 5 le second, qu'il voulait racheter ses
créatures; le troisième, qu'il savait bien que les hommes l'en
aimeraient davantage. 6 C'était là les trois liens qui le retenaient
sur la croix.
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Ms 26 f. 53 v.La saignée
du bras droit guérit le côté gauche. (Ci 80)
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Un opérateur tend un récipient pour recevoir le sang qui jaillit
du bras droit du malade assis. Le malade et l'opérateur tiennent tous
deux en main le même bâton: on peut croire que c'est pour mieux
coordonner leurs mouvements en recueillant le sang. Le malade s'étonne
qu'on le saigne du bras droit pour guérir son côté gauche
malade. Le médecin (à droite) lui démontre que c'est normal.
Ci 80 On saigne le bras droit pour guérir le côté gauche.
1 Le bon médecin fait saigner son malade de son bras droit qui est en
bonne santé pour guérir son côté gauche qui est malade.
2 De la même façon Dieu le Père voulut que son cher Fils
soit cruellement saigné, lui qui était son bras droit bien portant
3 pour nous guérir de notre maladie de péché, nous qui
étions à sa gauche et prêts à être damnés
éternellement. 4 Ainsi par ce traitement coûteux nous a guéris
Dieu le Père qui est le souverain médecin.
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Ms 26 f. 54 r.Dieu a essayé
d'abord le peuple juif. (Ci 81)
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La scène de gauche représente le massacre des prophètes
que Dieu avait envoyés aux juifs. L'autre scène représente
un personnage qui justement avait mis ses gens à l'épreuve avant
de leur confier la clé de ses trésors. Comme les juifs se sont
mal comportés avec les prophètes et même avec son fils,
Dieu s'est tourné vers d'autres peuples pour leur confier la Foi de Baptême.
Ci 81 L'Ancien Testament préparait le Nouveau. 1 Dieu le Père
donna sa loi aux juifs et les fit inviter par ses prophètes dont ils
tuèrent plusieurs. 2 Dieu s'avisa alors que sa loi allait être
perdue, 3 et pour la restaurer il y envoya son cher Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ,
parce que cet héritage était le sien. 4 Envers lui les juifs éprouvèrent
plus de haine qu'ils n'en avaient eu envers les prophètes et ils le firent
mourir honteusement. 5 C'est pourquoi Dieu le Père pouvait dire aux juifs:
"Puisque vous m'avez tué mes prophètes et avez mis à
mort mon Fils, 6 je vous ôterai ma loi pour la donner à d'autres:
S'ils l'observent avec soin, ils n'y perdront rien. 7 Quand Notre-Seigneur Jésus-Christ
vrai Dieu et vrai homme souffrit la mort sur la croix, la loi fut ôtée
aux juifs et donnée à nous qui l'appelons la foi. 8 Ainsi les
Juifs avaient la loi, mais nous pouvons dire sans hésiter qu'ils n'ont
plus de loi..
9 On peut ici se demander pourquoi Dieu n'a pas établi aussitôt
après le péché d'Adam cette foi que nous avons. 10 Cela
peut s'expliquer. Si un riche homme voulait confier les clés de son coffre
à un jeune homme, 11 il conviendrait qu'il l'ait d'abord mis à
l'épreuve pour s'assurer qu'il n'est ni voleur ni malfaisant. 12 C'est
pourquoi Dieu laissa longtemps son peuple vivre selon la loi de nature qui se
résumait en deux points: 13 Ne fais pas à autrui ce que tu ne
voudrait pas qu'on te fasse; fais ce que tu voudrais qu'on te fasse. 14 Quand
Dieu le Père donna sa loi à Moïse, il la lui donna pour lui
et pour tous ceux qui voulaient pratiquer ces deux points de la loi de nature.
15 Car personne ne mérite d'être employé chez un riche homme
s'il fait aux autres ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fasse et s'il ne leur
fait pas ce qu'il voudrait qu'on lui fasse. 16 La loi des juifs, ce n'était
qu'une sorte d'enseignement pour leur apprendre à obéir à
Dieu, éviter ce qu'il défend et faire ce qu'il prescrit. 17 Et
à ceux qui avaient passé toute leur vie en son obéissance
comme de bons serviteurs il donna cette précieuse foi de baptême
que nous avons: 18 ce furent ses saints apôtres et disciples; c'est à
eux qu'il confia les clés de ses trésors. 19 C'est pourquoi il
leur dit: "Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis."
Et ordinairement on confie plutôt ses secrets à ses amis qu'à
ses serviteurs.
20 On trouve donc une explication au fait que Dieu a établi cette précieuse
foi qui est la nôtre si longtemps après le péché
d'Adam. 21 Les patriarches représentent les fondations de l'Eglise et
les prophètes en représentent les murs. 22 Les apôtres sont
les belles colonnes sur lesquels repose l'Eglise; les martyrs le beau matériau
dont elle est construite. 23 Les saints confesseurs sont la toiture dont elle
est couverte; 24 Les vierges et les saints Innocents sont la riche décoration
dont elle doit être ornée. 5 Si donc Dieu avait établi dès
le début de l'humanité la foi de baptême qui est sa vraie
épouse et amie, 26 il aurait ressemblé à celui qui construit
sur un marécage, sans fondations solides. 27 Mais Dieu est si sage et
si clairvoyant dans toutes ses oeuvres qu'on n'y trouve ni qu'il ne peut s'y
trouver rien à reprocher.
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Ms 26 f. 55 v.Le mauvais serviteur;
La mère-poule. (Ci 82)
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Le mauvais serviteur (au centre) a refusé de porter la petite charge
alors que son maître est lourdement chargé. A droite la mère-poule
s'élève en l'air, les ailes étendues, pour défendre
ses petits contre l'oiseau de proie qu'on voit prendre la fuite. De même
Dieu a étendu ses bras sur la croix pour nous protéger.
Ci 82 Le mauvais serviteur. 1 Le mauvais serviteur refuse de porter une petite
charge alors que son maître en porte une lourde. 2 De même Jésus
a subi toutes les souffrances et nous refusons de souffrir.
La mère-poule. 3 En étendant ses ailes (sur la croix) il a vaincu
le diable comme la mère-poule qui s'élève en l'air contre
le milan pour protéger ses poussins. 4 De même Jésus s'est
élevé en l'air les ailes étendues pour nous protéger
contre les diables.
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Ms 26 f. 57 r.Le tir à l'arc
contre le corps du père (Ci 83, 5)
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Un père avait promis à chacun de ses quatre fils qu'il lui léguerait
le même bel arbre que tous désiraient. Après sa mort, pour
les départager, un juge les invite à lier leur père à
cet arbre et à lui tirer une flèche le plus près du coeur.
Deux fils le font. Les deux autres supplient le juge de les en dispenser (scène
de gauche): on les reconnaît comme les fils légitimes. A droite
Jésus en croix est dans la même position que le père lié
à l'arbre. Ceux qui tirent contre son corps seront privés de son
héritage.
Ci 83 Le legs de l'arbre. Le tir à l'arc contre le père. 1 Ici
commence une pieuse fiction qui s'applique à Dieu. 2 Il était
un riche homme qui avait quatre enfants. Parmi les richesses qu'il possédait,
il avait un arbre que chacun des enfants désirait avoir hors part. 3
Et pour leur faire plaisir il le donna à chacun en particulier: au premier
il donna de cet arbre la haut et le bas, au second le vert et le sec, au troisième
le bois tordu et le bois droit, au quatrième le bois mort et le bois
vivant.
4 Quand leur père fut mort, chacun prétendait avoir l'arbre parce
qu'à chacun il en avait donné la totalité. 5 Par ordre
d'un juge ils lièrent le cadavre de leur père à l'arbre
et il fut convenu et garanti que celui qui avec son arc tirerait le plus près
du coeur du père hériterait de l'arbre. 6 Les deux premiers en
tirèrent assez près et les deux autres décidèrent
qu'ils aimaient encore mieux renoncer à l'arbre que tirer contre leur
père. 7 On sut ainsi qu'ils étaient ses vrais fils: ils eurent
l'arbre, les deux autres ayant prouvé leur bâtardise.
8 Ce riche homme représente Dieu 9 qui est père de quatre sortes
de gens et qui possède tous les biens qui sont sous le ciel et au dessus.
10 Il est propriétaire de l'arbre de cette vie présente et il
le donne à qui il lui plaît. 11 Et cet arbre, quatre sortes de
gens dont il est père comptent bien l'avoir, en plus des biens du ciel
s'ils vivent correctement. 12 Et il le donne à tous les quatre comme
le riche homme avait fait pour ses enfants.
13 De cet arbre les grands seigneurs ont le haut et le bas s'ils ne se conduisent
pas correctement: 14 Car s'ils font bien leur métier de grands seigneurs,
faisant droit à chacun sans léser personne, ils seront encore
plus grands au paradis 15 à condition de rendre à Dieu la gloire,
la louange et l'honneur de leur rôle. 16 Et s'ils ne le font pas, ils
doivent d'avoir en enfer, au lieu de cet honneur terrestre et provisoire, une
situation vile et basse pour l'éternité: ils auraient ainsi de
l'arbre le haut et le bas.
17 Les jeunes gens et les voluptueux ont de cet arbre le vert; mais ils ne peuvent
le prendre en bonne justice, 18 car on ne peut aller de délices en délices:
ces gens cueillent leurs fruits avant qu'ils soient mûrs. 19 S'ils ne
changent pas de direction, s'ils ne renoncent pas à leurs plaisirs recherchés
et transitoires pour l'amour de Dieu, ils auront de cet arbre le vert et le
sec, car en enfer on trouve sécheresse et manque de tout bien.
20 Les gens pauvres et bons que l'on écrase, que l'on chasse, qui manquent
cruellement de certains biens, s'ils supportent sereinement pour l'amour de
Dieu leurs peines, leur pauvreté et leurs manques, 21 ont de cet arbre
le tors et le droit, car en supportant pour l'amour de Dieu les ennuis qui sont
passagers on gagne le repos du ciel qui est éternel.
22 Ceux, qui pour accomplir les commandements de Dieu et ses conseils, 23 veulent
pour son amour se soumettre à la règle d'un ordre religieux, qui
veulent user leur corps au service de Dieu et renoncer pour son amour aux agréments
terrestres, 24 ceux-là ont de l'arbre le mort et le vif, puisque pour
l'amour de Dieu ils se font morts à ce monde dans leur mode de vie et
leurs vêtements pour rendre leurs âmes vivantes au ciel éternellement.
25 Comme Dieu voulait que ces quatre sortes de gens puissent être sauvés
en usant comme il faut de l'arbre de notre vie présente qu'il voulut
être attaché à l'arbre de la croix. 26 Et ceux qui par divers
péchés font mauvais usage de cet arbre, ils ressemblent à
ceux qui tirèrent sur leur père et le blessèrent au coeur;
27 ils se font bâtards, exclus de l'héritage, à moins qu'ils
ne se convertissent par vrai repentir, car en ce faisant ils guériraient
les plaies de leur père et celles qu'ils se sont faites à eux-mêmes.
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Ms 26 f. 57 v.Guérison de
Longin (Ci 83a)
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Aux deux extrémités de l'image les bourreaux armés de haches
viennent rompre les jambes des deux larrons crucifiés avec Jésus.
Longin, c'est le soldat armé d'une lance (lonkhé) qui perça
le côté de Jésus dont le sang, dit-on, lui rendit la vue.
Mais notre Longin, agenouillé au pied de la croix et qui touche ses yeux
n'a pas de lance et Jésus n'a pas non plus la blessure au côté
dont parle notre texte. On nous expliquera à la fin que Longin a recouvré
la vue pour avoir dit (or selon Mt 57,54 et Mc 15,39, c'est un mot du centurion)
que Jésus était vraiment le Fils de Dieu. Notre peintre évite
de représenter la blessure au côté. Derrière Longin
on voit trois saintes femmes nimbées, dont la première, qui porte
couronne, doit être sainte Eglise. De l'autre côté saint
Jean l'Evangéliste et derrière lui les juifs qui commentent. A
leurs pieds, une femme semble effondrée; mais comme elle n'est pas nimbée,
nous ne savons qui elle est; le texte n'en parle pas.
Ci 83a Guérison de Longin. 1 Nous sommes inexcusables de ne pas éprouver
d'amour, nous autres qui avons l'avantage d'être chrétiens, 2 alors
que nous savons qu'un aveugle nous a montré avec le fer d'une lance rouillée
la source vive d'amour qui jaillit du coeur de Jésus.
3 L'aveugle qui porta ce terrible coup était chevalier et il avait peut-être
vu autrefois; 4 mais il était aveugle pour nous enseigner que les seigneurs,
laïcs ou non, qui ôtent leur subsistance aux pauvres qui ne peuvent
se défendre 5 ressemblent au chevalier aveugle qui frappa sur la croix
l'homme mort qui naturellement ne pouvait se défendre. 6 Tous ceux qui
agissent mal envers les membres du Christ blessent Notre-Seigneur. 7 Bien qu'ils
soient aveugles, ils peuvent retrouver la vue en restituant s'ils peuvent à
ceux qu'ils ont dépouillés; 8 et s'ils n'en ont pas les moyens,
ils peuvent retrouver la vue par un vrai repentir, 9 à l'exemple de saint
Longin qui, en se repentant et en professant que Jésus était vrai
Dieu et vrai homme, retrouva la vue de son corps et de son âme.
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Ms 26 f. 58 v.Le pélican
(Ci 84); Le berger paresseux (Ci 85)
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A gauche les trois arbres portant trois nids de pélicans représentent
trois actions successives: 1° le pélican attaqué par ses petits
les tue. 2° il se perce le côté pour les ressusciter avec son
sang. 3° les petits reviennent nourrir leur père jusqu'à sa
guérison. Il nous est difficile de dire quelle nourriture ils lui apportent.
A droite un voyageur demande son chemin au berger. Le berger, bâton sous
le bras, quelques moutons à ses pieds, lui indique la route d'un signe
de tête par paresse d'ôter ses mains de ses poches. De même,
nous dit-on, Jésus sur la croix inclinait la tête pour nous montrer
le chemin du ciel. Il semble qu'on puisse voir à droite un renard dormant
dans sa tanière (alors que Jésus n'avait pas où reposer
sa tête).
Ci 84 Le pélican. 1 Parfois, lorsque le pélican revient vers ses
petits, ceux-ci l'attaquent et aussitôt il les étrangle. 2 Ensuite
il se perce le côté pour les ressusciter avec son sang; et les
petits lui rapportent à manger jusqu'à ce qu'il soit guéri.
3 Adam quand il pécha se mit en guerre avec Dieu. 4 Justice le blessa
mortellement et Jésus en répandant son sang sur la croix le ressuscita
5 et nous avec lui qui étions morts à cause de ce péché.
6 C'est pourquoi nous tous ensemble et chacun en particulier nous devons pleurer
sa mort jusqu'au Jugement. 7 Et ainsi nous le nourrirons comme les petits pélicans
nourrissent leur père.
Ci 85 Le berger paresseux. 1 Le berger paresseux indique le chemin avec sa tête
à ceux qui le lui demandent, faute d'énergie pour ôter ses
mains de ses poches. 2 Jésus-Christ était cloué à
la croix: lui qui était le vrai berger, il pencha la tête à
droite pour nous indiquer le chemin du ciel par vraie humilité, 3 comme
s'il voulait nous dire qu'il avait les mains embarrassées, car elles
l'étaient en fait, littéralement. 4 Il voulut incliner la tête
à droite en montrant qu'il voulait faire la paix avec nous, bien que
ce soit nous qui avions commencé la guerre. 5 Les renards et beaucoup
d'autres animaux ont sur terre leur tanière où ils se reposent.
6 Et Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme n'avait rien pour reposer sa
tête sur la croix.
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Ms 26 f.59 r.La descente de croix
et la mise au tombeau. (Ci 86)
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A gauche Jésus détaché de la croix est reçu dans
les bras d'un vieillard (Nicodème ou Joseph d'Arimathie). D'un côté,
deux saintes femmes nimbées; de l'autre, saint Jean soutient le corps
de Jésus dont les pieds sont encore attachés. A genoux, sans doute
Marie-Madeleine.
A droite Jésus est mis au tombeau par Joseph d'Arimathie et un jeune
homme (peut-être saint Jean, mais sans nimbe). Derrière le tombeau,
deux saintes femmes dont l'une se lamente. L'autre est probablement Marie, qui
joint les mains.
Ci 86 La descente de croix et la mise au tombeau. 1 On voit ici Joseph d'Arimathie
et Nicodème descendre Jésus de la croix à l'heure de Vêpres
2 et le déposer dans un sépulcre neuf après avoir lavé
ses cruelles plaies. 3 Pourquoi le mirent-ils dans un sépulcre neuf?
C'est parce qu'ils ne voulaient pas que les juifs puissent dire 4 qu'il était
ressuscité par le mérite de celui qui y aurait été
déposé avant lui et non par son propre mérite. Il y fut
déposé à l'heure de Complies.
5 On voit ici que sa malheureuse mère, qui tant de fois l'avait embrassé
de son vivant, l'embrassa mort dans le sépulcre. 6 Nous voudrions l'avoir
veillé toute la nuit, comme nous faisons quand nous perdons un ami. 7
Et, bien que nous n'y ayons pas été, il convient que nous portions
son deuil comme si nous y avions été présents. 8 Car il
avait souffert pour notre profit à nous qui venons bien après,
autant que pour le profit de ceux qui y étaient présents.
Ci 86a Horloge de la Passion. 1 Notre-Seigneur fut arrêté à
Minuit et traîné devant plusieurs juges entre Minuit et Prime.
2 Il fut ramené devant Pilate à Prime et battu au poteau entre
Prime et Tierce. 3 Puis Pilate le fit vêtir de pourpre et asseoir sur
une chaise, un roseau à la main et couronné de la couronne d'épines
comme un roi de comédie, en disant: "Voici votre roi." 5 Pilate
faisait cela pour que les juifs s'en contentent; et comme ils ne s'en contentèrent
pas, il les en laissa décider, comme nous l'avons montré plus
haut. 6 Il fut condamné à la croix à l'heure de Tierce
et fut crucifié à Midi. 7 Il parla sept fois suspendu sur la croix
entre Midi et None, comme on le raconte ailleurs dans ce livre. 8 Il mourut
à l'heure de None et eut le côté percé par Longin
entre None et Vêpres; 9 il fut descendu de la croix par Joseph et Nicodème
à l'heure de Vêpres; on lui lava ses cruelles plaies entre Vêpres
et Complies; et il fut mis au sépulcre à l'heure de Complies.
10 Et parce qu'à toutes ces heures il a subi pour nous ces souffrances,
notre mère sainte Eglise qui est sa vraie épouse et amie 11 a
chargé ses fils et ses filles de le louer à chacune de ces heures
où il souffrit pour nous. 12 C'est pourquoi nous autres, en commun ou
en privé, nous devons tous, clercs ou laïcs, chanter pieusement
ses louanges à toutes ces heures et compatir aux souffrances qu'il a
endurées; 13 car celui qui chante ou récite tous les jours l'office,
au choeur ou à l'extérieur, sans éprouver de compassion,
il prend les choses trop à la légère. 14 Dieu veuille nous
accorder la grâce de nous en acquitter désormais mieux que par
le passé.
Ci 87 Les bontés de Dieu pour nous. 1 On énumérera ici
un certain nombre de faveurs que Dieu nous a faites et que nous devons nous
garder d'oublier. 2 Dieu nous fit pour que nous l'aimions; il s'abaissa pour
que nous montions; il fut homme pour nous ressembler; 3 il fut petit pour nous
grandir; il fut pauvre pour nous recueillir; il jeûna quarante jours et
quarante nuits pour nous donner l'exemple de la pénitence. 4 Il eut faim
pour nous rassasier; il voulut être tenté pour nous donner courage.
5 Il prêcha plus d'une fois de sa propre bouche afin de nous enseigner
sa foi. 6 Il voulut être vendu pour nous racheter; il nous donna son corps
au saint sacrement de l'autel pour demeurer éternellement avec nous.
7 Il pria son Père du ciel le soir du Jeudi Saint pour nous obtenir la
grâce. 8 Ce soir-là il sua le sang pour mettre un terme à
notre maladie de péché. Il fut emprisonné pour nous libérer
de prison. 9 Il voulut avoir les yeux bandés pour ouvrir les yeux de
nos intelligences. 10 Il fut mené devant plusieurs juges pour nous préserver
des puants jugements d'enfer. Il fut dépouillé de ses vêtements
pour nous rendre la robe d'innocence qu'Adam nous avait perdue. 11 Il fut lié
pour nous délier des liens de péché. Il fut battu au poteau
pour nous éviter les châtiments éternels de l'enfer. 12
Il fut couronné d'épines pour nous couronner de gloire au ciel.
13 Il porta sa croix pour nous apprendre à porter la croix de la pénitence.
Il fut crucifié pour nous sauver. 14 Il fut élevé en l'air
tout nu sur la croix pour nous apprendre à nous abaisser. Il fut blessé
pour nous guérir. 15 Il fut traité avec mépris pour nous
rendre la dignité. Il mourut dans la honte pour nous faire vivre.
16 Toutes ces faveurs qu'il nous a faites doivent être solidement empreintes,
scellées, inscrites dans nos coeurs sans plus jamais s'en effacer. 17
Car ce sont des pierres et des catapultes, des portes et des barres de fermeture,
et des boucliers solides pour nous défendre contre toutes les attaques
du diable. 18 Car si nous gardions en mémoire tout ce qu'il a fait pour
nous, combien il nous aime et combien nous lui avons coûté, 19
nous éviterions très soigneusement de transgresser ses commandements.
20 Car il est notre gardien et notre intermédiaire dans toutes nos difficultés.
Ci 88 Le Christ-moyen. 1 Voici toutes les manières où Jésus
a été "moyen" pour notre amour. 2 Il fut moyen (c'est
à dire central) dans le sein de sa mère. Il le fut aussi dans
la crèche des deux bestiaux. 3 Il le fut encore entre sa mère
et les bergers. Il le fut à sa circoncision, au milieu des officiants.
4 Il le fut entre sa mère et les rois mages. Il le fut entre sa mère
et le vieillard Siméon. 5 Il le fut entre sa mère et les docteurs
de la loi quand elle le retrouva au temple. 6 il le fut aux noces de Cana quand
il changea l'eau en vin. Il le fut entre Moïse et Elie à sa Transfiguration.
7 Il le fut chez Simon le pharisien quand il pardonna à Marie-Madeleine
ses péchés. 8 Il le fut parmi ses disciples à la Cène.
Il le fut parmi ceux qui jouaient à colin-maillard à ses dépens.
9 Il le fut entre les deux bourreaux qui le flagellèrent au poteau. Il
le fut au milieu du jour où il fut crucifié (à midi). 10
Il le fut encore en se faisant crucifier au centre du monde ou à peu
près. Il le fut sur la croix entre les deux larrons. 11 Il fut au centre
de son sépulcre. Il fut au milieu entre les deux pélerins d'Emmaüs,
le soir de Pâques. 12 Ce même jour, il fut au milieu de ses disciples
quand il leur apparut en disant: "Paix à vous". 13 Il était
au centre le jour de l'Ascension quand il s'éleva au ciel du milieu de
ses disciples. 14 Il était intermédiaire le jour de la Pentecôte
quand selon sa promesse il envoya le Saint-Esprit à ses apôtres
et disciples pour les échauffer de son amour et leur apprendre toutes
les langues. 15 Il est au centre de la Trinité. Il est et sera éternellement
intermédiaire entre Dieu le Père et le genre humain.
16 C'est pourquoi il est écrit: "Bienheureux ceux qui tiennent le
juste milieu." et aussi: "La vertu se situe au milieu." Car il
est le total de toutes les vertus. 17 Aimons-le donc parfaitement. Si nous le
faisons, nous tiendrons le juste milieu. 18 Ainsi il nous aura tous et nous
l'aurons tous.
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Ms 26 f. 62 v.Multiplication des
cinq pains (Ci 88a)
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A gauche Jésus derrière de grandes corbeilles recueille les restes
de pain quand tout le monde a mangé. Au centre, le premier personnage
de la foule, celui qui offre un plat au disciple, doit être cet enfant
qui avait apporté cinq pains et deux poissons. Notre texte précise
que les gens sont assis sur le foin; l'image nous montre une nappe étendue
sur leurs genoux (ou devant?) et le geste de leurs mains exprime l'admiration.
Ci 88a Multiplication des cinq pains. 1 Quand un peintre prépare un bon
tableau, il le dessine d'abord avant d'y étaler les précieuses
couleurs. 2 Tout ce que Jésus a fait et déclaré avait une
signification dans le passé, le présent ou l'avenir et parfois
même dans ces trois temps. 3 A cause des miracles qu'il faisait en ressuscitant
les morts, en guérissant les malades, en nourrissant les pauvres, 4 pour
voir ces miracles comme pour entendre son enseignement, trois sortes de gens
le suivaient: 5 les uns pour profiter de lui, d'autres pour le critiquer, les
autres pour l'écouter.
6 Le jour où il multiplia les cinq pains, il demanda à saint Philippe
pour l'éprouver 7 avec quoi on nourrirait cette foule de gens qui le
suivaient. 8 Il répondit: "Deux cents deniers de pain ne suffiraient
pas pour que chacun en ait une bouchée." 9 Jésus aurait pu
lui répondre s'il avait voulu: 10 "Après ce repas matériel
que je veux faire ici, 11 j'en ferai spirituellement un si grand que tout le
monde en sera rassasié si sa mauvaise volonté ne le retient."
12 Et pourtant Judas donnera pour trente deniers celui dont on fera ce repas
spirituel.
13 Dans cette foule en question il y avait un enfant qui avait apporté
cinq pains et deux poissons pour son casse-croûte. 14 Depuis, cet enfant
devint un de ses bons disciples et on l'appelle saint Memmie de Châlons.
15 Cet enfant symbolisait la vierge Marie qui garda toute sa vie pureté
et innocence, 16 par qui nous vint Jésus que représentaient les
cinq pains d'orge et les deux poissons, qui par nature sont froids; 17 car elle
le porta et enfanta vierge, sans aucune chaleur ni le moindre péché;
et il fut arrêté comme on prend les poissons. 18 En effet on attrape
les bêtes sauvages pour les dégâts qu'elles font ou bien
pour les manger, 19 tandis que les pécheurs ne prennent pas les poissons
pour les dégâts qu'ils font; mais pour gagner leur vie. 20 C'est
de cette façon que fut arrêté Jésus, qui ne pouvait
pas faire le mal ni même le désirer; 21 mais la valetaille qui
se saisit de lui sans motif fit comme les pécheurs: ils y gagnèrent
leur vie. 22 En effet la plupart d'entre eux se convertirent et furent sauvés
parce que Jésus avait sauvé pour eux son Père du ciel.
23 Les cinq pains, qui étaient d'orge, annonçaient que ses cinq
plaies seraient plus cruelles que les autres; 24 car si on donnait une seule
gifle à un roi, ce serait un affront plus grave que quatre gifles à
un pauvre particulier. 25 Et de fait, ces cinq plaies furent laides et très
cruelles.
26 Quand saint Philippe eut répondu à Jésus que deux cents
deniers de pain ne suffiraient pas, 27 celui qu'on appelle le plus gentil des
saints, à savoir saint André, 28 dit qu'il y avait dans la foule
un enfant qui avait cinq pains et deux poissons, mais que ce ne serait rien
pour tant de gens. 29 Il représentait l'Amour qui fit descendre Jésus
du ciel sur la terre pour y mourir.
30 Jésus leur commanda de s'asseoir sur le foin: cela signifie que personne
ne mériterait d'être nourri au grand repas de sa Passion 31 s'il
ne reconnaissait être de nature aussi fragile que le foin qui au matin
est vert et au soir foin. 32 Nous devons donc tous reconnaître notre humble
condition devant Dieu, nous qui sommes d'une condition encore plus fragile que
le foin: 33 car nous pouvons être un jour en bonne santé et le
lendemain puants et pourris, tandis que le foin sent bon.
34 Quand ils furent rassasiés, Jésus dit: "Recueillez les
restes pour les mendiants; que ce ne soit pas gaspillé." 35 Il faut
comprendre qu'il commandait à ses disciples de retenir ses actes et ses
paroles pour nous nourrir et nous faire entrer dans sa foi, 36 nous qui sommes
venus plus tard et ceux qui viendront jusqu'au Jugement dernier. Et ils lui
obéirent. 37 Les douze corbeilles pleines qui restèrent de ce
repas représentent les douze articles de la foi qui se succèdent
à partir de la sainte Trinité 38 et de sa vie en détaillant
sa Nativité, sa Passion et sa glorieuse Résurrection. 39 Ces douze
articles, il nous les a donnés par ses disciples pour régler notre
vie religieuse. 40 Car si nous ne croyons pas tout, nous ne croyons pas assez;
et si nous croyons davantage, nous croyons trop.
41 S'il nourrit cinq mille hommes (sans compter les femmes et les enfants) avec
ces cinq pains et ces deux poissons, 42 c'était pour nous dire que les
hommes de bonne volonté de cinq mille ans et plus, jusqu'au Jugement,
seront tous sauvés par sa Passion si toutefois ils n'y font pas obstacle,
car ce n'est pas Dieu qui sera défaillant.
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Ms 26 f. 64 r.Capture de la licorne
(Ci 89)
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La licorne, dont la corne pointe vers la droite, est appuyée comme un
chien sur les genoux d'une des jeunes filles qui l'ont attirée par leur
chant. L'autre jeune fille la perce d'un épieu. Le coffre-banc, qui permet
à la jeune fille de s'asseoir pour recevoir la licorne "en son giron"
montre que le peintre a oublié que la scène se passe dans les
déserts.
Ci 89 Capture de la licorne. 1 Pour capturer une licorne, deux pucelles vont
chantant par le désert. 2 La licorne, captivée par la douceur
de leur chant, s'endort au giron de l'une d'elles. 3 La seconde prend un glaive
et la tue; et la première, sur laquelle elle s'est endormie, recueille
son sang. 4 Ce sang sert à teindre les étoffes précieuses;
on dit même qu'il n'y a pas de plus belle soie que celle que l'on a teinte
avec du sang de licorne ou d'éléphant.
5 Ces deux pucelles représentent la loi des juifs et notre mère
sainte Eglise, au giron de qui Jésus-Christ s'endormit, séduit
par leur chant. 6 La loi des juifs le tua par le glaive de sa haine et notre
mère sainte Eglise, au giron de qui elle s'endormit, en recueille. 7
Avec ce sang ont teint leurs vêtements ceux qui au ciel suivent l'agneau,
c'est à dire les martyrs et les Innocents. 8 Et tous ceux que ce sang
a rachetés y doivent souvent teindre leur coeur en méditation
compatissante; 9 personne ne devrait s'en abstenir, car c'est le chemin le plus
court et le plus sûr pour aller au ciel.
Ci 90 Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez. 1 Jésus dit
à ses disciples bien longtemps avant sa Passion: 2 "Heureux les
yeux qui voient ce que vous voyez . 3 Des rois et des princes ont désiré
entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu, voir ce que vous voyez
et ne l'ont pas vu." 4 Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez,
voici comment il faut comprendre ces mots: 5 Quand nous entendons chanter la
nuit de Noël qu'un enfant nous est né, un fils nous est donné
et que nous voyons le corps de Jésus-Christ au saint sacrement de l'autel,
6 nous entendons et nous voyons ce que les gens de l'Ancien Testament ne pouvaient
entendre ni voir. 7 Aussi sommes-nous encore plus tenus qu'eux à aimer
Dieu. 8 Nous avons deux yeux qui voient les choses présentes; nous en
avons aussi deux au coeur qui voient le passé et l'avenir. 9 C'est de
ces deux yeux-là que regardaient les apôtres quand Jésus
leur dit: "Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez." 10
Il voulait dire que ceux qui regarderaient avec autant de sagesse que les apôtres
partageraient avec eux la bénédiction éternelle.
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Ms 26 f. 65 r.Le plus grand commandement
(Ci 90, 11-15)
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A gauche un groupe de neuf apôtres nimbés sont assis sur un banc
avec Jésus qui répond à un juif debout. A droite, c'est
la début de la parabole du Bon Samaritain: Un homme (dont on voit tout
juste une main pendante) est dépouillé par deux voleurs; l'un
lui enlève son manteau en le lui passant par dessus la tête, l'autre
semble lever la main pour le battre.
Ci 90, 11-15 Le plus grand commandement. 11 A ce moment-là un docteur
de la loi demanda à Jésus quel était le plus grand commandement
de la loi. 12 Il répondit: "Qu'y a-t-il d'écrit dans ta loi?
- Il y est écrit: 13 Aime Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme,
de toute ta pensée, de toute ta force, et autant ton prochain que toi-même."
14 Jésus lui dit: "Fais cela et tu vivras." Le docteur de la
loi lui demanda: "Seigneur, qui est mon prochain?" Jésus répondit:
15 "Un homme allait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba
aux mains de voleurs qui le dépouillèrent, le blessèrent
et le laissèrent à demi mort."
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Ms 26 f. 65 v.Le bon samaritain
(Ci 90, 16-47)
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La victime des voleurs de l'image précédente est étendue
par terre. Deux personnages tonsurés sont passés dignement sans
le regarder. Au centre de l'image, le bon samaritain a placé la victime
devant lui sur son cheval. A droite il le confie à l'aubergiste en lui
remettant une bourse pour qu'il prenne soin de lui. On notera la différence
de taille entre ces trois personnages.
Ci 90 le bon samaritain 16 Par là passa un prêtre, qui n'eut pas
pitié de lui; un diacre qui passa ensuite n'en fit pas plus. 17 Un samaritain
passa par là, qui eut pitié du blessé, versa sur ses plaies
du vin et de l'huile et le plaça devant lui sur sa monture. 18 Il le
confia au chef d'étape en disant: "Mon ami, aie soin de ce blessé.
