Referencement


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Ci-nous-dit
Manuscrit à peintures

(début du XIVe siècle)
Chantilly, Musée Condé 26-27 lu par Gérard BLANGEZ Tome I (Chantilly Ms 26)

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Ms 26 f. 2 r.Dieu créant le monde (Ci 1, 1-2)
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Dieu tient de la main gauche le disque du monde. Il lève la main droite, deux doigts repliés: geste "d'institution", que nous retrouverons pour Ci 2: Création de l'homme, Ci 4: Création de la femme, Ci 50: Institution de l'Eucharistie,etc... Le disque du monde est rose; dans sa partie inférieure on peut voir la masse des eaux non encore divisées. Les verticales laisseraient entendre que ce monde est en cours d'organisation. De chaque côté, le fond rouge tente de cacher des esquisses d'arbres qui ont dû être une étourderie du dessinateur : en effet la scène ne peut être située au paradis terrestre...
Ci ch.1 : Dieu crée le monde. 2 Au commencement Dieu créa le monde pour montrer sa puissance à ceux qu'il avait décidé de faire participer à ses perfections.
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Ms 26 f. 2 v. Chute des anges (Ci 1,3 - 2,1)
Les bons anges, représentés par un visage nimbé et un bras, sont au ciel avec Dieu leur créateur (le personnage central qui semble tenir un globe). Quant aux mauvais anges, ils sont précipités du ciel en trois catégories, nous dit-on. Or nous voyons bien ceux qui quittent le ciel, qui sont en l'air; nous voyons ceux qui sont arrivés sur la terre; mais nous ne voyons pas ceux qui s'enfoncent jusqu'en enfer. Le ciel est bleu sombre, la terre est noire, l'air (le fond) est rouge. Il est regrettable que cette peinture soit en mauvais état.
Ci 1 (suite) Chute des anges. 3 Les premiers qu'il y fit participer, ce furent les neuf choeurs des anges. 4 Mais parmi eux Lucifer, qui se trouvait le plus beau de tous, pensa qu'il méritait mieux que son rang de créature; et aussitôt il tomba, et tombèrent avec lui tous ceux qui embrassaient son parti. 5 Leur chute, dit-on, les amena en trois endroits: dans l'air, sur terre, ou en enfer.
6 Ceux qui sont tombés dans l'air se battent dans les orages et les tempêtes.
7 Ceux qui sont tombés sur terre s'occupent de nous tenter pour nous faire pécher contre Dieu: 8 Les théologiens disent que chacun d'entre nous en a un qui nous tire tant qu'il peut vers l'enfer, tout comme nous avons un bon ange qui désire nous conduire au ciel. 9 De même que les grands seigneurs envoient leurs fils au tournoi pour qu'ils y fassent leurs preuves, de même Dieu permet que les diables nous tentent parce qu'il veut que nous entrions au ciel en vainqueurs. 10 Quiconque n'aura pas fait ses preuves contre les diables a peu de chances d'être jamais couronné parmi les anges, sinon ceux que leur innocence excuse, faute d'âge ou de raison; 11 bien que le diable ne puisse les faire pécher aussi gravement que les gens sensés, ils sont sauvés par la force de leur baptême.
Ci 2, 1 Les diables qui sont tombés en enfer sont chargés de tourmenter les malheureux humains qui y seront aussi tombés. Eux qui étaient autrefois au ciel parmi les anges les plus beaux; ils sont devenus les plus affreux.
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Ms 26 f. 3 r. Création de l'homme (Ci 2,2)
Dans le paradis terrestre figuré par deux arbres, Dieu (représenté en homme mûr vêtu d'un manteau, nimbé et peut-être barbu, qui lève une main en geste d'institution) vient de créer Adam (nu et imberbe) dont la main droite exprime son émerveillement de se voir créé à l'image de Dieu
Ci 2 Création de l'homme. 2 Pour remplir leurs places au ciel, Dieu, après avoir créé un certain nombre de choses, prit du limon de la terre 3 et dit: "Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance."
4 Ces paroles nous laissent deviner que toute la Trinité participa à la création de l'homme, 5 ce qui fait que toute créature humaine a dans son âme l'empreinte de la Trinité: la mémoire, la connaissance et la volonté . 6 Ces trois facultés sont en nous la marque de la Trinité: La mémoire que nous avons de ce que nous avons vu ou entendu est la marque de Dieu en la personne du Père, qui est tout-puissant. 7 La faculté que nous avons de distinguer le bien du mal est la marque de Dieu en la personne du Fils, qui est la Sagesse de Dieu le Père. 8 Le désir que nous avons de faire du bien à nous-mêmes et aux autres est la marque de Dieu en la personne du Saint-Esprit. 9 Et c'est pourquoi Dieu a dit: "Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance".
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Ms 26 f. 3 v. L'homme comparé aux créatures (Ci 3)
L'homme est fait comme un arbre à l'envers: Nos branches (nos membres) sont tournées vers la bas. Nos racines (nos cheveux) poussent vers le ciel qui est notre pays. La patrie du feu, c'est le ciel qu'il cherche à rejoindre. L'homme (pouce gauche levé vers le ciel, la main droite dédaignant la terre) marche à deux pieds dès qu'il est doué de raison, pour se rapprocher du ciel. Une bête (ici un mouton) avec ses quatre pattes est solidement établie sur la terre qui est son pays. La pierre qu'on lance en l'air s'empresse de rejoindre la terre, qui est son pays. L'oiseau peut voler en l'air parce qu'il a des plumes; nos plumes à nous, ce sont nos bonnes oeuvres, qui nous sont nécessaires pour gagner le ciel.
Ci 3 L'homme est fait pour aller au ciel. 1 On voit ici que l'homme ressemble à un arbre à l'envers: 2 L'arbre dirige ses branches vers le haut et son fruit pend vers le bas, et les fleurs qui meurent sont emportées par le vent. 3 Nous au contraire, nous dirigeons nos branches vers le bas et le fruit de nos oeuvres doit monter vers le ciel; 4 et les péchés que nous faisons contre Dieu sont comme les fleurs d'un arbre qui meurent sans produire de fruit.
5 Dieu nous a fait deux pieds pour marcher sur la terre et deux ailes pour voler dans le ciel à la manière des oiseaux qui avec leurs ailes peuvent voler où ils veulent. 6 Nos mains, ce sont nos ailes: Les bonnes pensées de nos coeurs et les bonnes oeuvres de nos mains, ce sont les plumes qui nous porteront au ciel; 7 et pas plus que l'oiseau ne peut voler sans plumes, nous ne pouvons aller au ciel sans bonnes oeuvres.
8 De même que la nature du feu le fait monter vers le ciel, de même par nature nous devons tous désirer monter au ciel.
9 De même que la pierre qu'on lance en l'air revient naturellement sur la terre qui est son pays, à plus forte raison nous autres qui séjournons sur la terre devons-nous désirer regagner le ciel qui est notre pays.
10 Les bestiaux vont à quatre pieds, montrant qu'ils sont dans leur pays; et nous allons à deux pieds, montrant que nous ne sommes pas dans le nôtre. 11 Et quiconque place sur terre l'amour de son coeur, il se rend semblable aux bestiaux, alors que nous devons diriger tous nos désirs vers le ciel, car Dieu nous a créés pour cela.
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Ms 26 f. 4 r.Les pépiniéristes (Ci 3,12)
Un pépiniériste plante un arbre peu profondément pour qu'il ne s'attache pas à la terre par des racines, afin de pouvoir le transplanter facilement à sa place définitive.
Si un arbre était planté les racines en l'air, il ne pousserait pas. C'est signe, nous dit-on, que Dieu ne veut pas que nous nous enracinions sur la terre: notre vraie patrie, c'est le ciel.
N.B.: Le personnage de droite, qui plie à l'horizontale un jeune arbre, n'est pas mentionné dans le texte, lequel revient aux bestiaux (supra,n.10) et à la surface qu'ils occupent au sol en grandissant.