Voici deux deniers, et si tu dépenses davantage, je te rembourserai à
mon retour." 19 Dites-moi, maître, qui fut le plus prochain du blessé:
le prêtre, le diacre, ou le samaritain?" 20 "Celui qui eut pitié
de lui fut le plus prochain, dit le maître. - Faites-en donc autant à
tous ceux qui auront besoin de vous, répondit Jésus."
21 Il faut interpréter cette parabole. L'homme qui allait de Jérusalem
à Jéricho, c'est Adam; 22 car quand il fut créé
par la Trinité, il fut fait en vision de paix, et c'est ce que signifie
Jérusalem. 23 Quand il eut péché il passa de Jérusalem
à Jéricho, qui signifie vallée de péché.
24 Il tomba aux mains des diables qui le dépouillèrent de la robe
d'innocence, le blessèrent de plusieurs péchés mortels
25 et le laissèrent à demi mort; car quand nous avons péché
mortellement, bien que nous serions damnés si nous mourions en cet état,
26 nous ne sommes pourtant pas entièrement morts et pouvons être
ressuscités par un vrai repentir et une bonne confession; c'est pourquoi
il demeura à demi mort. 27 Les patriarches qui vinrent ensuite, Abraham,
Isaac, Jacob et les autres patriarches, si saints qu'ils aient été,
28 ne purent cependant guérir Adam de sa maladie de péché,
parce qu'ils n'apportaient pas la clé d'enfer pour l'en délivrer,
ni celle de paradis pour l'y faire entrer. 29 Vinrent ensuite les prophètes,
qu'on appelle ici diacres parce que, quand un évêque ordonne un
diacre, il lui dit: "Fils, reçois le Saint-Esprit." 30 Et bien
que les prophètes aient eu le Saint-Esprit, ils ne purent guérir
Adam de sa maladie.
31 Ensuite vint Jésus de si haut que le sein de son Père sur la
terre. 32 Il se donne ici le nom de samaritain, car samaritain signifie gardien
et il était venu pour retrouver et réparer ce qui avait été
mal gardé. 33 Il eut, lui, pitié d'Adam et lui versa sur ses plaies
du vin et de l'huile quand il blâma les péchés avant de
les pardonner. 34 C'est ce que signifie la crosse d'un prélat, qui est
aiguë par le bas et crochue par le haut, pour attirer le pécheur
avec douceur: on doit le piquer en lui montrant le danger de son péché,
35 et ensuite le traiter doucement en lui donnant l'absolution et en lui représentant
la bonté de Dieu et sa miséricorde qui ne peut être mesurée.
36 S'il porta le blessé devant lui sur sa monture, nous devons penser
à son corps humain qui trente-deux ans supporta la pénitence et
la souffrance pour l'amour de nous; 37 et nous en profiterons si nous n'y mettons
pas d'obstacle, car la monture travaille pour son maître.
38 Ainsi Jésus-Christ fut notre monture et son Père du ciel l'envoya
travailler pour nous. 39 Et ce fut une des raisons pour lesquelles il pencha
la tête sur la croix, comme s'il voulait nous dire: 40 "Je suis fort
chargé, car je porte sur mon dos les péchés de tout le
genre humain." Il porta donc le blessé sur sa monture. 41 Ensuite
il nous confia à la garde de saint Pierre et de tous ceux qui ont la
gérance de l'Eglise. Il les appelle ses chefs d'étape comme il
nous appelle ses brebis, 42 car de même que la brebis laisse son fumier
à l'étape, nous devons laisser nos péchés au confessionnal;
43 celui qui les en rapporte n' a pas su en tirer profit, il n'est pas une vraie
brebis du Seigneur. 44 Les deux deniers qu'il donna au chef d'étape,
c'est connaissance du bien et du mal; ou bien c'est l'Ancien Testament et le
Nouveau. 45 S'il dit: "Et si tu y dépenses plus que les deux deniers,
je te rembourserai à mon retour," 46 c'est que, quand il reviendra
tenir son Jugement, chacun sera glorieusement payé selon ses actes. 47
Pas plus qu'il n'oubliera les méchantes ouvres des damnés il n'oubliera
les bonnes oeuvres des élus.
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Ms 26 f. 67 v.L'eau de l'oiselet
(Ci 91)
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Deux maîtres juifs préparent cette eau rituelle. L'un des deux
oiseaux a été immolé dans le bassin. L'autre, baigné
dans l'eau a été libéré et s'envole. A droite on
voit un lépreux, que cette eau (prescrite par le Lévitique 14,5)
servait à purifier.
Ci 91 Préparation de l'eau purificatrice des lépreux. 1 Dans l'Ancien
Testament on prenait deux petits oiseaux, on en tuait un et on faisait couler
son sang dans un bassin d'eau claire. 2 Avec ce sang on mouillait une aile de
l'autre petit oiseau, qu'on laissait s'envoler: on se servait de ce sang mélangé
à l'eau pour la guérison des lépreux.
3 L'eau claire signifiait dans les vues de Dieu le baptême qui doit son
efficacité au sang répandu sur la croix. 4 L'oiseau qu'on libérait
après avoir plongé son aile dans le sang signifie la divinité
de Jésus qui dans sa Passion ne souffrit rien et ne peut souffrir. 5
On en guérissait les lépreux en signifiant que l'eau du baptême
tirerait son efficacité de la Passion. 6 Car tout comme cette eau guérissait
la lèpre du corps, l'eau du baptême guérirait encore plus
parfaitement la lèpre des âmes.
7 Nous devons croire fermement que si un juif ou un païen avait passé
toute sa vie (soixante ans ou plus) dans les plus affreux péchés
8 et qu'en grande foi il reçoive le baptême en se repentant de
ses péchés et en se proposant de vivre en bon chrétien,
9 si par hasard il trouvait la mort dans un accident ou si quelqu'un le tuait
sans raison, 10 le baptême qu'il aurait reçu a tant de puissance
qu'il irait au paradis sans délai de pénitence, 11 tant est grand
le pouvoir que le baptême tient du sang de Jésus-Christ.
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Ms 26 f. 68 v.L'agneau mystique
(Ci 92)
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A droite, l'agneau mystique au nimbe crucifère, qui porte une croix en
guise de lance à l'enseigne déployée, représente
Jésus qui a vaincu la mort en mourant lui-même.
A gauche, combat de deux animaux qui rappellent la licorne du folio 64... En
effet, il n'était pas facile de peindre un combat dans lequel l'agneau
tue la mort.
Ci 92 La victoire sur l'enfer. 1 Jésus est l'agneau auquel notre mère
sainte Eglise fait allusion dans la préface de Pâques. 2 C'est
lui qui, à ses propres dépens, a détruit les péchés
du monde quand par sa mort innocente il a détruit notre mort, 3 en accomplissant
la parole d'Osée le prophète qui avait annoncé qu'il mordrait
enfer: c'est ce qu'il fit.
4 Quand une fourmi mord une pomme, elle en laisse plus qu'elle n'en emporte.
5 De même, il ne fit sortir d'enfer que ses élus: Cela ne tenait
pas à son impuissance, mais à la mauvaise volonté des autres.
6 Car personne n'est damné que par sa faute.
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Ms 26 f. 69 r.Un père paie
les dettes de son fils (Ci 93)
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La tour-porte à gauche représente l'auberge; le cercle pendu à
un bâton au dessus de l'image signifie qu'il y a du vin à vendre
(Cf. folio 131r.). L'aubergiste est sorti et son index rappelle la dette du
fils: trois deniers. Le père donne une pleine bourse d'argent, ce qui
est beaucoup trop. Moralité: Dieu a racheté les hommes avec la
même générosité.
Ci 93 Les mérites surabondants de la Rédemption. 1 Jésus-Christ
est semblable à un grand personnage 2 qui pour trois deniers que son
fils avait dépensés donna à l'hôte une pleine bourse
d'argent. 3 Car s'il n'avait répandu qu'une goutte de son sang, c'était
suffisant pour racheter le monde; mais il voulut le verser entièrement.
4 C'est sur cette libéralité folle de Dieu que sont fondés
les sept sacrements de l'Eglise et spécialement l'efficace sacrement
de confession. 5 Le sang qu'il répandit à la Circoncision, le
sang des saints innocents et de saint Jean-Baptiste, 6 la surabondance de son
sang sur la croix, le sang des martyrs, le grand mérite des confesseurs
et des vierges, 7 c'est là que sont prises les indulgences que l'Eglise
dispense, le pape d'abord et les prélats après lui. 8 Du trésor
de confession le pape détient la maîtresse clef et chaque prêtre
un loquet, 9 car la sainte Eglise retient les cas graves à bon escient,
mais à l'article de la mort tous leurs pouvoirs sont égaux.
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Ms 26 f. 69 v.Le parcheminier (Ci
94)
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A gauche le parcheminier gratte son parchemin tendu dans un cadre en prenant
grand soin de ne pas le percer. A droite un saint homme en extase demande à
Dieu de lui révéler le nombre des plaies de Jésus (la réponse
fut: 5470). Etant donné qu'un seul accroc dans un parchemin lui ôte
toute valeur, Dieu ferait un mauvais parcheminier.
Ci 94 Exemple du parcheminier. 1 Si le parcheminier perçait son parchemin,
il ne pourrait le vendre, il devrait en faire cadeau. 2 Bien que Jésus
ait su toute chose, il nous a laissé croire qu'il ne savait pas faire
le parchemin. 3 Car il fut maltraité et étiré sur la croix
à la façon dont le parcheminier étire son parchemin, mais
il ne lui resta pas de peau sans blessure.
4 Il y eut un jour un saint homme qui priait pour savoir le nombre de ses plaies.
5 Une voix du ciel lui répondit: "Calcule le nombre de jours qu'il
y a dans quinze ans: tu en sauras le nombre." Cela fait cinq mille quatre
cent soixante-dix. 6 Cela montrait bien qu'il ne savait pas faire le parchemin.
7 Il voulut être étiré sur la croix comme pour être
mis en vente, 8 mais il était tellement rompu, percé, déchiré,
que personne ne voulut ni ne veut encore l'acheter. 9 Et comme on ne veut pas
l'acheter, il est disposé à se donner à tous ceux qui veulent
le recevoir, 10 car il a bien plus à donner que nous n'oserions demander
11 et il est plus désireux de se donner à nous que nous de le
recevoir.
Ci 95 Les quatre spécialités de Dieu. 1 Il y a quatre choses que
Dieu aime faire: 2 aimer, donner, pardonner, récompenser. 3 Il lui plaît
d'aimer ses amis, de leur donner ce qu'ils demandent, 4 de pardonner leurs torts
et de leur donner leur récompense. 5 Bien qu'il sache et puisse faire
n'importe quoi, ce sont les quatre choses qu'il aime le mieux faire. 6 Ce sont
les quatre métiers de Dieu, dont il est le spécialiste.
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Ms 26 f. 70v.Le lion ressuscite
ses lionceaux ( Ci 96)
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A gauche, la lionne regarde son lionceau tout blanc, inanimé. Mais le
troisième jour le lion se penche sur lui et son rugissement lui rend
la vie. Au centre, Jésus ressuscité sort de son tombeau. A droite,
les gardes dorment profondément.
Ci 96 Le lion ressuscite ses lionceaux. 1 Quand la lionne veut faire ses petits,
elle vomit un morceau de viande et elle monte la garde auprès de lui
pendant trois jours. 2 Au bout de trois jours, selon la volonté de Dieu,
le rugissement du lion en fera un lionceau vivant. 3 C'est là une figure
de la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 4 Car de la
même façon son corps resta trois jours humainement mort et couché
dans le sépulcre, 5 gardé par notre mère sainte Eglise
qui était dans le coeur de ceux qui l'y déposèrent pieusement.;
6 et au bout de trois jours le puissant lion Dieu le Père ressuscita
son cher Fils à l'insu des trois soldats qui le gardaient.
7 Le troisième jour, il apparut cinq fois selon l'évangile, vraiment
ressuscité. 8 C'est pourquoi le prêtre en disant la messe se retourne
cinq fois vers l'assistance comme le prescrit notre mère sainte Eglise.
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Ms 26 f. 71 v.La noble veuve (Ci
97)
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La noble dame est couchée en son lit et montre à ses cinq enfants
l'écu de feu son mari qui par sa bravoure lui a reconquis son héritage.
Cette dame figure sainte Eglise honorant la mémoire de la Passion du
Christ. L'écu est chargé de tous les "instruments" de
la Passion. Ce sont les tenailles et les trois clous du crucifiement, la main
qui donna la gifle, un vase (= vin mêlé de fiel?), la couronne
d'épines, le bandeau que les gardes avaient mis sur les yeux de Jésus,
l'échelle de la descente de croix qui partage verticalement l'écu,
la lance de Longin, l'éponge qui fut présentée au crucifié,
les menottes, le marteau du crucifiement et le fouet de la flagellation.
Ci 97 Le fils de roi qui rétablit une dame veuve. 1 Il était une
dame veuve que ses ennemis voulaient dépouiller de son fief. 2 Le fils
du roi, ému de pitié, l'épousa et entreprit de défendre
son fief. 3 Il eut tant à faire qu'il mourut au combat, non sans avoir
reconquis ce qu'on lui avait pris et remporté une victoire décisive.
4 Son écu portait d'argent billeté d'azur à cinq rosettes
de gueules. 5 Quand la noble dame sut que son cher seigneur et époux
était mort pour défendre son droit, 6 elle prit l'écu de
son mari et le suspendit avec toutes ses armes devant son lit. 7 Et chaque fois
qu'elle les voyait, elle pensait à la noble conduite de son mari 8 qui
avait trouvé la mort en lui défendant son fief: cette pensée
la faisait pleurer. 9 Et elle recommandait à ses enfants de graver dans
leur coeur les armes de leur cher père qui avait été tué
en défendant leur héritage.
10 Cette noble dame veuve, c'est notre mère sainte Eglise qui était
au pouvoir des païens 11 quand le fils du roi du ciel Jésus-Christ
vrai Dieu et vrai homme vint du sein de son Père sur la terre 12 et pour
rendre à sainte Eglise la noblesse de sa condition libre, il voulut l'épouser
13 quand il reçut le baptême de saint Jean-Baptiste dans le Jourdain
à l'âge de vingt-neuf ans et treize jours. 14 Et ensuite, pour
restaurer les droits de sainte Eglise, il fut cruellement mis à mort
dans sa Passion et lui vainquit tous ses ennemis.
15 C'est pourquoi notre mère sainte Eglise nous prie, nous ses enfants,
de graver cet écu en nos coeurs 16 et nous garantit que si nous l'y gravons
nous vaincrons tous nos ennemis, nous serons victorieux dans tous nos combats.
17 On y trouve en effet tous les outils qui servirent au crucifiement de Jésus-Christ.
18 Nous devons nous souvenir de l'écu billeté d'azur aux cinq
rosettes de gueules. 19 Car ce sont les méchants coups qu'on lui donna,
dont certains lui ont laissé des marques et des meurtrissures. 20 Et
les cinq rosettes sont les cinq cruelles plaies qui doivent être définitivement
gravées dans le coeur des vrais fidèles.
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Ms 26 f. 72 r.Le bouc émissaire.
(Ci 98)
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A gauche s'enfuit parmi les rochers de la montagne le chevreau chassé
à coups de bâtons par deux jeunes gens. Il est possible qu'il porte
lié autour de ses cornes un écrit où sont consignés
les péchés du peuple. A droite un prêtre juif s'apprête
à immoler l'autre chevreau sur un autel drapé.
Ci 98 Le bouc émissaire. 1 Pour expier leurs péchés les
juifs chassaient dans le désert un chevreau portant un écrit où
étaient notés tous leurs péchés 2 et ils en sacrifiaient
un autre sur leur autel. Ils se considéraient alors comme délivrés
de leurs péchés.
3 Quand Jésus fit sa pénitence au désert et quand plus
tard il fut crucifié, 4 il accomplit les sacrifices que ces deux chevreaux
figuraient. 5 Car tout ce qu'on lit dans l'Ancien Testament n'est que figures
annonçant notre foi.
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Ms 26 f. 72 v.Le serpent d'airain.
(Ci 99)
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A gauche, dans le désert, les israélites mordus par les serpents
murmurent contre Moïse.
A droite Moïse leur prescrit de lever les yeux pour se guérir vers
le serpent d'airain qu'il a suspendu à une perche.
Ci 99 Le serpent d'airain. 1 Quand les enfants d'Israël allaient par les
déserts, ils étaient piqués par les serpents et beaucoup
en mouraient. 2 Dieu dit à Moïse de suspendre un serpent d'airain
sur une perche 3 et tous ceux qui seraient piqués par les serpents seraient
guéris en regardant ce serpent d'airain. 4 Ce serpent figure Notre-Seigneur
Jésus-Christ crucifié comme un pécheur. 5 Il fut donc le
serpent sans venin. Car, de même que le serpent d'airain semblait venimeux
et ne l'était pas, 6 de même Jésus fut crucifié comme
un pécheur et il était pur et innocent. 7 Et chaque fois que nous
le regarderons en éprouvant de la compassion pour ses souffrances, 8
Nous y trouverons la guérison des piqûres des serpents venimeux
de l'enfer.
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Ms 26 f. 73 r.Le phénix (Ci
100)
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Le personnage de gauche doit être le naturaliste qui enseigne les moeurs
du phénix. Au centre, un feu flambant, au travers duquel on distingue
la silhouette d'un gros oiseau chargé de plumes. A droite de ce feu apparaît
le nouveau phénix, rajeuni. Le personnage de droite peut être le
disciple qui admire l'enseignement du maître, ou bien le pécheur
qui grâce à la Rédemption a retrouvé la robe d'innocence.
Ci 100 Le phénix. 1 Quand le phénix est devenu vieux, il se brûle
sur un feu de sarments et de bois précieux; et le troisième jour
il apparaît tout rajeuni.
2 Jésus-Christ fut grillé et rôti sur la croix au feu de
son amour déraisonnable et en l'ardeur de sa charité, 3 pour effacer
et détruire la vieillesse et la ruine de nos péchés et
en nous renouvelant la robe d'innocence qu'Adam avait perdue pour lui et pour
nous. 4 Il fut donc le vrai phénix qui au troisième jour apparut
ressuscité.
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Ms 26 f. 73 v.La saignée
au calme; la tourterelle; le rossignol; le renard (Ci 101)
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Le patient qui se fait saigner près du feu tient un bâton comme
plus haut (f. 53 v.), mais il tient lui-même le vase dans lequel coule
son sang. Le "bon maître" chirurgien est ici réduit au
rôle de spectateur.
L'oiseau perché sur une branche sèche pourrait être la tourterelle
veuve de Ci 101,4. Mais, puisque le renard attend dessous pour le manger, il
représente plutôt le rossignol qui meurt de plaisir en s'entendant
chanter.
Ci 101 La saignée, la tourterelle, le rossignol. 1 Les gens de bon sens
se font saigner de préférence dans une pièce calme et bien
chauffée, par un bon médecin qui y voit bien clair et qui a une
lancette bien aiguisée. 2 Bien que Jésus sache tout, il fit comme
s'il ne connaissait rien à la saignée, 3 car il se fit saigner
tout nu, en plein vent, de la main d'un aveugle, avec une lance rouillée.
4 Quand la tourterelle a perdu son compagnon, elle ne se posera plus jamais
sur une branche verte. 5 Quand nous savons ce que Jésus a souffert pour
notre amour, son souvenir doit nous rester présent toujours.
6 Il mourut en criant "J'ai soif." De même le rossignol meurt
du plaisir de son chant. 7 Il avait soif de nous abreuver de sa grâce.
8 Mais de même qu'après sa mort le rossignol est mangé par
le renard, de même mangent Dieu et le dévorent, le poignardent,
le crucifient, l'étranglent honteusement et pour leur propre dommage
9 ceux qui dans leur colère jurent par sa mort ou par n'importe quoi
qui lui appartienne.
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Ms 26 f. 74 r.L'oiseau appelé Caladriz (Ci
102)
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A gauche cet oiseau légendaire regarde le malade qui va guérir.
C'est signe de salut.
A droite il se détourne d'un malade qui va mourir. Ainsi Jésus
entre les deux larrons.
Ci 102 L'oiseau appelé Caladriz. 1 Il existe une espèce d'oiseau
qu'on appelle Caladriz, 2 qui aspire la maladie du malade qui doit guérir
et qui se désintéresse de celui qui doit mourir. 3 De la même
façon Jésus tourna son visage vers le Bon Larron qui était
à sa droite 4 et non vers le mauvais qui méritait de mourir.
5 Et c'est logique, car le Bon Larron devait être sauvé pour trois
raisons: 6 La première, c'est qu'il fut baigné, quand il était
enfant, dans le bain de l'enfant Jésus 7 à qui ses parents avaient
donné l'hospitalité pendant la fuite en Egypte. 8 La seconde,
c'est qu'il crut fermement que Jésus suspendu en croix était le
vrai Dieu, alors que pas mal de gens l'avaient renié et abandonné.
9 La troisième raison, c'est qu'à l'heure de midi il se trouvait
dans l'ombre de Jésus. 10 Jésus pouvait bien le guérir
de son ombre en corps et en âme 11 puisque saint Pierre allait plus tard
guérir les malades en vertu d'un pouvoir que Jésus lui avait donné.
12 Puisqu'il lui avait donné ce pouvoir, c'est qu'il le possédait
lui-même.
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Ms 26 f. 74 v.L'éclipse
à la mort de Jésus. (Ci 103)
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Denis d'Athènes consultant ses livres dit aux autres savants qu'il ne
peut y avoir d'éclipse ce jour-là selon les lois de la nature.
Au centre, probablement l'autel élevé par les athéniens
au dieu inconnu. Ce dieu est représenté à la manière
des idoles (Cf. f. 19 v. ). A droite saint Denis est en adoration devant cet
autel.Ci 103 Prodiges à la mort de Jésus. 1 Le jour où
Jésus mourut sur la croix, il faisait beau temps et il ne devait pas
normalement se produire d'éclipse de soleil. 2 Et comme à l'heure
de cette cruelle mort le soleil perdit sa clarté, les pierres se fendirent
et les ténèbres s'étendirent sur la terre, 3 quand le bon
philosophe saint Denis d'Athènes vit ces prodiges et que plusieurs maîtres
lui demandaient ce qui pouvait s'être passé, 4 il leur répondit:
"Ou bien les quatre éléments mentent, ou bien le dieu de
la nature souffre".
5 C'est alors qu'il fit faire un autel dans son oratoire, qu'il dédia
au dieu inconnu. 6 Et quand il avait pratiqué l'adoration des dieux à
la façon de ce temps-là, il venait faire ses dévotions
à cet autel. 7 Saint Paul, ou plutôt Dieu par son intermédiaire,
le convertit quand il alla en Grèce et Dieu lui donna si grande connaissance
de sa perfection que peu après il nous apporta en France la lumière
de la foi.
8 Nous devons bien ressentir en nous ce que Jésus sentit en lui pour
nous, 9 quand le soleil en perdit sa clarté, que les pierres se fendirent,
que les sépulcres s'ouvrirent, que plusieurs morts ressuscitèrent,
10 et que le bon saint Denis qui était païen fut converti par les
prodiges qu'il vit.
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Ms 26 f. 75 r.L'éléphant
en bataille (Ci 104)
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Un éléphant qui ressemble à celui du folio 50r. avec la
même trompe, mais qui a en plus deux défenses dirigées vers
le haut, garde son calme dans la bataille alors qu'on souhaite qu'il attaque.
Un petit personnage au centre lui présente un objet qui selon le texte
devrait être du sang ou du vin rouge. Les mouvements des soldats qui brandissent
leur épée nous semblent de vaines bravades (seul l'arc pourrait
être efficace). On peut se demander ce que sont les objets ronds que tiennent
le premier et le troisième soldat en haut de la tour: des pierres ou
une gourde de vin?
Ci 104 L'éléphant en bataille. 1 L'éléphant est
une bête paresseuse et ne veut rien faire au combat avant d'avoir vu couler
le sang. 2 C'est quand il a vu du sang ou du vin rouge répandu qu'il
déploie sa force au combat. 3 Nous sommes lents à bien faire,
mais nous ne devons pas être plus paresseux que l'éléphant.
4 Nous devons avec plus de raison que lui nous consacrer à bien faire
sans lambiner, 5 nous qui savons que Jésus notre Dieu et notre maître
a si généreusement répandu son sang pour notre amour.
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Ms 26 f. 75 v.Jésus ressuscité apparaît
à sa mère. (Ci 105)
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Ci 105 Apparition de Jésus à sa mère. 1 Jésus apparut
d'abord à sa mère à l'aube de Pâques. 2 Les évangélistes
n'en ont pas parlé parce que Jésus ne voulait pas que sa résurrection
soit prouvée par le témoignage de sa mère. 3 C'est donc
par piété que nous devons croire à cette apparition, car
elle n'est pas un dogme de foi.
4 A l'office des Ténèbres, la coutume de l'Eglise veut qu'on éteigne
successivement tous les cierges, 5 excepté un que l'on cache dans une
armoire jusqu'à ce qu'on ait frappé sur les livres; après
quoi on rallume autant de lampes et de cierges qu'on veut. 6 C'est pour signifier
que la nuit du Jeudi Saint tous les apôtres et disciples abandonnèrent
leur maître par crainte de la mort. 7 La lumière de la foi s'éteignit
chez tous, excepté la vierge Marie en qui résida toujours la foi.
8 Elle fut la vraie armoire en qui la lumière de la foi ne s'éteignit
jamais, mais elle fut tout le temps qu'elle vécut sur terre celle qui
rendait courage aux apôtres. 9 Car elle est la vraie lumière auprès
de qui tous ceux qui ont perdu la lumière de la foi peuvent la retrouver.
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Ms 26 f. 76 r.Les trois Maries (Ci
106)
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Trois femmes nimbées, dont la première et la troisième
portent un vase précieux, s'approchent du tombeau sur le bord duquel
est assis un ange. La planche verticale qu'on voit derrière la tombeau
pourrait en être la porte.
Ci 106 Les trois Maries. 1 Les trois Maries arrivèrent au sépulcre
2 avec leurs boîtes pleines de coûteux onguents pour les mettre
sur les plaies de leur seigneur et ami Jésus. 3 Elles y trouvèrent
un ange d'une grande beauté qui leur dit que Jésus était
ressuscité et qu'elles le trouveraient en Galilée.
4 Marie-Madeleine ne chercha pas à regarder la beauté de l'ange,
car elle ne cherchait que celui qui lui avait donné cette beauté.
5 Cela signifie que si nous aimions avec autant de sagesse qu'elle, nous ne
chercherions que celui qu'elle cherchait. 6 Nous ne devons jamais regarder la
beauté transitoire sans davantage contempler et aimer de tout coeur celui
à qui appartient la beauté éternelle.
7 Les trois Maries ne purent pas verser sur le corps de Jésus leurs onguents;
elles y versèrent leurs pieuses larmes en abondance. 8 Nous pouvons traiter
de la même façon ses plaies avec nos larmes, nous qui sommes venus
plus tard.
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Ms 26 f. 76 v.Apparition à
Marie-Madeleine (Ci 107)
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Au centre l'arbrisseau figure un jardin. Marie Madeleine, émue de reconnaître
Jésus, se précipite vers lui. Il lui répond:"Ne me
touche pas".
Ci 107 Apparition de Jésus à Marie-Madeleine. 1 Marie-Madeleine
avait pris Jésus pour le jardinier. 2 N'écoutant que son amour,
elle lui dit: "Si c'est toi qui a déplacé le corps de mon
ami, dis-moi où il est et je l'emporterai". 3 Jésus, se faisant
connaître l'appela Marie. 4 Elle le reconnut alors et voulut le toucher,
mais il lui dit: "Ne me touche pas, car je n'ai pas encore été
chez mon Père."
5 Marie eut raison d'appeler Jésus jardinier, car il l'était vraiment.
6 En effet, de même que les jardiniers ôtent les mauvaises plantes
de leur jardin et y replantent les bonnes, 7 ainsi Jésus vint du sein
de son Père sur la terre pour y détruire les vices et y planter
les vertus.
8 Bien qu'elle l'eût vu plus d'une fois, elle ne le reconnut pas aussitôt
qu'elle le vit, pour deux raisons: 9 La première, c'est qu'il était
le vrai Jonas qui depuis trois jours avait souffert beaucoup plus que Jonas
ne souffrit pendant les trois jours qu'il fut dans la baleine. 10 Aussi la Passion
pouvait l'avoir bien changé depuis qu'elle l'avait vu dans toute sa beauté.
11 La seconde raison pour laquelle elle ne le reconnut pas, c'est que son corps
était maintenant un corps ressuscité et que les corps glorieux
sont d'une autre nature que les nôtres.
12 Sa première apparition attestée par l'évangile fut pour
Marie-Madeleine pour trois raisons:
13 La première, comme elle avait été pécheresse,
c'était pour réconforter les pécheurs. 14 La seconde parce
qu'elle fut après sa vierge mère la femme qui l'aima le mieux.
15 La troisième, c'est que, autant les méchantes femmes aiment
répéter le mal, autant les bonnes aiment raconter le bien. 16
Car elle était bonne et Dieu voulait qu'elle répète à
tout le monde sa puissance, sa perfection et la réalité de sa
résurrection 17 pour rendre courage à ses vrais disciples et à
tous ses amis actuels et à venir.
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Ms 26 f. 77v.Jérémie
et Jonas (Ci 108)
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A gauche Jérémie pleure en écrivant ses Lamentations
A droite Jonas est déposé sur le rivage par la baleine qu'on distingue
en transparence dans l'eau de mer; l'extrémité de son nez dépasse
de la vague.
Ci 108 La compassion de Jérémie. 1 Le prophète Jérémie
pleurait la mort de Notre-Seigneur 2 longtemps avant sa venue sur terre, avec
autant d'émotion que s'il l'avait vu crucifier devant lui. 3 Nous devons
donc le pleurer aussi, nous qui venons après. 4 Car de même que
Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, 5 ainsi Jésus
fut mort trois jours et trois nuits quant à sa nature humaine. 6 Et le
troisième jour il apparut vraiment ressuscité, cinq fois selon
l'évangile.
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Ms 26 f. 78 r.Jésus et Joseph d'Arimathie.
(Ci 109)
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A gauche la tour où Joseph a été emprisonné quarante
ans. Joseph remercie Jésus qui l'a délivré et qui lui montre
son sépulcre.
Ci 109 Jésus délivre Joseph d'Arimathie. 1 Jésus ressuscité
tira de sa prison Joseph d'Arimathie que les juifs avaient enfermé pour
avoir descendu Jésus de la croix. 3 Il lui montra le sépulcre
où il l'avait enseveli et le laissa dans sa maison à Arimathie.
4 Et la prison d'où il l'avait tiré demeura bien fermée.
5 Joseph répéta aux docteurs de la loi toutes les merveilles qu'il
avait vues à propos de Jésus. 6 Mais jamais ils ne voulurent pour
autant renoncer à leurs erreurs.
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Ms 26 f. 78 v.Apparition à
saint Pierre (Ci 110); aux disciples d'Emmaüs (Ci 111)
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A gauche Jésus ressuscité apparaît à Pierre qui pleurait
son reniement dans la caverne du Gallicantus. On se demande s'il faut voir le
ruissellement de ses larmes devant la caverne.
Sur la demi image de droite notre peintre a réussi à représenter
deux scènes:
1° les explications que Jésus (index levé) donne aux disciples
qui admirent dans le soir tombant;
2° le souper dans la nuit noire, au cours duquel Jésus se fait reconnaître
en rompant le pain.
Ci 110 Apparition à saint Pierre. 1 Jésus apparut à saint
Pierre dans une caverne 2 où il pleurait pour l'avoir renié trois
fois, de bouche et non de coeur, par crainte de la mort.
3 Il n'en avait pas moins commis trois péchés mortels, car on
ne peut le renier de coeur ou de bouche sans pécher gravement. 4 Et c'est
un des plus grands honneurs qui puisse arriver à un chrétien que
d'être mis à mort parce qu'il ne veut pas le renier. 5 Et c'est
ce qui constitue le martyre, car ce n'est pas la grandeur des supplices qui
fait le martyr, mais le motif de ces supplices.
Ci 111 Les disciples d'Emmaüs. 1 Jésus apparut aux deux voyageurs
parce qu'ils parlaient de sa mort et de sa résurrection. 2 Il voulait
montrer par là qu'il est avec tous ceux qui le louent en méditant
et en parlant de lui et de sa bonté. 3 Pendant qu'il était avec
eux, il leur exposa quantité de belles choses de l'Ancien Testament et
du Nouveau. 4 Et vers le soir ils le prièrent de prendre gîte avec
eux pour la nuit, et il accepta. 5 Et comme il avait coutume de rompre le pain,
ils le reconnurent quand ils le lui virent rompre, parce que le pain qu'il rompait
était taillé comme au couteau.
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Ms 26 f. 79r.Récit de la
descente de Jésus aux enfers. (Ci 112)
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Les deux fils de saint Siméon remettent leur récit de la descente
de Jésus aux enfers aux trois maîtres juifs qui trouveront le même
texte dans les deux écrits.
Ci 112 La descente aux enfers. 1 Garicius et Lancius qui étaient fils
de saint Siméon ressuscitèrent 2 au moment de la mort de Jésus,
quand les pierres se fendirent et que les sépulcres s'ouvrirent. 3 Ils
racontèrent par écrit aux docteurs de la loi comment Jésus
avait libéré de l'enfer les âmes 4 qui à cause du
péché originel y séjournaient depuis le commencement du
monde jusqu'à la résurrection de Jésus; 5 ils racontèrent
aussi toutes les merveilles qui s'y étaient produites depuis. 6 Et on
ne trouva dans leurs écrits aucun mot de plus ou de moins en l'un qu'en
l'autre.
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Ms
26 f. 79 v.Thomas l'incrédule. (Ci 113)
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Jésus est assis au milieu de douze personnes nimbées (il devait
cependant manquer Judas et Thomas) qui l'écoutent avec admiration. A
droite, Jésus lève la main gauche au dessus de Thomas qui tend
son index gauche pour tâter la blessure au côté droit de
son maître.
Ci 113 Thomas l'incrédule. 1 Jésus apparut le jour de Pâques
à ses disciples, toutes portes closes, 2 montrant ainsi que murs ni fermetures
ne peuvent arrêter un corps glorieux. 3 Il se tint debout parmi eux, disant:
"La paix soit à vous." 4 En montrant qu'il était vraiment
ressuscité il mangea et but avec eux au cours d'une apparition 5 un jour
où Thomas était absent. Ensuite Jésus les quitta. 6 Quand
saint Thomas fut revenu, ils lui dirent: "Thomas, nous avons vu Notre-Seigneur.
7 Il répondit: "Je ne le croirai pas si je ne vois ses mains et
ses pieds et la plaie de son côté. 8 Aussitôt revint Jésus
comme précédemment, disant: "La paix soit à vous."
9 Alors il appela Thomas et lui dit: "Thomas, je ne veux pas que tu sois
mécréant. Voici mes mains et mes pieds et la plaie de mon côté.
Mets-y ton doigt." 10 Alors le bon Thomas lui dit, plein de piété,
en mettant son doigt: "Mon seigneur et mon Dieu! 11 -Thomas, dit Notre-Seigneur,
tu as cru parce que tu m'as vu. Que bénis soient tous ceux qui croiront
sans m'avoir vu." 12 Et béni soit le bon saint Thomas, puisqu'il
nous a valu cette belle bénédiction.
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Ms 26 f. 80 v.L'Ascension du Mont
des Oliviers (Ci 114)
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Entre deux groupes de six apôtres (plus Marie) Jésus s'élève
au ciel.
Ci 114 L'Ascension. 1 Le jour de son Ascension, Jésus dit à tous
ses apôtres et disciples: 2 "Allez par le monde entier prêcher
l'Evangile à toute créature et baptisez-les au nom du Père
et du Fils et du Saint-Esprit. 3 Celui qui croira et sera baptisé sera
sauvé et celui qui ne croira pas la vérité sera condamné.
4 En tout lieu où vous prononcerez mon nom, les diables s'en iront et
en vous entendant les serpent s'enfuiront. 5 Vous mettrez vos mains sur les
malades et ils seront guéris."
6 S'il dit de prêcher l'Evangile à toute créature, c'est
parce que nous partageons l'existence avec les pierres, nous partageons la croissance
avec les arbres, 7 nous partageons la vie avec les poissons, nous partageons
la sensibilité avec les bêtes, nous partageons la raison avec les
anges. 8 C'est pourquoi il a dit à ses disciples de prêcher l'Evangile
à toute créature; 9 car avec toutes les choses créées
par Dieu nous partageons toujours quelque propriété.
10 En disant ces mots Jésus s'éleva par sa propre force d'entre
ses disciples et monta au ciel; et ils le suivirent des yeux jusqu'au troisième
ciel.
11 Pourquoi voulut-il monter au ciel en public devant tous ceux qui étaient
là? 12 C'était pour extirper toute fausse interprétation
du coeur des hommes. 13 Ils auraient en effet être dans l'erreur au sujet
de son incarnation dans sa vierge mère, 14 car le diable a reçu
de Dieu le pouvoir d'accomplir beaucoup de prodiges. 15 Si par exemple nous
disons que Jésus est fils d'une vierge, les hérétiques
peuvent nous répondre que le diable peut en faire autant. 16 De même
pour plusieurs des miracles de Jésus et de ses paroles, car le diable
connaît tout l'Ancien Testament et le Nouveau et tout ce qu'on a pu écrire,
soit de bon, soit de mauvais. 17 Mais là où le diable est vaincu,
c'est qu'il ne peut pas faire de miracles dans le ciel. 18 A propos de l'Ascension
de Notre-Seigneur les hérétiques ne peuvent discuter ou nier ni
prétendre que ce n'est pas l'oeuvre de Dieu tout-puissant. 19 Et ce miracle
donne sens et autorité à tout ce qu'il avait fait et dit auparavant.
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Ms 26 f. 81 v.Accueil de Jésus
au ciel. ( Ci 114, 20)
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Jésus à gauche répond à deux anges qui l'interrogent
respectueusement. Jésus à droite explique à deux autres
anges qu'il était seul à fouler au pressoir où il a ainsi
rougi sa robe. Tout à fait à droite une curieuse image de pressoir
à deux vis...
Ci 114 (suite) 20 Quand il fut arrivé dans son royaume, selon la prophétie
d'Isaïe, à propos de son corps humain où apparaissaient encore
les traces de ses plaies, certains anges lui dirent: 21 "Qui es-tu, toi
qui viens au trône, vêtu d'habits ensanglantés? - Je suis
celui qui vous créa; et je m'en vais vers mon Père." 22 D'autres
lui disaient: "Seigneur, que tes habits sont rouges!" 23 Il répondit:
"C'est parce que j'ai été foulé tout seul au pressoir
de la croix, sans l'aide d'aucune créature."
24 Nous devons donc penser, nous les humains, que nous sommes tenus à
l'aimer beaucoup, nous qui lui avons tant coûté, 25 lui qui pour
l'amour de nous a porté dans son glorieux royaume du ciel notre pauvre
humanité. 26 Il nous a prouvé en nous faisant cette faveur qu'il
nous aimait plus que les anges 27 puisqu'il lui a plu d'être pour l'éternité
notre frère.
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Ms 26 f. 82 r.Les fruits de la Terre
Promise. (Ci 115)
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Une énorme grappe de raisin est suspendue entre les deux éclaireurs,
avec un groupe de trois fruits ronds qui doivent être des figues ou des
grenades. Josué qui marche devant sent l'odeur de ces fruits et il se
retourne péniblement pour les apercevoir; Caleb qui marche derrière
tient la perche d'une seule main, ce qui lui permet de goûter au raisin.
Ci 115 Les fruits de la Terre Promise. 1 Josué et Caleb rapportèrent
de la Terre Promise des figues et des grenades et une énorme grappe de
raisin qu'ils portaient entre eux sur une perche. 2 Josué; ne voyait
pas le raisin, mais il le sentait; Caleb le voyait et il en mangeait. Ces deux
hommes représentent l'Ancien Testament et le Nouveau.
3 Les gens de l'Ancien Testament ne voyaient pas Notre-Seigneur, mais ils prophétisaient
à son sujet et ils le désiraient. 4 Et nous du Nouveau Testament,
nous le voyons et nous en profitons si nous ne le refusons pas. 5 Nous avons
donc plus d'avantage et plus de raisons de l'aimer que ceux de l'Ancien Testament.
6 Les figues qu'ils rapportaient représentaient la douceur de Dieu. 7
Les grenades, dont l'intérieur est compartimenté, représentent
le grand nombre des demeures du ciel qui nous sont préparées.
8 La perche qui reposait sur leur nuque annonçait la croix et la grappe
de raisin figurait Jésus. 9 C'est pour cela qu'il avait dit à
ses disciples avant la Passion: "Je suis la vraie vigne, mon Père
est le vigneron et vous êtes les rameaux", 10 comme pour dire: "Je
suis celui que figurait le raisin rapporté de la Terre Promise, car je
suis celui que mon Père a promis à l'humanité par les prophètes.
11 Je suis celui qui se donne à tous ceux qui veulent le recevoir, celui
qui demeure avec ceux qui l'aiment du fond du coeur."
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Ms 26 f. 83 r.Construction de la
tour de Babel. (Ci 116)
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Pendant que le maçon place sa pierre, son aide la pousse et tient sur
son épaule une auge à mortier. La truelle a la forme que nous
connaissons; les outils des tailleurs de pierre nous sont peut-être moins
familiers, excepté à gauche l'équerre.
Ci 116 Babel et les soixante-douze langages. 1 Les descendants de Noé
entreprirent de construire une tour 2 pour se mettre à l'abri s'il survenait
un autre déluge semblable au précédent. 3 Ils firent cette
tour si haute qu'au dire de certains elle portait déjà sept lieues
d'ombre au lever et au coucher du soleil et comptait sept mille cinq cents marches.
4 Mais Dieu, ne trouvant pas souhaitable qu'ils montent plus haut, 5 leur changea
leur langage en soixante- douze langues, car tel était le nombre des
ouvriers. 6 De là sont venues les diverses langues que l'on parle encore.
Car si ces hommes n'avaient pas entrepris cette tour, toute l'humanité
parlerait la même langue 7 comme font les oiseaux d'une même espèce
et les bêtes, qui se comprennent, chantent ou crient dans la même
langue suivant leur espèce.
8 Bien que ce fléau soit une conséquence du péché,
il a quand même des avantages, 9 car on en connaît plus d'un qui
ne saurait pas rester en place s'il comprenait toutes les langues. 10 Et les
âmes trouvent à voyager plus d'inconvénients que de profit,
car, dit saint Bernard, "Chaque fois que je suis sorti de ma clôture,
j'y suis rentré moins homme qu'au départ." 11 D'ailleurs,
ce qui montre bien que les voyages sont nuisibles à plus d'un, c'est
qu'on a fait construire les clôtures et les cellules des monastères.
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Ms 26 f. 83v.La Pentecôte
(Ci 117)
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Le Saint-Esprit est figuré par une colombe nimbée. Notre peintre
a renoncé, semble-t-il, à représenter les langues de feu.
Pour trouver ici douze personnes il faut compter Marie.
Ci 117 La Pentecôte et le don des langues. 1 Comme les descendants de
Noé avaient construit cette tour pour se garantir contre un nouveau déluge,
2 le Saint-Esprit descendit le jour de la Pentecôte sur les soixante-douze
disciples de Notre-Seigneur sous l'apparence de langues de feu 3 pour nous embraser,
eux et nous, de l'amour de Dieu et il leur apprit à parler et à
comprendre les soixante-douze langages 4 qui par la volonté de Dieu avaient
été créés à l'occasion de cette tour.
5 Cela signifiait que, de la même façon que ces ouvriers avaient
fait cette tour pour se protéger des déluges, 6 Dieu a placé
ses soixante-douze disciples pour nous construire la tour de la foi, 7 par laquelle
nous nous garantirons des horribles déluges de l'enfer 8 et monterons
jusqu'à l'héritage que Notre-Seigneur Jésus-Christ vrai
Dieu et vrai homme nous a conquis par sa Passion.
9 Les disciples parlaient les soixante-douze langages de telle manière
que lorsque des étrangers de diverses langues étaient rassemblés,
10 chacun d'eux en les entendant parler croyait qu'ils étaient de sa
région. 11 Ce miracle avait été annoncé par la manne
dont Dieu avait nourri matériellement son peuple au désert: chacun
lui trouvait la saveur du mets qu'il souhaitait.
12 Ainsi Dieu nous a nourris spirituellement de la théologie que ses
disciples nous ont enseignée dans la langue du Saint-Esprit, 13 puisqu'ils
comprenaient toutes les langues et qu'on les comprenait dans toutes les langues.
14 Dieu montrait par là qu'il est celui qui comprend tout et que tout
le monde doit comprendre.
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Ms 26 f. 84 r.Pierre guérit
un malade. (Ci 118)
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Jean et Pierre (celui qui porte une grande clé) rencontrent un homme
qui leur demande l'aumône devant le temple de Jérusalem figuré
ici par la tour-porte de droite.
Ci 118 Pierre guérit un malade. 1 Dieu par saint Pierre guérit
un malade à l'entrée du temple de Jérusalem 2 au jour de
la Pentecôte après qu'il eut reçu le Saint-Esprit; et saint
Jean l'Evangéliste était avec lui. 3 En le guérissant,
saint Pierre lui dit: "Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai, je te
le donne. 4 Je te le dis, au nom de Jésus-Christ le crucifié,
lève-toi." 5 Et aussitôt il se leva guéri et crut désormais
fermement en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
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Ms 26 f. 84v.Abraham vit trois
anges. (Ci 119)
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La tour-porte à gauche représente la maison d'Abraham. Le patriarche
est à genoux sous un arbre devant trois anges qui semblent lui parler
tous en même temps.
Ci 119 Les trois anges qui visitèrent Abraham. 1 Trois anges sous la
forme de trois jeunes gens apparurent à Abraham sous un arbre près
de sa maison. 2 Il en vit trois mais il en adora un seul et parla aux trois
comme à un seul: C'était une annonce de la Trinité. 3 Il
les invita à se reposer dans sa maison et ensuite il leur demanda où
ils allaient. 4 Ils répondirent: "Nous allons détruire Gomorrhe,
Sodome, Siboy, Balaac et Segor. 5 Et comme Abraham avait des amis dans ces villes,
il leur demanda s'ils feraient grâce à ces villes si l'on y trouvait
cinquante justes. Ils répondirent oui. 6 Abraham abaissa tant le nombre
de ces justes qu'ils lui répondirent que si en ces cinq villes il y avait
dix justes ils feraient grâce. 7 Et elles furent détruites parce
qu'on n'y trouva de juste que Loth, dont ce livre parle ailleurs.
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Ms 26 f. 85 r.La Trinité
(Ci 119a)
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Dans le losange central on voit le Père et le Fils siéger sur
un banc en se tenant par la main. Le Saint-Esprit est entre eux. Les quatre
angles de la peinture représentent les quatre évangélistes
(ange, aigle, boeuf, lion) tenant le rouleau de leur écrit.
Ci 44a La Trinité. 1 Nous devons croire à la Trinité en
trois personnes 2 et croire que le Père n'est pas le Fils, que le Fils
n'est pas le Père et que le Saint-Esprit n'est ni le Fils ni le Père.
3 Ils sont trois en personnes, mais un seul Dieu, une seule puissance, une seule
divinité, une seule nature. 4 Au Père est attribuée la
puissance, au Fils est attribuée la sapience, au Saint-Esprit est attribuée
la douceur et la bienfaisance, 5 bien que toute-puissance règne dans
chacune des trois personnes, qui sont un en trois et trois en un.
6 C'est la Trinité qui nous fait; mais une seconde trinité nous
défait; une troisième nous refait et une quatrième nous
maintient en état de perfection. 7 La trinité qui nous fait, c'est
le Père, le Fils et le Saint-Esprit. 8 La trinité qui nous défait,
c'est la chair, le monde et le diable. 9 La trinité qui nous refait,
c'est le repentir, la confession et la pénitence. 9 La trinité
qui nous maintient en état de perfection, c'est la foi, l'espérance
et la charité.
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Ms 26 f. 86r.Lapidation de saint
Etienne. (Ci 120)
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A gauche Saul (saint Paul jeune mais déjà chenu) garde les habits
des bourreaux et leur donne des conseils. Saint Etienne est à genoux
au centre. Les juifs le lapident vigoureusement, les pierres volent. Mais Etienne
voit le ciel ouvert et la Trinité qui l'attend.
Ci 120 Saint Etienne eut la vision de la Trinité. 1 Saint Paul avant
sa conversion fit lapider saint Etienne. 2 Le saint martyr leva les yeux au
ciel pendant qu'on le martyrisait. 3 Il y vit Notre-Seigneur Jésus-Christ,
Dieu en la personne du Fils assis à la droite de Dieu le Père
tout-puissant. 4 Cette vision est pour nous un témoignage valable de
la sainte Trinité en trois personnes.
5 Alors le saint martyr pria pour ceux qui le faisaient mourir. 6 Et selon les
théologiens sa prière obtint à saint Paul la grâce
de sa conversion. 7 Puis il rendit saintement son âme à Dieu par
le martyre.
C'était le premier martyr chrétien depuis la mort de Jésus.
8 C'est pourquoi la sainte Eglise a voulu que sa fête soit placée
le lendemain de Noël. <Ces fêtes qui suivent Noël> signifient
que Dieu n'est venu sur terre que pour sauver trois sortes de gens: 9 les martyrs
de fait et d'intention, les martyrs d'intention et non de fait, les martyrs
de fait et non d'intention. 10 Ces trois sortes de gens sont désignés
par saint Etienne, saint Jean l'Evangéliste et les saints Innocents.
11 Saint Etienne représente les martyrs de fait et d'intention; saint
Jean les martyrs d'intention et non de fait; les Innocents les martyrs de fait
et non d'intention. 12 C'est pour sauver ces trois sortes de martyrs que Jésus
vint du sein de son Père sur la terre 13 Et c'est pour cela que leurs
fêtes sont si proches de Noël.
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Ms 26 f. 86 v.Lamech tue Caïn
(Ci 121)
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Lamech au centre tenant un arc regarde à travers un taillis où
il a vu bouger quelque chose. Il tire et tue Caïn, son ancêtre maudit.
La victime peut paraître trop jeune pour avoir un âge patriarcal.
Sachons que Lamech après avoir tué son ancêtre a puni de
mort son jeune guide.
A droite on voit un preudomme en prière devant Dieu (visage céleste
dans le haut). Ce saint homme n'est pas un idolâtre comme Caïn le
premier bigame.
Ci 121 Lamech le premier idolâtre. 1 Lamech tua Caïn qui s'enfuyait:
il croyait que c'était une bête sauvage. 2 Ce Lamech fut le premier
homme à avoir deux femmes 3 et c'est de son temps que commença
le culte des idoles, où l'on adorait le soleil et autres créatures.
4 Dieu a été plus généreux envers nous qu'envers
ceux de ce temps-là, 5 car il nous a appris à l'adorer au ciel
et au saint sacrement de l'autel qui est le vrai soleil de justice et un gage
de douceur et de miséricorde.
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Ms f. 87 r.Légende de Melchisédech
( Ci 122, 1-4)
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Un ancien roi de Palestine du temps d'Abraham envoie son fils Melchisédech
chercher du bétail pour offrir un sacrifice aux idoles. A droite le même
fils dans la campagne, admirant la beauté du soleil, renonce au culte
des idoles. (à suivre)
Ci 122 Légende de Melchisédech. 1 Une tradition raconte qu'il
y eut autrefois un roi qu'on appelait le roi de Salle (qui allait devenir Jérusalem)
et ce roi avait deux fils. 2 Il envoya un de ses fils chercher des bêtes
aux champs 3 car il voulait offrir un sacrifice à ses dieux comme tous
les ans pour son anniversaire. 4 Quand le fils fut dans la campagne, en regardant
la beauté du soleil il pensa qu'il fallait qu'il y ait un Dieu tout-puissant
pour avoir créé de si belles choses.
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Ms 26 f. 87v.Melchisédech
rompt avec son père (Ci 122, 5-10)
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Le jeune Melchisédech tient au roi son père des discours qui le
contristent fort.
A droite un homme levant un gros bâton chasse Melchisédech.
Ci 122 (suite) 5 Revenu chez son père, il lui dit: "Nous sommes
dans l'erreur quand nous adorons les idoles. 6 En effet nous sommes plus forts
qu'elles, puisque c'est nous qui les fabriquons; et si elles tombaient dans
la boue, elles seraient incapables de se relever sans nous. 7 A mon avis, il
faut adorer le Dieu tout puissant qui est sans commencement ni fin, si puissant
qu'il a tout créé de rien et qui nous a faits nous-mêmes
tels que nous sommes. 8 Et sincèrement, Monsieur mon père, il
me semble que ce dieu-là, nous devons tous l'adorer, le louer, le remercier
de ses bienfaits, car s'il n'existait pas, nous n'existerions pas." 9 Quand
le roi entendit son fils parler de la sorte, il dit qu'il n'était pas
dans son bon sens, qu'il ne comprenait pas ce qu'il disait et ne prit pas au
sérieux ce qu'il en avait entendu. 10 Alors l'enfant quitta la maison
de son père et sortit de la ville, et le roi alla adorer les idoles avec
son peuple, en grande liesse.
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Ms 26 f. 88 r.Melchisédech
reste sans famille (Ci 122, 11-20)
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Le roi à genoux avec toute une assemblée offre un mouton à
son idole. A droite, Melchisédech à genoux dans la campagne, demande
à Dieu de détruire l'idolâtrie. Il faut revenir à
gauche pour voir exaucée la prière du garçon: une pluie
de feu tombe sur cette cérémonie païenne.
Ci 122 (suite) 11 Quand l'enfant parvenu dans la campagne entendit sonner les
cors et les trompettes en l'honneur des idoles que son père adorait,
il se mit à genoux. 12 En pleurant il demanda à Dieu d'effacer
cette idolâtrie en détruisant la ville et ses habitants. 13 Aussitôt
Dieu fit ce que l'enfant demandait et toute la ville fut détruite par
la foudre. 14 C'est pourquoi l'enfant resta, dit-on, "sans génération".
15 Quant il vit que Dieu avait exaucé sa prière, il monta au mont
Thabor. 16 Il y fit sept ans sa pénitence, nourri par la grâce
de Dieu. 17 Certaines traditions disent que cet enfant était Melchisédech.
18 Certains disent que Melchisédech n'eut ni père ni mère.
Mais en bonne théologie on ne connaît que trois personnes dépourvues
de père ou de père: 19 Adam qui n'eut ni l'un ni l'autre, Eve
qui naquit d'un homme sans femme, et Jésus-Christ qui naquit d'une femme
sans homme. 20 Peut-être le dit-on de Melchisédech parce que sa
famille fut détruite comme nous venons de le dire.
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Ms 26 f. 88v.Melchisédech
offre un sacrifice de pain et de vin. (Ci 122, 21-24)
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Ce soldat est Abraham, qui après une victoire est conduit par Dieu vers
le solitaire Melchisédech ( il semble nu dans sa montagne) qui offre
pour lui un sacrifice de pain et de vin, figure bien connue de l'Eucharistie.
21 Abraham revenait d'une expédition guerrière quand un ange lui
dit d'aller au mont Thabor demander la bénédiction de Melchisédech.
22 Et Melchisédech lui offrit le pain et le vin, qui annonçaient
le Nouveau Testament, 23 en figurant le corps de Jésus-Christ offert
en sacrifice de pain et de vin au saint sacrement de l'autel. 24 Et Abraham
lui offrit les dîmes.
ici commence un Traité des MIRACLES du SAINT-SACREMENT.
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Ms 26 f. 89 r.Le saint sacrement
de l'autel. (Ci 123)
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Groupe de fidèles agenouillés pendant qu'un prêtre à
l'autel élève l'hostie. Un clerc à genoux tient un cierge
allumé derrière le prêtre. A droite sur un autel drapé
on voit le missel ouvert et le calice couvert du purificatoire et du pale, signe
qu'on célèbre la messe.
Ci 123 Le saint sacrement de l'autel. 1 Ce traité rapporte quelques miracles
que Notre-Seigneur a faits par son corps présent au saint sacrement de
l'autel 2 pour nous faire entrer ou nous conserver dans sa foi dont l'excellence
ne peut être mesurée.
3 Voici la Fête-Dieu, la fête du saint sacrement qui est vie et
bouclier de notre foi. 4 Celui qui y croit fermement arrivera au port du salut.
5 Car c'est le salut de ceux qui l'aiment, le refuge des loyaux, la vraie source
de vie et le trésor de sainte Eglise. 6 C'est le glaive de vérité,
c'est le vrai bouclier des chrétiens. 7 C'est la lumière des égarés,
le repas des affamés, le repos des épuisés. 8 C'est la
lumière de la foi, le repas des âmes, le vrai repos de paradis.
9 Celui qui croit fermement en ce sacrement, il y trouve la force de bien respecter
les autres sacrements qu'il a reçus.
10 Ce n'est pas sans raisons que Dieu se montre à nous sous cette forme,
car si nous le voyions en sa grande beauté, nous ne pourrions le regarder;
11 et nous n'aurions pas autant de mérite pour le ciel à croire
en lui en le voyant glorieux que nous en avons à croire en lui dans l'eucharistie.
12 Et d'autre part il se montre à nous en forme de pain parce que c'est
la nourriture la plus convenable dont on puisse vivre; 13 et il veut que nous
le recevions pleinement confiants qu'il est la vraie nourriture des âmes
ici et au ciel.
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Ms 26 f. 89 v.Epreuve du rite grec.
(Ci 124)
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Les trois premiers personnages agenouillés doivent être des cardinaux;
devant eux le pape tient le calice. Pour faire leur expérience, ils ont
mis dans le feu qui flambe à droite une hostie consacrée latine
et une grecque. L'hostie latine a "ressauté" au calice du pape
et l'hostie grecque reste inaltérée dans le feu.
Ci 124 Epreuve du rite grec. 1 On offre en Grèce le sacrifice du corps
de Jésus au saint sacrement de l'autel avec davantage de pain que nous
dans le rite romain. 2 Notre mère sainte Eglise voulut expérimenter
à Rome quel rite plaisait mieux à Dieu. 3 Pour cela on les jeta
tous les deux au feu: le pain des grecs résista au feu sans brûler
et celui de Rome se mit à l'abri dans le calice. 4 L'Eglise en conclut
que l'un et l'autre rite plaisait à Dieu 5 et permit à chacun
de célébrer le sacrifice à sa manière.
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Ms 26 f. 90r.Miracle du doigt de
chair. ( Ci 125)
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Autel du pape saint Grégoire pendant une messe. Le pape donne la communion
à la femme qui, ayant elle-même fait cuire le pain eucharistique,
ne croit pas à la transsubstantiation. Le miracle n'est pas représenté,
mais l'assistance paraît émue.
Ci 125 Miracle du doigt de chair. 1 Dieu dans sa bonté changea son corps
dans l'eucharistie en un doigt de chair tout sanglant 2 à la prière
de saint Grégoire pour convertir une femme qui doutait de sa présence
réelle. 3 Aussitôt qu'elle retrouva la foi, il retrouva sa forme
de pain. 4 Nous pouvons comprendre que Dieu ne fait des miracles que pour rendre
la foi à ceux qui doutent 5 ou pour manifester un saint qu'il veut faire
connaître et honorer de ceux qui jusque là ne le connaissaient
pas.
6 Croyons fermement les douze articles du Credo, sans rien de plus ni de moins,
7 car la foi n'a pas de mérite sur des points que le raisonnement peut
démontrer. 8 Les philosophes de tous les temps se damnent quand ils refusent
de croire ce qui ne peut être démontré, 9 alors que nous
devons croire ce que nous ne pouvons ni comprendre ni prouver. 10 Et si nous
croyons ainsi nous trouverons au ciel évidentes les vérités
que nous aurons crues ici-bas sans trop chercher à les démontrer.
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Ms 26 f. 90 v.saint Grégoire
interroge un garçon. (Ci 126)
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"Qui sont tes parents?" Il les désigne. "Comment le sais-tu?
-Ils me l'ont toujours dit. -Tu as donc des raisons encore meilleures de croire
au saint sacrement." Evidemment, in tel raisonnement était peu pictural...
Ci 126 Raisonnement de saint Grégoire sur la foi. 1 Saint Grégoire
demanda à un garçon qui ne voulait pas croire au saint sacrement
de l'autel: "De qui es-tu le fils?" Il répondit: "Voici
mon père et ma mère." 3 "Qu'en sais-tu? dit saint Grégoire
- Je le crois parce que je les ai entendus le dire. 4 Saint Grégoire
lui dit: "Alors, tu devrais encore mieux croire au saint sacrement de l'autel,
5 puisque Dieu le Tout-Puissant, tous les saints et toute la sainte Eglise te
certifient 6 que c'est le corps de Jésus-Christ aussitôt que les
saintes paroles ont été dites. 7 Dès lors le garçon
crut fermement au saint sacrement de l'autel et persévéra dans
la foi.
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Ms 26 f. 91 r.Saint Bernard convertit
saint Guillaume. ( Ci 127 )
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Guillaume duc d'Aquitaine est agenouillé ici avec deux autres chevaliers.
Saint Bernard lui présente l'hostie en affirmant que c'est le corps de
Jésus-Christ.
Ci 127 S.Bernard convertit s.Guillaume. 1 Dieu par saint Bernard de Clairvaux
convertit saint Guillaume qui était duc d'Aquitaine 2 en lui montrant
le corps de Jésus-Christ. 3 Il était auparavant incroyant et rebelle
à sainte Eglise, 4 et Notre-Seigneur le convertit en lui montrant son
corps dans la main de saint Bernard, 5 au point qu'il consacra à la pénitence
tout le reste de sa vie, ce qui l'amena au port du salut. 6 Il est maintenant
saint au paradis et on l'appelle saint Guillaume du Désert.
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Ms 26 f. 91 v.Le diable qui s'agenouilla
(Ci 128)
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Un prêtre porte le ciboire. Devant lui marche un clerc qui agite une cloche
et un diable est agenouillé à deux genoux. Un autre diable est
curieusement posé sur un seul genou. le clerc porte maintenant un cierge
allumé en plus de sa cloche. Le prêtre porte toujours son ciboire.
A droite le diable explique à un juif à bonnet pourquoi il s'est
agenouillé deux fois.
Ci 128 Le diable qui s'agenouilla. 1 Un juif vit un diable s'agenouiller à
deux genoux devant le corps de Jésus-Christ qu'un prêtre portait
à un malade; 2 à son retour il ne fléchit qu'un seul genou
parce que le prêtre ne rapportait pas le corps du Seigneur. 3 Le juif
lui demanda pourquoi il se comportait ainsi. 4 Le diable lui répondit:
"Parce que dans l'Ecriture Paul le pelé dit que le ciel et l'enfer
s'agenouillent devant le corps de Jésus: cela concerne les anges du ciel
et nous. 5 Et j'ai aussi fléchi le genou devant son ministre par respect
pour son rôle." 6 En l'entendant ainsi parler, le juif se fit baptiser
plein de foi et raconta ce miracle au pape. 7 Dès lors le pape accorda
dix jours d'indulgence à tous ceux qui salueraient les prêtres
per respect pour leur rôle et à chaque fois. 8 Car chaque fois
que nous nous levons en leur présence ou que nous nous découvrons,
si nous sommes en état de grâce nous gagnons dix jours d'indulgence.
9 Et même si nous ne devions rien y gagner, il conviendrait quand même
de leur témoigner plus de respect que le diable, qui est incapable d'en
gagner.
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Ms 26 f. 92 r.Miracle du vin en
perce (Ci 129)
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Passe un prêtre portant le ciboire (pourquoi lève-t-il la main
gauche?) Un clerc au centre porte une cloche et un cierge allumé. A genoux
la femme qui tirait du vin: elle élève dans ses mains jointes
la broche qui aurait dû fermer son tonneau. Derrière elle le tonneau.
Ci 129 Miracle du vin en perce. 1 Une brave femme tirait du vin. 2 Elle sortit
de sa maison, sa chevillette à la main, pour adorer le saint sacrement
qu'un prêtre portait. 3 Quand elle revint à son tonneau elle découvrit
qu'il n'avait pas coulé. 4 Dieu fit ce miracle à cause de la grande
foi qu'elle avait en l'eucharistie. 5 Car, bien que tous les sacrements méritent
notre respect, l'eucharistie est le plus respectable de tous. 6 Ce miracle se
produisit à Metz en Lorraine.
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Ms 26 f. 92 v.Miracle du passage
de l'eau. (Ci 130)
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Un prêtre portant le ciboire détourne la tête pour présenter
le ciboire aux vagues qui semblent arriver derrière lui. A droite son
clerc porte une cloche et probablement une lanterne.
Ci 130 Miracle du passage de l'eau. 1 Un curé portait la communion à
un hameau éloigné. 2 Il devait passer un gué où
le niveau de l'eau était tantôt bas, tantôt élevé.
3 Et par la puissance du corps du Seigneur ils le passèrent sans se mouiller
les pieds. 4 Et pourtant l'eau était si haute en aval et en amont qu'un
cheval aurait eu du mal à la franchir.
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Ms 26 f. 93r.Dernière communion
d'Hugues de Saint-Victor. (Ci 131)
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A droite, deux moines dont l'un présente un ciboire. Ce doit être
cette fois le véritable "corpus Domini", parce que Hugues mourant
lui "fait révérence". Au dessus on voit deux anges qui
emportent son âme au ciel.
Ci 131 Mort d'Hugues de Saint-Victor. 1 Maître Hugues de Saint-Victor
était si malade qu'on n'osait lui donner la communion parce qu'il vomissait
tout. 2 Pour calmer son insistance on lui apporta une hostie non consacrée,
avec tout le cérémonial de la communion. 3 Il n'y accorda aucune
attention, sachant bien par la révélation du Saint-Esprit qu'on
voulait l'amuser. 4 Il pria instamment ses compagnons de lui apporter le corps
de Notre-Seigneur; et ils lui cédèrent. 5 A cette hostie-là
il témoigna le respect qu'un vrai fidèle doit à son Dieu.
6 Après l'avoir salué comme un fidèle chrétien,
il dit pieusement: 7 "Que maintenant le Fils s'en aille vers son Père
et mon esprit vers celui qui le créa." 8 Et aussitôt le corps
de Notre-Seigneur s'en remonta au ciel et le saint homme mourut à ce
moment-là. 9 Il alla en purgatoire faire le reste de sa pénitence.
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Ms 26 f. 93 v.Le père du
cordelier de Milan. (Ci 132)
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A gauche il faut voir probablement le "grand luminaire" qui marque
la splendeur de ce roi. A genoux devant ce roi, le père du cordelier.
Derrière lui deux cordeliers dont le premier porte un ciboire.
Ci 132 Le père du cordelier de Milan. 1 Un cordelier natif de Milan reprochait
à son père de ne pas aller à la messe. 2 Il répondit:
"Fils, je n'y vais pas parce que j'ai mon Dieu à la maison et je
vais te le montrer." 3 Il le conduisit dans son cellier et lui présenta
un roi vêtu d'un costume d'or au milieu d'une grande illumination. 4 Et
aussitôt le diable qui donnait cette comédie s'enfuit à
cause du corps de Jésus-Christ que le cordelier avait apporté.