Ci 3 (suite) 12 La terre, c'est la patrie des bestiaux, des oiseaux, des serpents: c'est pourquoi Dieu a montré qu'il ne veut pas que nous nous y enracinions, comme les pépiniéristes qui plantent leurs scions peu profond quand ils ont l'intention de les replanter ailleurs. 13 Si un arbre était planté la cime en terre, il ne pourrait y faire de racines. 14 Et c'est notre situation: car nos pieds, c'est la cime de l'arbre que nous sommes, qui chez nous est tournée vers la terre, 15 en signe que Dieu ne veut pas que nous y fassions de racines, mais veut que nous nous enracinions au ciel; 16 c'est pour cela qu'il nous fait la tête levée vers le ciel (pour garder la comparaison avec les arbres). 17 Les singes et quelques autres bêtes savent bien marcher sur deux pattes, mais ils ne le font que si on les y oblige, parce qu'ils ne sont pas doués de raison. 18 Les petits enfants non plus ne savent pas marcher sur deux pieds tant que leur intelligence ne surpasse pas celle des bêtes.
19 Autre signe que Dieu veut que nous soyons du ciel: Il nous fait grandir en nous approchant du ciel: il montre ainsi qu'il nous a faits pour y monter; 20 au contraire, il fait grandir les bêtes en les allongeant sur la terre: il montre ainsi que c'est bien leur pays. 21 Et il n'y a aucune bête qui proportionnellement à sa taille occupe sur la terre aussi peu de surface que nous. 22 Conclusion de toutes ces remarques: Dieu nous fait bien voir que nous ne sommes pas faits pour habiter définitivement sur la terre.
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Ms 26 f. 4 v.Dieu tire Eve de la côte d'Adam (Ci 4)
Les deux arbres qui encadrent la scène figurent le paradis terrestre. Adam est endormi, nu, accoudé à droite, sur un lit de verdure. Dieu lève trois doigts de la main droite (geste d'institution). De la main gauche il extrait Eve du côté gauche d'Adam en la tirant par les poignets. Les taches noires sur l'arbre de droite doivent être accidentelles.

Ci 4 Création de la femme. 1 Dieu fit la femme de la côte de l'homme. 2 S'il l'avait faite de sa tête, on pourrait croire qu'il voulait qu'elle lui soit supérieure. 3 S'il l'avait faite de ses pieds, on pourrait croire qu'il voulait qu'elle lui soit très inférieure. 4 Mais il la fit de sa côte pour qu'elle soit son égale.
5 Leur épreuve fut un échec lamentable pour eux et pour nous. 6 Et pour réparer cet échec le Père du ciel nous envoya son cher fils pour qu'il soit notre second père (c'est à dire un second Adam). 7 Et de même que la femme d'Adam fut faite de son côté, de même il voulut que son épouse soit elle aussi tirée de son côté quand sur la croix il en sortit du sang et de l'eau. 8 Cette épouse est notre véritable mère la sainte Eglise, avec les sept sacrements qu'elle nous dispense.
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Ms 26 f. 5 r.Les diables tiennent conseil (Ci 5)
Les diables sont indignés que Dieu, pour remplir leurs places au ciel, ait créé l'homme avec de la boue. Leur groupe agité veut faire échouer le projet de Dieu. A gauche, assis sur un siège vert, leur roi, nu et les jambes croisées, portant sceptre et couronne, leur parle avec autorité. Son index levé est le geste du dialogue (="Ecoutez donc!" Ce sera le geste de Dieu et d'Adam au f. 6 v.). La troupe des diables, plus ou moins noirâtres mais sans cornes ni queue, semble marcher vers lui en discutant; le premier arrivé expose leurs doléances. Cette peinture est la seule du livre qui soit placée en bas de page, peut-être parce que nous sommes aux enfers.
Ci 5 Les diables envieux de l'homme. 1 Selon certains théologiens les diables furent indignés quand ils surent que Dieu avait fait la race humaine d'aussi pauvre matériau que le limon de la terre 2 afin que les hommes soient humbles de par leur origine. Cette humilité devait leur donner accès aux nobles sièges du ciel que les diables avaient perdus par leur orgueil. 3 C'est pourquoi les diables décidèrent de les faire tomber dans le péché pour être damnés éternellement avec eux.
4 Un proverbe dit qu'un teigneux voudrait que tout le monde soit teigneux comme lui, de sorte qu'il ne resterait personne pour le traiter de teigneux. 5 Ainsi les diables, sachant bien qu'ils ne peuvent être sauvés, désirent que nous soyons damnés avec eux. 6 Tant pis pour ceux qui leur feront ce plaisir.
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Ms 26 f. 5 v.Le serpent tentateur (Ci 6)
Encadré par les deux arbres du paradis terrestre, le diable-serpent dans l'arbre central s'adresse au personnage de gauche, dont le geste des bras exprime l'horreur. Ce serait bien Adam, quoi que dise le texte (on verra mieux Eve dans la peinture suivante). Le beau visage dans l'arbre signifie l'aspect aimable sous lequel se présente toute tentation. La suite (le corps du serpent) est moins belle. Le serpent est une bête tortue: tortu aussi devient le pécheur qui se détourne du ciel pour rentrer en terre d'où il est sorti, comme le fait cette sorte d'arceau vert au pied de l'arbre. Le geste des mains d'Eve à droite semble trouver intéressantes les propositions du diable.
Ci 6 Le serpent tentateur. 1 Le diable, quand il tenta Eve, lui présenta une belle face; elle se laissa tromper parce qu'elle ne prit pas garde à la queue du serpent. 2 C'est ainsi dans toutes les tentations: le diable nous fait toujours miroiter le plus bel aspect; mais l'aboutissement du péché, c'est la queue du serpent que nous devrions toujours regarder.
3 Et si le diable la tenta sous l'aspect d'un serpent, qui est bête tortueuse, c'était pour la faire rentrer dans la terre d'où elle était sortie, comme une racine qui ne sort de terre que pour rentrer en terre. 4 Dieu nous a faits droits pour aller au ciel; mais quand nous péchons, nous nous disposons à rentrer dans la terre d'où nous venons. 5 Nous devenons alors tortueux de coeur et de conscience.
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Ms 26 f. 6 v.Expulsion du paradis terrestre (Ci 7)
Des cimes d'arbres apparaissent au dessus de la tour-porte qui doit marquer la sortie du paradis terrestre. L'ange aux ailes bleues déployées, l'épée haute, exécute avec indifférence sa consigne: de la main gauche il pousse Adam. La main gauche d'Adam a l'air de tempérer la brusquerie de l'ange, tout en déplorant la situation. Eve, main ouverte vers l'extérieur, semble en prendre son parti plus légèrement. Le péché a inspiré à Adam et Eve la gêne de leur nudité: tous deux cachent leur sexe avec du feuillage.
Ci 7 Adam et Eve découvrent la honte. 1 Adam après son péché connut la honte, qu'il ne connaissait pas auparavant. 2 C'est pourquoi, au dire des philosophes, l'enfant ne connaît la honte qu'après avoir péché, ce qui veut dire que le péché produit la douloureuse honte d'enfer. 3 Ainsi Adam ayant péché perdit la robe d'innocence et récolta la honte. 4 Alors l'ange les chassa honteusement du paradis terrestre et ils se trouvèrent nus de toute grâce.
5 Si nous allons au paradis nous l'aurons plus glorieusement que ne l'aurait eu Adam s'il avait évité le péché: 6 car il l'aurait eu uniquement par grâce, tandis que nous l'aurons par mérite et par grâce; 7 et il est plus glorieux d'avoir une chose que l'on a achetée qu'un cadeau reçu gratuitement. 8 Et après le Jugement dernier nous aurons cette gloire d'être plus semblables à Dieu que les anges 9 parce qu'il est notre frère par la nature humaine qu'il a prise en sa vierge mère pour laver les plaies d'Adam et les nôtres dans les souffrances de sa Passion.