5 En voyant cela le vieillard se convertit et fut affermi dans la foi en la
présence réelle.
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Ms 26 f. 94 r.Le calice chauffé
(Ci 133); L'hostie dans la ruche (Ci 134)
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Image de gauche: Le prêtre tourne le dos à l'autel. Il tient en
main une masse jaune qui doit être son calice, sous lequel un autre rond
jaune porte l'image d'une tête: c'est "la précieuse face de
Notre-Seigneur". Mais quel est le personnage en blanc qui baisse les bras?
Serait-ce un peintre qui reconnaîtrait son impuissance à peindre
aussi bien?
Image de droite: Le voleur de droite soulève le panier de la ruche. Celui
de gauche pose l'hostie dessous avec un geste de respect. Si ce voleur pouvait
passer pour le curé, on pourrait aussi bien voir ici la scène
de la récupération de l'hostie.
Ci 133 Le calice chauffé. 1 Un vieux prêtre chauffait son calice
parce qu'il était gelé. Il en tomba une goutte sur un charbon.
2 Aussitôt le visage de Jésus apparut sur le charbon, plus beau
qu'un peintre n'aurait pu le représenter. 3 Cette précieuse relique
est encore conservée avec respect dans une église de Normandie.
Ci 134 L'hostie hostie cachée dans la ruche. 1 Des brigands avaient caché
dans une ruche d'abeilles qui font la cire le corps de Notre-Seigneur 2 emporté
d'une église qu'ils avaient cambriolée. 3 Ils le cachèrent
là parce qu'ils ne savaient qu'en faire. 4 Mais les abeilles ne voulaient
plus se séparer de lui. 5 Le propriétaire de la ruche, les entendant
chanter et faire la fête selon la volonté de Dieu, y amena son
curé. 6 En soulevant la ruche ils trouvèrent le corps de Notre-Seigneur
à qui les abeilles avaient fait une belle boîte ouvragée.
7 Le curé l'apporta pieusement à l'église.
8 Si Dieu a fait tant de beaux miracles un peu partout, c'est pour que nous
croyions à son précieux corps et que nous l'honorions. 9 Aussi
devons-nous tous nous garder avec soin et nous préparer chaque fois que
nous voulons le recevoir. 10 Car il nous donne une grande preuve d'amour en
acceptant de se loger en nos pauvres coeurs qui sont si étroits, 11 alors
qu'il est lui-même si grand qu'il peut contenir en lui le monde entier.
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Ms 26 f. 94 v.L'hostie qui entre
dans la poitrine. (Ci 135); Miracle de Braine (Ci 136)
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Image de gauche: Un mourant, comme au f. 93r. Son curé lui pose le ciboire
sur la poitrine. Deux membres de la famille admirent.
Image de droite: Un prêtre qui dit la messe élève l'hostie.
La comtesse pour qui Dieu a fait ce miracle joint les mains dans l'ombre derrière
le clerc au cierge allumé.
Ci 135 L'hostie qui entre dans la poitrine. 1 On n'osait donner la communion
à un malade parce qu'il vomissait. 2 Mais dans sa piété
il demanda au prêtre de lui poser sur la poitrine la calice avec le corps
de Notre-Seigneur. 3 Aussitôt qu'il l'eut posé, le prêtre
trouva le calice vide, 4 car l'amour que le malade avait en son coeur avait
attiré à lui Notre-Seigneur. 5 Il reçut donc Notre-Seigneur
à la fois spirituellement et corporellement. 6 Ainsi se donne Dieu à
tous ceux qui l'aiment et le désirent; 7 car nous ne pourrions désirer
sa compagnie autant qu'il désire la nôtre. 8 C'est pourquoi il
a dit: "Mon plus grand plaisir est d'être éternellement avec
les fils des hommes."
Ci 136 Miracle de Braine. 1 La face de Jésus dessinée sur l'hostie
en quelques traits de sang apparut entre les mains d'un prêtre 2 pour
convertir une comtesse de Braine au diocèse de Soissons. 3 Elle se trouve
encore conservée avec respect dans une abbaye de cette ville: on la montre
aux pélerins qui demandent à la voir par piété.
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Ms 26 f. 95 r.Miracle des trois
messes de Noël. (Ci 137)
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A gauche un ange emporte l'hostie que vient de consacrer un prêtre en
état de péché.
Au centre le prêtre se confesse au curé du lieu, qui lui donne
l'absolution.
A droite l'ange rapporte une ou plusieurs hosties à la communion de la
messe suivante.
Ci 137 Miracle des trois messes de Noël. 1 Une nuit de Noël un prêtre
chanta ses deux premières messes; 2 mais un ange lui enlevait les hosties
consacrées, parce qu'il était en état de péché.
3 Emu de repentir à la vue de ce miracle, il alla au matin se confesser.
4 Il chanta ensuite la grand-messe, mais au moment de la communion 5 il trouva
trois hosties au lieu d'une. 6 Quand il rapporta ce miracle à son évêque,
ils louèrent Dieu
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Ms 26 f. 95v.Le poisson qui rapporta
l'hostie (Ci 138); Le baiser de paix de la messe (Ci 139)
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Image de gauche: Un prêtre donne l'hostie à un fidèle vêtu
de brun. Dos à dos, le même fidèle, vêtu de bleu cette
fois, reprend l'hostie que le poisson (en transparence dans l'eau à droite)
vient de lui rapporter.
Image de droite: Derrière le prêtre qui dit la messe, le clerc
(tonsuré) donne à l'écuyer le baiser de paix. A droite,
un curé fait un geste d'admiration devant un mourant... mais je n'ai
pas vu "l'hostie tenant à sa bouche".
Ci 138 Miracle du poisson qui rapporta l'hostie. 1 Un pécheur reçut
le corps de Notre-Seigneur à Pâques et n'osa l'avaler parce qu'il
était en état de péché. 2 Il le mit dans la bouche
d'un poisson et demeura dix ans en état de péché. 3 Quand
au bout ce ces dix ans il se fut repenti et confessé de son péché,
il alla se promener au bord de l'eau. 4 Et sur la rive il vit son poisson lui
rapporter le corps de Notre-Seigneur. 5 Il y amena son curé, qui porta
l'hostie à l'église avec respect.
Ci 139 Le baiser de paix de la messe. 1 Un chevalier demanda à son écuyer
de lui rapporter le baiser de paix qu'il recevrait à la messe, 2 car
il ne pouvait y aller, étant trop malade; l'autre le fit. 3 Et quand
il eut reçu la paix de son écuyer, le chevalier ne tarda guère
à rendre saintement son âme à Dieu. 4 Et à cause
de la grande foi qu'il avait eue en recevant la paix, 5 l'hostie consacrée
apparut à toute l'assistance fixée à sa bouche.
6 Nous pouvons comprendre ici que si nous recevons pieusement le baiser de paix
à la messe, 7 nous recevons Dieu spirituellement et participons à
tous les mérites de la messe. 8 Celui qui a conscience d'être en
état de péché mortel ne doit pas recevoir ce baiser de
paix 9 et on ne doit pas le recevoir si on n'est pas à jeun.
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Ms 26 f. 96r.Connaissance miraculeuse
de saint Louis. (Ci 140)
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Devant son église un curé répond à un jeune homme
qui l'interroge. A droite deux cavaliers cheminent, dont l'un est le roi portant
couronne. L'autre est tourné vers lui et admire que le roi ait su que
le saint-sacrement n'était pas au tabernacle.
Ci 140 Connaissance miraculeuse de saint Louis. 1 Saint Louis saluait toujours
les églises devant lesquelles il passait: 2 il ôtait le pied de
l'étrier en inclinant la tête. 3 Un jour un membre de sa suite
lui reprocha d'être passé devant une église sans la saluer.
4 Saint Louis lui répondit que c'était parce que le ciboire ne
contenait pas d'hostie consacrée. 5 Aussitôt l'autre alla interroger
le curé qui lui dit que c'était vrai. 6 On vit bien que saint
Louis était un saint homme, puisque Dieu lui révélait ainsi
des secrets qu'il n'aurait pu connaître autrement.
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Ms 26 f. 96v.Miracle de l'hostie
cachée dans la bourse. (Ci 141)
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A droite un curé donne la communion à une personne agenouillée.
De l'autre côté du curé, la donzelle, habillée cette
fois de clair, semble mener la file des danseurs; mais sur sa bourse, un peu
au dessus du genou, une tache rouge apparaît.
Ci 141 L'hostie cachée dans la bourse. 1 Une sotte fille qui n'avait
pas osé avaler l'hostie le jour de Pâques parce qu'elle était
en état de péché 2 la mit dans sa bourse et s'en alla danser
ce même jour; et sa bourse se remplit de sang. 3 Ce miracle amena plusieurs
personnes à croire au saint sacrement de l'autel.
Ci 142 Conversion d'une pécheresse. 1 Une pécheresse dans un élan
de piété posa cette question à un prêtre qui portait
le saint sacrement: 2 "Sire, celui que vous portez est-il celui qui pardonna
à Marie-Madeleine ses péchés?" 3 Le prêtre plein
de foi lui répondit: "Oui, en vérité." 4 La pécheresse
fondit en larmes; en pleurant elle disait à Dieu: 5 "Ah, Seigneur,
vous qui avez pardonné ses péchés à Marie-Madeleine,
je vous supplie de me pardonner les miens." 6 Tous les assistants entendirent
la voix de Dieu sortant du vase sacré que le prêtre portait: "Aujourd'hui
tes péchés te sont pardonnés. Que la paix soit avec toi."
8 Ainsi peut-on connaître la bonté de Dieu et la grande confiance
que nous devons tous avoir dans le saint sacrement de l'autel.
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Ms 26 f. 97 r.L'hostie perdue dans
un pré. (Ci 143)
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A droite une triade-foule admire l'église que les abeilles ont construite
pour abriter l'hostie perdue dans un pré. A gauche le curé qui
avait perdu l'hostie partage cette admiration.
Ci 143 L'hostie perdue dans un pré. 1 Un prêtre laissa tomber le
corps de Notre-Seigneur dans un pré par où il passait. 2 Il ne
réussit pas à le retrouver, mais on le retrouva quand on faucha
le pré. 3 Car des abeilles lui avaient construit une chapelle avec leur
cire et un calice avec une patène sur laquelle elles l'avaient déposé.
4 Ce miracle se produisit en Provence, où cette chapelle est conservée
respectueusement dans une église.
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Ms
26 f. 97v.Miracle du chien du juif. (Ci 144)
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L'hostie semble posée sur un support au dessus de la flamme. Le chien
mord le poignet de son maître. Derrière le chien, une femme (peut-être
la chrétienne qui avait fourni l'hostie?) qui admire et trois voisines
attirées par les cris.
Ci 144 Miracle du chien du juif. 1 Un juif qui avait acheté le corps
de Notre-Seigneur à une femme chrétienne le donna à manger
à son chien. 2 Mais sir ordre de Dieu le chien s'agenouilla devant son
créateur. 3 Le juif voulut prendre l'hostie et la mettre au feu. Mais,
si attaché que fût le chien à son maître, il lui saisit
la main 4 sans vouloir le lâcher avant que les voisins soient accourus
en l'entendant crier. 5 Le juif se convertit à la foi chrétienne
avec toute sa maisonnée. 6 Et les chrétiens témoins de
ce miracle crurent plus fermement au saint sacrement de l'autel.
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Ms 26 f. 98r.L'hérétique
qu'on ne pouvait brûler. (Ci 145); L'hostie dans la chaudière (Ci
146)
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Image de gauche: Un garçon attise le feu. Au dessus des flammes apparaît
le buste de l'hérétique attaché au poteau. On ne voit pas
les diables qui l'empêchent d'être brûlé. Arrivée
de deux cordeliers dont le premier porte un ciboire qui mettra en fuite les
diables.
Image de droite: Une chrétienne vend l'hostie à un juif. Le juif
veut faire bouillir l'hostie dans une chaudière à trois pieds
placée sur le feu. Sa femme le blâme, mais il la chasse.
Ci 145 L'hérétique qu'on ne pouvait brûler. 1 On voulait
brûler un hérétique en Lombardie, mais on ne pouvait allumer
le feu de son bûcher. 2 En effet les diables ne voulaient pas le laisser
brûler, pour qu'il puisse continuer à nuire. 3 Mais quand un cordelier
y apporta le corps de Notre-Seigneur, le feu qui jusque là ne voulait
pas prendre s'alluma. 4 L'héretique se mit à crier aux diables:
"Qu'arrive-t-il, mes amis? Allez-vous donc me laisser brûler de la
sorte? 5 Les diables, entendus de tous ceux qui étaient là, répondirent:
6 "Nous ne pouvons plus te défendre, car le Tout-Puissant y est
venu."
Ci 146 L'hostie mise à bouillir. 1 Un juif acheta le corps de Notre-Seigneur
à une femme chrétienne et le fit bouillir dans une chaudière:
La chaudière se remplit de sang et Jésus apparut crucifié.
2 Ce miracle convertit sa femme et ses enfants, mais le juif s'obstina dans
son erreur et fut brûlé. 3 Ce miracle se produisit à Paris.
L'hostie consacrée par qui ce miracle arriva est encore conservée
avec respect à Saint-Jean-en-- Grève.
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Ms 26 f. 98v.L'hostie entre dans
la bouche d'une religieuse ( Ci 147)
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Un moine cistercien dit la messe. Au centre on voit une sainte religieuse (nimbée)
en prière. A droite, le moine entend la religieuse en confession: il
saura alors pourquoi il manquait une hostie.
Ci 147 L'hostie entre dans la bouche d'une religieuse. 1 Un moine cistercien
aumônier d'une abbaye de dames avait consacré à sa messe
un certain nombre d'hosties. 2 Il lui en manqua une au total: celle-ci était
entrée par permission divine dans la bouche d'une pieuse religieuse qui
était dans l'église. 3 Comme elle craignait que ce ne soit une
ruse du diable, elle s'en confessa à l'aumônier de l'abbaye. 4
Le moine sut que ce n'était pas de l'imagination, puisqu'il n'avait pas
retrouvé son compte d'hosties. 5 Il y retrouva la paix, car jusque là
il en était bien troublé; et il put rassurer la bonne religieuse.
6 Elle lui demanda de ne le répéter à personne tant qu'elle
vivrait. Le moine le mit par écrit, car c'était un miracle.
Ici finira le développement des MIRACLES DU SAINT SACREMENT (Ci 121-147)
à propos de la Fête-Dieu qui était célébrée
le jeudi après la Trinité (v. Ci 119a)
7 Nous savons avec certitude que Dieu nous aime beaucoup puisque pour nous conserver
en sa foi il a voulu faire tant de beaux miracles par son précieux corps
au saint sacrement de l'autel.
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Ms 26 f. 99r.Séparation des
apôtres (Ci 148)
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Entre deux groupes de six apôtres nimbés siège un personnage
barbu (ce doit être saint Pierre) qui attribue à chaque apôtre
sa mission. L'ennui, c'est que 6+6+1= 13. Faut-il penser que Judas Iscariote
serait remplacé par Mathias et que l'un de ces apôtres serait déjà
saint Paul?
Ci 148 Séparation des apôtres. 1 Les saints apôtres de Notre-Seigneur,
après avoir reçu le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte
se séparèrent pour aller prêcher la foi de Notre-Seigneur
à travers le monde. 2 A chacun fut attribuée la contrée
où il devait aller; ils ne se revirent plus jamais tous ensemble sur
terre sinon à la mort de Notre Dame.
3 Par eux Dieu nous a construit la sainte foi qui est la nôtre, qui nous
ouvre, si nous la gardons, l'accès du ciel. 4 Nous leur devons tous honneur,
amour, louange, car ce qu'ils ont souffert, ils l'ont souffert pour nous. 5
Ils auraient bien pu faire leur salut à moindres frais s'ils n'avaient
pas voulu nous édifier cette glorieuse foi dont l'excellence ne peut
être mesurée sur la terre ni au ciel.
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Ms 26 f. 99v.Les sept vertus (Ci 149)
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Il faut sans doute voir à gauche le prophète Isaïe qui est
cité ici. Deux groupes de trois et quatre femmes entourent un personnage
au nimbe crucifère qui est donc être Jésus... Mais le texte
dira aussi que tout chrétien doit avoir épousé les sept
vertus.
Ci 149 Les sept vertus. 1 Le Saint-Esprit dit par Isaïe pour ce temps de
grâce qui est le nôtre: 2 "En ce temps à venir sept
femmes entoureront un seul homme et lui diront: 3 Nous pourvoirons à
notre nourriture et à notre vêtement et toi, tu nous ôteras
la honte et Dieu nous bénira." 4 Ces sept femmes signifient les
sept vertus qui toutes furent parfaites en Jésus-Christ vrai Dieu et
vrai homme. 5 Il les a épousées toutes les sept sans défaillance
réciproque. 6 Et nous, en suivant son exemple, nous devrions aussi les
avoir autant que nous le pouvons épousées. 7 Si elles sont ici
présentées comme des femmes, c'est parce que, tout comme un homme
et une femme qui se sont mariés se doivent protection l'un à l'autre
sans se quitter ni se séparer, 8 de même nous devrions tous, nous
qui vivons dans la foi de l'Eglise, avoir épousé les sept vertus.
9 Et si après avoir été aujourd'hui sans péché
nous devenons demain pécheurs, notre mariage est rompu. 10 Et autant
les péchés capitaux nous font du tort, autant les vertus sont
nécessaires à notre salut. 11 Et voici les noms que nous leur
donnons: Prudence, Tempérance, Force, Justice, Foi, Espérance
et Charité.
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Ms 26 f. 100r.Le banquet du Pharaon.
(Ci 150)
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Ce roi barbu à table doit être le pharaon et l'autre personnage
couronné son épouse. Les deux juifs à bonnet de chaque
côté du roi doivent être l'un Jacob, l'autre son fils Joseph.
Ci 150 Le banquet du Pharaon. 1 Le roi Pharaon fit un grand banquet en l'honneur
de Jacob et de ses enfants par amitié pour Joseph. 2 Si nous suivons
avec amour l'enseignement de Jésus (dont Joseph était une figure
3 car il était venu faire la volonté de son Père du ciel
comme Joseph exécutait les ordres du Pharaon), 4 le Père du ciel
nous fera asseoir à son banquet éternel, là où l'on
n'a plus rien à désirer, 5 c'est à dire en sa précieuse
compagnie, où l'on ne vit que de son doux regard; 6 car en le regardant
on a jusqu'à la perfection tout ce qu'on peut désirer. ici commence
le Traité de GLOUTONNIE
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Ms 26 f. 100v.Noé plante
la vigne (Ci 151)
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Au centre Noé plante de la main droite un rameau en terre. On peut croire
que sa main gauche est occupée à remuer le mélange du sang
des cinq bêtes que l'on voit à gauche: le lion (très barbu),
au premier plan sans doute l'ours, au dessus le singe, puis le bouc aux grandes
cornes et enfin le porc. On peut penser que la scène se passe au clair
de lune si les ceps déjà plantés derrière Noé
sont blancs: ils auraient été plantés à la lumière
du soleil... à condition toutefois que les ceps qui produiront le vin
blanc soient représentés comme blancs...
Ci 151 Noé plante la vigne. 1 Au dire de certains, quand Noé planta
la vigne, il en planta partie de nuit à la lumière de la lune
et partie en plein jour à la lumière du soleil. 2 Celle qu'il
planta la nuit, à cause de la froideur de la lune, et par la volonté
de Dieu, produisit le vin blanc. 3 Et celle qu'il planta au soleil, à
cause de la chaleur du soleil produisit le vin rouge selon cette tradition.
4 Bien sûr, si on voulait aujourd'hui essayer cette méthode, on
n'obtiendrait ni vin blanc ni vin rouge, mais telle fut la volonté de
Dieu. 5 Il reste que le vin rouge est plus vigoureux que le blanc et que le
plus mauvais vin rouge est moins mauvais que le plus mauvais blanc.
6 Un autre maître dit que Noé pour planter la vigne la mouilla
avec le sang de cinq bêtes, d'un lion, d'un ours, d'un singe, d'un bouc
et d'un porc; 7 le vin y aurait acquis cinq qualités qu'il a encore,
trois bonnes et deux mauvaises: 8 Car celui qui boit du vin, par le caractère
du lion devient plus fier, par l'ours plus fort, par le singe plus subtil, par
le bouc plus léger et par le porc plus grossier. 9 Je peux donc dire
qu'en buvant du vin on devient plus fier, plus fort, plus subtil, plus léger
et plus grossier, c'est à dire plus enclin au péché.
10 La première et la dernière de ces cinq qualités sont
mauvaises, car être plus fier, c'est une variété d'orgueil
et d'outrecuidance: 11 Quand un fou a trop bu, il pense bien valoir un roi et
il vaut moins que lorsqu'il était à jeun. 12 Celui que la boisson
a rendu plus fort à mal faire, il aurait mieux fait de boire de l'eau,
car tout bien est perdu que l'on l'emploie à mauvais usage. 13 Le vin
est bien employé par celui qui en est plus fort à faire un bon
travail. 14 Si un sage boit du vin, il en devient encore plus sage; et si un
bon messager en boit, il en ira encore plus vite. 15 Mais si un vaurien en boit,
il tourne au pourceau: il en est d'autant plus disposé à pécher.
Car pour les fous, tout tourne à leur désavantage.
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Ms 26 f. 101v.Ivresse de Noé. (Ci 152)
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Noé dort, couché sur une terre caillouteuse, sa main gauche tenant
son bras droit. Il est sommairement enveloppé dans son manteau qui est
relevé jusqu'au dessus des genoux. Arrivée de ses fils. Cham (à
droite) se moque de son père, index gauche en geste de dérision,
main droite offusquée. L'autre fils, Sem (geste de la main gauche qui
ne veut pas voir ça) court étendre le manteau sur les genoux de
son père.
Ci 152 Ivresse de Noé. 1 Quand Noé eut planté cette vigne
et qu'il en eut bu du vin, il fut ivre. 2 Cham, l'un de ses fils se mit à
rire quand il le vit découvert; mais Sem, un autre fils, eut la délicatesse
de le recouvrir. 3 A son réveil Noé félicita son fils qui
l'avait recouvert; il lui dit qu'il avait le coeur noble et que de lui naîtrait
une noble race 4 (et il dit vrai, car de sa race naquit le doux Jésus-Christ);
5 et il réprimanda l'autre et il lui dit que de lui naîtrait une
race vile et mauvaise. 6 (cependant de sa race naquit la bonne cananéenne
dont parle l'Evangile: 7 Cela signifie qu'il arrive parfois que les méchants
naissent des bons et les bons des méchants.) 8 Quand Noé se fut
levé après ce sommeil, il se fit faire un pantalon. 9 On peut
donc dire que pantalon et délicatesse furent inventés le même
jour.
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Ms 26 f. 102r.Interdiction de la
chair étouffée. (Ci 153)
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L'un des deux personnages tient en main un morceau de viande contenant du sang;
mais veut-il l'exprimer ou le cacher? L'autre tient une cuiller de la main gauche
et de son index droit donne un avis. Mais quel avis? "C'est bon"?
ou bien "C'est presque à point"? ou bien "Il ne faut jamais..."
Le sens de cette peinture sera celui qu'on voudra lui donner. Remarquons cependant
le pot qui cuit dans la flamme sur un trépied métallique.
Ci 153 Interdiction de la chair étouffée. 1 Dieu permit aux descendants
de Noé de manger de la viande 2 à condition de ne pas la manger
avec le sang: c'est pourquoi ils en faisaient sortir le sang. 3 Cela signifiait
qu'ils ne devaient pas vivre de bien mal acquis: car celui qui vole le bien
d'autrui, il mange la viande avec le sang. 4 Ainsi le loup a toujours la gueule
puante parce qu'il mange la chair crue. 5 Quand on dévore le bien que
les pauvres gens ont gagné à la sueur de leur front, c'est cela
la chair crue qui fait la gueule puante. 6 Car bonnes oeuvres ni oraison ni
aucun bien qu'on fasse ne peuvent plaire à Dieu jusqu'à ce qu'on
ait réparé les torts qu'on a causés.
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Ms 26 f. 102v.Loth quitte Sodome.
(Ci 154)
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Loth avec son bâton et son bonnet de juif, portant un petit bagage, marche
en tête sans se retourner. Ses deux filles qui le suivent semblent fort
agitées, mais n'osent pas se retourner. Leur mère s'est retournée
et ses bras expriment son immobilité définitive. La tour-porte
figure Sodome qu'ils viennent de quitter.
Ci 154 Destruction de Sodome. 1 Cinq villes furent détruites dont ce
livre parle ailleurs: Sodome, Gomorrhe, Seboïm, Adamas et Segor. 2 Quatre
d'entre elles furent foudroyées et Ségor fut détruite par
tremblement de terre. 3 Elles furent détruites pour le péché
de sodomie qui régnait chez ces gens et parce qu'ils étaient ivres
de nourriture et de confort.
4 Comme Loth était dans ces villes le seul juste, les anges lui dirent
de s'en aller avec ses filles 5 et de dire à sa femme de ne pas regarder
derrière elle; 6 et pour y avoir regardé elle devint un bloc de
sel; et au dire de certains maîtres les bêtes la rongent toute la
semaine, mais le samedi elle redevient entière.
7 Le fait qu'elle soit devenue un bloc de sel signifie qu'ainsi seraient assaisonnés
ceux qui auraient décidé de transgresser les commandements de
Dieu. 8 Et si nous regardions bien comment en fut punie cette femme, nous nous
garderions de les transgresser. 9 Car autant nous pouvons nous fier en sa miséricorde,
autant devons-nous transgresser sa justice.
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Ms 26 f. 103r.Les filles de Loth
(Ci 155)
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A droite les deux filles ont préparé la table du repas; elles
s'interrogent sur la légitimité de leur entreprise pour se procurer
une descendance. A gauche Loth et ses filles dans le lit.
Ci 155 Les filles de Loth. 1 Les filles de Loth enivrèrent leur père
et, de crainte de voir leur race s'éteindre, se firent toutes deux engrosser
par lui. 2 Elles n'avaient aucune autre mauvaise intention; seulement elles
trouvaient honteux de laisser s'éteindre leur race. 3 Loth fut plus coupable
que ses filles, car c'est un péché de s'enivrer et s'il agit ainsi,
c'est par ivresse qui est une variété de gloutonnie.
4 Tout le temps que Loth vécut dans la ville des pécheurs il se
garda de pécher, et il succomba quand il en fut sorti. 5 Cela signifie
que tel ferait son salut dans le monde, qui se damne au monastère et
tel autre ferait son salut en religion, qui se damne dans le monde. 6 Car tel
fait son dommage là où un autre ferait son profit.
Ci 156 Esaü vend son droit d'aînesse. (le Ms 26 n'a pas ici de peinture
à ce sujet). 1 Esaü vendit son droit d'aînesse à son
frère contre une pleine écuelle de lentilles. 2 C'est ainsi que
s'abaissent, s'avilissent et s'éloignent du paradis ceux qui pour l'amour
de leur ventre transgressent la loi de Dieu.
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Ms 26 f. 103v.Les ablutions rituelles.
(Ci 157)
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Un juif au centre demande à Jésus (à gauche avec deux disciples)
s'il est permis de manger sans avoir d'abord procédé aux ablutions
rituelles. A droite une table servie comme celle de Loth au recto.
Ci 157 Les ablutions rituelles. 1 On voit ici qu'un juif demanda à Jésus
si c'était péché de tenir le pain sans s'être lavé
les mains. 2 Jésus lui répondit: "Ce qui entre dans la bouche
ne damne pas l'âme, mais ce qui en sort la damne." 3 Cela signifie
que manger en temps et en lieu une nourriture honnêtement gagnée
n'est pas péché en dehors des temps de jeûne; 4 mais parler
sans respect de Dieu et des saints et proférer des paroles violentes
et grossières, c'est le comble de la gloutonnie.
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Ms 26 f. 104r.Le mauvais riche
et le pauvre Lazare ( Ci 158,1-2 )
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A gauche, une table servie comme sur les peintures précédente,
mais ici trois convives y sont assis: Le premier lève sa coupe; le second
(est-ce le riche?) donne son avis (est-ce pour chasser le pauvre?); le troisième
étend la main pour jeter quelque chose au chien. Le même chien
lèche les ulcères de Lazare qui a en plus des traces de sang au
cou; il est coiffé d'un chapeau rond et porte sur le dos ses ustensiles
de mendiant
Ci 158, 1 Le mauvais riche. 1 On voit ici le riche de l'Evangile, qui était
juste possesseur de ses richesses, mais qui fut damné parce qu'il n'avait
pas voulu donner au pauvre Lazare des miettes de sa table et qu'il était
trop esclave de ses aises. 2 Le mendiant trouva plus de compassion auprès
de ses chiens qui lui léchaient ses plaies qu'auprès de leur maître.
C'est pourquoi celui-ci à sa mort alla en enfer.
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Ms 26 f. 104v.Le pauvre et le
riche après la mort. ( Ci 158, 3 )
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Lazare couvert d'ulcères meurt pieusement dans un lit. A droite le riche
bout dans le chaudron de l'enfer entouré de belles flammes. Il lève
le doigt pour parler au patriarche Abraham. Abraham tient sur son bras gauche
un enfant qui est sans doute l'âme de Lazare; mais son index droit adresse
une réponse sans pitié au malheureux damné.
Ci 158 Le mauvais riche (suite) 3 Quand il fut en enfer il vit le pauvre au
sein du père Abraham. Il pria le père Abraham de lui envoyer par
le mendiant une goutte d'eau pour rafraîchir sa langue, car il était
tout brûlant. 4 Le père Abraham (qui représente ici Dieu
le Tout-Puissant qui est notre père à tous) lui répondit:
5 "Fils, souviens-toi que le mendiant a eu sur terre pauvreté et
misères tandis que tu avais richesse et agréments. Aussi est-il
juste qu'il ait repos et toi peine." 6 Le riche lui répondit: "Dis
au moins à mes cinq frères de ne pas mener une vie qui les amènerait
ici." 7 Le père Abraham répondit: "Ils ont Moïse
et les prophètes: Qu'ils les croient s'ils veulent." 8 Cela signifie
que personne d'entre nous n'a d'excuse s'il ne fait pas son salut, car nous
avons les prédicateurs et l'enseignement de la théologie.
9 Le riche avait donné à ses frères le mauvais exemple:
aussi ne voulait-il pas qu'ils viennent en enfer, sachant bien que son châtiment
en serait accru (ce n'était pas par charité). 10 Cela signifie
que si quelqu'un donne un mauvais exemple qui en conduise d'autres à
la damnation, son châtiment en grandira en proportion du nombre de ceux
qui se seront damnés à cause de lui. 11 Et inversement, plus on
aura mené de gens au paradis par son exemple et par son enseignement,
plus on verra grandir sa gloire au ciel. 12 Car pour les hérésiarques
qui font encore se damner les gens, leur châtiment continue de s'accroître
avec le nombre de leurs victimes. 13 Et de même s'accroît au ciel
la gloire de ceux dont l'enseignement en a mené d'autres au salut.
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Ms 26 f. 105r.Un autre mauvais
riche (Ci 159)
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Ce riche est couché dans un bon lit et rêve à son plan de
capitalisation. Mais du haut du ciel un ange lui réclame son âme
et un diable vient l'étrangler: C'est la mort subite.
Ci 159 Un autre mauvais riche. 1 Un mauvais riche pensait à agrandir
ses greniers et ses celliers pour loger ses richesses qu'il aurait mieux fait
de distribuer aux pauvres. 2 Il se disait: "Bois et mange. Tu vois bien
que tu as assez; rien ne te manque." 3 en pensant cela il entendit une
voix du ciel qui lui disait: "Malheureux, à quoi penses-tu? Cette
nuit même les diables emporteront ton âme." 4 Et c'est ce qui
lui arriva, car soudain le diable l'étrangla. 5 Il est maintenant privé
de tout bien parce que par gloutonnie il voulait manger tout le bien qu'il avait,
sans en rien donner aux pauvres pour qui Dieu le lui avait confié. 6
Car ceux qui possèdent plus de biens temporels qu'il ne leur en faut,
ils doivent les distribuer aux pauvres. 7 Et s'ils ne le font pas et que des
pauvres meurent par leur faute, Dieu leur demandera compte de leur mort.
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Ms 26 f. 105v.Le choix entre trois
péchés (Ci 160)
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A gauche un ermite est importuné par un diable tentateur qui lui fait
une proposition; l'ermite semble intéressé. Au centre il soupe
avec une femme et son mari. Que s'est-il passé? On ne nous le montrera
pas, mais nous voyons à droite l'ermite frapper ses deux commensaux tombés
par terre.
Ci 160 Le choix entre trois péchés. 1 Un diable donna à
un ermite le choix entre trois péchés, après quoi il le
laisserait en paix. 2 Croyant choisir le moins grave, il prit gloutonnie et
il les fit tous les trois; 3 car dans son ivresse couchant avec sa gouvernante,
il la tua ainsi que son mari. 4 C'est pour cela que le diable lui avait offert
ce choix, pensant bien qu'il le tromperait ainsi.
5 Gloutonnie est la source de beaucoup d'autres péchés. 6 Car
personne n'est si sage à jeun qu'il ne devienne stupide et hors-du-sens
quand il est ivre. Et "coeur de hors-du-sens, c'est tabernacle au diable."
7 Nous avons donc montré que gloutonnie est un péché dangereux.
8 Ceux qui jusqu'ici y ont succombé feront bien, s'ils m'en croient,
de s'en garder à l'avenir.
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Ms
26 f. 106v.Cinq sortes de mauvaises langues. (Ci 161)
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Suspendues comme à la boucherie on voit successivement cinq langues qui
sont au dire du texte: une longue (,2), une courte (,3), une pointue (,4), une
grasse et ordurière (,5-10), et une large (,11) qui est la langue des
flatteurs. A droite, le porc qui mange son propre pied représente celui
qui diffame son prochain: il mange sa propre chair(,15).
Ci 161 Cinq sortes de mauvaises langues. 1 Il y a cinq sortes de mauvaises langues:
2 Certaines sont si longues qu'à propos d'une sottise elles en disent
bien quatre. 3 Certaines sont si courtes qu'elles ne peuvent dire de bien sans
mal et même qu'elles relatent le mal en omettant le bien. 4 Certaines
sont si aiguës qu'elles blessent les autres et eux-mêmes et critiquent,
attaquent et blâment les autres pour se mettre en valeur.
5 Certaines sont grasses et sales, qui racontent des propos orduriers de débauches
d'hommes et de femmes, où un chien ne voudrait pas mettre son nez. 6
Et les hommes, d'autant qu'ils ressemblent plus à Dieu que les femmes,
doivent d'autant mieux se garder de tout péché et en particulier
de parler grossièrement: 7 Nul homme ne devrait dire un mot qu'une honnête
femme ne puisse dire sans honte devant tout le monde. 8 Car, de même que
l'or est le siège des pierres précieuses, la bouche d'un homme
ou d'une femme est faite pour louer Dieu et dire de bonnes paroles et non d'autres.
9 Et celui qui après de mauvaises paroles en prononce quelques bonnes
sans s'être repenti et confessé des mauvaises qu'il a dites auparavant,
il est semblable au cuisinier qui prépare le repas de son maître
dans des plats sales: 10 Pas plus que le repas ainsi présenté
ne doit plaire à son maître, ne plairont à Dieu les prières
ni les louanges faites d'une bouche souillée.
11 La langue large, c'est celle des flatteurs qui disent toujours: "Monsieur
a bien raison" et qui veulent plaire à tout le monde. 12 Mais on
ne doit désirer plaire qu'aux bons, car critiquer les méchants,
c'est faire l'éloge des bons; 13 de leur côté les méchants
blâment ce que font les bons et font l'éloge des méchants.
14 Et l'Ecriture maudit ceux qui appellent le bien mal et le mal bien.
15 Chaque fois que nous disons du mal d'autrui, nous sommes comme le pourceau
qui mange son pied coupé. 16 De la même façon nous mangeons
notre propre chair quand nous disons du mal d'autrui à tort ou à
raison.
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Ms 26 f. 107 r.Inspection des estomacs
des moines (Ci 162)
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Au ciel sur fond bleu apparaissent les saints fondateurs d'ordres: un moine
noir, un saint évêque, un moine brun. A la gauche du Christ, deux
autres saints moines: un noir et un brun. Il serait risqué de les identifier
avec certitude. Tous ont un geste des mains qui réprouve, sauf le dernier
à notre droite, qui semble proposer un arrangement. Ce serait donc saint
François. Sur la terre, à gauche un bras qui sort de la marge
va couper la tête à l'un des deux dormeurs. Le troisième
moine noir qui dort à droite est celui qui a la vision.
Ce moine noir alité, dans sa situation d'intempérance, n'est sûrement
pas nimbé. On peut donc être certain que le cercle qui entoure
sa tête est bien un oreiller et non pas un nimbe.
Ci 162 Les trois moines qui banquetaient. 1 Trois moines bénédictins
après avoir festoyé entre eux s'endormirent un jour d'été
dans une chambre fermée. 2 L'un d'eux rêva qu'il voyait des moines
de plusieurs ordres religieux 3 et que le saint fondateur de leur ordre leur
plongeait la main par la bouche jusqu'en l'estomac; et s'il y trouvait des nourritures
raffinées, il leur faisait couper la tête. 4 Il vit ainsi couper
la tête à plusieurs et à ses deux amis. "Moines ne
doivent manger que fèves", disaient les saints. 5 Il pria alors
saint François de le tirer de ce mauvais pas et il se ferait franciscain;
et saint François accepta. 6 Aussitôt il s'éveilla et se
souvint de sa vision. Il constata que ses deux amis avaient la tête coupée,
bien que la chambre fût fermée de l'intérieur. 7 Cet événement
se produisit en l'archevêché de Lyon. Et le moine qui avait eu
cette vision se fit franciscain.
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Ms 26 f. 107 v.Le chambellan qui
jurait (Ci 163)
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Un chevalier borgne gifle un garçon qui a proféré un juron.
Le même garçon se plaint au roi.
A droite on voit une triade -foule de chevaliers dont le premier, vêtu
cette fois de brun, lève le doigt pour dire que l'ancien borgne, c'est
lui. Son voisin admire, le roi aussi, pendant que le garçon est encore
en train de dire que son borgne n'est pas là.
Tout ce qui nous semble simultané dans la partie droite pose problème
, parce qu'il a bien fallu successivement que les chevaliers défilent
devant le garçon,
que le garçon annonce que son borgne n'est pas passé,
qu'en l'entendant le chevalier se fasse connaître,
que tout le monde constate le miracle pour l'admirer.
Ci 163 Le chambellan qui jurait. 1 Un chevalier donna une gifle au chambellan
du roi parce qu'il avait proféré un affreux juron. 2 Le chambellan
alla se plaindre au roi: "Ainsi m'a frappé un de vos chevaliers.
3 Le roi répondit:: "Connais-tu celui qui t'a frappé? - En
vérité, dit le jeune homme, je ne sais pas son nom, mais je sais
bien qu'il n'a qu'un oeil." 4 Le roi commanda de faire passer tous ses
chevaliers par une porte et d'arrêter le coupable. 5 Quand ils furent
tous passés, le jeune homme dit que son borgne n'était pas passé.
6 Le chevalier cria bien haut: "Me voilà! Je suis passé!
Mais je n'ai jamais rien fait dont Dieu m'ait mieux récompensé.
7 Car pour l'avoir vengé d'un jeune homme qui lui disait des grossièretés,
il m'a rendu mon oeil que j'avais perdu." 8 Quand le roi vit le miracle,
il congédia son chambellan et devint l'ami du chevalier. 9 On peut penser
que les vilains jurons déplaisent à Dieu, puisqu'il a voulu faire
à ce sujet un si beau miracle.
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Ms 26 f. 108r.La queue du diable
faisait la tempête. (Ci 164)
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Devant un autel drapé un diable agenouillé, les mains jointes,
fait sa prière: il y a là en effet de quoi étonner l'ermite.
Mais devant les pieds du saint homme passe la longue queue du diable, qui à
droite agite la mer.
Ci 164 La queue du diable faisait la tempête. 1 Un ermite qui habitait
au bord de la mer accusait le diable de causer toutes les tempêtes de
la mer. 2 Un jour il le trouva à genoux dans sa chapelle - mais sa queue
était si longue qu'elle lui permettait de troubler la mer. 3 L'ermite
lui demanda: "Que fais-tu ici?" Il répondit: "Je suis
en oraison. 4 Tu prétends que je cause toutes les tempêtes de la
mer, mais tu vois bien que je n'y suis pour rien actuellement, puisque je suis
ici." 5 Le saint homme répondit: " Je vois bien que tu es ici.
Mais c'est ta queue qui fait la tempête dans la mer." 6 Cela signifie
que si un personnage est assez honnête pour ne vouloir personnellement
rien faire de mal, et s'il a des subordonnés qui causent du tort en son
nom, 7 il ressemble au diable qui avec sa queue troublait la mer.
8 C'est pourquoi le proverbe dit: "Tel patron, telle équipe."
9 Car la tête ne peut être en bonne santé si les membres
sont malades faute d'être bien commandés et les membres ne peuvent
être en bonne santé si leur tête est malade. 10 Car de même
que les bons s'entremènent au ciel par leurs bons exemples, les méchants
s'entremènent en enfer s'ils prennent modèle les uns sur les autres.
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Ms 26 f. 109r.Les trois partages.
(Ci 165)
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Chacun des trois frères a deux fils, un robuste et un infirme. L'aîné
des trois pousse dehors son fils robuste (qui proteste) et donne une bourse
à l'infirme (qui remercie). Le second donne une bourse à chaque
fils (le robuste paraît déçu. Le troisième donne
une bourse au fils robuste et une écuelle à l'infirme.
Dans chacun des trois cas notre peintre a opposé la couleur de deux personnages
à celle d'un troisième. Mais cette opposition est toujours esthétique
et n'a aucun rapport avec la logique. En effet au centre les deux fils traités
de la même manière devraient être vêtus de la même
couleur... Peut-être la couleur des vêtements paternels oppose-t-elle
les deux aînés (qui ont tort) au cadet qui mérite l'approbation
de notre auteur.
Ci 165 Les trois partages. 1 Trois frères avaient chacun deux enfants,
un malade et un bien-portant. 2 Tous trois firent leur testament. L'aîné
laissa tous ses biens à son enfant malade et rien au bien-portant. 3
Le cadet laissa autant à l'un qu'à l'autre. Le benjamin laissa
tout au bien-portant et rien au malade sinon sa vie.
4 Ces trois frères représentent trois sortes de gens qui sont
au monde. 5 Nous avons tous deux enfants, un malade et un bien-portant: notre
corps que les vers mangeront et notre âme qui vivra éternellement.
6 La plupart des hommes donnent tous leurs soins à leur corps qui pourrira:
7 Car, quand ils ont du blé au grenier, du vin au cellier, du pain dans
la huche, de l'argent dans la bourse, 8 des habits dans la penderie, un lit
agréable et doux, et la santé du corps, ils n'en demandent pas
plus, n'ayant pas d'autre ambition que de faire durer ce train de vie: 9 Et
tout cela n'est que pour le corps, qui pourrira. Et de telles gens, on en trouve
beaucoup. 10 Ceux qui pour l'amour de Dieu observent les lois de l'Eglise et
pratiquent les commandements, ils sauvent l'âme et le corps. 11 Mais ceux
qui aiment Dieu plus que tout, qui se soucient peu du prix qu'il leur coûte
du moment qu'ils l'ont, ils donnent tout au bien-portant et rien au malade.
12 Et si on les appelle ici le benjamin, c'est parce qu'ils sont les moins nombreux
à suivre ce chemin.
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Ms 26. f. 109v.Les tonneaux de
vin refusés au père. (Ci 166)
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Le fils (en bleu) reçoit de son père encore jeune une bourse et
des conseils. Le père semble ensuite avoir bien vieilli et marche avec
un bâton: il demande du vin à son fils, qui l'emmène voir
ses tonneaux. Auprès de lui un serviteur tient dans sa main gauche la
broche du tonneau et recueille dans un pot le vin qui jaillit. On peut s'étonner
que le vin jaillisse si fort de la partie supérieure du tonneau.
Ci 166 Les tonneaux de vin refusés au père. 1 Un riche avait donné
tout ce qu'il avait à un sien fils, au point de tomber dans l'indigence.
2 Il demanda à son fils de lui donner à boire du vin d'un de ses
tonneaux, car il en avait plusieurs. 3 Son fils répondit: "Je ne
puis vous donner de ce premier, car c'est du moût: il vous ferait mal.
4 Ni de celui d'après, qui est tout plein: Je ne le désemplirai
pas pour vous. 5 Du troisième non plus je ne vous donnerai pas: c'est
un vin exceptionnel et je ne veux pas le gâter. 6 Ni du quatrième,
car c'est du vin vieux; je n'aurais pas de quoi le remplir. 7 Vous aurez donc
de ce dernier si vous voulez: c'est un fond de tonneau dont boivent les valets;
sans cela on pourrait le jeter." 8 Malgré tout le brave homme en
accepta puisqu'il n'en pouvait avoir de meilleur. Mais il ne devait pas en être
très reconnaissant à son fils.
9 Ce riche, c'est Dieu qui nous a donné tous les biens que nous avons
et qui voulut être pauvre trente-deux ans pour l'amour de nous. 10 Il
nous demandait à boire de la dévotion de nos coeurs quand il dit
sur la croix: "J'ai soif." Et ainsi à chacun de nos âges
il nous demande nos coeurs. 11 Mais les jeunes ne lui donnent pas leur coeur
par crainte de l'empoisonner; ils ressemblent à celui qui à son
père refusa le moût. 12 Ceux d'entre trente-cinq et quarante ans
s'excusent en disant que faire pénitence leur ferait du tort. 13 Ceux
de cinquante ans s'excusent en disant qu'ils commencent à avoir quelque
valeur; il ne s'agit pas de gâter ce cru exceptionnel. 14 Après
cinquante ans ils s'excusent en disant qu'ils ne peuvent plus jeûner ni
faire pénitence et qu'ils sont plus faibles et plus fragiles qu'autrefois.
C'est le vin vieux: ils n'auraient pas de quoi remplir. 15 Mais vers soixante
ans ils cessent de pécher et demandent pardon à Dieu et lui donnent
du vin sur la lie, qui ne mérite guère de reconnaissance. 16 Saint
Augustin dit qu'ils n'abandonnent pas le péché: c'est le péché
qui les abandonne.
17 Quant à ceux qui retardent leur conversion jusqu'à leurs derniers
moments, je ne me risquerai pas à dire qu'ils sont sauvés ou qu'ils
sont damnés: 18 "En l'autre siècle s'en iront; qu'ils prennent
ce qu'ils y trouveront." 19 Ces mots semblent nous laisser peu d'espoir
qu'ils soient sauvés; et nous ne pouvons en avoir plus.
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Ms 26. f. 110v.Le figuier stérile.
(Ci 167)
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Le maître ordonne au jardinier (celui qui porte une ceinture) de couper
le figuier. Mais le jardinier lui fait envisager une autre solution. A droite
le jardinier approche de l'arbre un outil qui doit être une scie.
Ci 167 Le figuier stérile. 1 Un propriétaire dit à son
jardinier: "Il y a trois ans que ce figuier n'a rien produit. Tu le couperas.
2 Le jardinier répondit: "Je vais mettre du fumier au pied: s'il
produit vous en aurez le fruit; sinon, il sera toujours temps de le couper.
3 Ainsi à la prière de son jardinier, le propriétaire s'abstint
de faire couper l'arbre.
4 Le propriétaire, c'est Dieu le tout-puissant. Le jardin, c'est ce monde
où nous sommes. 5 Le figuier, c'est la créature humaine et le
jardinier, c'est notre doux seigneur Jésus-Christ. 6 Notre
seigneur Dieu le Père, en qui réside vraie Justice (qui consiste
à rendre à chacun ce qui lui appartient) constate 7 que bon nombre
d'entre nous passent trente ou quarante ans sans produire de fruit de bonnes
oeuvres et sans reconnaître en rien sa puissance et sa bonté. Il
veut en bonne justice les punir. 8 Et le doux Jésus-Christ, qui est son
jardinier (car en nous il détruit les vices et cultive les vertus) répond
comme notre vrai frère en tempérant la justice de son Père:
9 "Je vais les faire enseigner et prêcher par mes prédicateurs.
S'ils les écoutent et se convertissent, vous aurez leurs âmes;
et s'ils ne veulent se convertir, il sera toujours temps de les punir après
leur mort."
10 Ainsi s'abstient le Père de punir les pécheurs avant leur mort,
à la prière de notre seigneur et frère son doux Fils Jésus-Christ.
11 Donc celui qui retardera jusqu'à la mort sa conversion, il doit craindre
d'être le figuier coupé et jeté au feu. 12 Car de même
que le figuier porte un fruit doux et nourrissant, nous sommes tous créés
par Dieu pour produire du fruit de bonnes oeuvres et rien d'autre.
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Ms 26 f. 111 v.Exemple des cierges
(Ci 168)
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Le premier chandelier porte un cierge allumé normalement, par le petit
bout. Le second porte un cierge dont le petit bout est en bas, c'est le gros
bout qui est allumé. Ce second cierge était sans doute plus facile
à dessiner qu'à placer en réalité. C'est la moralité
de l'exemple qui le fait tenir debout.
Ci 168 Exemple des cierges. 1 L'usage de l'Eglise est d'allumer les cierges
par le petit bout, si bien que la dernière flamme du cierge est la plus
vigoureuse. 2 C'est de cette façon que nous devons tous aimer Dieu: nous
devons être meilleurs aujourd'hui qu'hier , meilleurs demain qu'aujourd'hui,
meilleurs dans l'avenir que présentement. 3 Plus on approche de la mort,
plus on doit apprendre, savourer, sentir, connaître et aimer Dieu, augmenter
et multiplier les bonnes oeuvres. 4 C'est de cette façon que nous produirons
une flamme plus forte à la fin qu'au commencement, à l'exemple
des cierges que l'on allume dans l'Eglise. 5 Mais celui qui est meilleur jeune
que vieux, il allume son cierge par le gros bout: au moment où l'on devrait
y trouver une bonne flamme, on n'y trouvera rien. 6 Il ressemble aux enfants
qui en pleine rue allument des fours de bûchettes qui s'éteignent
sans avoir servi à rien.
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Ms 26. f. 112 r.La pierre d'or.
(Ci 169)
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La pierre d'or trône, isolée, entre les deux groupes. Elle n'appartient
ni à ceux qui ont été assommés au retour des achats,
ni à ceux qui meurent empoisonnés par le pain.
Ci 169 Fable de la pierre d'or. 1 Quatre garçons trouvèrent une
pierre d'or. Ils décidèrent qu'ils la partageraient quand ils
auraient déjeuné. 2 Deux d'entre eux gardèrent la pierre
et les deux autres allèrent acheter du pain, mais ils empoisonnèrent
celui de leurs compagnons afin d'avoir pour eux toute la pierre. 3 Ceux qui
gardaient la pierre décidèrent de tuer leurs compagnons afin d'avoir
toute la pierre. 4 Après les avoir tués, ils mangèrent
le pain empoisonné et moururent. Ainsi moururent les quatre garçons
et la pierre demeura intacte.
5 Cela signifie que les richesses de la terre provoquent la mort de ceux qui
ne savant pas en faire bon usage. 6 Car cent hommes peuvent bien se damner pour
un héritage tandis que le capital reste inaltéré: C'est
la pierre d'or qui reste immobile.
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Ms 26 f. 112 v.Le pacte des trois avertissements.
(Ci 170)
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Le diable apporte une bourse à un garçon, qui lui rappelle ses
conditions: il aura droit avant sa mort à trois avertissements. Un barbier
peigne le garçon et un diable au-dessus de l'image fait remarquer qu'il
est devenu un vieillard à cheveux blancs. Quand le garçon s'appuie
sur un bâton, un second diable lui dit qu'il penche vers la tombe. Enfin,
le mourant admonesté par son médecin ne le croit pas: il attend
toujours les trois avertissements promis. Et le diable emporte son âme
en enfer.
Ci 170 Le pacte des trois avertissements. 1 Un diable apparut à un garçon
découragé et lui proposa de le rendre riche s'il voulait. 2 Il
pourrait cependant quitter son service à trois avertissements qu'il lui
ferait; s'il ne le quittait pas, le diable aurait son âme. 3 Le malheureux,
qui ne pensait qu'à l'argent, y consentit sans avoir demandé quels
seraient ces trois avertissements. 4 Il fut si riche qu'il avait plusieurs domestiques
et menait grand train de vie.
5 Un jour qu'il se faisait peigner par un barbier devant une fenêtre,
il entendit une voix qui disait: "Il est chenu, le vieillard!" 6 Une
autre fois, comme il s'appuyait sur un bâton pour une douleur qu'il avait
au pied, il entendit une voix qui disait: "Il penche vers la tombe, le
vieillard!" 7 Quand il dut s'aliter, il reçut la visite d'un grand
médecin, qui au vu de son urine lui dit: 8 "Cher Monsieur, faites
venir votre curé et confessez-vous avec soin, sans rien omettre; 9 car
sans aucun doute vous allez mourir: je vous en donne avis et vous recommande
à Dieu." Le malheureux ne tint aucun compte de tout cela.
10 Bientôt survint le diable avec ses crochets et ses engins, qui lui
dit: " Debout, bel ami! Je suis venu te chercher! 11 - Grâce à
Dieu, bel ami, répondit le malheureux, je n'irai pas, car tu ne m'as
pas encore fait les trois avertissements que tu dois me faire." 12 Le diable
répondit: "Mais si! Je t'ai dit que tu étais chenu et que
tu penchais vers la tombe. 13 Et par la bouche du médecin je t'ai dit
de te convertir et tu n'en as rien fait. 14 Quand je t'ai dit que tu étais
chenu, pourquoi n'as-tu pas pensé que ta richesse ne t'empêchait
pas de vieillir? 15 Quand tu avais mal au pied, pourquoi n'as-tu pas pensé
que ta richesse ne t'empêchait pas de te défaire? 16 Quand je t'ai
dit que tu étais en train de mourir, pourquoi ne t'es-tu pas confessé?
Tu serais sorti de mon service. 17 Et puisqu'à ces trois avertissements
tu n'as pas reconsidéré ta vie, il te faut embarquer. En route!"
Et aussitôt il l'emporta.
18 Il aurait mieux valu pour lui rester pauvre pour être sauvé
que devenir riche pour être damné. 19 Car, dit le proverbe, "J'estime
peu les agréments
qui nous mènent aux châtiments."
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Ms 26 f. 113 v.Le crucifix se bouche les oreilles.
(Ci 171)
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Le Crucifié a lâché la croix pour se boucher les oreilles
(Son corps est-il devant l'autel? Sa croix est derrière...) Le célébrant
surpris se retourne vers l'évêque, qui admire. Derrière
l'évêque, le curé de la paroisse lui explique que le défunt
s'est bouché les oreilles toute sa vie pour ne pas entendre parler de
Dieu. Derrière lui, un catafalque qui semble drapé de brun.
Ci 171 Le crucifix qui se boucha les oreilles. 1 Un évêque était
venu assister à l'enterrement d'un riche personnage. 2 Dès le
début de la messe, le crucifix se boucha les oreilles. 3 L'évêque
demanda au curé quel comportement avait le mort. 4 Le curé répondit:
"Il n'aimait pas entendre parler de Dieu quand il était vivant.
5 - Et Dieu ne veut pas entendre parler de lui maintenant qu'il est mort",
répondit l'évêque. Et il le fit enterrer aux champs.
6 Il fit bien, car ne sont pas dignes de dormir au cimetière les corps
dont les âmes sont en enfer.
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Ms 26. f. 114 r.La roue de Fortune.
(Ci 172)
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Derrière le centre de cette roue, on aperçoit dame Fortune qui
la fait tourner. Celui qui siège pour l'instant en haut de la roue est
un roi sur son trône; à gauche un personnage en pleine ascension
guigne le trône; à droite un autre, la tête en bas, est sur
son déclin; en bas un malheureux a encore les jambes dans la roue, mais
sa main effleure le sol (ou les pieds de dame Fortune?) Le texte nous dit que
c'est Tricherie qui règne en ce monde, que Vérité est tout
en bas, mais que dans l'autre monde...
Ci 172 La roue de Fortune. 1 On voit ici que la roue de Fortune tourne en apportant
aux uns et aux autres profit ou dommage matériel. 2 Car ce qui devrait
être en haut est parfois en bas et ce qui devrait être en bas est
parfois en haut.
3 Tricherie domine, Fausseté est en hausse, Loyauté est en baisse,
Vérité se trouve au plus bas. 4 Vérité a été
reine et règne encore dans les plus nobles lieux; elle régnera
éternellement là où Tricherie ne pourra plus régner.
5 Car Vérité est Dieu et Tricherie et Fausseté ne sont
pas sans le diable ni le diable sans elles. 6 Elles ne régneront plus
après le Jugement, car elles mourront en vivant et vivront en mourant.
7 Et Vérité règne et régnera éternellement
en Dieu et en tous les habitants du ciel.
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Ms 26 f. 114 v.Les marchands de
harengs. (Ci 173)
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A gauche le marchand qui vend des harengs frais est assis devant son étal
et présente son poisson à une triade-foule de chalands, qui admirent
la qualité de la marchandise. Peut-être le troisième avance-t-il
la main gauche pour payer... A droite celui qui vend des harengs puants donne
à son acheteur un paquet rond. Le texte nous dit qu'il n'attend pas d'avoir
été payé pour donner sa marchandise.
Ci 173 LES MARCHANDS DE HARENGS. 1 Dieu agit comme ceux qui vendent du hareng
frais: ils veulent être payés avant de livrer leurs harengs. 2
En effet il ne nous donnera pas son paradis si nous ne l'achetons d'abord par
la pénitence, avec le secours de sa grâce. 3 Et le diable ressemble
à celui qui vend du hareng puant: il le donne volontiers à crédit
pour s'en débarrasser. 4 Il écoule mieux sa marchandise que ne
fait Dieu. Car Dieu "point" (= pique) et ensuite "oint"
(= applique un baume), et le diable "oint" et "point". 5
C'est pourquoi certains s'y laissent prendre, car son service est plus agréable,
leur semble-t-il, pour le moment. 6 Mais Dieu veut que nous nous donnions du
mal pour avoir le repos. 7 Et le diable veut que ses serviteurs prennent un
peu de repos avant d'arriver aux supplices éternels.
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Ms 26. f. 115 r.Le pain des ouvriers.
(Ci 174)
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Le maître de la vigne a donné du pain au premier vigneron, en lui
rappelant que c'est pour tout le groupe. -Soyez sans crainte, répond
l'autre.
Au centre, trois personnes à table. C'est la maître de la vigne
qui a invité ses ouvriers: cette
"triade" doit encore avoir valeur de "foule". Le prévaricateur
est emmené en prison par la tour-porte de droite.
Ci 174 Le pain des ouvriers de la vigne. 1 Un patron donna du pain pour nourrir
tous ensemble les ouvriers de sa vigne. 2 Il y en eut un qui prit le pain et
refusa d'en donner aux autres. 3 Quand les autres se plaignirent au patron,
celui-ci mit le voleur en prison et fit asseoir ses ouvriers à sa table.
4 Ce patron, c'est Dieu, qui a fait tous les biens de la terre pour la communauté
de ceux qui vivent en sa foi. 5 Les riches qui les entassent sans vouloir en
donner aux pauvres doivent craindre d'être jetés après leur
mort dans une prison éternelle. 6 Car le mauvais riche (Ci 158) qui était
légitime propriétaire de ses biens fut damné pour n'avoir
pas voulu donner. 7 Dieu demandera compte aux riches de la mort des pauvres.
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Ms 26 f. 115 v.L'aveugle, son
fils et son chien. (Ci 175)
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Un aveugle à bonnet est assis seul à la table de gauche. Il donne
à son chien une sorte de gâteau en lui ordonnant sans doute de
le porter à son fils... A la table de droite, le fils proteste parce
que le chien n'apporte pas ce qu'on lui a confié. Ce chien est l'image
des "mauvais exécuteurs", c'est à dire des légataires
qui acceptent un héritage sans en verser ce qui était prévu
pour le repos de l'âme du défunt.
Ci 175 L'aveugle, son fils et son chien. 1 Un preudomme aveugle pensait donner
à son fils des mets de sa table, et en fait c'était son chien
Charmet qui le volait. 2 Le fils dit: "Père, ne m'envoyez plus rien
par Charmet, car tout ce que vous lui confiez pour moi, il le mange sans rien
me donner." 3 C'est ainsi que des braves gens envoient leurs aumônes
à leurs amis qui sont en purgatoire par de mauvais exécuteurs:
4 Les aumônes dans leurs mains sont comme la nourriture dans la gueule
de Charmet. 5 Si j'envoie ce que je dois par un messager infidèle, je
ne m'en suis pas pour autant acquitté. 6 De même si les mauvais
exécuteurs ne font pas ce qu'ils doivent, ils ne délivrent pas
les âmes et ils se nuisent à eux-mêmes, car ils devront demeurer
en purgatoire d'autant plus longtemps.
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Ms 26 f. 116 r.Invention du dé
à jouer. (Ci 176)
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Un diable apporte à un noble romain deux dés d'or en expliquant
les différents chiffres du dé comme autant de blasphèmes.
A droite devant une table de jeu un homme armé d'une épée
tue son partenaire, qui proteste de sa bonne foi.
Ci 176 Invention du dé à jouer. 1 Le diable donna à un
chevalier de Rome deux dés d'or pour l'y faire jouer avec ses compagnons.
2 Il lui expliqua les différents points: "Le premier point est mépris
de Dieu le Tout-Puissant; le second point mépris de Dieu et de sa douce
Vierge mère; 3 le trois est contre la sainte Trinité; le quatre
contre les quatre évangélistes; 4 Le cinq contre les cinq plaies
de Notre-Seigneur Jésus-Christ; le six contre les six jours où
Dieu créa le monde. 5 C'est pour cela que je veux que tu y joues et que
tu l'enseignes à tes compagnons", dit le diable au chevalier. Il
obéit, et à ses propres dépens: car il fut tué en
jouant et plus d'un l'a été depuis tout comme lui.
7 Quand une maison a été construite sur de mauvaises fondations,
tout le bâtiment ne vaut guère. 8 De même on peut dire que
les dés ne peuvent rien produire de bon, puisqu'ils viennent du diable.
9 On ne peut obtenir l'absolution pour les gains qu'on y fait (ni à nul
autre jeu qui fasse sortir argent de bourse) 10 si on ne les restitue ou si
on ne les donne aux pauvres.
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Ms 26 f. 116 v.L'épervier
avocat du pigeon. (Ci 177)
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A gauche, le pigeon. Devant lui l'épervier tient tête au milan.
A droite, l'épervier dévore le pigeon pour se payer.
Ci 177 Fable du pigeon, de l'épervier et du milan. 1 Fable. Un pigeon
engagea un épervier pour plaider contre le milan; il lui gagna son procès.
2 Mais il aurait mieux valu qu'il le perde, car l'autre le mangea pour se payer.
3 Quand les braves gens ont des procès, leur seigneur leur vient parfois
en aide, mais il les mange pour se payer, comme l'épervier mangea le
pigeon. 4 Nul oiseau de proie n'a beau chant, ni personne qui vive de bien mal
acquis n'est agréable à Dieu. 5 On peut recevoir l'absolution
de tout péché, mais à condition de restituer.
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Ms 26 f. 117 r.Fable de la souris,
du chat et du renard (Ci 178)
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Le chat emporte une souris et le renard mord la queue du chat. Un personnage
aux mains éloquentes va recevoir une bourse d'un brave homme: c'est le
tricheur qui sera "retriché" à son tour par le diable.
Ci 178 Fable de la souris, du chat et du renard. 1 Fable. Quand le chat guette
la souris, le renard guette le chat. 2 Ainsi en est-il des tricheurs qui trompent
les pauvres gens, car à leur tour ils sont trompés par le diable.
3 Personne ne fait du mal sans en subir du mal, avant sa mort ou après.
4 On a tort de faire ce dont il faudra un jour se repentir; ce qui est bien,
c'est de faire les oeuvres qui mènent au port du salut.
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Ms 26 f. 117 v.
en haut: Un sot cherche son veau au nid d'une pie. (Ci 179)
en bas: Un sot place son âne dans son lit. (Ci 180)
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Un gamin est monté au nid d'une pie pour chercher son veau. Sa mère
s'en étonne. Elle semble plus étonnée de voir un âne
couché dans un bon lit et son maître dans l'étable. Il est
possible que la charrette dans l'écurie (de l'exemple suivant, Ci 181)
soit le superlatif de ces trois choses étonnantes, de ces trois "folies".
Ci 179 Une folie: chercher son veau au nid d'une pie. 1 Ceux qui mettent tous
leurs soins à avoir sur terre la vie la plus agréable possible
et recherchent à tout prix les plaisirs transitoires, 2 ils ressemblent
au gamin qui cherchait son veau dans le nid d'une pie. Sa mère lui demanda
ce qu'il cherchait là. 3 Il répondit: "J'y cherche notre
veau; car vous m'avez dit:: Quand on cherche, on doit chercher là où
on pense trouver et aussi là où on ne pense pas trouver. 4 Et
comme je suis certain de ne pas le trouver ici, je le cherche ici." 5 Personne
n'est assez stupide pour ne pas savoir, par raisonnement et pour l'avoir entendu
répéter, que les saints ont au ciel le bonheur éternel
parce qu'ils ont sur terre refusé de toutes leurs forces les plaisirs
transitoires. 6 Aussi ceux qui les recherchent peuvent être bien sûrs
que ce n'est pas le chemin du ciel, mais de l'enfer. 7 Ils se montrent donc
bien aussi fous que celui qui cherchait son veau dans le nid d'une pie.
Ci 180 Une autre folie: coucher son âne dans son lit. 1 On trouverait
qu'un homme est fou s'il couchait son âne dans des draps blancs et s'il
allait lui-même se coucher dans l'étable de l'âne. 2 Mais
ils sont encore bien plus fous ceux qui dorlotent leur corps autant qu'ils peuvent
et enfouissent leur âme en enfer. 3 Car ils font grand cas de ce qu'ils
devraient mépriser, leur corps que les vers mangeront, 4 et ils méprisent
leur âme qui est créée à la ressemblance de la sainte
Trinité, 5 quand ils refusent les commandements de l'Eglise qui devraient
servir à leur salut et qui y sont nécessaires. 6 De telles gens
mériteraient raisonnablement le titre de fous, mieux que le fou qui porte
sa massue de fou. 7 Car le fou peut faire son salut s'il se garde de pécher;
mais ceux qui recherchent les plaisirs n'ont aucune chance de le faire.
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Ms 26 f. 118 r.L'ivrogne met sa
charrette dans l'écurie. (Ci 181)
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A droite, la charrette est à l'abri dans l'écurie, dont on voit
une amorce de toit. Au centre, l'ivrogne lève un bâton pour chasser
son cheval, l'exposant ainsi à être mangé par les loups.
Ci 181 Une pire folie: Le vilain ivre met sa charrette dans l'écurie.
1 Cette sorte de gens qui pour trop choyer leur corps négligent leur
âme 2 ressemble au vilain ivre qui met dehors son cheval que les loups
mangeront et rentre sa charrette pour empêcher les loups de la manger.