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Ms 26 f. 6 v.A la sueur de ton front (Ci 8)
Dans une grasse prairie encadrée de deux arbres (serions-nous encore au paradis terrestre?) Dieu (son nimbe est crucifère) congédie Adam et Eve. Il leur a donné des tuniques décentes pour remédier à la honte de leur nudité. Dieu remet de la main gauche à Adam une bêche pour travailler la terre. Les index levés de Dieu et d'Adam semblent marquer un dialogue animé. Eve les écoute: sa main droite a cessé d'être désinvolte. Elle semble considérer que le désastre est plus grave qu'elle n'aurait cru; sa main gauche se pose sur son ventre, peut-être à l'idée d'enfanter dans la douleur...
Ci 8 A la sueur de ton front. 1 Dieu donna des habits à Adam et Eve et dit à Adam: 2 "Tu peineras sur la terre à la sueur de ton front; et quand tu penseras avoir semé de la bonne graine, tu récolteras des chardons." 3 Et de fait il arrive souvent qu'on se croie vertueux et que l'on soit le contraire. 4 C'est l'orgueil qui a fait perdre aux diables les sièges de paradis; aussi Dieu veut les regarnir par l'humilité. 5 C'est pourquoi saint Bernard dit: "Quand nous croirons avoir atteint une certaine valeur, c'est alors que nous perdrons toute valeur." 6 Ceux qui vont en enfer n'ont plus aucune valeur, car, bien que leur vie soit une souffrance éternelle, cette souffrance ne leur vaut aucun mérite.


ici commence L'AVENEMENT DE NOTRE DAME
Ci 9,1 On présentera d'abord les figures qui annonçaient la vierge Marie dans l'Ancien Testament
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Ms 26 f. 7 r.Le buisson ardent (Ci 9)
En haut, sur la montagne verte, apparaît à droite un visage nimbé (Dieu) dans un buisson dessiné qu'on pourrait croire ardent s'il était peint en rouge (mais le ciel étant déjà rouge, on ne voit pas bien quel contraste on aurait pu trouver ici). Au centre Moïse à genoux devant ce buisson, fait, semble-t-il, un geste d'adoration. Son manteau est lié autour de sa taille, découvrant sa tunique sur ses épaules. Derrière lui ses chaussures que Dieu lui a fait quitter. A gauche, en pied de la montagne, les moutons de Moïse semblent au bord de la panique; en tout cas ils ne pâturent pas. Ce buisson ardent est présenté comme une figure de Marie qui resta vierge après la naissance de Jésus.
Ci 9 Le buisson ardent. 2 Quand Moïse eut quitté la cour du pharaon, il se fit berger. 3 Et en gardant ses brebis il vit un buisson qui brûlait sans se consumer 4 et il entendit une voix qui lui dit: "Déchausse-toi, Moïse, car cette terre est sainte".
5 Ce buisson qui brûlait sans se consumer figurait la vierge Marie, qui devait concevoir et enfanter sans perdre sa virginité. 6 Les souliers que Moïse déchaussa signifient que nous devons retirer nos affections des créatures transitoires pour les placer en Dieu.
7 Certains théologiens disent que ce buisson de Moïse était un buisson de ronces ce qui signifie que, pas plus qu'on ne peut sculpter des ronces, 8 le coeur de l'homme ne peut imaginer la grandeur ni la puissance ni la beauté ni la bonté qui résident éternellement en Dieu.

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Ms 26 f. 7 v.L'arbre de Jessé (Ci 9a)
Jessé, le père de David, coiffé d'un bonnet et nimbé, dort accoudé à droite sur un lit vert. Il voit en songe un arbre qui monte du sol auprès de ses genoux et s'étale en espalier, évoquant un arbre généalogique. A chacun de ses trois niveaux l'arbre porte une tête au centre et une au bout de chaque branche. Il est évident que le personnage au centre du troisième niveau est Jésus. Quant aux autres, qu'ils portent couronne ou bonnet, ce sont tous des hommes: où est donc Marie dont on étudie ici les figures? Le texte nous apprend que cet arbre était un amandier, dont le fruit sert à faire un électuaire, remède très efficace. De même Jésus (le fruit de Marie) sera l'amande qui guérira l'humanité de sa maladie du péché.
Ci 9a L'arbre de Jessé. 1 Le Saint-Esprit dit par Isaïe: "De Jessé naîtra une verge qui fleurira." 2 Certains disent que Jessé vit en songe une pousse d'amandier fleurie, 3 cette pousse signifiant que la vierge Marie qui devait naître de sa descendance serait le véritable amandier qui porterait l'amande 4 avec laquelle on confectionnerait le remède pour guérir le genre humain de la maladie de péché qui frappait le monde entier. 5 Ce précieux remède préparé au calvaire sera disponible jusqu'au Jugement pour ceux qui seront décidés à faire leur salut et seulement pour eux, 6 si ce n'est ceux que leur innocence excuse, faute d'âge ou de raison comme les enfants en dessous de sept ans et les fous 7 qui sans désirer leur salut sont cependant sauvés par la vertu de leur baptême. 8 Et cela montre que notre volonté est libre: pas plus que le diable ne peut nous damner malgré nous, Dieu ne veut nous sauver malgré nous.
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Ms 26 f. 8 r.Judith et Esther, figures de Marie (Ci 10 & 10a)
Scène de gauche: Holopherne, général syrien qui assiégeait Jérusalem, cuve le vin du festin. Judith, penchée sur lui coupe de la main gauche la tête qu'elle tient de l'autre main par les cheveux. Les mains de la suivante expriment l'angoisse. Au centre, la tête du général est plantée au sommet d'une tour porte. Des chevaliers (portant haubert) au pied de la muraille regardent cette tête. Le premier, habillé de vert, est stupéfait et pense au départ; son voisin donne déjà des consignes à des auditeurs que nous ne voyons pas: c'est le commencement de la débandade. Judith a donc procuré le salut de son peuple.
Scène de droite: Aman, le mauvais conseiller du roi Assuérus est debout derrière son maître et son index levé montre qu'il le prévient contre Esther. La jeune Esther, qui risque sa vie en se présentant devant le roi, ne semble pas ici prête à défaillir. Sa suivante manifeste avec ses mains une émotion bien dominée. Le roi étend sa verge d'or qui exprime sa grâce.
Ci 10 Judith, figure de Marie. 1 La belle Judith enivra Holopherne et le tua pendant son sommeil parce qu'il voulait détruire Jérusalem; et elle suspendit sa tête sur les murailles de la cité. 2 Quand ses soldats virent cela ils se débandèrent. 3 C'est ainsi que nous fûmes délivrés d'enfer par la vierge Marie que figurait Judith: 4 Les diables perdirent leur pouvoir par elle et par son fils; et nous fûmes délivrés d'enfer tout comme ceux de Jérusalem furent délivrés d'Holopherne par la belle Judith.
Ci 10a Esther, figure de Marie. 1 Voici maintenant la bonne Esther à qui le roi Assuérus ,tendit son sceptre d'or: elle procura l'amitié du roi à son peuple qui jusque là en était mal vu. C'est ainsi que nous fûmes délivrés par la vierge Marie et par son fils que figurait le sceptre d'or. 3 Car tout comme l'or est purifié par le feu, il est venu du sein du Père sur la terre pour nous purifier au feu du véritable amour.
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Ms 26 f. 8 v.Naissance de sainte Anne (Ci 11)
A gauche un personnage à bonnet est en conversation avec son épouse nimbée: Ce sont Joachim I et Agar, les grands-parents de Marie. Ils eurent de leur mariage deux filles, Anne et Emerie, dont on voit ensuite les mariages. Dans le groupe central un maître juif barbu reçoit le mariage de sainte Anne (nimbée) avec Joachim II le père de Marie. Le groupe de droite doit être le mariage d'Emerie (nimbée) qui sera la mère se sainte Elisabeth (Lc 1,5), la cousine germaine de Marie. Chacune des femmes étant également nimbée, il est difficile d'affirmer que telle est l'une plutôt que l'autre. Cette tradition apocryphe est ici présentée pour réfuter une autre tradition apocryphe qui faisait naître sainte Anne de la cuisse de Phanuel; on nous dit que c'est une hérésie.
Ci 11 Naissance de sainte Anne. 1 Il était un honnête homme nommé Joachim et sa femme Agar. 2 Ils eurent de leur mariage deux filles, sainte Anne et Emerie sa soeur. 3 Sainte Anne fut mariée à un honnête homme nommé Joachim comme son père. 4 Emerie fut mère de sainte Elisabeth, qui était donc cousine germaine de Notre Dame, puisqu'elles étaient filles de deux soeurs. 5 Il n'y a donc rien de sérieux dans la tradition qui fait naître sainte Anne de la cuisse de Phanuel: 6 C'est une hérésie de le croire, car elle eut père et mère comme tout le monde.
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Ms 26 f. 9 r.La femme vêtue du soleil (Ci 12)
Dans le cercle doré du soleil, une "Vierge à l'enfant" dont la poitrine semble nue et l'enfant un peu grand (le nimbe de l'enfant est crucifère). La "lune sous ses pieds" doit être le mince croissant qui dépasse sous le soleil. Là s'est arrêtée la représentation de la vision. On ne voit pas les douze étoiles de sa couronne, qui font quand même les douze points de développement du texte.
Ci 12 La dame aux douze étoiles. 1 En ce temps-là apparut dans le ciel une dame entourée du soleil. 2 Elle avait la lune sous ses pieds et était couronnée de douze étoiles. 3 Elle figurait la vierge Marie entourée du véritable soleil de justice, portant son fils qui lui-même la portait.
4 La lune sur quoi elle était debout signifiait qu'elle serait au dessus de tout reproche. 5 Les douze étoiles de sa couronne sont douze privilèges qu'elle aurait sur toutes les autres femmes: 6 Premier privilège: Elle fut fille de femme stérile qui avait dépassé l'âge d'être mère (encore qu'elle ait eu ensuite deux autres filles). 7 Second privilège, elle fut purifiée du péché originel dès le sein de sa mère et donc sanctifiée avant de naître. 8 Troisième privilège, elle fut la première femme qui consacra à Dieu sa virginité. 9 Quatrième privilège, elle eut beauté parfaite. Cinquième privilège, elle conçut vierge. Sixième, elle porta son enfant sans difficultés. 10 Septième privilège, elle enfanta sans souffrances. Huitième: Après l'enfantement elle demeura vierge. 11 Neuvième privilège, elle fut mère de son père. Dixième,: Le diable intervint pas à sa mort. Onzième: Elle est au paradis en corps et en âme. 12 Douzième: Elle est assise à la droite de son fils, la plus noble et la plus puissante créature de Dieu, 13 reine des anges et du genre humain, mère des apôtres, amie des martyrs, épouse des vierges, protectrice des confesseurs, 14 réconfort des veuves, nourricière des pauvres et des orphelins, destructrice des prestiges diaboliques, 15 avocate et secours dans toutes les nécessités humaines si on l'invoque avec piété et confiance.
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Ms 26 f. 9 v.Prodige de la blanche geline (Ci 13)
Un empereur romain et sa femme (tous deux portant couronne) sont assis sur une très longue banquette. De part et d'autre un courtisan stupéfait et une dame recueillie. Au centre un aigle plongeant du ciel a déposé aux pieds du couple impérial une poule blanche (il faut en croire le texte) qui porte dans son bec un rameau de laurier. L'empereur, qui semble bien comprendre le sens de ce prodige, a entrepris de l'expliquer à son épouse (ils font de l'index gauche le geste de la conversation); l'impératrice a l'air plus admirative que son époux. Cette histoire que Suétone raconte au début de la Vie de Galba, est appliqué à Notre Dame symbolisée ici par la poule blanche. Le laurier, insigne des vainqueurs, annonce la victoire de Jésus sur l'enfer.
Ci 13 Prodige de la blanche geline. 1 Un empereur et sa femme assis dans un jardin s'inquiétaient de leur succession parce qu'ils n'avaient pas d'enfant. 2 Alors un aigle qui planait laissa tomber entre eux une poule blanche qui tenait dans son bec un rameau de laurier. 3 Cet aigle figurait Dieu le Père et la poule blanche la vierge Marie 4 qui devait être notre mère et notre gardienne contre les tromperies du diable avec la vigilance d'une mère-poule pour ses poussins.
5 Ce rameau de laurier fut planté et par la suite l'usage s'établit d'en offrir un rameau aux chevaliers qu'on trouvait forts, braves et victorieux: c'était une grande marque d'honneur. 6 Et ce laurier, dans les vues de Dieu le Père, c'était Notre Seigneur Jésus-Christ vêtu de notre humanité, notre véritable champion qui combat pour nous victorieusement. 7 Et Dieu le Père, après nous l'avoir promis par ses prophètes, nous l'envoya dans un triple but: pour qu'il soit notre chevalier qui mette en déroute le diable notre ennemi 8 et notre véritable frère qui adoucisse la justice de son Père 9 et notre avocat contre le diable, car il est notre parent depuis qu'il a pris notre condition humaine en sa vierge mère.
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Ms 26 f. 10 r.Les quatre vertus (Ci 14)
"Miséricorde et Vérité se sont rencontrées; Justice et Paix se sont embrassées" dit le psaume. Ce sont donc ces quatre vertus (appelées aussi les quatre filles de Dieu ou les quatre soeurs) qu'il faut voir en ces quatre femmes nimbées. On pourra voir que Miséricorde a la main gauche sur le coeur et abaisse peut-être la main droite pour donner l'aumône. Vérité a les deux mains ouvertes pour contempler ou pour enseigner. Justice et paix se donnent un baiser. On leur attribuait traditionnellement une discussion au ciel sur l'opportunité de racheter l'humanité déchue après le péché d'Adam. Vérité et Justice s'y opposent avec de bonnes raisons, mais Miséricorde et Paix l'emportent: l'homme sera donc racheté, bien qu'il ne le mérite pas.
Ci 14 Le procès des quatre vertus. 1 On voit ici illustré ce que dit le Saint-Esprit par le prophète: "La Miséricorde et la Vérité se sont rencontrées, la Justice et la Paix se sont embrassées." 2 Ce sont les quatre vertus qui règnent en Dieu, ses quatre filles dont la reine est Miséricorde, qui procure le salut du genre humain. 3 Les théologiens imaginent une discussion au ciel entre ces quatre vertus: 4 Justice et Vérité avaient de leur parti Dieu en la personne du Père. 5 Miséricorde et Paix avaient de leur côté Dieu en la personne du Saint-Esprit. 6 Dieu en la personne du Fils en fut juge et partie et il en paya pour nous les dépens quand il souffrit la mort sur la croix; 7 car selon Justice et Vérité nous avions mérité d'être damnés, mais Miséricorde et Paix obtinrent de la Trinité notre salut.
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Ms 26 f. 10 v.La conception de Notre Dame (Ci 15)
On voit ici trois fois un personnage angélique (tête et bras sous un nuage) adressant la parole à Joachim. A gauche Joachim, désolé de ne pas avoir d'enfant, partait avec ses bergers; un ange le rappelle. Au centre il discute avec l'ange, qui lui indique où il doit rencontrer sa femme. A droite l'ange guide sainte Anne vers son mari. Le texte dit qu'ils se rencontrèrent "sous la Porte Dorée", mais notre image ne représente pas cette mystérieuse porte. Tout ce récit vient des Evangiles Apocryphes.