3 Car ils mettent en péril leurs âmes qui sont si belles que leur
beauté est inestimable: ils la mettent dans la gueule des loups d'enfer
4 à cause de l'amour qu'ils témoignent à leur corps qui
n'est qu'une civière à quatre bras toute pleine de fumier. 5 Car
même si une civière pleine de fumier était revêtue
d'une étoffe de soie, il n'en resterait pas moins que le fumier serait
toujours dessous tout puant. 6 Ainsi donc ceux qui prennent tant de soin de
leur merveilleux corps (qui n'est que fumier), ceux-là se montrent plus
fous 7 que le vilain ivre qui aime mieux sa charrette que son cheval.
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Ms 26 f. 118v.Fable du renard
et de la truie. (Ci 182)
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A gauche la table du roi Lion où siègent le bouc, la lionne et
le lion. Les plats qui y sont servis semblent plus vagues que sur les tables
habituelles. Au centre Renart qui vient de sortir de table. On ne voit pas de
place vide, mais il est probable qu'ici encore Triade vaut Foule. Renart donc
rencontre la truie qui l'interroge sur le menu du repas et qui regrettera l'absence
d'une bonne bouillie de son.
La silhouette qui transparaît et qui colore en vert les arrières
du renard est celle de l'ivrogne de l'exemple précédent. Il faut
reconnaître qu'une telle transparence est rare dans ce livre.
Ci 182 Fable de la truie interrogeant le renard. 1 Fable: Un renard rencontra
une truie qui lui demanda d'où il venait. 2 Il répondit: "Je
viens de la cour de Dan Noble le roi qui tenait cour. Il nous a magnifiquement
traités, avec un repas de très haute qualité. 3 -Hélas,
dit la truie, je regrette bien de n'y avoir pas été. Y avait-il
du son? 4 - Hé, Dieu, dit le renard, que tu es une bête vulgaire!
Tu aurais aussi bien pu imaginer des plats de qualité, mais il a fallu
que tu réclames du son! "
5 Ceux qui entendent parler de bien et de délicatesse et y répondent
par des grossièretés, on peut bien dire qu'ils sont du niveau
du pourceau et de la truie. 6 Car le son convient mieux au groin d'une truie
que les paroles grossières à une bouche d'homme ou de femme.
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Ms 26 f. 119 r.Fable du loup ("enossé")et
de la grue. (Ci 183)
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A gauche la grue introduit son bec dans la gueule du loup pour le délivrer
d'un os avalé de travers. A droite elle demande paiement de ses services.
Le loup l'injurie et lui dit qu'elle peut s'estimer heureuse d'avoir retiré
sa tête sans dommage.
Ci 183 Fable du loup et de la grue. 1 Fable: Un loup pria une grue de lui extraire
l'os qu'il avait dans la gorge et il la paierait largement.. 2 Quand elle lui
eut retiré, elle demanda son salaire. Le loup lui répondit: "
Eh, sale créature! 3 N'ai-je pas déjà été
bien généreux quand je vous ai laissé mettre votre tête
dans ma bouche sans vous mordre?" 4 Cela signifie que la gentillesse que
l'on fait à un méchant est du temps perdu. 5 La plus grande gentillesse
que sache faire un méchant, c'est quand il s'abstient de faire tort à
son bienfaiteur. 6 Il ne connaît pas d'autre moyen de rendre le bien qu'on
lui fait.
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Ms 26 f. 119 v.Fable du jugement
de l'âne. (Ci 184)
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A gauche le lion et la lionne siègent sur un banc-trône: Le lion
a décidé de demander des comptes aux bêtes de proie. On
s'indigne sur un âne qui a avoué d'avoir mangé un pied de
persil. Les animaux se jettent sur lui, le chien, la truie et même à
l'arrière plan le bouc qui s'apprête à mordre. Le châtiment
sera exemplaire.
Ci 184 Fable du jugement de l'âne. 1 Fable: Dan Noble le lion blâmait
les animaux qui vivent de proie, au sujet desquels il lui revenait de méchants
commentaires. 2 Et pourtant aucun ne fut puni de ses nuisances, si ce n'est
un malheureux âne qui avait mangé un pied de persil. 3 Pour ce
petit méfait tout le monde lui tomba dessus: ils le frappèrent
tant qu'ils le laissèrent quasi mort. 4 Cela signifie que les grands
voleurs qui à la cour des rois et des seigneurs détournent des
centaines et des milliers, 5 les juges et les avocats marrons et les méchants
usuriers, qui tous vivent aux dépens des pauvres gens, s'en tirent sans
être punis; 6 Et quand un pauvre se met en tort quelque part, tout le
monde lui tombe dessus parce qu'il ne peut pas verser de pot-de-vin. 7 Mais
quand ils viendront devant le haut juge, là leurs oeuvres seront rendues
publiques. 8 Ils regretteront alors de n'avoir pas été punis en
ce monde plutôt que par-delà, où les punitions sont éternelles.
9 Ainsi on ne saura pas avant la mort qui se comporte avec sagesse.
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Ms 26 f.120 r.Fable: l'haleine
du lion. (Ci 185)
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Le lion est assis dans un fauteuil-trône, ses pieds et sa queue sont étalés
par terre. Son geste de bras montre qu'il interroge sur le parfum de son haleine
ses sujets qui se présentent à la file: l'agneau, la truie et
le renard..
Ci 185 Fable de l'haleine du lion. 1 Fable: Dan Noble le lion demanda à
un jeune agneau s'il lui trouvait mauvaise haleine. 2 Il répondit: "Oui,
assurément, elle pue." Aussitôt le lion le tua. 3 Ensuite
il posa la question à une truie. Elle répondit: "Assurément,
sire, je suis toute embaumée de votre douce haleine!" Et comme elle
avait menti, il la tua aussitôt. 4 Ensuite il demanda au renard. Celui-ci
répondit: "Voyez-vous, Messire, je suis fort enrhumé; je
ne sens rien." 5 Comprenons: Les martyrs, qui étaient purs et innocents,
sont morts pour avoir dit la vérité. Les menteurs mourront pour
avoir menti. 6 Et ceux qui ne donnent jamais leur avis seront aussi damnés,
car c'est un devoir de toujours blâmer le mal et approuver le bien.
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Ms 26 f. 120 v.Fable du limaçon
et de l'aigle. (Ci 186)
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Le limaçon demande à l'aigle de lui apprendre à voler.
Mais s'il faut quitter pour cela sa coquille, il préfère ne jamais
voler.
Ci 186 Fable du limaçon et de l'aigle. 1 Fable: Un limaçon demandait
à un aigle de lui apprendre à voler. 2 L'aigle répondit:
"Tu ne sauras jamais voler si tu n'abandonnes ta coquille." 3 Le limaçon
répondit: "J'aime mieux ne jamais voler que d'abandonner ma coquille
pour voler: je n'ai pas une telle envie de voler." 4 Cela signifie: Nous
désirons tous le paradis; mais certains aiment tant leur corps que cet
amour les tire en enfer. 5 Ils pourront bien renoncer à voler jusqu'au
paradis pour ce trop grand amour de leur corps, ressemblant en cela au limaçon,
car ils aiment trop cette puante coquille où ils sont si mal logés.
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Ms 26 f. 121r.Fable du paon et
de la grue. (Ci 187)
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Le paon (à gauche) et la grue (à droite) discutent de leur élégance.
Le paon, vêtu de belles plumes, est un oiseau de basse-cour; la grue,
vêtue de pauvre bure, vole au dessus des nuages.
Ci 187 Fable du paon et de la grue. 1 Fable: Un paon se moquait d'une grue et
lui disait: "J'ai de plus belles plumes que toi." 2 La grue répondit:
C'est vrai. Mais tu en couvres les fumiers. Moi, bien que je sois vêtue
de bure, et bien court, je vole cependant plus haut que toi quand je veux."
3 C'est à dire: Les riches n'estiment guère les pauvres habillés
de bure; et pourtant il y en a beaucoup qui sont plus grands qu'eux devant Dieu.
4 Il n'y a pas de condition plus sûre que celle de "moyen pauvre".
C'est pourquoi le sage Salomon faisait à Dieu cette prière: 5
"Seigneur, ne me donne ni pauvreté ni richesse. Ne me donne pas
une richesse si grande qu'elle me ferait t'oublier, ni une trop grande pauvreté
que j'aurais du mal à supporter. Mais donne-moi un niveau de vie moyen
et des vêtements en conséquence." 6 Et de toutes les conditions
sociales, nous pouvons tous savoir que c'est la plus sûre.
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Ms
26 f. 121 v.Péage par infirmité. (Ci 188)
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A gauche la cour du roi qui attribue au personnage central ( qui doit être
le portier) un revenu d'un denier par infirmité de ceux qui passeraient
par sa porte.
A droite, si le personnage en vert est toujours notre portier, il fait valoir
tranquillement son droit sur le passant contestataire (en brun et à capuchon)
dont les quatre infirmités (il est boiteux, bossu, borgne et teigneux)
ne sont pas évidentes; il devra donc payer quatre deniers.
Ci 188 Péage par infirmité. 1 Un roi accorda à son portier
un denier pour chaque infirmité dont souffriraient les gens qui franchiraient
la porte. 2 Le premier fit des difficultés pour payer son denier: du
coup il en paya quatre, car il était boiteux, bossu, borgne et chenu;
et il aurait été quitte pour un denier s'il avait payé
sans contester.
3 Cela signifie qu'on peut multiplier ses pertes, par exemple en se tenant à
ses anciens péchés ou en entamant des procès interminables:
on ne saurait s'en libérer plus avantageusement que tout de suite et
sans perdre de temps. 4 Car un péché en attire un autre et les
longs procès font payer plusieurs fois la somme en litige et les frais.
5 Il n'y a donc aussi bien pour l'âme que pour le corps pas de meilleur
accommodement que le plus rapide. 6 Car long péché ruine le corps
et l'âme, comme longues dettes ou longs crédits détruisent
les biens meubles et immeubles.
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Ms 26 f. 122 r. Conseil de pauvre
homme. (Ci 189)
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A droite un brave homme, le doigt levé, avertit le passant qu'il ferait
mieux d'équilibrer ses fromages de chaque côté de son cheval
au lieu de transporter un contrepoids de pierre. Le voyageur, qui est derrière
son cheval et qui a commencé à décharger ses pierres, s'aperçoit
alors (geste de la main droite) que son donneur de conseil a l'air d'un pauvre.
Il perd aussitôt toute confiance dans l'avis qu'il avait accepté;
et il recharge ses pierres.
Ci 189 Conseil de pauvre homme. 1 Un voyageur transportait des fromages sur
son cheval. 2 Un pauvre homme, voyant qu'il avait fait contrepoids avec des
pierres, lui dit: "Mon bon monsieur, vous tuez votre cheval. 3 Otez ces
pierres et mettez la moitié de vos fromages d'un côté, l'autre
moitié de l'autre." Ce qu'il fit. 4 Alors le voyageur regarda le
pauvre homme qui lui avait donné si bon conseil et lui dit: 5 Que Dieu
me préserve de croire un homme aussi pauvre que toi. 6 Car si tu avais
été vraiment intelligent, tu aurais été d'un autre
avis." Et aussitôt il rechargea ses pierres.
7 Les sottes gens du monde considèrent un riche fou comme plus sage qu'un
sage pauvre; et pourtant on a vu plus de sages pauvres que de sages riches.
8 Car c'est la sagesse suprême que d'être pauvre pour l'amour de
Notre-Seigneur et de mépriser les richesses pour l'amour de lui qui les
méprisa.
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Ms 26 f. 122v.Le prêcheur,
l'usurier et le clerc. (Ci 190)
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A gauche un clerc assis par terre au sermon offre à son voisin usurier
d'aller porter la contradiction au prêcheur qui prétendait que
les diables emporteraient les usuriers en enfer. L'usurier accepte et lui donne
de l'argent. Au centre, le clerc parle en chaire. Le curé de la paroisse
est assis au pied de la chaire. Le prêcheur qui s'adresse aux fidèles
à droite reconnaît que son contradicteur a raison et l'assistance
s'amuse bien.
Ci 190 Le prêcheur, l'usurier et le clerc. 1 Un prédicateur disait
dans son sermon qu'un usurier ne pouvait être sauvé tant qu'il
gardait l'intention de pratiquer l'usure. 2 Il disait que les diables emporteraient
en enfer les usuriers. 3 Un clerc, qui était assis auprès d'un
usurier, lui dit que le prédicateur mentait. 4 L'usurier lui donna vingt
sous pour le démontrer. 5 Quand le prédicateur fut descendu de
chaire, le clerc y monta. 6 Il parla ainsi: "Ecoutez, bonnes gens, ce prédicateur
a fort bien prêché. 7 Cependant il a eu tort de dire que les diables
emporteront les usuriers en enfer. 8 En vérité, il a menti, que
Dieu lui pardonne! Ils les y traîneront, car ils seraient trop dégoûtés
pour les charger." 9 Le prédicateur répondit bien haut: "C'est
vrai, j'ai menti et il a raison." 10 Ainsi l'usurier employa-t-il bien
ses vingt sous.
11 C'est un péché affreux et répugnant que l'usure. Car
les chiens et les chats comprennent bien le nom qu'on leur a donné; 12
mais l'usurier n'a pas le front de reconnaître son nom ni d'y répondre;
et personne ne l'appellerait ainsi sans encourir sa rancune.
Ci 191 Le puits des rois. 1 Il est dangereux de conserver une propriété
mal acquise. 2 Un roi était considéré comme honnête
par tous ceux qui le connaissaient. 3 Quand il fut mort, un ermite eut la vision
d'une échelle qui descendaient dans un puits profond; il vit ce roi sur
l'échelon du haut et plusieurs rois placés sous lui. 4 L'ermite
lui ayant demandé comment il se trouvait, il répondit: "Moi
et tous ceux qui sont sur les échelons inférieurs, nous sommes
éternellement damnés 5 pour avoir gardé et fait respecter
les lois injustes établies par l'ancêtre qui est en dessous de
nous. 6 Nos propres actes ne nous auraient pas valu l'enfer, mais il est juste
que nous y soyons: 7 En effet les sages nous avaient enseigné que nous
devions réparer les torts causés par nos prédécesseurs,
car nous sommes leurs héritiers. 8 Il est donc bien vrai ce dicton: Les
héritiers d'un bien mal acquis seront damnés jusqu'à la
septième génération.
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Ms 26 f. 123r.Le testament de l'usurier.
(Ci 192)
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A droite un notaire (un clerc tonsuré) assis écrit sur une tablette
posée sur son genou le testament que lui dicte l'usurier couché.
Au chevet du mourant son curé lève un doigt et lui demande pourquoi
il avait légué à l'enfer son âme, celle de sa femme
(qui se désole au pied du lit), celle de ses deux enfants (qui protestent),
et même celle de son curé. Le mourant répond que tous ceux
qui ont profité de ses biens mal acquis sans lui avoir jamais rien reproché
ont mérité d'avoir part à sa damnation.
Ci 192 Le testament de l'usurier. 1 Un usurier en faisant son testament légua
à l'enfer son âme, celle de sa femme et de ses deux fils et celle
de son curé. 2 Le lendemain son curé lui demanda pourquoi il avait
légué son âme à l'enfer. 3 Il répondit: "Parce
que le diable ne m'a pas donné ma fortune en échange d'autre chose
que mon âme. 4 -Et pourquoi l'âme de votre femme? -Parce qu'elle
approuvait mes activités d'usurier qui lui permettaient de déployer
en ville ses grandes traînes. 5 -Et vos deux enfants, pourquoi? -Parce
qu'ils suivent mes traces. Ils sont nourris d'argent volé et quand ils
peuvent voler quelqu'argent à leur père, c'est pour en faire mauvais
usage. 6 -Et moi qui suis votre curé, pourquoi? -Parce que vous ne m'avez
jamais reproché mon péché, alors que vous y étiez
tenu: vous serez traité comme complice."
7 Tel fut le testament de l'usurier.
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Ms 26 f. 123 v.Exemple du jeu
des échecs. ( Ci 193)
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Sur un long banc deux personnes encadrent un jeu d'échec représenté
en mode vertical, comme on a déjà vu les étendues d'eau.
Le personnage de droite est occupé à déplacer une pièce,
l'autre admire un coup inattendu. Mais ce personnage de gauche tient à
la main le sachet dans lequel vont aller dormir toutes ces pièces qui
n'ont eu d'importance que le temps d'une partie. Les dignités mondaines
sont aussi transitoires.
Ci 193 Exemple du jeu des échecs. 1 Quand on veut jouer aux échecs,
on prend les pièces dans un sachet 2 et on en fait pour la durée
de la partie différents personnages, des rois, des reines, des chevaliers,
des vilains; et après la partie on les remet tous dans le sachet d'où
on les a tirés. 3 Et il peut arriver que celui qui était tout
à l'heure un roi soit tout au fond du sac.
4 Dieu joue de la même façon avec nous: Il nous prend en terre
tout nus et nous donne dans le monde diverses conditions; mais à la mort
tous les hommes se retrouvent comme des frères dans la terre. 5 Le pauvre
homme est alors l'égal du roi et même parfois il a le paradis quand
le roi a l'enfer. 6 La vie de ce monde n'est donc vraiment qu'un jeu d'échecs.
7 On peut donc bien dire qu'ils sont fous ceux qui pour ce jeu, qui est provisoire,
acquièrent l'enfer, qui est définitif.
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Ms 26 f. 124 r.Débauchage
de vignerons ( Ci 194 )
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A gauche le maître discute avec un ouvrier ( qui tient sa houe de la main
gauche) qu'il congédie parce qu'il a mal agi. Au centre une triade-foule
de vignerons dont le premier porte sur l'épaule sa houe. Le troisième,
sa houe à la main, reçoit de la main gauche un objet rond (une
pièce d'or?) que lui remet l'ancien ouvrier devenu patron. Celui-ci tient
à la main une bourse qui lui permet de payer à mesure, sans attendre
la vendange.
Ci 194 Débauchage d'ouvriers vignerons. 1 Un patron congédia un
employé pour sa conduite malhonnête. Aussitôt celui-ci planta
une vigne. 2 Le patron fit proclamer: "Si quelqu'un vient travailler à
ma vigne, je lui fournirai tout ce qu'il lui faudra pendant la durée
du travail; 3 Mais je ne lui verserai son salaire qu'après la vendange;
et celui qui acceptera d'attendre jusque là sera payé largement."
4 Et son ancien serviteur payait comptant; aussi est-ce lui qui eut le plus
grand nombre d'ouvriers.
5 Cet homme riche, c'est Dieu, qui a chassé de sa cour les diables et
ceux-ci ont planté la vigne du monde. 6 Les usages de cette vigne, c'est
orgueil, envie, colère, paresse, avarice, gourmandise et luxure. 7 Dieu
fait son offre: A qui veut garder sa foi (qu'il appelle sa vigne) il fournira
tout le nécessaire, mais ils n'obtiendront pas le paradis avant leur
mort. 8 Et le diable paie immédiatement les ouvriers de sa vigne, car
le plaisir qu'ils tirent du péché, c'est leur salaire immédiat.
9 C'est pourquoi il a plus d'ouvriers que Dieu. Car bien des gens aiment mieux
un "Tiens!" que deux "Tu l'auras!" 10 Ils dédaignent
les promesses de Dieu pour suivre le diable qui paie comptant ce qu'on fait
pour lui.
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Ms 26 f. 125 r.L'homme poursuivi
par une licorne. (Ci 195)
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Une licorne, assise comme un chien, menace de sa corne l'homme réfugié
dans un arbre. De l'autre côté un dragon, gueule ouverte, guette
le même homme. Cet homme a l'ai paisible et semble nous dire combien les
feuilles de l'arbre sont délicieuses. En bas, deux bestioles, l'une blanche
et l'autre noire, rongent le pied de l'arbre. Elles représentent le jour
et la nuit, c'est à dire le temps qui s'écoule. La licorne est
la mort, le dragon l'enfer; les feuilles de l'arbre sont les plaisirs de cette
vie.
Ci 195 L'homme poursuivi par la licorne. 1 Un homme s'enfuyait devant une licorne
qui le poursuivait. 2 Pour se protéger il monta sur un arbre et la licorne
s'installa au pied de l'arbre pour attendre qu'il en descende. 3 De l'autre
côté vint un dragon qui avait la gueule ouverte pour le dévorer.
4 Au pied de l'arbre vinrent deux bestioles, une blanche et une noire, qui rongent
tant qu'elles peuvent la racine de l'arbre et qui l'auront bientôt coupée.
5 Et pendant que l'homme prisonnier sur l'arbre suçait une feuille à
laquelle il trouvait un goût de miel, son arbre tomba et les deux bêtes
le dévorèrent.
6 Nous sommes tous dans un tel péril. Car dès sa naissance l'enfant
sort d'une situation peu confortable pour entrer dans un autre inconfort, car
autant que sa mère il souffre de sa naissance. 7 La mort le pourchasse
avec sa corne au front, qui signifie qu'elle n'épargne personne, jeune
ou vieux, beau ou laid, tordu ou droit, riche ou pauvre, faible ou fort, qu'elle
ne frappe de sa corne. 8 Et pour nous mettre hors d'atteinte, nous montons sur
l'arbre de cette vie présente; et elle, sa corne prête, attend
que nous descendions pour nous dévorer. 9 De l'autre côté
se tient le diable, la gueule ouverte pour nous étrangler. 10 Le jour
et la nuit rongent la racine de notre vie: ils l'auront bientôt coupée.
11 Et nous, oublieux de tous ces périls, nous suçons les feuilles
de notre arbre, qui ont un goût de miel. 12 Ce sont les vins de qualité,,
la bonne nourriture, les lits moelleux, les beaux vêtements et tous les
plaisirs qu'on peut trouver sur terre. 13 C'est ainsi que nous nous installons,
nous écartons les soucis, nous nous reposons et nous dormons sans trop
savoir sur quoi. 14 Notre arbre tombe; la mort nous frappe; et si le diable
a quelque droit sur nous, il est sur place pour en profiter. 15 Nous sommes
donc tous en aussi grand danger que celui qui monta sur l'arbre par crainte
de la licorne et du dragon 16 et qui à la chute de son arbre fut dévoré
par ces deux bêtes.
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Ms 26 f. 126 r.L'étui de
la vielle. (Ci 196)
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Un joueur de vielle remet sa vielle à l'artisan pour qu'il lui fasse
un étui magnifique.
L'artisan prévient que ce sera cher. Derrière l'artisan est appuyée
la vielle dans son bel étui; mais le musicien s'en va en emportant seulement
son archet. Le geste de sa main gauche peut signifier: "J'aurais dû
prévoir..."
Ci 196 L'étui de la vielle. 1 Un proverbe dit: "Si on tire trop
sur son manteau, l'étoffe se déchire." 2 Aussi ne doit-on
pas conclure d'accord ni lancer d'entreprise sans avoir consulté ses
forces et sa bourse. 3 Car celui qui dépense cinq sous quand il ne les
a pas, sa bourse ne le lui conseille pas. 4 Et s'il lance de grandes entreprises
et n'est capable que de petites, ses forces ne le lui permettent pas.
5 C'est ce que fit un joueur de vielle qui commanda pour son instrument le plus
bel étui qu'il put décrire. 6 Quand l'étui fut fait, comme
il n'avait pas assez d'argent pour le payer, il dut vendre sa vielle. 7 Il agit
si sottement qu'il ne lui resta ni étui ni vielle.
8 C'est ainsi que s'arrangent ceux qui veulent avoir pour leur corps les meilleures
nourritures et les plus beaux habits 9 et se laissent tomber en divers péchés
pour la sotte indulgence qu'ils ont pour leur corps qui n'est que l'étui
de la vielle et une caisse pleine de fumier. 10 Pour payer ce que leur coûte
ce bel étui, ils mettent en gage chez les diables leurs pauvres âmes.
11 Ils agissent si sottement qu'à la fin il ne leur reste ni étui
ni vielle.
12 Ceux qui sont damnés, il leur vaudrait mieux n'avoir jamais existé.
13 Mais selon les théologiens, ils ne regrettent pas d'avoir existé,
parce que ce serait là une volonté bonne, dont ils sont incapables.
14 Car cela reviendrait à se repentir de leurs péchés,
ce qu'ils ne peuvent faire. 15 Car de même que ceux qui sont au ciel sont
parfaits en tous points et ne peuvent faire le mal ni le vouloir, 16 ainsi ceux
d'enfer ne peuvent faire ni vouloir le bien. 17 C'est pourquoi ils ne voudraient
pas n'avoir pas existé.
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Ms 26 f. 126 v.Le coeur mêlé
aux deniers. (Ci 197)
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Un curé admoneste un mourant à l'air soucieux, dont le regard
et la main droite sont tendus vers son coffre. Dans la scène de droite
(après la mort du riche) on ouvre le coffre et le curé montre
aux héritiers que le coeur du père se trouve réellement
mélangé à l'argent.
Ci 197 Le coeur mêlé aux deniers. 1 Un prêtre assistait sur
son lit de mort un malheureux riche qui en mourant n'avait d'yeux que pour le
coffre de son argent. 2 Quand il fut mort on trouva son coeur mélangé
avec son argent: les deniers étaient attachés au coeur et le coeur
aux deniers. 3 Voilà qui vérifie l'Evangile qui dit: "Là
où est ton coeur, là est ton trésor."
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Ms 26 f. 127 r.Le roi et le ribaud.
(Ci 199)
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A droite un ribaud (c'est à dire un voyou, peut-être un fou, puisqu'ici
il porte une massue) demande l'aumône au roi. Le roi refuse. Au centre,
une triade-foule de courtisans et à gauche un personnage en bleu qui
parle au dernier courtisan. Que lui dit-il? Peut-être que si le ribaud
avait su mieux demander...
Ci 198 Le roi et le ribaud. 1 Un ribaud demanda à un roi cent livres.
Le roi lui répondit: "Tu ne mérites pas de recevoir un cadeau
si important. 2 -Alors donnez-moi un denier." Mais le roi lui répondit:
"Un si petit cadeau n'est pas digne d'un roi." 3 Ainsi, pour n'avoir
pas su demander, il n'obtint ni les cent livres, ni le denier.
4 De la même façon certains demandent à Dieu le paradis,
et ils ne méritent pas encore de le voir. 5 Il peut leur répondre
qu'ils ne méritent pas encore de recevoir un cadeau si important. 6 Ensuite
certains demandent la santé du corps (non pas pour servir Dieu, mais
pour avoir moins de tracas), les plaisirs, les biens temporels, vengeance sur
leurs ennemis. 7 Dieu peut encore leur répondre qu'un cadeau si mesquin
n'est pas digne d'un roi. 8 Ils ne peuvent donc recevoir ce qu'ils demandent,
parce qu'ils n'ont pas su demander. 9 Ce qu'il faut demander, c'est l'énergie
de bien l'aimer et de nous garder du péché pour son amour. 10
Car ce sont là les cadeaux qu'il fait à ses amis.
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Ms 26 f. 127 v.L'habit reçu
d'un usurier. (Ci 199)
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A gauche saint Fursé reçoit d'un usurier l'aumône d'un vêtement.
Au centre, le même saint homme sur son lit de mort. Au dessus, Dieu est
prêt à accueillir son âme qu'un ange lui apporte. Mais un
autre ange conteste cette entrée au ciel à cause du vêtement
qu'il a accepté d'un usurier. A droite saint Fursé est revenu
sur la terre pour une période probatoire.
Ci 199 L'habit reçu d'un usurier. 1 Les diables réclamaient l'âme
d'un saint ermite parce qu'il était mort dans un habit que lui avait
donné un usurier. 2 Dieu lui fit cette faveur de le ramener à
la vie et il mourut la seconde fois dans un autre habit.
3 Cela nous montre qu'aucun bien mal acquis ne peut être donné
licitement sinon à celui de qui on a eu le tort de le recevoir. 4 Personne
d'autre ne doit accepter ce cadeau du moment qu'il sait que c'est du bien mal
acquis. 5 On doit conseiller qu'il soit rendu à ceux dont on l'a reçu.
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Ms 26 f. 128 r.La mercière
de Soissons et l'évêque d'Orléans. (Ci 200)
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A gauche un clerc achète une coiffe à une mercière assise
sur son coffre.
Au centre, la même mercière, sa besace sur le dos, arrive à
Orléans pour libérer l'évêque de sa dette et permettre
son salut. L'évêque admire sa foi et un clerc avec lui.
Ci 200 La mercière de Soissons et l'évêque d'Orléans.
1 Une brave dame alla trouver l'évêque d'Orléans et lui
dit: 2 "Monseigneur, je vous ai fait crédit de trois deniers sur
une coiffe que vous avez achetée chez moi quand vous habitiez à
Soissons. 3 Comme je ne veux pas que le diable puisse vous les reprocher à
la mort, je suis venue vous les réclamer dans votre intérêt."
4 En l'entendant raisonner ainsi, l'évêque fut ému jusqu'aux
larmes et lui dit: 5 "Ah, bonne dame, si chacun désirait le salut
des autres aussi bien que tu t'es souciée du mien, tout le genre humain
serait sauvé. 6 Elle refusa obstinément d'encaisser ces trois
deniers que l'évêque souhaitait fort lui rendre. 7 Elle s'en revint
à Soissons d'où elle venait et fit ainsi cent douze lieues pour
trois deniers qu'on lui devait.
8 Conclusion pratique: Celui qui détient du bien d'autrui doit le rendre;
et s'il ne peut le faire, il doit avoir la ferme volonté de restituer.
9 Celui qui a des dettes doit les payer et s'il ne peut le faire, qu'il obtienne
des délais. 10 Car de tous les péchés possibles, il n'y
en a aucun, si grave soit-il, dont un vrai repentir ne puisse obtenir le pardon,
11 excepté détenir du bien d'autrui quand on a bien de quoi le
restituer. 12 Il y a ainsi des gens qui se présentent à la mort
sans avoir payé leurs dettes alors qu'ils en avaient les moyens: je me
demande bien quel est maintenant leur sort. 13 Tout ce que je sais, c'est qu'il
se met en grand danger celui qui sans raison valable emporte le bien d'autrui.
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Ms 26 f. 129 r.L'usurier comparé
à l'oiseau de chasse. (Ci 201)
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L'oiseau de chasse entasse une triade-foule d'oiseaux abattus. Le prédateur
sauvage abat une seule proie pour se nourrir. Au centre l'usurier reçoit
d'un créancier une bourse bien garnie, tandis qu'à sa droite le
bandit de grand chemin va se contenter de la "robe" du voyageur qu'il
"dé-robe" au sens propre.
Ci 201 L'usurier comparé à l'oiseau de chasse. 1 L'oiseau de proie
dressé abat et détruit plus d'oiseaux que le sauvage. 2 De même
le riche usurier commet plus de vols et de pillages que le pauvre larron. 3
Car le pauvre larron ne vole que pour gagner sa vie, tandis que le riche usurier
vole et pille pour mener son grand train de vie. 4 Le pauvre larron peut être
sauvé par un vrai repentir sans restituer puisqu'il n'a pas de quoi restituer.
5 Mais bonnes oeuvres, prières, aumônes, oraisons ni messes que
le riche usurier fasse dire ne valent rien sans restitution. 6 Le vrai repentir
suffit à effacer tous les autres péchés excepté
celui-ci, si ce n'est dans le secret des derniers moments, quand on ne peut
plus parler ni exprimer par signes sa volonté de restituer. 7 Mais il
serait fou celui qui attendrait cet instant pour se convertir, car on est alors
si occupé par la douleur physique qu'il est bien difficile de penser
à autre chose.
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Ms 26 f. 129 v.Le pacte du voleur
de petites choses. (Ci 202)
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Le diable (cornu) promet à un garçon de le faire riche s'il se
contente de voler des petites choses qu'on peut cacher sous son manteau. Au
centre le garçon est arrêté parce qu'il a volé un
boeuf et il est mis (à droite) en prison. Le diable vient répondre
à ses reproches: Peut-on cacher un boeuf sous son manteau?
Le dessin du boeuf n'est pas satisfaisant: on dirait aussi bien un bouc. Mais
c'est le bovidé ordinaire de notre peintre. S'agirait-il d'un calque?
Ci 202 Le pacte du voleur de petites choses. 1 Le diable trompe habilement ceux
qui tombent dans ses filets. 2 Un diable apparut à un pauvre garçon
qui n'avait pas trop de courage. 3 Il lui dit de ne pas hésiter à
voler des petites choses 4 comme couteaux, chausses, bonnets, poules, canes
et canards, hanaps d'argent, 5 toutes choses qu'on peut cacher sous son surcot:
"et ainsi tu deviendras vite riche." 6 "Hélas, dit le
garçon, si cela se savait, on me pendrait." Le diable répondit:
7 "Non, tu ne seras pas pendu du moment que tu agis avec discernement,
sans que personne le sache; car si on est intelligent on subsiste très
longtemps sans se faire prendre."
8 Le garçon se mit donc à voler et il dura longtemps sans se faire
prendre. 9 Il fut un jour mis en prison pour avoir volé un boeuf et son
diable lui rendit visite dans sa prison. 10 "Hélas, dit le garçon,
tu m'avais promis que je ne serais pas pendu pour vol? 11 Non, bien sûr,
mais aux conditions que je t'avais dites. Ne t'avais-je pas dit de ne voler
rien que tu ne puisses cacher sous ton surcot? 12 Quand tu volas le boeuf, tu
pouvais bien savoir au bec que ce n'était pas une oie ni une poule ni
un canard et que tu ne pourrais le cacher sous ton surcot: tu as donc été
trompé par toi-même." 13 Le diable le quitta aussitôt
et le garçon fut pendu fort justement.