Ci 15 Conception et naissance de Notre Dame. 1 Joachim se retirait avec ses bergers, tout triste qu'on ait refusé son offrande au temple parce que sa femme n'avait pas d'enfant. 2 Mais l'ange lui commanda d'aller rencontrer sa femme et il en dit autant à sainte Anne. 3 Ils se rencontrèrent alors sous la Porte Dorée et c'est là que fut conçue Notre Dame.

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Ms 26 f. 11 r.Naissance de Marie ( Ci 15,4) et sa présentation au temple (Ci 16)
A gauche petit tableau de la naissance de Marie (Ci 15,4) qui marqua le début d'une période de paix universelle. Au centre, la Présentation (Ci 16): Joachim et Anne, nimbés tous les deux regardent la petite Marie âgée de trois ans qui monte seule d'un pas décidé les quinze marches du temple. Ce temple est représenté comme un autel chrétien drapé de nappes d'autel. Joachim semble considérer que sa mission est terminée. Anne recueille toutes ces choses dans son coeur.
Ci 15 (suite) Nativité de notre Dame. 4 Dès qu'elle fut née, il s'établit sur terre une paix telle qu'on n'en avait jamais vu. 5 Les gens attribuaient cette paix à la bonne étoile d'un empereur qui régnait alors; 6 mais elle venait de l'excellence de la vierge Marie et de Dieu qui lui avait donné tant de perfections pour qu'elle devienne sa vierge mère.
Ci 16 Présentation de Marie au temple. 1 Saint Joachim et sainte Anne conduisirent la petite Marie âgée de trois ans au temple pour la présenter à Dieu. 2 Et sous l'inspiration divine elle monta les quinze marches du temple et lui offrit son coeur et son corps. 3 Elle fut la première à consacrer à Dieu sa virginité. Et, demeurant avec les jeunes demoiselles au temple elle apprit à coudre et à travailler la soie.
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Ms 26 f. 11 v.Marie à l'ouvroir du temple.
C'est un récit des évangiles apocryphes. Une compagne envieuse ayant dit qu'on traitait Marie comme la reine des anges, une voix angélique déclare que c'est en effet le cas. Sur une longue banquette quatre jeunes filles en tunique sont occupées à des travaux d'aiguille. Une seule est nimbée, Marie. Curieusement, c'est à elle que l'ange semble s'adresser.
Ci 17 Marie à l'ouvroir de temple. 1 La petite Marie était si mignonne que, pour les qualités que Dieu lui avait données, la maîtresse avait un faible pour elle. 2 Comme on lui confiait toujours les plus beaux travaux, une de ses compagnes dit, inspirée sans le savoir: 3 "On dirait que c'est la reine des anges: On lui confie toujours les plus beaux travaux!" 4 Un ange fut dépêché pour lui répondre: "Tu l'as dit. C'est bien la reine des anges."
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Ms 26 f. 12 r.Mariage de Notre Dame (Ci 18)
Récit des évangiles apocryphes. Marie étant devenue grande, ses maîtres du temple (on voit à gauche l'annonce de la décision) veulent la marier. Parmi les partis possibles, Joseph est désigné par un miracle: son bâton fleurit, dit le texte, mais notre image n'en dit rien. A droite un maître reçoit le mariage de Joseph et Marie qui se donnent la main, sans beaucoup d'enthousiasme, semble-t-il. En effet tous deux avaient renoncé au mariage pour se consacrer à Dieu.
Ci 18 Mariage de Notre Dame. 1 Lorsque la jeune Marie eut grandi dans le temple parmi les demoiselles jusqu'à l'âge d'être mariée, les docteurs de la loi déclarèrent qu'il convenait de la marier. 2 Elle refusa pour deux raisons: "Avant ma naissance, dit-elle, mon père et ma mère ont fait voeu de me consacrer à Dieu et j'ai fait moi aussi le même voeu." 3 Mais ses arguments ne servirent à rien, car Dieu voulait qu'elle soit mariée. 4 Et là Dieu consacra la valeur du mariage, puisqu'il l'avait faite pour être sa mère et qu'il voulut naître d'elle en mariage, comme on le verra par la suite. 5 On convoqua alors les garçons à marier de la tribu de Juda; et Joseph y vint, qui était de cette tribu. 6 La douce vierge lui fut attribuée parce que son bâton lui était fleuri dans la main, alors que celui de ses compagnons n'avait pas fleuri. 7 Et tout comme Marie avait refusé le mariage, Joseph le refusa aussi. Mais Dieu en avait décidé autrement. 8 Quand Joseph eut épousé la jeune dame, il la confia aux demoiselles avec qui elle avait grandi au temple, pour qu'elle y soit en sûreté. 9 Car les docteurs de la loi au nom de Dieu la lui avaient donnée à garder sous le lien de mariage.

ici commence l' AVENEMENT de NOTRE SEIGNEUR
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Ms 26 f. 12 v.Annonciation à Zacharie (Ci 19)
La scène est située dans le temple de Jérusalem figuré par des tours-portes de part et d'autre reliées par une voûte dont on voit les amorces. Contre la tour de gauche est adossé un autel drapé comme un autel chrétien. Zacharie sans insignes sacerdotaux écoute un personnage angélique lui annoncer qu'il aura un fils qui s'appellera Jean. Sa main droite souligne l'importance de son message.
Ci 19 Annonciation à Zacharie. 1 Peu de temps après, Gabriel, l'archange de Dieu, annonça dans le temple au prêtre Zacharie que sa femme concevrait un enfant qui s'appellerait Jean. 2 Toute créature se réjouirait de sa naissance; il ne boirait ni vin ni bière. 3 Zacharie eut du mal à le croire, sa femme étant stérile et âgée. 4 Pour le punir l'ange lui dit qu'il serait muet jusqu'à sa naissance; et il le fut.
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Ms 26 f. 13 r.Annonciation à Notre Dame (Ci 20-21)
A gauche une tour-porte (d'où part une voûte dont on voit la retombée au bord droit) marque l'entrée de la maison de Marie que l'ange vient de franchir. L'ange en pied, ailes bleues déployées, genou fléchi, porte une banderole sans inscription qui symbolise son message: Marie aura un fils qu'elle appellera Jésus. Marie debout semble tenir un livre de sa main gauche. Sa main droite ouverte fait le geste d'acceptation. Derrière elle un fauteuil droit d'où elle vient de se lever et un lit drapé de bleu et surmonté d'un oreiller blanc.
Ci 20 Annonciation à Notre Dame. 1 Quand le diable avait parlé à notre première mère, il lui avait dit: "Pourquoi ne mangez-vous pas de ce fruit?" 2 Elle répondit: "Nous craignons d'en mourir". Il reprit: "Si vous en mangez, vous saurez davantage de choses que vous n'en savez". 3 Et c'est ainsi (par désir d'en savoir plus que ce que Dieu avait jugé bon de leur faire connaître) 4 qu'ils avaient transgressé son commandement et donc péché contre sa Sagesse. 5 Et comme la Sagesse est attribuée à Dieu en la personne du Fils, pour réparer la faute d'Adam qui avait péché contre lui, 6 il fit annoncer sa venue par son archange Gabriel, qui dit à Marie: "Je te salue, pleine de grâce. Dieu soit avec toi.
Ci 21 (suite) 1 Il me charge de t'annoncer qu'il veut s'abriter en toi." 2 Et elle, étonnée de recevoir une telle salutation, répondit: 3 "Comment cela se fera-t-il? Je n'ai de relations avec aucun homme." 4 L'archange lui dit: "Ne crains rien, Marie, car le Saint-Esprit descendra sur toi et la vertu du Très-Haut s'abritera en toi".
5 Notre première mère avait reçu la visite d'un mauvais messager et elle lui avait répondu étourdiment. 6 Mais à notre seconde mère vint un messager sage et courtois qui la salua avec grâce; 7 et elle lui répondit plus sagement que dame Eve en lui demandant comment elle pourrait concevoir. 8 Dieu montra ainsi que par lui et par sa vierge mère il voulait réparer les fautes d'Adam et Eve.