14 Nous pouvons voir là que le diable trompe son monde en présentant
d'abord les mauvaises pensées, ensuite le consentement et l'exécution,
et la mauvaise habitude. 15 On tombe ainsi, une marche à la fois, de
mal en pis, jusqu'en enfer d'où l'on ne peut plus sortir. 16 Si on veut
éviter ce sort, il faut se garder du mal et de tout ce qui s'apparente
au mal. 17 Si on veut éviter de commettre le péché, il
faut éviter les paroles et les situations qui y mènent; c'est
la conduite des sages.
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Ms 26 f. 130 v.Anges et diables
échangent des coups. (Ci 130 v.)
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A la table de gauche le second ermite déplore la maigre chère
et le premier voit au ciel un diable donner une gifle à un ange. A la
table de droite, le second ermite remercie Dieu de ce qu'ils ont alors qu'ils
n'ont rien mérité. Le premier voit au ciel un ange donner une
gifle à un diable. Les deux tables drapées sont semblables; sur
la table de gauche on voit, en plus, un verre à pied...
Ci 203 Anges et diables échangent des coups. 1 Deux ermites prenaient
leur repas ensemble. 2 Le maître des lieux dit: "Voilà un
mauvais repas!" L'autre vit aussitôt un diable qui donnait une gifle
à un ange. 3 Le lendemain ils mangèrent chez l'autre, qui dit:
"Remercions Dieu de ses bienfaits, car nous ne les avons pas mérités."
4 A ces mots, son compagnon vit un ange qui donnait une gifle au diable. 5 Les
deux ermites se communiquèrent leurs visions et décidèrent
que pour la disette comme pour l'abondance ils remercieraient toujours Dieu.
6 Ainsi devons-nous tous faire. Car si un aubergiste faisait cadeau de son écot
à un client, celui-ci ne saurait être assez grossier pour ne pas
dire: "Merci, bel hôte!" 7 Et Dieu, de tous les biens dont il
nous comble, ne retient pour lui que trois choses: Vengeance, Jugement et Gloire.
8 Il ne veut pas que nous nous vengions, car il nous vengera mieux que nous
ne saurions le faire et personne d'autre que lui ne peut nous venger: 9 Car
si quelqu'un me coupe le poing et que je lui coupe le sien, je n'en ai pas pour
autant obtenu satisfaction puisque je ne retrouve pas le mien. 10 Nous ne devons
juger personne, car nous ne voyons que par dehors et Dieu voit dedans et dehors.
11 Nous devons lui rapporter la gloire de tout le bien que nous faisons, car
c'est Dieu qui le fait par nos mains et sans lui nous ne pouvons rien faire
de bien.
12 Ce raisonnement nous a permis de voir que nous devons remercier Dieu pour
toute chose.
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Ms 26 f. 131 r.Faux tavernier et
faux moine. (Ci 204)
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A droite la tour-porte crénelée représente la taverne sur
laquelle est suspendu (sortant du cadre) un cercle de tonneau indiquant qu'on
a du vin à vendre. Devant la porte, l'aubergiste explique qu'en fait
il n'a pas de vin. Et le voyageur de maudire ce "faux tavernier".
Derrière lui un moine qui ne dit rien se contente de penser qu'un moine
qui ne ferait pas pénitence mériterait la même malédiction.
Ci 204 Le faux tavernier. 1 Celui qui porte un habit religieux et qui ne pratique
pas la pénitence 2 il ressemble au tavernier qui accroche à sa
porte un cercle de barrique et cependant n'a pas de vin. 3 On a bien le droit
de maudire le tavernier qui ne vend pas de vin et le moine qui ne fait pas pénitence.
4 Car celui qui n'est pas meilleur dedans que ce qu'on voit dehors, c'est un
hypocrite. 5 La bonne renommée doit couvrir une réalité
encore meilleure que la rumeur ne le dit, 6 comme ce fut le cas pour la reine
de Saba qui trouva en Salomon encore plus de qualités que ce qu'on lui
avait dit. 7 C'est ainsi que chacun, qu'il soit en religion ou dans le siècle,
doit être encore meilleur à l'intérieur que ce qu'on en
voit au dehors.
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Ms 26 f. 131 v.Un roi confie sa
fille et son chien. (Ci 205)
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Un roi qui s'en va vers la gauche confie à son bailli (qui fait un geste
rassurant) son chien et sa fille. La fille a l'air surpris. Le chien fait fête
au roi qui revient. Le personnage suivant semble être le bailli qui s'excuse.
A droite un sbire portant bâton introduit le bailli dans la prison. Au
dessus de l'image transparaît le cercle de la taverne de la peinture du
recto.
Ci 205 Un roi confie sa fille et son chien à son bailli. 1 Un roi laissa
à la garde de son bailli sa fille et son chien. 2 A son retour il jeta
le bailli en prison parce qu'il avait mieux soigné le chien que la fille.
3 Cela veut dire que nous appartenons tout entiers, corps et âmes, à
Dieu qui est notre souverain roi. 4 Nos âmes sont filles de roi par création,
c'est pourquoi nous devons les garder avec soin. 5 Notre corps, c'est le chien
qui par le péché voudrait dévorer notre âme et lui-même
en même temps. 6 C'est pourquoi il est juste de dire que celui qui fait
de sa chair la patronne de son esprit mérite mieux d'être jeté
en prison 7 que le bailli qui avait mieux gardé le chien que la fille
du roi.
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Ms 26 f. 132aQuatre sortes de gens
(Ci 206)
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1° Ribauds et ribaudes jouent aux dés avec animation. Un diable les
survole.
2° Deux usuriers discutent de leurs finances. Un diable les survole.
3 Deux bonnes gens parlent de choses spirituelles. Le regard de Dieu est sur
eux.
4° Un saint homme est en conversation avec Dieu.
Les deux premiers groupes font le mal et iront finalement en enfer, même
si le second trouve sur terre des satisfactions. Les deux autres groupes font
le bien et iront finalement au ciel, même si le groupe trois subit sur
terre des tribulations (dont la peinture ne rend pas compte.
Ci 206 Ceux qui mal font, mal ont, mal auront. 1 Il existe une sorte de gens
qui agissent mal, qui ont mal et qui auront mal; 2 il y en a d'autres qui agissent
mal, qui ont bien et qui auront mal; 3 d'autres qui agissent bien, qui ont mal
et auront bien; 4 D'autres enfin qui agissent bien, qui ont bien et qui auront
bien.
5 Les premiers, ce sont les ribauds qui par leur bêtise indisposent père
et mère, soeurs, frères et amis; 6 ils vivent pauvrement, ils
sont froidement vêtus, ils couchent à la dure et dans la crasse.
7 L'idéal de leur ordre, c'est la gloutonnerie, les jeux de dés
et la débauche. 8 Ainsi ils agissent mal, ils ont mal, et ils auront
mal dans l'autre monde si à la mort ils ne reconnaissent Dieu.
9 Les seconds, ce sont les usuriers qui par leur métier agissent mal;
et cependant ils sont bien logés, bien vêtus, bien nourris. 10
Ainsi ils agissent mal, ils ont le bien et ils récolteront le mal s'ils
ne reconnaissent Dieu à la mort.
11 Les troisièmes, ce sont les pauvres gens honnêtes qui gardent
les commandements de Dieu et vivent de leur travail. 12 Ceux-ci agissent bien,
ils ont mal et ils auront pour l'éternité le bien.
13 Les quatrièmes, c'est ceux qui aiment Dieu par dessus toute chose:
14 Pour son amour ils placent le monde sous leurs pieds; peu leur importe combien
Dieu leur coûte pourvu qu'ils l'aient. 15 Ceux-ci agissent bien, ils ont
le bien et ils auront éternellement le bien. 16 Ils ont deux paradis:
En effet, le paradis, c'est d'être avec Dieu; et Dieu est avec tous ceux
qui l'aiment. 17 Leur coeur en est tout rempli, car de même que le soleil
est placé pour éclairer toute la terre, 18 ainsi Dieu est disposé
à habiter par sa grâce dans tous les coeurs du genre humain 19
s'ils n'y mettent pas d'obstacle; car lui-même n'en met pas; c'est eux-mêmes
qui s'y opposent quand ils ne veulent pas recevoir ni garder sa paix en eux.
20 Il est d'ailleurs plus ennuyé de leur dommage qu'ils ne le sont eux-mêmes,
21 car il nous aime chacun plus que nous n'aimons lui ni nous.
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Ms 26 f. 133 r.Le lion d'Androclès.
(Ci 207)
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Dans une caverne (qui ressemble à la margelle d'un puits), un personnage
extrait une épine de la patte d'un lion dont il occupait le repaire.
Au centre, nous sommes dans l'arène. On voit ce même lion et derrière
lui une masse noire qui pourrait bien être l'une des bêtes féroces
auxquelles l'homme attaché au poteau est livré.
A droite, le roi demande au condamné pourquoi ce lion le défend
ainsi contre les autres bêtes.
Ci 207 Le lion d'Androclès. 1 Un chevalier recherché pour un crime
s'était caché au creux d'un arbre. 2 Un lion qui ignorait sa présence
vint s'y réfugier et reposer parce qu'il avait dans le pied une épine
que le chevalier lui ôta. 3 Il arriva par la suite que le chevalier fut
arrêté, jugé et condamné à être dévoré
par les lions. 4 Mais l'un de ces lions le défendait contre tous les
autres. 5 Le récit du chevalier fit découvrir que c'était
celui auquel il avait extrait l'épine et il en avait encore au pied la
cicatrice. 6 Aussitôt le roi le fit libérer pour l'amour de Dieu
qui a placé tant de bien et de sagesse en certains animaux, 7 qu'ils
font mieux leur devoir que les hommes et les femmes. 8 En effet, si nous faisions
notre devoir aussi bien qu'eux, nous ne pécherions pas. 9 Car tout péché
va contre la raison et le respect de nous-mêmes tels que Dieu nous a voulus.
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Ms 26 f. 133 v.La reine qui prétendait
gouverner. (Ci 208)
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Un roi donne une pierre précieuse à son fils en le mariant avec
l'héritière d'un royaume. Au centre, l'épouse qui prétend
gouverner. Son mari assis à sa droite argumente avec la triade-foule
des "sages" qui le blâment de laisser le pouvoir à sa
femme.
Ci 208 La reine qui prétendait gouverner. 1 Un roi en mariant son fils
avec une riche héritière 2 lui donna des pierres précieuses
de grande valeur mais de peu d'apparence. 3 La riche épouse, qui était
dans son pays et dont les richesses étaient voyantes, prétendait
tout diriger et gouverner. 4 Mais il avait tort de l'accepter, car il devait
être le maître, comme le conseil des sages le lui fit savoir.
5 Le roi, c'est Dieu, qui a marié notre esprit à notre corps et
nous a donné en cadeau nos cinq sens qui sont plus précieux qu'aucune
pierre précieuse. 6 Et parce qu'elle est en son pays la chair veut gouverner
et être maîtresse absolue. 7 Mais notre esprit a grand tort de le
permettre, car il est plus puissant qu'elle; 8 Il peut agir sans elle, mais
elle ne peut rien faire sans qu'il le permette. 9 Donc si elle agit mal parce
qu'il ne l'en a pas empêchée, il doit en être blâmé
et puni sévèrement. En effet, quelque faute que commette la chair,
il en est le seul responsable. 10 Car il doit la garder et administrer et elle
ne doit rien faire sans sa permission. 11 Ainsi pour les péchés
qu'elles ont accordés à leur chair les âmes souffrent plus
longtemps le châtiment parce que c'est à elles qu'il appartient
d'en rendre compte. 12 Car c'est le consentement qui fait le péché
et le consentement vient de l'esprit.
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Ms 26 f. 134 v.Les deux filles
et leur robe. (Ci 209)
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Un père donne à ses deux filles des robes semblables, en leur
recommandant d'en prendre soin. Elles le rassurent. La seconde semble même
avoir des idées sur sa toilette. Le père, au retour, entre ses
deux filles tâte l'état de leur robe. On peut ici comprendre soit
que la seconde fille a teint la sienne, soit que son père lui donne une
robe de meilleure étoffe...
Ci 209 Les deux filles et leur robe. 1 Un homme riche qui avait deux filles
les fit habiller de même étoffe. 2 Quand il revint d'un lointain
voyage, 3 il trouva que l'une de ses filles avait sali, gâté, déchiré
sa robe en plusieurs endroits et que l'autre avait gardé la sienne propre.
4 Il leur en donna deux autres: A celle qui avait abîmé la sienne
il donna une robe très quelconque; 5 et à l'autre il en donna
une magnifique parce qu'elle avait bien pris soin de sa robe précédente
de pauvre étoffe.
6 Cet homme riche, c'est Dieu, qui a vêtu nos âmes de ce pauvre
corps que nous avons. 7 Si pour l'amour de lui nous veillons à interdire
à nos corps les péchés qu'il nous défend, 8 il nous
rendra au Jugement nos propres corps, mais renouvelés, nobles, immortels,
subtils et glorieux. 9 Quant aux damnés, puisqu'en ce monde ils se seront
comportés misérablement, 10 il leur rendra leurs corps laids,
méprisables, honteux, tout marqués par les péchés
qui auront fait damner l'âme et le corps. 11 Car il n'y a pas de bien
qui ne soit récompensé ni de mal qui ne soit puni en ce monde
ou après la mort.
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Ms 26 f. 135 r.Vision mystérieuse
d'un écuyer. (Ci 210)
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L'écuyer a crié pendant son sommeil. A son hôte accouru
il a raconté son cauchemar: il avait volé deux chandeliers qui
étaient allumés (à droite) sur un cercueil. Poursuivi par
le mort, il s'était trouvé arrêté par les jambes
d'un pendu, si bien que le mort l'avait poignardé. Il confirme son récit
dans sa confession (à gauche) au curé avant de mourir. Au centre,
l'hôte admire, car après la mort de l'écuyer on a trouvé
le poignard dans sa poitrine et les deux chandeliers dans son sac. Moralité:
c'est incompréhensible pour l'intelligence humaine.
Ci 210 Vision mystérieuse d'un écuyer. 1 Les oeuvres et les miracles
de Dieu dépassent les limites de notre entendement. 2 Un écuyer
se vit en songe traverser un cimetière. 3 Il trouva deux chandeliers
qui brûlaient devant deux corps mis en bières. 4 Jugeant qu'ils
ne servaient là à rien, il les prit et les mit dans son bagage.
5 L'un de ces morts le poursuivit; quand il passa sous un gibet, un pendu le
retint par la tête entre ses jambes et le mort qui le suivait lui donna
un coup de couteau dans le coeur.
6 Quand son hôte l'entendit crier, il alla lui demander ce qu'il avait.
7 Il lui raconta tout son rêve sincèrement et devant le prêtre
à qui il se confessa. 8 On trouva le couteau dans sa plaie et les chandeliers
dans son bagage et on les alluma devant son corps après sa mort. 9 Tout
cela se produisit à Cantorbéry, en Angleterre. Les chandeliers
y sont encore conservés à l'abbaye saint Thomas et on les montre
aux pélerins.
10 Dieu a montré par ce miracle et par d'autres que sa puissance dépasse
notre intelligence.
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Ms 26 f. 135 v.Le serpent de Virgile.
(Ci 211)
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Une dame de Lombardie que son mari soupçonnait de le tromper avec son
cocher demande à se justifier à Rome devant le serpent de Virgile.
Ce serpent croquait la main de ceux qui faisaient un faux serment. Pendant le
voyage (à gauche) le cocher ( en tunique jaune et le crâne rasé,
en signe de folie) embrasse la dame devant une triade-foule de témoins.
A droite, la tête de dragon (bien endenté) de Virgile est obligé
d'accepter le serment dans les termes où la dame l'a formulé.
Moralité: une femme est plus habile que le sage Virgile.
Ci 211 Le serpent de Virgile. 1 Virgile était si savant magicien qu'il
construisit à Rome un serpent d'airain. 2 Quiconque avait introduit sa
main dans sa gueule pour faire un serment, il perdait sa main si le serment
était faux.; 3 et si le serment était correct, il retirait sa
main sans dommage.
4 Un chevalier de Lombardie soupçonnait sa femme à propos de son
conducteur de char; mais elle protestait de son honnêteté. 5 Elle
s'offrit à en jurer devant le serpent de Rome. Le chevalier accepta.
6 Pendant le voyage, le charreton, sur le conseil de la dame, se déguisa
en fou, alla à leur rencontre et embrassa la dame devant tout le monde.
7 Virgile, qui par la divination connaissait leur faute, essaya de déconseiller
à la dame de jurer. 8 Mais elle ne l'écouta pas; elle mit sa main
dans la gueule du serpent en disant:: 9 "Je le jure, jamais homme ne m'a
tenu dans ses bras, excepté mon mari et un fou qui pendant ce voyage
m'a embrassée." 10 Comme elle disait la vérité, elle
retira sa main sans dommage.
11 Le chevalier rentra chez lui avec sa femme et ne la soupçonna plus
jamais; et Virgile, furieux, démolit son serpent. 12 Voilà comme
cette femme sut tromper son mari et Virgile.
13 Tout comme les femmes sont habiles à mal faire, les honnêtes
femmes sont sages et avisées quand elles veulent faire leur salut.
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Ms 26 f. 136 v.La veuve et le
soldat. (Ci 212)
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A gauche, une flamme rouge. C'est le feu que faisait la nuit une veuve inconsolable
pour rester près du tombeau de son mari. On la voit assise sur un banc
en conversation animée avec un jeune homme. Ce jeune homme est un garde
qui devait veiller un pendu privé de sépulture. Or pendant qu'il
consolait la veuve, les amis du pendu ont volé le cadavre et le garde
craint pour sa vie. Mais la veuve lui offre de pendre le cadavre de son mari;
elle-même l'estropie pour qu'il ressemble au condamné.
Ci 212 La matrone d'Ephèse. 1 Une femme pleurait la mort de son mari.
2 Elle fit du feu près de lui dans le cimetière et dit qu'elle
ne le quitterait jamais. 3 Un jeune homme vint une nuit se réchauffer
avec elle; en la quittant, il découvrit qu'on lui avait volé le
corps du pendu qu'il devait garder parce qu'il avait des amis puissants. 4 Alors
il revint dire à la veuve: "Hélas, je suis déshonoré;
on m'a volé le pendu que je gardais." 5 Elle répondit: "Si
tu veux m'épouser, nous pendrons mon mari à sa place. 6 Il accepta
avec empressement. Ce fut elle-même qui le pendit, lui brisa deux dents
et lui creva un oeil pour qu'il ressemble au pendu qu'on avait volé.
7 Alors elle dit au jeune homme: " Maintenant, tu vas m'épouser,
car j'ai fait tout ce que tu désirais." 8 Il répondit: "Va
te faire épouser par tous les habitants de l'enfer, car je puis penser
que tu ferais la même chose de mon corps."
9 On peut comprendre ici combien dure l'amour d'une sotte femme. 10 Mais toutes
ne sont pas de ce genre et l'un ne peut se moquer de l'autre. 11 Car il y a
bien autant de sots hommes qu'il y a de sottes femmes. 12 Tous sont malades,
car il n'y en a pas un dont la tripe ne traîne.
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Ms 26 f. 137 v.Fable du rossignol
et de l'oiseleur. (Ci 213)
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Un rossignol offre à l'oiseleur qui l'a capturé (à gauche)
de lui confier trois secrets de sagesse en échange de sa liberté.
Marché conclu: l'oiseleur le laisse aller.
Mais le rossignol prétend qu'il cache entre ses ailes une pierre précieuse
de la taille d'un oeuf d'autruche. L'oiseleur le poursuit et l'oiseau perché
dans un arbre (à droite) lui reproche de ne pas profiter de ses trois
secrets. Moralité inattendue: il est déraisonnable d'adorer les
idoles.
Ci 213 Le rossignol et l'oiseleur. Fable. 1 Un homme captura un rossignol. 2
Le rossignol lui dit: " Assurément, cher ami, tu n'as pas beaucoup
gagné à me prendre. 3 Mais en me relâchant, tu peux bien
gagner; car si tu veux me relâcher, je t'enseignerai trois maximes de
sagesse." Il accepta. 4 " Je t'enseigne qu'il ne faut pas te défaire
d'une chose pour la regretter ensuite. 5 Je t'enseigne qu'il ne faut pas chercher
à atteindre une chose impossible. 6 Je t'enseigne qu'il ne faut pas croire
une chose contraire à la raison." Il le laissa donc aller.
7 Le rossignol lui dit alors: "Eh! que tu as été sot de me
laisser partir! 8 Car j'ai entre mes deux petites ailes une pierre précieuse
aussi grosse qu'un oeuf d'autruche: Tu en aurais été riche à
perpétuité."
9 Quand le brave homme l'entendit ainsi parler, il se mit à lui courir
après pour le reprendre. 10 Alors le rossignol lui dit: "Eh! malheureux,
tu as bien oublié mes trois maximes de sagesse. 11 Je t'avais enseigné
de ne pas chercher à atteindre une chose impossible; or tu veux m'attraper
et tu n'y arriveras jamais. 13 je t'avais enseigné à ne pas croire
une chose absurde: 14 Comment peux-tu croire que je pourrais cacher un oeuf
d'autruche alors que je ne suis pas en tout aussi gros qu'une noix?"
15 Cette fable est racontée pour les païens qui croient des choses
absurdes, car ils adorent leurs idoles qu'ils ont faites de leurs propres mains
16 et qui n'ont ni yeux, ni oreilles, ni bouche, ni mains, ni pieds, ni aucune
sensibilité. 17 Mais il n'en est pas de même pour nos saintes images,
car nous ne les faisons que pour nous souvenir de ceux qu'elles représentent
et sous le nom de qui elles sont faites.
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Ms 26 f. 138 r. Fable des trois
perroquets (Ci 214)
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La scène est en deux parties. A gauche un perroquet seul dans une cage
répond à son maître qui l'interroge. Pas de trace du premier
ni du second perroquet... Nous en serions donc au troisième retour? Mais
à droite, le maître bat sa femme dont les mains demandent grâce,
ce qui ne se produit qu'aux deux premiers retours. Cette histoire n'a visiblement
pas inspiré notre peintre.
Ci 214 Fable des trois perroquets. 1 Il était un provençal qui
avait trois perroquets et qui était amoureux de sa femme. 2 Il leur posa
cette question: "O mes oiseaux, comment allez-vous?" 3 Le premier
répondit: "Ma foi, seigneur, en notre chambre entra un homme que
notre dame accueillit deshonnêtement." 4 Alors il battit sa femme
et elle tua le perroquet. A son retour suivant, 5 "O mes oiseaux, comment
allez-vous?" le second répondit: "Ma foi, seigneur, pour avoir
dit la vérité notre frère est mort." 6 Il battit sa
femme encore une fois et elle tua l'oiseau. Il revint encore et alla voir son
oiseau: 7 "O mon oiseau, comment allez-vous? -Ma foi, seigneur, moi qui
veux vivre en paix, j'entends, je vois et je me tais." 8 Le proverbe dit
en effet: "Si on sait se taire de tout, on a la paix en tout." 9 Cependant
on doit toujours blâmer le mal et faire l'éloge du bien: sinon
on vit pratiquement sans charité.
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Ms 26 f. 138 v.Fable du roi des
singes. (Ci 215)
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Le roi des singes (sans couronne) est assis à gauche. A droite un couple
de singes semble embarrassé; peut-être le second retient-il le
premier? Au centre le singe qui seul ose dire au roi ce qu'il en pense: qu'il
a le cul tout pelé." Le roi a un geste de surprise.
Ci 215 Fable du roi des singes. 1 Bien des gens omettent de dire la vérité.
2 Un singe trouva que c'était une bien belle chose que d'être roi;
comme il désirait l'être, il demanda l'avis de tous les singes
de son pays. 3 Tout le monde était d'accord là-dessus sauf un
seul, mais qui dit qu'il ne serait jamais d'accord. 4 Il lui demanda: "Pourquoi
n'es-tu pas d'accord comme tous les autres? M'en crois-tu incapable?" 5
Il répondit: "Oh non! -Alors pourquoi? -Parce que vous avez le cul
tout pelé. Mais comme tous les autres l'ont aussi, ils n'osent pas vous
le dire."
6 Cela veut dire que certains renoncent à reprendre les autres de leurs
défauts parce qu'ils en sont eux-mêmes atteints. 7 Un poète
dit: "C'est une honte pour le donneur de leçons quand son reproche
le condamne lui-même." 8 C'est à dire que personne ne peut
pratiquer la correction fraternelle s'il est lui-même coupable de ce qu'il
reproche aux autres. 9 Car comme on doit prendre plus de soin de soi que des
autres, on doit se faire d'abord la leçon à soi.
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Ms 26 f. 139 r.Fable des grenouilles
qui demandent un roi. (Ci 216)
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Jupiter vêtu en roi couronné vient de donner ses ordres à
un serviteur à capuchon, qui introduit un gros brochet dans la mare.
La surface de l'eau est comme toujours représentée en mode vertical.
Ci 216 Fable des grenouilles qui demandent un roi. 1 Les grenouilles demandèrent
à Jupiter un roi. 2 Il fit jeter un morceau de bois dans leur eau; mais
elles ne le prirent pas au sérieux et réclamèrent encore
un roi. 3 Il leur donna ensuite un brochet qui les dévora toutes l'une
après l'autre. 4 Cela signifie qu'il y a des gens qui n'apprécient
pas un maître bon quand ils en ont un. 5 Ils finissent par en avoir un
mauvais qui les dévore tous comme le brochet mangea les grenouilles.
6 Que celui qui a affaire à des méchants soit avec eux humble
et bon. 7 Car la bonté peut adoucir la méchanceté de certains.
8 La meilleure défense, c'est de supporter avec douceur. 9 Douceur et
l'humilité calment les gens et les chiens; 10 il n'y a pas de chien assez
méchant pour attaquer un homme assis.
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Ms 26 f. 139 v.Un roi salue deux
pauvres ermites. (Ci 217, 1-2)
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Les deux ermites sont à droite et parlent au roi qui les écoute
avec respect. Derrière le roi un courtisan l'avertit, un autre commente.
A droite, sans doute le cocher du char du roi...
Ci 217 Le dit des coffrets. 1 Un roi descendit respectueusement de son char
en rencontrant deux ermites et il bavarda familièrement avec eux. 2 Ses
courtisans lui en firent reproche: un roi n'avait pas à bavarder avec
des gens de cette sorte. (à suivre)
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Ms 26 f. 140 r.Les quatre coffrets.
(Ci 217, 3)
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Le roi (au centre) a donné à ses courtisans (de chaque côté
de la peinture) le choix entre quatre coffrets, deux à couvercle d'or
(à gauche, je crois) et deux à couvercle de bois blanc. La cour
n'a d'yeux que pour les beaux couvercles d'or. Mais le roi annonce qu'il va
faire ouvrir les coffres...
Ci 217 Le dit des coffrets (suite). 3 Le roi fit faire quatre coffrets, deux
plaqués d'or et deux de pauvre bois. 4 Ceux qui étaient plaqués
d'or, il les fit emplir de charogne puante et les deux autres de riches essences
et parfums. 5 Alors il demanda à ses courtisans lesquels de ces quatre
coffrets étaient les plus précieux. 6 Ils répondirent tous:
"Ceux qui sont couverts d'or." -Je savais bien, dit le roi, que vous
les préféreriez." 7 Il les fit alors ouvrir devant eux et
on trouva les dorés pleins de puanteur et les autres pleins d'épices
précieuses.
8 Alors le roi dit à sa cour: "Vous êtes bien des gens du
monde, vous ne savez juger que sur l'extérieur. 9 Vous m'avez hier reproché
d'avoir parlé à deux religieux. 10 Ils étaient couverts
de pauvres habits, mais ils étaient remplis d'épices précieuses;
11 car le Saint-Esprit régnait en eux et par leur voix il m'enseignait
à faire mon salut. 12 Et tout le temps que je passe avec vous, vous ne
me recommandez que chasses, raffinements, plaisirs éphémères,
vanités mondaines qui font du tort à mon âme et aux vôtres.
13 C'est ainsi que vous vous damnez avec moi et moi avec vous.
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Ms 26 f. 140 v.Le blaireau et
le renard. (Ci 218)
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Le renard semble avoir commencé à se creuser un trou dans une
butte de terre... Au centre on voit le trou noir d'où le blaireau s'enfuit
parce qu'il a trouvé à l'entrée les crottes que le renard
est venu y déposer afin de s'emparer de sa maison.
Ci 218 Le blaireau et le renard. 1 Quand le blaireau s'est fait un terrier avec
bien de la peine, 2 Renart fait son ordure devant l'entrée. Le blaireau
s'enfuit et Renart s'installe.
3 Quand nous sommes sans péché mortel, Dieu nous fait la gentillesse
de demeurer avec nous. 4 Mais lorsque nous faisons un péché mortel,
nous le jetons dehors et recevons le diable; 5 (Fâcheuse idée que
nous avons là de loger un hôte qui souhaite notre mort!) 6 et nous
chassons de nos coeurs celui qui a acheté si cher notre amour.
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Ms 26 f. 141 r.Courtoisie de l'épervier
(Ci 219); Le lion et la souris (Ci 220)
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On voit à gauche, dans un arbre vert (et c'est pourtant l'hiver) un gros
oiseau, l'épervier, qui tient un petit oiseau entre ses pieds pour se
les réchauffer. Dans l'arbre suivant l'épervier vient de laisser
partir le petit oiseau pour le récompenser du service rendu.
Le lion a l'air de guetter l'épervier dans son arbre; mais c'est une
autre fable... et il faut bien regarder pour distinguer la souris entre les
pattes du lion qui ne la libère que parce qu'il a trop d'estime de soi.
Le texte ne parle pas de service rendu à son tour par la souris.
Ci 219 Courtoisie de l'épervier. 1 En hiver l'épervier garde toute
la nuit un petit oiseau vivant entre ses pieds pour les réchauffer. 2
Et pour le remercier de ce service, si grande que soit sa faim, il ne le mange
pas. 3 Il le laisse partir et va en prendre un autre pour son déjeuner.
4 Et en récompense de ce noble comportement, quand les oiseleurs portent
des oiseaux de proie à vendre, ils sont protégés de toute
mésaventure s'ils portent un épervier.
Ci 220 Le lion et la souris. 1 Un lion éveillé par une souris,
s'il l'attrape ne la tue pas: ce ne serait pas digne de lui de faire du mal
à si petite bête. 2 Les puissants de ce monde doivent s'abstenir
de faire du tort à ceux sur qui ils ont pouvoir, à l'exemple de
l'épervier et du lion.
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Ms 26 f. 141 v.Le serpent familier.
(Ci 221)
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A gauche, le serpent "re-suce" le venin du doigt d'un garçon.
Les débris de serpent qu'on voit sur le sol doivent être les restes
du serpenteau coupable que sa mère a tué. Le maître de maison
admire la réaction du serpent. Au centre, le même maître
de maison fait une expérience: il a caché les oeufs du serpent
(à ses pieds dans une corbeille): on voit le serpent cracher son venin
dans le pot de la cuisine. A droite le serpent renverse le pot empoisonné
quand, nous dit-on, on lui a rendu ses oeufs.
Ci 221 Le serpent familier. 1 Un riche personnage défendit à sa
maisonnée de faire du mal à une mère-serpent qui habitait
chez lui et il lui faisait donner à manger. 2 Elle conduisait ses serpenteaux
derrière elle comme une poule sa couvée. 3 Un serpenteau mordit
au doigt un enfant de la maison; aussitôt la mère tua son petit
et suça le venin du doigt de l'enfant.
4 Elle pondit ensuite ses oeufs dans un fumier. Pour voir ce qu'elle ferait
le maître de maison les fit enlever. 5 Aussitôt qu'on lui eut ôté
ses oeufs, elle alla vomir son venin dans la marmite de la cuisine. 6 Et dès
qu'on les lui eut rendus, elle alla renverser la marmite pour que personne ne
soit empoisonné. 7 Le maître put ainsi établir que le serpent
ne ferait pas de mal si on ne lui en faisait d'abord.
8 On peut en déduire que bien des gens sont moins dignes d'estime que
le serpent, quand ils font du tort à ceux qui ne leur en ont jamais fait;
il y a même des gens qui rendent le mal pour le bien. 9 On peut distinguer
mauvais, plus mauvais, très mauvais: 10 Est mauvais celui qui rend le
mal pour le mal; est plus mauvais celui qui sans motif fait du tort. 11 Est
très mauvais celui qui rend le mal pour le bien. 12 Et dans ces trois
degrés il y en a qui se font ainsi bien du tort. Puisse Dieu dans sa
bonté leur permettre de s'en rendre compte.
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Ms 26 f. 142 r.Le chevalier au
lion. (Ci 222)
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Au centre le chevalier tue le dragon qui étouffait un lion. La queue
du dragon traîne encore sur le dos du lion et celui-ci paraît peu
combatif. A droite le lion suit le chevalier, qui semble lui parler comme à
son chien.
Ci 222 Le chevalier au lion. 1 Un chevalier tua un serpent qui se battait avec
un lion. 2 Dès lors le lion passa toute sa vie au service du chevalier
comme un bon chien avec son maître, 3 tant il lui avait de reconnaissance
de l'avoir délivré du serpent. On l'appelait le chevalier au lion.
4 Moralité: Nous devons tous beaucoup de reconnaissance à Dieu,
5 qui nous a accordé tant de bienfaits que nous n'en savons le nombre,
6 quand nous voyons que ce lion (animal privé de raison) voulut consacrer
toute sa vie au service du chevalier qui l'avait délivré du serpent.
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Ms 26 f. 142 v.L'idole qui devait
garder le trésor. (Ci 223)
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A gauche, deux personnes dont la seconde confie son trésor à une
idole. Au centre, un voleur emporte l'or dans un sac sur son dos. en menaçant
de briser la tête à l'idole si elle le dénonce. A droite,
le païen propriétaire interroge en vain l'idole.