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Ms 26 f. 13 v.La Visitation (Ci 22). La Nativité de Jean-Baptiste (Ci 23)
Premier tiers: Une Visitation très discrète sur fond rouge, à deux personnages féminins nimbés. La suite, sur fond bleu, représente Elisabeth sur son lit d'accouchée. Elle est nimbée, mais tourne le dos à la sage-femme qui lui fait des recommandations.
Ensuite Marie (nimbée) présente le bébé (emmailloté et nimbé également) à Zacharie assis qui s'apprête à écrire sur une tablette: "Son nom est Jean". Mais cette dernière scène, racontée par l'évangile, n'apparaît pas dans notre texte.
Ci 22 La Visitation. 1 Notre Dame après avoir conçu à l'annonce de l'archange s'en alla saluer sainte Elisabeth sa cousine. 2 Celle-ci répondit: "Pourquoi la mère de mon Seigneur vient-elle au devant de moi? 3 L'enfant que je porte a bondi de joie à l'approche de celui que tu portes". 4 Ainsi saint Jean-Baptiste reconnut son créateur à travers quatre parois, les ventres des deux mères et des deux enfants. 5 Elisabeth ajouta: "Bienheureux celui qui croira ce qui est écrit de toi et de Dieu". 6 La vierge Marie répondit: "Mon âme célèbre Dieu et mon esprit saute de joie devant le salut de mon Dieu."
Ci 23 La Nativité de Jean-Baptiste. 1 Après cette salutation de sainte Elisabeth la vierge Marie demeura avec sa cousine jusqu'à la naissance de saint Jean-Baptiste.
2 Jean-Baptiste fut un grand saint: Il reconnut son créateur dès le ventre de sa mère. 3 Il obtint pour elle l'esprit de prophétie et fut sanctifié avant de naître. 4 Dieu fit pour lui un miracle à sa naissance en rendant la parole à son père qui était muet depuis neuf mois et demi. 5 Sur l'ordre de Dieu, il fut élevé dans le désert dès son plus jeune âge. 6 Et Jésus devait dire un jour que parmi les hommes nés de femmes il n'y en avait pas de plus grand que lui.
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Ms 26 f. 14 r.Doutes de Joseph (Ci 24). Epreuve de l'eau maudite (Ci 25)
Premier tiers: Marie et Joseph couchés nus dans un même lit. Joseph, qui a gardé son bonnet, écoute (geste d'acceptation) les apaisements du personnage angélique. Cette scène (à fond bleu) est fermée par des amorces de voûte et un pilier.
Ci 24 Doutes de Joseph. 1 Joseph qui voulait s'enfuir en apprenant que Marie était enceinte 2 fut apaisé par l'ange de Dieu qui lui dit qu'elle avait conçu du Saint-Esprit.
Ci 25 Epreuve de l'eau maudite. 1 Selon certaine tradition, on fit boire à Notre Dame et à Joseph de l'eau maudite 2 (quiconque en buvait mourait aussitôt s'il était coupable du crime dont on l'accusait). 3 Quand ils virent qu'elle ne leur faisait pas de mal, ils surent qu'elle avait conçu du Saint-Esprit.
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Ms 26 f. 14 v.La Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Dans son lit Marie, accoudée sur sa droite, semble très détendue (comparer avec Elisabeth f. 13 v.): Elle a accouché "sans nulle peine", dit le texte. Derrière elle l'enfant Jésus emmailloté et nimbé est couché dans une sorte de coffre décoré de moulures dans lequel il nous serait difficile de reconnaître une mangeoire d'animaux si les deux têtes de l'âne et du boeuf ne surmontaient les deux extrémités de cette crèche. A droite Joseph également nimbé est assis très droit sur un banc. Sa main gauche placée sur le coeur exprime le recueillement; le geste de sa main droite n'est pas explicite... Aucune mention ici de l'étable, ni de la grotte, ni de l'appentis dont parle le texte.
Ci 26 Naissance de Jésus. 1 En ce temps-là l'empereur de cette époque voulut savoir le nombre de ses sujets pour établir ses impôts. 2 On fit pour cela des rassemblements dans toutes les bonnes villes, notamment à Bethléem. 3 Et comme Joseph et la dame dépendaient de ce centre, ils y allèrent comme tout le monde. 4 Mais Dieu voulut qu'ils ne trouvent pas de gîte, 5 car tout était pris, tant il y avait de gens à loger ce jour-là; et telle fut la volonté de Dieu. 6 Ils s'abritèrent donc sous l'appentis d'une vieille maison, sans porte ni fenêtre: c'est là que Marie mit au monde son noble enfant sans nulle douleur.
7 On peut dire que jamais une mère n'eut d'enfant sans douleur, car la souffrance qu'elle aurait dû avoir à sa naissance lui fut si largement restituée à sa mort 8 que jamais aucune mère ne subit autant de douleur pour son enfant: 9 car autant elle était bonne plus que toutes les mères, autant elle aimait avec plus de tendresse et de passion.
Ci 27 Six raisons d'aimer pauvreté. 1 Nous avons six raisons d'aimer la pauvreté: La première, c'est que Jésus l'aima. 2 La seconde, c'est qu'il naquit dans la pauvreté. 3 La troisième, c'est que la pauvreté, c'est la liberté: le pauvre ne paie ni taxe ni impôt. 4 Autre raison de l'aimer: tous ceux qui en veulent peuvent en avoir. 5 Autre raison, la pauvreté, c'est la sécurité: le pauvre passe sans crainte, le chapeau sur la tête, devant les brigands, sans que jamais on puisse rien lui réclamer. 6 Dernière raison, la pauvreté dignement acceptée pour l'amour de Dieu conduit aux éternelles richesses du ciel.
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Ms 26 f. 15 r.l'adoration des bergers (Ci 28)
Groupe de gauche: l'annonce. Trois bergers debout, de vagues moutons à leurs pieds, regardent avec émerveillement un personnage angélique qui tient de la main droite une banderole (cf. folio 13r.) symbole de son message. Scène de droite: les bergers à la crèche. Joseph (bonnet, grand nimbe bleu, sa barbe vibre d'enthousiasme) a écouté assis les bergers émerveillés lui parler de l'ange qu'ils ont vu. Il leur explique cette annonce en leur montrant Marie allongée sur un lit, une main sur le coeur. On voit au second plan la crèche entre les têtes de l'âne et du boeuf; l'enfant emmailloté porte un petit nimbe crucifère.
Ci 28 L'adoration des bergers. 1 Notre-Seigneur Jésus-Christ quand il fut né de sa vierge mère fit annoncer sa naissance aux bergers par les anges qui disaient: 2 "Nous vous annonçons une grande joie, car Messire Dieu est né de sa douce vierge mère à Bethléem. 3 La gloire de Dieu s'est manifestée sur terre et paix aux hommes de bonne volonté. 4 Vous le trouverez qui vient de naître de sa vierge mère, couché dans la mangeoire de deux bestiaux".
5 Alors les bergers entendirent la multitude des anges qui chantaient et célébraient Dieu. 6 Ils trouvèrent Notre-Seigneur dans la mangeoire des deux bestiaux annoncés, couché près de sa douce vierge mère et emmailloté de pauvres langes. Alors ils s'en retournèrent en louant Dieu.
7 S'il a fait annoncer sa naissance aux bergers, c'était pour dire qu'il était venu du sein de son père sur terre pour être le berger et le gardien du genre humain jusqu'à la plus humble des créatures. 8 S'il a voulu être couché dans la crèche des deux bêtes, c'était pour dire qu'il était la vie des anges et des hommes, des bêtes et de tous les êtres vivants.