Ci 223 L'idole gardienne d'un trésor. 1 Un païen confia son trésor
à la garde d'une idole par la bouche de qui le diable parlait. 2 Des
brigands volèrent le trésor et dirent à l'idole: "Si
tu nous accuses, nous te briserons la tête." 3 Le païen demanda
à l'idole qui avait volé son trésor. 4 L'idole lui répondit:
"Ma foi, mon cher monsieur, quelle époque! Les gens ne sont plus
ce qu'ils étaient et si je vous disais ce que je sais, on me briserait
la tête: aussi je préfère me taire."
5 On peut comprendre que pour avoir dit la vérité plusieurs ont
subi réellement le martyre; mais plus souvent on les martyrise par la
langue et par l'intention. 6 Les gens de bien ne doivent pas pour autant renoncer
à dire la vérité. 7 Car Dieu est vérité dans
la bouche et dans le coeur de ses amis: 8 Il les délivrera des dangers
éternels, mais pas des dangers temporels. 9 Car il permet que ses amis
aient à souffrir en ce monde pour avoir plus grand mérite au ciel.
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Ms 26 f. 143 r.La lionne reconnaissante.
(Ci 224)
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Un ermite parle à la lionne qui a apporté à ses pieds ses
petits aveugles. A droite le même ermite parle à la même
lionne qui lui a apporté ce qui semble être des peaux de moutons
(avec les têtes). On peut remarquer que la lionne les tient entre ses
pattes de devant, comme elle portait précédemment ses petits entre
ses bras...
Ci 224 La lionne reconnaissante. 1 Une lionne apporta ses lionceaux devant un
ermite parce qu'ils étaient aveugles. 2 Ils virent clair aussitôt
que l'ermite leur eut donné sa bénédiction et la mère
les remporta toute heureuse. 3 Elle vint rapporter à l'ermite les peaux
des bêtes qu'elle mangeait, 4 pour le remercier (autant que Dieu lui permettait
de comprendre) d'avoir donné la vue à ses lionceaux. Le saint
homme les mit devant son lit.
5 Nous avons bien des raisons d'aimer Dieu qui a fait pour l'amour de nous tout
ce qu'il a fait, quand une bête fait du bien à celui qui lui fait
du bien.
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Ms 26 f. 143 v.Le chien échaudé.
(Ci 225)
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Scène de gauche: Le cuisinier auprès de son feu, sur lequel chauffe
un grand baquet, sur lequel chauffe un grand baquet, chasse le chien en lui
jetant une louche d'eau chaude. Scène de droite: Auprès du même
feu, le cuisinier tend au chien un morceau de viande, en vain, nous dit-on.
Ci 225 Le chien échaudé. 1 Un cuisinier jeta une pleine louche
d'eau bouillante à un chien qui était entré dans sa cuisine.
2 Par la suite, bien que le chien fût un chien de la maison, il n'entra
plus jamais de toute sa vie dans la cuisine. 3 On essayait parfois de l'y faire
entrer en lui offrant de la viande cuite ou crue. 4 Rien n'y fit; jamais pour
faire plaisir à quelqu'un, même s'il l'aimait bien, ni en public
ni en secret il n'accepta d'y entrer.
5 Nous pouvons comprendre qu'à plus forte raison nous autres qui sommes
supposés intelligents 6 nous devons nous garder de faire ce que nous
savons qui déplaît sûrement à Dieu et que nous ne
pouvons faire sans en subir un dommage de corps ou d'âme, 7 quand un chien
se tenait si ferme à sa résolution parce qu'il y sentait son dommage.
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Ms 26 f. 144 r.La biche enivrée.
(Ci 226)
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Trois personnages à table, dont le troisième tend à la
biche une grande coupe en l'invitant à s'approcher. Mais la biche porte
à la patte antérieure droite des attelles qu'on a dû lui
mettre quand elle s'est cassé la patte en dansant dans son ivresse: ce
souvenir lui fait détourner la tête.
Ci 226 La biche enivrée. 1 Voici une histoire du même genre: Un
riche faisait boire du vin à une biche qu'il avait. 2 Quand elle en avait
bu elle dansait et sautait, si bien que par ivresse elle se cassa une patte.
3 Quand elle fut guérie, on voulait lui faire boire du vin. 4 Mais jamais
depuis, quelque prière qu'on lui fît, elle n'accepta de boire du
vin, à cause du mal qu'elle en avait subi.
5 Nous pouvons comprendre par ces deux exemples que nous devrions nous garder
soigneusement de retomber dans nos péchés 6 quand Dieu nous les
a pardonnés dans le sacrement de confession. 7 Imitons ces deux bêtes
qui se gardèrent si résolument de retomber dans une conduite qui
leur avait amené des désagréments. 8 Cela ne nous fait
pas honneur que les bêtes évitent mieux que nous ce qui leur a
déjà nui.
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Ms 26 f. 144 v.Le choix des chemins.
(Ci 227)
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Le personnage central parle aux deux passants. Il leur montre à droite
un chemin montant et rocailleux, à gauche un chemin d'aspect plus facile.
Les deux auditeurs semblent l'écouter docilement. On se demande d'ailleurs
pourquoi il fallait ici deux auditeurs: c'est sans doute sous l'influence d'un
autre exemple où "le sage suit le fou"...
Ci 227 Le choix des chemins. 1 Deux voyageurs dans un pays lointain demandent
leur chemin. 2 Un brave homme pour les renseigner leur dit: "Il y a deux
routes possibles, l'une à droite, l'autre à gauche. 3 Dans celle
de gauche, il y a une lieue de bonne route, mais ensuite c'est fini: dans tout
le reste du voyage, si long qu'il soit, il n'y en a plus de bonne. 4 Dans celle
de droite il y a une lieue de mauvaise route, mais ensuite c'est fini: dans
tout le reste du voyage, si long qu'il soit, il n'y en a plus de mauvaise."
5 Cela signifie que nous pouvons marcher vers la vie éternelle par deux
voies, celle de droite ou celle de gauche. 6 La voie de gauche, c'est vivre
en enfer sans mourir et mourir sans vivre et vivre et mourir tout ensemble pour
l'éternité. 7 Mais elle comporte un petit bout de bon chemin,
qui est vivre en ce monde selon la chair et satisfaire tous ses désirs,
8 en cherchant son plaisir, se vêtir avec élégance, rechercher
honneurs, richesses et plaisirs passagers et vains qu'on peut trouver sur terre;
9 mais après la mort on a les souffrances éternelles comme on
l'a déjà dit: c'est la voie de gauche, celle de l'enfer. 10 La
voie de droite est celle de l'homme qui veut pour l'amour de Dieu éviter
ce que l'Eglise défend, faire ce qu'elle commande 11 (c'est à
dire observer les jeûnes commandés, sanctifier les fêtes,
éviter le péché autant que possible et se confesser en
cas de faute) 12 vivre donc dans l'obéissance de l'Eglise et distribuer
aux pauvres son argent quand on en a plus que le nécessaire: c'est la
voie de droite, celle du ciel. 13 Et après ce bout de chemin pénible
si nous voulons le choisir, nous ne trouverons jamais rien qui nous soit pénible,
mais nous aurons éternellement tous les biens que nous pourrons désirer.
14 Il faut donc être fou pour ne pas choisir cette voie de droite où
il y a si grand profit et si peu de difficulté 15 qu'elle devrait être
bien plus fréquentée que celle de gauche; en fait, elle l'est
un peu moins, pour cette malheureuse lieue de bon chemin que l'on trouve tout
de suite à gauche. 16 Cette voie de gauche d'ailleurs n'est pas si bonne
qu'elle soit exempte de peines (que voulaient éviter ceux qui l'ont choisie)
sans parler des difficultés et des remords de conscience. 17 Mais un
fou n'a peur de rien jusqu'au moment où il est châtié.
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Ms 26 f. 145 v.Sobriété
de saint Célestin. (Ci 228, 1-5)
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Saint Célestin, ermite auréolé assis sur un banc, refuse
le poisson qu'un garçon lui présente dans une épuisette.
A droite le saint homme vient secourir le même garçon qui, nous
dit-on, était mordu par un poisson qu'il avait dérobé;
mais je n'ai vu ni le poisson qui mord, ni en quoi consiste l'aide du saint.
Ci 228 Sobriété de saint Pierre Célestin. 1 Un homme riche
envoyait deux poissons au frère Pierre de Mouron qui était alors
ermite en Pouilles 2 (et depuis il fut pape et saint canonisé par l'Eglise
et on l'appelle saint Célestin). 3 Mais il ne voulut pas les accepter
et les renvoya au donateur. 4 Quand le commissionnaire voulut reprendre dans
une fontaine l'un des deux poissons qu'il y avait caché dans l'intention
de la voler, 5 le poisson lui saisit la main et le saint homme en l'entendant
crier vint le délivrer et lui pardonna son péché.
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Ms 26 f. 146 r.Saint Célestin
change le vin en eau. (Ci 228, 6)
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Le roi de Sicile apporte une écuelle de vin au pape attablé, mitre
en tête et auréole. Le pape refuse ce vin. Le texte ne nous dit
pas qui tient une conversation édifiante à la table de droite.
Peut-être leur chapeau en fait-il des cardinaux?
Ci 228 Sobriété de saint Célestin (suite) 6 Quand ce saint
homme fut pape, le roi de Sicile voulait lui faire boire du vin: il disait que
c'était normal pour un pape. 7 Le saint homme répondit: "Si
Notre-Seigneur le veut, j'en boirai." 8 Et aussitôt qu'il eut fait
sa bénédiction sur le vin, tout comme Jésus aux noces de
Cana changea l'eau en vin, 9 il changea alors le vin en eau à la prière
du saint homme. Aussi on n'osa plus insister pour qu'il boive du vin.
10 Le chien échaudé et la biche enivrée dont on a parlé
plus haut et ces deux miracles que Dieu fit pour saint Célestin nous
enseignent à fuir toute gloutonnerie 11 car nul bien ne peut en venir,
mais bien des malheurs en sont venus dans le passé et en adviennent encore
tous les jours, 12 pour la honte et le dommage de ceux qui en sont coupables.
Traité de FOLLE COINTISE ou de coquetterie.
Ci 229,1: Le Titre de Folle cointise est une branche du traité de Gloutonnie.
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Ms 26 f. 146 v.Exemple de Dina.
(Ci 229)
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A gauche, quatre danseurs dont la dernière fille (la belle Dina probablement)
est saisie par un homme d'armes. A droite, les frères de Dina, en chevaliers
attaquent une ville (tour-porte) dont les défenseurs (triade-foule) leur
lancent des grosses pierres.
Ci 229 Exemple de Dina. 2 On voit ici comment Dina, fille de Jacob, fut enlevée
à cause de sa coquetterie à une fête où elle était
allée. 3 Il y eut beaucoup de sang répandu entre ses frères
et ceux qui l'avaient enlevée. 4 La coquetterie et la danse ont été
cause de bien des malheurs et rien de bon ne peut en sortir. 5 Personne ne peut
en dire de bien sans mentir.
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Ms 26 f. 147 r.Danse autour du
veau d'or. (Ci 230)
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A gauche, quatre danseurs réunis par une corde, dont le dernier répond
à Moïse. Moïse portant bonnet lève les tables de la
loi pour les briser; il y en a déjà deux morceaux par terre. A
droite le veau d'or sur un autel drapé.
Ci 230 Danse autour du veau d'or. 1 Les enfants d'Israël offensèrent
Dieu gravement en adorant le veau d'or et en dansant devant lui. 2 Quand Moïse
les vit ainsi pécher, il jeta par terre ses tables de pierre 3 sur lesquelles
était inscrite la loi que Dieu lui avait donnée pour administrer
le peuple d'Israël et lui apprendre l'obéissance à éviter
ce qu'il défendait et à faire ce qu'il commandait.
4 Au dire de certains maîtres, il en brisa le tiers; mais ce fut une bonne
affaire, car beaucoup d'entre nous ne sont même pas capables de pratiquer
ce qui en est resté. 5 Pourtant elle était écrite sur la
pierre pour montrer que Dieu n'entendait pas qu'elle soit corrigée ni
oubliée ni violée sur aucun point. 6 Sur l'ordre de Dieu, ces
gens qui s'étaient mis d'accord pour danser autour du veau d'or furent
mis à mort et ils l'avaient bien mérité.
7 Nous pouvons en déduire que les danses sont nuisibles, car il en est
advenu de grands malheurs; elles font oublier Dieu et pécher contre lui
gravement.
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Ms 26 f. 147 v.Mieux vaut encore
travailler le dimanche. (Ci 231)
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Un moine nous prie d'écouter un évêque (saint Augustin)
qui fait une déclaration. Il semble retenir l'attention du premier personnage
de la triade-foule qui comprend deux hommes portant une houe et une femme occupée
à filer sa laine. A droite un groupe de quatre danseurs (y a-t-il une
corde?) dont la première personne écoute saint Augustin.
Ci 231 Mieux vaut encore travailler le dimanche. 1 Saint Augustin dit que mieux
vaudrait encore travailler la terre ou filer la laine un dimanche que danser.
2 Car si l'homme travaillait sa terre le dimanche, il ferait un péché
mortel en violant la loi de sainte Eglise. 3 Et la femme si elle filait pécherait
aussi. Mais leur péché produirait quelque bien. 4 Car l'homme
ferait pousser des fèves ou d'autres grains; et la laine que filerait
la femme serait utile. 5 Mais de danser ne peut venir aucun profit. 6 Or le
péché qui sert à quelque chose est moins grave que celui
qui ne sert à rien. 7 C'est pourquoi saint Augustin a raison de dire
que le péché de danser est plus grave que celui de travailler
aux fêtes et dimanches.
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Ms 26 f. 148 r.La soeur de saint
Bernard. (Ci 232)
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Saint Bernard (auréolé) répond à un garçon
qui lui annonçait la visite de sa soeur.
Au centre, le garçon va porter à une dame vêtue à
la mode la réponse du saint abbé.
A droite, quand elle a changé d'habit, saint Bernard reçoit sa
soeur.
Ci 232 Saint Bernard accueille sa soeur. 1 La soeur de saint Bernard alla lui
rendre visite en grande toilette à Clairvaux dont il était abbé.
2 Il lui fit dire par un garçon qu'elle n'était pas sa soeur,
mais plutôt un piège du diable, un filet à prendre les imbéciles.
3 Elle répondit au garçon: "Va dire à mon frère
que, même si je suis un piège du diable, il vienne me voir sans
crainte. J'ai l'intention de tant faire qu'il m'approuvera." 4 Aussitôt
la pieuse dame coupa ses nattes et revêtit une tenue pauvre avant de se
présenter devant son frère; il la félicita et lui conseilla
de se faire religieuse. 5 C'est ce qu'elle fit; elle fut religieuse dans une
abbaye et son mari moine dans une autre. 6 Elle devint la première abbesse
de l'ordre de Citeaux 7 et cessa ainsi d'être un piège du diable.
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Ms 26 f. 148 v.Le couturier qui
faisait danser. (Ci 233)
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Le couturier vêtu de brun est assis à l'intérieur d'une
maison (amorces de voûte, tour-porte). Il tient de la main gauche le coin
d'une étoffe et manie de la main droite de grands ciseaux de coupe. La
dame vêtue élégamment (comme la soeur de saint Bernard)
interroge le ménestrel (vêtu de noir) qui tient un tambour. Derrière
lui deux couples de danseurs, chaque couple tenant un petit bout de corde.
Ci 233 Le couturier qui faisait danser. 1 Un couturier les dimanches et les
jours de fête faisait danser la jeunesse. 2 Un jour qu'il travaillait
à la robe d'une dame, celle-ci vit un diable qui faisait danser à
sa place. 3 A cette vue, elle rentra chez elle où elle trouva le couturier
qui cousait. 4 "Eh quoi, lui dit-elle, je crois que tu te moques de moi:
Je viens de te voir là dehors et je te retrouve ici? Par où es-tu
passé?" 5 Il répondit: "Je vous assure, madame, que
je ne suis pas du tout sorti d'ici aujourd'hui." 6 Alors elle alla demander
au musicien qui il était et pourquoi il faisait danser. 7 Il répondit:
"Je suis un diable. Je ne voulais pas qu'on ne puisse pas danser faute
de musicien. 8 Car c'est une des choses que nous aimons le mieux au monde et
qui peut nous rapporter le plus. 9 En effet, la danse, c'est notre messe; le
chanteur ou le musicien sont nos prêtres; 10 ceux qui portent ces beaux
chapeaux de danse, ce sont nos clercs; et ceux qui n'ont pas de chapeau ne font
pas mieux, 11 car tel n'en a pas qui voudrait en avoir et tout mauvais désir
nous plaît. 12 Et ceux qui restent derrière et disent leurs prières
tout bas ne font pas mieux non plus, 13 car ils font des réflexions peu
convenables sur les danseurs et sur les spectateurs. 14 Comme on fait ainsi
à la danse un certain nombre de péchés sans s'en rendre
compte (et dont par conséquent on ne pensera pas à se corriger)
c'est pour nous une raison de mieux aimer la danse; 15 car si la maladie est
cachée et difficile à déceler, elle n'est pas pour cela
moins dangereuse. 16 De plus les danses amènent des batailles, mauvais
regards, mauvaises rencontres, toutes choses qui sont bonnes pour nous. 17 Dieu
y est oublié et crucifié: car Dieu fut crucifié en croix
et nous les faisons danser en croix: 18 Cela déplaît à Dieu,
c'est pourquoi nous le faisons, plus d'ailleurs pour leur causer à eux
du tort qu'à nous du profit." 19 A partir de ce jour, le couturier
qui avait entendu ces paroles s'abstint de faire danser, et plusieurs autres
comme lui dans cette ville. 20 Cela s'est passé à Calais sur la
mer.
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Ms 26 f. 149 v.Les commissionnaires
indélicats. (Ci 234,1-5)
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Un garçon et une fille assis sur un banc échangent les fruits
qu'ils devaient remettre à leur seigneur. Le garçon se régale,
mais je ne saurais dire s'il mange une poire ou des cerises. A droite, leur
seigneur a un geste de protestation.
Ci 234 Les commissionnaires indélicats. 1 Un garçon et une fille
portaient des poires et des cerises pour les offrir au seigneur de leur ville.
2 Ils se mirent d'accord pour échanger leurs cadeaux aux dépens
du seigneur. 3 Cela signifie que nos coeurs sont les cadeaux que nous devons
offrir à Dieu. 4 Quand deux jeunes gens s'aiment d'amour, ils se donnent
les cadeaux qu'ils auraient dû offrir à Dieu. 5 Ils l'oublient
souvent pour penser l'un à l'autre et Dieu n'y trouve pas sa part.
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Ms 26 f. 150 r.La servante indélicate
(Ci 234, 6-14 )
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A gauche est couché dans un lit "un malade pourri", un lépreux.
La maîtresse de maison (au centre: comparer avec le costume à la
mode du folio 148 r. et v.) indignée de trouver ce malade dans son lit,
bat la servante, qui demande grâce.
Ci 234 (suite) La servante indélicate. 6 Si une femme de chambre couchait
un lépreux dans le lit de sa dame, sa dame aurait une bonne raison de
la battre et corriger. 7 Comprenons que ceux qui par fol amour se reçoivent
dans leur coeur, là où ils devraient recevoir Dieu, doivent craindre
8 que Dieu ne les en punisse et corrige au temps à venir. 9 Car la personne
que nous aimons le mieux au fond de notre coeur et à qui nous pensons
le plus, nous en faisons notre dieu. 10 Et tout comme on offre à son
seigneur sa première récolte, 11 ainsi les jeunes gens doivent
d'abord offrir leur coeur à Dieu 12 sans restriction ni gaspillage, si
ce n'est qu'ils peuvent aimer les gens de bien pour l'amour de Dieu. 13 Nous
devons haïr tout ce que Dieu déteste et aimer tout ce qu'il aime;
il déteste les péchés et nous les interdit. 14 Et nous
n'aimons pas Dieu si de toutes nos forces nous ne fuyons et haïssons les
péchés en nous-mêmes et chez les autres.
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Ms 26 f. 150 v.Le cheval ne sait
pas où on le mène. (Ci 235 )
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A gauche, un homme sur un cheval: c'est le cavalier, pas le cheval, qui sait
où l'on va.
A droite, cinq personnes dansent, mais au dessus d'eux cinq diables savent où
ils les mènent.
Ci 235 Le cheval ne sait pas où on le mène. 1 Quand un homme riche
monte sur son cheval pour aller au marché, 2 il sait bien ce qu'il va
chercher, mais son cheval ne le sait pas.
3 Ainsi bien des gens ne savent pas les dangers ni les grands dommages qu'on
affronte en dansant; mais le diable qui les y mène et les en ramène
le sait bien. 4 Car s'ils savaient aussi bien que le diable les maux et les
périls qui en découlent ou peuvent en découler, il est
possible que bien des jeunes gens qui vont danser s'en abstiendraient. 5 Car
c'est un péché qui en entraîne tant d'autres qu'on a bien
du mal à s'en confesser comme il faut quand on en a une longue habitude.
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Ms 26 f. 151 r.Les diables sur
la traîne d'une coquette. ( Ci 236 )
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Saint Jérôme (auréolé) montre à son compagnon
le diable installé sur la tête d'une femme (sans doute dans ses
"cornes" de cheveux) et un autre diable assis sur sa traîne(
sa "queue"). Ce dernier chavire quand la dame ramasse sa traîne
pour passer un caniveau. La dame s'indigne de voir rire nos saints personnages
et saint Jérôme lui dit pourquoi. A droite, une triade-foule semble
admirer la toilette de la femme plutôt que voir la diablerie comme le
dit le texte.
Ci 236 Les diables sur la traîne d'une coquette. 1 Saint Jérôme
et un ermite virent une coquette qui avait un diable sur sa traîne et
deux sur ses nattes. 2 Ils se mirent à rire parce que le diable était
tombé dans la boue quand elle souleva sa traîne pour passer un
ruisseau. 3 La coquette leur déclara que des gens comme eux ne devraient
pas rire ni se moquer des autres. 4 Saint Jérôme lui répondit:
"Nous rions, mais si vous voulez vous pouvez en tirer profit." 5 Il
lui dit alors ce qu'ils avaient vu et ils firent voir à elle et à
d'autres personnes les diables qu'elle portait. 6 Elle fit aussitôt couper
sa traîne et ses nattes et passa toute sa vie sous la direction spirituelle
de saint Jérôme. 7 Nous pouvons en déduire que la traîne
et les nattes chez une femme ou chez un homme déplaisent à Dieu
et plaisent aux diables. 8 Cependant la traîne que portent les prélats
représente l'Eglise dont ils sont les chefs et qui nous est représentée
en personnage féminin.
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Ms 26 f. 151 v.La béguine
de Cambrai. (Ci 237)
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Au pied d'un arbre, le bagage que l'ex-béguine a déposé
pour aller danser. Elle fait peut-être partie du groupe des quatre danseurs
réunis par une corde. Mais on ne la reconnaît pas dans la femme
sans bagage qui est reçue au béguinage (tour-porte).
Ci 237 La béguine de Cambrai. 1 Une béguine de Cambrai décida
de ne pas renouveler son voeu de béguine 2 et s'en revint avec toutes
ses affaires un certain dimanche dans sa ville natale. 3 Et sitôt qu'elle
eut déchargé son bagage, elle se précipita à la
danse comme une truie dans un champ de pois. 4 A la danse, on chantait la chanson
suivante: "Celle qui m'a refusé Aura un jour besoin de moi. Elle
ne me trouvera pas." 5 "Hélas, pensa la béguine en son
coeur, cette chanson s'applique bien à moi! Dieu m'avait appelée
pour être son amie et son épouse et je l'ai abandonné sans
motif! 6 Il sera juste qu'il m'abandonne quand j'aurai besoin de lui à
ma mort." 7 Aussitôt elle quitta la danse et regagna son béguinage
et en repensant à cette chanson de danse, elle pleura longtemps de repentir.
8 Ainsi trouva-t-elle son profit dans ce qui fait du tort à d'autres.
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Ms 26 f. 152 r.La coquette de Rocamadour.
(Ci 238)
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Une femme tient de la main droite les tresses de chevaux qu'elle vient de couper;
sa main gauche exprime son regret. Cette même femme en prière devant
une vierge à l'enfant dit qu'elle aurait mieux aimé perdre un
oeil que ses tresses. A droite une triade-foule voit cette prière exaucée
et admire le miracle.
Ci 238 La coquette de Rocamadour. 1 Une coquette ne pouvait entrer dans l'église
de Notre-Dame de Rocamadour si elle ne coupait ses tresses. 2 Elle put y entrer
quand sur le conseil des gens de cette église elle les eut coupées.
3 Et dans sa prière elle dit à Notre Dame: "Ah, très
belle douce dame, pour l'amour de vous j'ai sacrifié mes cheveux. 4 Mais
j'aurais aimé autant que vous acceptiez que je perde un oeil en gardant
mes cheveux ." 5 A ces mots ses cheveux se rattachèrent à
sa tête comme avant et elle perdit un oeil.
6 Notre Dame fit voir là combien les nattes lui déplaisaient;
et cependant on n'en coupe pas souvent en son honneur. 7 Les femmes qui ne veulent
pas quitter leurs tresses pour l'amour de Notre Dame montrent ainsi que le service
du diable leur plaît davantage que le sien 8 puisque elles ne veulent
pas la servir avec le plus beau de leurs membres, qui d'ailleurs leur cause
des ennuis: car elles seraient bien plus à l'aise sans leurs tresses
qu'avec elles. 9 Et elles en sont plus laides et plus malpropres, car "Tresses
à femmes, c'est château à poux": il est aussi difficile
de les en faire sortir que de débusquer un lièvre d'une forêt.
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Ms 26 f. 152 v.Ceux qui désirent
être volés. (Ci 239)
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Deux brigands suivent un homme qui porte un gros sac (son trésor) sur
l'épaule. Les larrons mettent la main sur le sac. A droite une dame élégante
(v. f. 148 et 150r.) a l'air de faire admirer son corps.
Ci 239 Ceux qui désirent être volés. 1 Saint Grégoire
dit: "Celui qui porte son trésor à découvert devant
les voleurs, il a l'air de désirer se faire voler." 2 De même
une femme semble espérer qu'on lui fasse des propositions malhonnêtes
quand elle s'attife pour se faire remarquer. 3 "Quiconque veut garder chasteté,
Qu'il vive avec sobriété, S'habille avec humilité."
4 Car nous ne devons désirer plaire ni craindre de déplaire à
personne d'autre qu'à Dieu.
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Ms 26 f. 153 r.Les diables emportent
la tête d'une mourante. (Ci 240)
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A gauche une mourante aux cheveux longs dit à son curé qu'elle
voit des diables. "Dites-leur de s'en aller avec ce qui leur appartient."
Dans le ciel on voit les diables emporter la tête de la femme. A droite,
la femme sans tête sur son lit de mort.
Ci 240 Les diables emportent la tête d'une mourante. 1 Une mourante dit
à son curé qu'elle voyait des diables. 2 Il répondit: "Dites-leur
donc que s'ils trouvent sur vous quelque chose qui leur appartienne, ils le
prennent." 3 Sitôt qu'elle leur eut dit cela, deux diables lui séparèrent
la tête du corps avec ses tresses et l'emportèrent. 4 C'est pourquoi
il lui fallut un cercueil plus court et elle n'eut pas besoin de coiffure.
5 Dieu fit voir là que les nattes lui déplaisent et qu'elles plaisent
aux diables. 6 En effet, s'il avait voulu, il aurait pu faire à toutes
les femmes deux cornes, comme aux chèvres. 7 Mais il leur a fait la tête
toute ronde pour montrer qu'il les voulait parfaites en toutes choses, car "Rondeur
signifie perfection." 8 En effet parmi ces femmes cornues avec leurs tresses,,
on aurait du mal à en trouver une qui soit parfaite, mais on en trouverait
assez qui soient parfaitement sottes. 9 Car ils seraient bien sots et sottes
ceux qui sans rien connaître à la peinture 10 prétendraient
améliorer, embellir le portrait qu'un bon peintre aurait fait: ils ne
pourraient que le gâter. 11 Les femmes se montrent bien aussi sottes quand
elles veulent améliorer ce que Dieu a fait en elles. 12 Elles ne font
que s'enlaidir, car, pour parler franchement, elles sont plus disgracieuses.
13 Et c'est sur de telles coquetteries que l'on construit les sots mariages.
le Mariage
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Ms 26 f. 153 v.Départ du
jeune Tobie. (Ci 243,1-2)
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La tour-porte représente la maison de Tobie. La mère de Tobie
sort pour lui faire ses dernières recommandations. Le chien suit son
maître qui écoute docilement les avis du guide. La petite scène
de droite nous montre l'étape où Tobie et son guide trempent leurs
pieds dans le fleuve. Je n'y vois pas de poisson, mais il se pourrait qu'on
en parle...
Ci 241 Le départ du jeune Tobie. 1 Le jeune Tobie se rendait à
la cité de Raguès conduit par un ange sous les traits d'un jeune
homme. 2 Comme il se lavait les pieds dans une rivière, un poisson le
prit par le pied.
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Ms
26 f. 154 r.Mariage de Tobie. (Ci 241 suite)
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Raguel reçoit le mariage de sa fille Sara avec Tobie. Le centre de la
peinture semble occupé par le lit nuptial, sur le chevet duquel est posé
un objet non identifié. A droite les jeunes époux sont agenouillés.
Tobie se retourne pour jeter dans le feu les entrailles du poisson. Cette opération
fait fuir (en l'air) le diable qui s'apprêtait à l'étrangler.
Ci 241 (suite) Mariage de Tobie. 3 Sur le conseil de l'ange, il prit le poisson.
Avec le fiel de ce poisson il chassa plus tard les diables qui voulaient l'étrangler,
la nuit de ses noces avec sa cousine germaine fille de son oncle Raguel.
4 Cette cousine avait eu sept maris qui furent tous étranglés
par les diables la nuit de leurs noces parce qu'ils ne la prenaient que pour
sa beauté. 5 Ils n'étranglèrent pas Tobie parce qu'il la
prit sur le conseil de l'ange; mais ils s'enfuirent quand il mit sur le feu
un peu de fiel du poisson comme l'ange lui avait dit.
6 Personne ne devrait prendre femme qu'à la façon de Tobie: 7
Car il ne la prit ni pour sa beauté, ni pour sa richesse, ni pour le
plaisir, mais seulement pour avoir une descendance. 8 Si on se mariait dans
ces conditions, tous les enfants qui naîtraient de ces mariages seraient
quasiment des saints. 9 Mais les mauvaises raisons qui poussent certains à
se marier font souvent le peu de valeur des pères; des mères et
des enfants
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Ms 26 f. 154 v.Retour de Tobie.
(Ci 242)
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Le guide fait encore des recommandations et Tobie l'écoute. Son chien
le précède (de peu). La mère est sortie à leur rencontre.
Derrière elle la tour-porte de sa maison.
A droite, l'intérieur de la maison, très sombre (parce que le
père est aveugle?) Le guide prescrit toujours. Tobie guérit les
yeux de son père en y appliquant le fiel du poisson.
Ci 242 Retour de Tobie. 1 Comme l'ange et le jeune Tobie revenaient de la cité
de Raguès, 2 la femme du vieux Tobie les reconnut de loin en voyant trotter
devant eux le chien qu'ils avaient emmené. 3 Alors Dieu par son ange
rendit au vieux Tobie avec le fiel du poisson la vue qu'il avait perdue à
cause de la fiente d'une hirondelle.
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Ms 26 f. 155 r.Diverses raisons
de se faire moine, ou de se marier (Ci 243)
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Tour-porte élégante: c'est l'abbaye. Amorces de voûte, pilier,
banc de pierre: c'est une salle de l'abbaye. Quatre moines débattent
des raisons diverses pour lesquelles chacun est entré en religion. Nous
sommes loin du mariage? Pas tellement, parce qu'on peut juger de la même
façon les diverses raison de prendre femme.
Ci 243 Diverses raisons de se faire moine. 1 Quatre clercs entrèrent
en religion. 2 Quand ils se retrouvèrent religieux, le plus sage demanda
aux trois autres pourquoi ils y étaient entrés. 3 Le premier répondit:
"A cause des bons lits qu'on a au dortoir de cette abbaye." 4 Le second
répondit: "Pour avoir part aux richesses de cette abbaye."
5 Le troisième répondit: "Parce que les moines sont traités
comme des nobles et je ne le suis pas: je voulais être honoré comme
l'un d'eux." 6 Tous les trois demandèrent au quatrième pourquoi
il était entré. 7 Il répondit: Pour l'amour de Dieu et
pour être utile aux moines actuels et à ceux qui nous succéderont.
8 Ces quatre clercs représentent quatre sortes de gens qui se marient.
9 Car celui qui choisit une épouse pour sa beauté, pour sa richesse
ou pour ses relations, 10 il entre en mariage comme les trois premiers clercs
entrèrent en religion. 11 Mais celui qui entre en mariage pour l'amour
de Dieu et pour avoir des enfants qui plaisent à Dieu, 12 il y entre
comme le bon moine entre en religion. Et personne n'y devrait entrer autrement.
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Ms 26 f. 155 v.Les noces de Cana.
(Ci 244)
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Peinture très symétrique dont Jésus est le centre. Son
geste signifie, semble-t-il: "Portez-en au président du banquet."
Les deux groupes de deux disciples admirent: c'est le premier miracle de Jésus.
Marie, à gauche, s'occupe du service. A droite un serviteur emporte un
pot. Mais pourquoi n'y a-t-il qu'un seul verre sur la table?
Ci 244 Les noces du Cana. 1 Jésus assista au mariage d'Archedéclin.
2 Ces noces furent doubles, car c'était celles de Jésus avec l'Eglise
3 qu'il avait épousée ce jour-là en