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Ms 26 f. 15 v.La circoncision (Ci 29)
Au centre, dans un petit lit de bois, l'enfant Jésus paraît plus âgé que ses huit jours. Un personnage à bonnet à gauche maintient l'enfant pendant qu'un autre à droite pratique l'opération. Une autre tête à bonnet au fond. On peut conjecturer que le premier personnage à gauche est Joseph et que celui qui se détourne à droite est Marie; tous deux souffrent pour leur enfant, mais la main de Marie exprime plus d'acceptation. Je ne crois pas que le triangle que l'on voit à droite soit le saint prépuce. Ce serait plutôt la pierre angulaire dont parle le texte: Jésus unit l'ancien et le nouveau Testament comme l'angle unit la façade au pignon.
Ci 29 La circoncision. 1 De même que la pierre angulaire est à la fois le bout du pignon et le début de l'arêtier, 2 ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ paracheva la loi des Juifs quand il voulut être circoncis huit jours après sa naissance; 3 et il marqua le début de la foi de baptême quand il reçut le baptême de saint Jean-Baptiste après vingt-neuf ans et huit jours.
4 Personne ne devait recevoir la circoncision s'il n'était pas souillé du péché originel; 5 Mais il voulut la recevoir pour nous donner l'exemple: car aucun humain ne peut vivre si saintement dans son corps mortel 6 qu'il ne doive pas se considérer comme pécheur devant Dieu et devant les hommes. 7 Tout ce qu'il a dit et fait était toujours destiné à notre instruction.
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Ms 26 f. 16 r.Un château contre une pomme (Ci 30,4)
Notre texte fait seulement allusion (30,4) à un tel échange comme à un marché de dupe. La tour-porte crénelée représente ici le château que l'enfant désigne de son index droit en recevant de la main gauche un objet rond et bleu (ce doit être une pomme) d'un personnage indéterminé, nu tête, dont l'index gauche indique qu'il tient conversation avec l'enfant. A cet enfant on compare Dieu quand il nous donne la vie éternelle en échange de nos coeurs.
Ci 30 Trois propriétés de l'enfance. 1 L'enfant se fâche de peu de chose, il est calmé par peu de chose, et il échange parfois des trésors contre des riens. 2 Jésus a voulu être enfant et il nous montre ces trois caractères de l'enfant, puisque nous lui déplaisons pour une seule mauvaise pensée et lui plaisons pour une seule bonne pensée 3 et il nous offre la vie éternelle en échange de nos pauvres coeurs: 4 C'est faire encore meilleur marché que l'enfant qui donna son château pour une pomme. 5 Car en plus de tous les biens qu'il nous fait, il se donne à nous chaque fois que par amour nous voulons le recevoir en nos coeurs. 6 Il est toujours prêt à venir vers nous et nous ne sommes pas toujours prêts à le recevoir. 7 Nous avons plus de raisons de le désirer qu'il n'a, car il n'a rien à gagner avec nous et nous n'avons rien à perdre avec lui.
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Ms 26 f. 16 v.Le départ des rois mages (Ci 31, 1-7)
Scène de gauche: Trois veilleurs postés au sommet d'une montagne (les taches brunes sont la représentation habituelle des terrains pierreux) pour guetter l'apparition de l'étoile. L'un d'eux montre le bord d'un disque sans grande luminosité, qui doit être cette étoile...
Scène de droite: Un personnage angélique parle aux trois rois couchés dans le même lit (nous dirions: dans le même sac de couchage), vêtus de leur seule couronne, qui l'écoutent pieusement, une main sur le coeur.
Ci 31 Les rois mages. 1 Le Saint-Esprit dit par Balaam le prophète longtemps avant la naissance de Jésus 2 que quand le Saint des saints serait né une étoile apparaîtrait en orient. 3 C'est pourquoi les gens de cette contrée entretenaient des veilleurs sur les montagnes la nuit 4 pour voir quand cette étoile apparaîtrait, tant était grande leur confiance en cette prophétie. 5 Les juifs en avaient plus de quarante, qui tous leur annoncèrent l'avènement de Notre-Seigneur; mais certains n'en croyaient pas un mot. 6 Et la nuit où Jésus naquit de sa vierge mère, Dieu montra son étoile aux gens de l'orient pour récompenser leur foi. 7 Et l'ange dit aux trois rois d'aller adorer le roi de l'univers qui venait de naître à Bethléem et de suivre l'étoile là où elle les mènerait.
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Ms 26 f. 17 r.Les mages chez le roi Hérode (Ci 31, 8-10)
Longue table drapée, garnie de quelques esquisses de plats, derrière laquelle quatre rois assis parlent deux à deux (Il est difficile de dire lequel est Hérode). Encadrant la table deux serviteurs apportent des plats.
Ci 31 Les rois mages (suite) 8 Ils obéirent sur le champ et arrivèrent à Jérusalem où ils furent reçus chez le roi Hérode à la douzième nuit. 9 Il n'y a pas lieu de s'étonner qu'ils aient fait si longue route en si peu de temps, car le Tout-Puissant qu'ils allaient adorer pouvait à son gré leur réduire cent lieues à une et raccourcir leur voyage à volonté. 10 Ils demandèrent donc à Hérode où était le roi de l'univers qui venait de naître.
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Ms 26 f. 17 v.Les mages à Bethléem (Ci 31, 11)
Scène de gauche: Un roi mage imberbe écoute (geste d'acceptation) le roi Hérode qui, les prophéties à la main, lui montre la direction à suivre.
Scène de droite: Adoration des mages. En fait il n'y a qu'un seul roi à la barbe folâtre, tête nue, à genoux. De la main droite il offre un objet à l'enfant Jésus debout sur un banc et soutenu par sa mère. De la main gauche il pose sa couronne aux pieds de l'enfant.
Ci 31 Les rois mages (suite) 11 Hérode interrogea ses clercs et ils lui dirent: "Selon les prophètes c'est à Bethléem. 12 Hérode dit aux trois rois d'aller l'adorer et de repasser par chez lui; et il irait lui aussi l'adorer. 13 Sitôt sortis de chez Hérode, ils virent l'étoile qui les mena tout droit à Bethléem. 14 Ils y trouvèrent l'enfant Jésus sur les genoux de sa vierge mère et ils lui offrirent avec piété leurs trésors. 15 Ces trois présents, inspirés par le Saint-Esprit, disaient qu'il était à la fois dieu, roi et homme: 16 par l'offrande de l'or qu'il était le plus grand, par l'encens le plus digne, et par la myrrhe vrai dieu et vrai homme. 17 Quand les rois eurent remis leurs offrandes, ils ne repassèrent pas chez Hérode, car l'étoile les reconduisit par un autre chemin dans leur pays.
Ci 32 Les trois parties du monde. 1 Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut recevoir l'adoration de trois rois. 2 Cela signifie qu'il est le roi du ciel et des trois parties de la terre, Asie, Afrique, Europe. 3 Europe est la plus pauvre de ces trois parties et c'est celle où Dieu trouve le plus de foi et d'amour. 4 On ne peut trouver des gens moins pieux que dans un pays riche, 5 car la plupart des gens y sont tellement attachés aux biens et aux plaisirs de cette terre (qui sont passagers et inconsistants) 6 qu'ils négligent de penser aux biens éternels du ciel.
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Ms 26 f. 18 r.Présentation de Jésus au temple (Ci 33)
Le temple est indiqué seulement par l'autel drapé que l'on voit sous l'enfant Jésus (...âgé de quarante jours!) que sa mère (nimbée) présente à bout de bras et qui semble tenir un discours. A droite, le vieillard Siméon, nimbé, chauve et barbu, tend vers l'enfant ses mains revêtues d'une sorte de voile huméral blanc. A gauche, deux femmes dont la première, main gauche sur le coeur, porte une colombe dans sa main droite à hauteur de hanche; la seconde porte un panier dans lequel on distingue deux têtes d'oiseaux.
Ci 33 Présentation de Jésus au temple. 1 Le bon vieillard Siméon reçut Jésus le jour de la purification de la vierge Marie. 2 D'ordinaire les pauvres femmes offraient des pigeons et des tourterelles et les riches offraient des agneaux. 3 Et la noble vierge Marie offrit les trois offrandes: Elle offrit des pigeons et des tourterelles, et en plus son doux fils qui était le véritable agneau sans tache. 4 Car tous les sacrifices de boeufs, de veaux, d'agneaux de l'Ancien Testament ne faisaient qu'annoncer ce noble agneau.
5 Quand le bon vieillard Siméon eut dans les bras le noble enfant, il se mit à chanter en grande piété: 6 "Que maintenant soit faite ta volonté sur ton serviteur, car mes yeux ont vu la vraie lumière du salut." 7 Il annonça à sa vierge mère qu'elle aurait un jour à son sujet si grande douleur que le glaive qui percerait le côté du fils percerait aussi l'âme de sa mère. 8 Et jamais depuis la douce vierge n'oublia cette prédiction dont elle trouva l'accomplissement à la Passion, où elle fut la mère la plus torturée qui ait jamais été. 9 Elle aurait encore souffert davantage si elle n'avait pas su le grand profit qui devait nous revenir de cette mort.
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Ms 26 f. 18 v.Le massacre des Innocents (Ci 34)
Hérode debout, tenant de la main gauche un glaive dressé, commande la massacre d'un geste de sa main droite. Au centre un soldat qui tient un enfant par les pieds lève son épée pour le tuer. A droite un autre soldat arrache un enfant à sa mère assise. Cette peinture est en mauvais état, le visage des "méchants" en particulier semble avoir subi la vindicte de quelque jeune lecteur.
Ci 34 Le massacre des Innocents. 1 Hérode en apprenant que le roi de l'univers était né eut si grande peur de perdre sa couronne 2 qu'il fit exécuter cent quarante-quatre mille enfants du peuple d'Israël pour trouver et mettre à mort l'enfant Jésus. 3 On peut vraiment dire qu'Hérode et Judas sont les plus mauvais de tout l'enfer. 4 On peut dire aussi que nul ne perd sans qu'un autre gagne. 5 En effet les Innocents ont été par le crime d'Hérode glorieusement couronnés; et par la trahison de Judas tous les humains qui seront sauvés ont été glorieusement rachetés.
6 Bien que tous les damnés soient damnés, leur damnation n'a pas tenu au choix de Dieu, mais à leur méchanceté.
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Ms 26 f. 19 r.La fuite en Egypte (Ci 35)
Scène de gauche: Miracle de l'arbre dans le désert selon un évangile apocryphe: Pour réconforter la sainte famille, un arbre abaisse ses branches avec leurs fruits et fait jaillir une fontaine. On voit Marie, assise avec l'enfant Jésus sur les genoux, cueillir un fruit de l'arbre.
L'âne boit à la source. Au centre saint Joseph assis admire le miracle.
La scène de droite représente la sainte famille en marche dans le désert. Joseph en tête portant un balluchon au bout d'un bâton se retourne pour encourager Marie.
Ci 35 La fuite en Egypte. 1 Joseph et Notre Dame emportèrent l'enfant en Egypte au commandement d'un ange pour fuir la terre du roi Hérode. 2 Ils rencontrèrent un certain nombre de bêtes sauvages qui leur faisaient fête en reconnaissant la puissance de leur créateur et qui auraient étranglé n'importe qui d'autre. 3 Ils se reposèrent sous un bel arbre chargé de bons fruits et Notre Dame dit à Joseph qu'elle en mangerait volontiers. 4 Il répondit: "Le plus ennuyeux, c'est que nous manquons d'eau pour nous et pour nos bêtes." 5 Aussitôt l'arbre abaissa ses branches pour que Notre Dame prenne du fruit et il fit jaillir une source entre ses racines. 6 Ils eurent ainsi abondamment de tout ce qu'ils désiraient. Et tous cela s'accomplit pour obéir à l'enfant. 7 Ensuite ils cheminèrent par les déserts, faisant plus de chemin en un jour que les autres gens en trois. 8 Et pourtant ils marchaient tranquillement, mais le Tout-Puissant qui était avec eux leur raccourcissait la route à son gré.
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Ms 26 f. 19 v.Chute des idoles en Egypte (Ci 36)
A l'entrée de Jésus en Egypte, dit un apocryphe, les idoles de tout le pays s'écroulèrent. On revoit ici la sainte famille en voyage comme dans la scène précédente, l'âne étant peut-être encore plus long et ayant changé de couleur; et Jésus a beaucoup grandi. Joseph montre à Marie la chute des idoles. Ces idoles sont comme souvent des petits personnages nus coiffés d'un bonnet pointu; l'une est debout sur un autel drapé, l'autre est en train de tomber: ses bras et ses jambes ont le mouvement d'un homme qui tombe et n'ont pas la rigidité d'une statue. C'est que les idoles sont des diables déguisés.
Ci 36 Chute des idoles d'Egypte. 1 Lorsque l'enfant Jésus et ses parents entrèrent en Egypte, les idoles s'écroulèrent par tout le pays en montrant qu'il était le véritable Moïse. 2 Car de même que Moïse avait libéré les enfants d'Israël de la main du pharaon, 3 de même il était venu personnellement, vêtu d'un corps humain pour effacer et détruire les erreurs et les idolâtries 4 en libérant le genre humain du pouvoir du diable, 5 ceux du moins qui auraient foi en son enseignement et espérance du salut éternel.
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Ms 26 f. 20 r.Un enfant tombe de l'étage (Ci 37)
A l'étage d'une maison deux enfants (dont aucun n'est nimbé) semblent jouer à qui sautera le premier. Quart suivant: Jésus tient la main de l'enfant qui s'est tué en tombant: il va le ressusciter à la prière de sa mère, pendant que Joseph calme les Egyptiens qui s'indignent contre le jeune immigré. C'est un récit des évangiles apocryphes.
Ci 37 Résurrection de l'enfant tombé de l'étage. 1 Notre Dame, Joseph et leur enfant logèrent dans une ville d'Egypte, à l'étage. 2 Comme ils étaient nouveaux venus, on vint leur rendre visite 3 et un enfant de ces visiteurs se tua en tombant de l'étage. 4 Faute de connaître le coupable, certains affirmèrent que c'était le jeune Jésus qui l'avait poussé. 5 Quand il sut qu'on l'accusait, il ressuscita l'enfant et lui demanda devant tous s'il l'avait poussé. 6 Il répondit devant tout le monde: "Bien sûr que non, très saint et très noble enfant!" 7 Ainsi se libéra Notre-Seigneur de cette accusation d'homicide.
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Ms 26 f. 20 v.Jésus en Egypte: Bataille à la plage (Ci 38); Miracle du poisson mort (Ci 39)
A gauche (Ci 38) Joseph et Marie prennent très au sérieux les menaces d'expulsion que profère un égyptien. Heureusement le petit Jésus ressuscite le garnement qui était mort pour lui avoir détruit ses bassins. Récit des apocryphes comme le suivant.
A droite (Ci 39) la menace d'expulsion est plus précise. Auprès de la tour-porte de sa maison une femme semble vouloir pousser dehors Marie et Joseph parce que leur enfant (bien tranquille) avait rendu la vie à un poisson qui pourrissait dans une écuelle: Cette dame ne tolère pas de sorcier chez elle! La sainte famille la considère sans réagir.
Ci 38 Bataille à la plage. 1 Bien que l'enfant Jésus ait été tout-puissant et qu'il ait su toute chose, il se comportait parfois comme un enfant. 2 En allant jouer sur le rivage de la mer, il fit trois bassins qu'un garnement démolit devant lui; aussitôt il tomba mort. 3 Ses camarades dirent à Notre Dame et à Joseph que s'ils permettaient à leur fils de faire des choses pareilles ils ne pourraient demeurer là. 4 Et Jésus le ressuscita aussitôt à la demande de sa mère.
Ci 39 Miracle du poisson mort. 1 Bien des fous tirent un dommage de ce dont les sages feraient leur profit. 2 Ainsi Notre Dame et Joseph avec leur enfant firent mis à la porte de la maison où ils étaient logés 3 parce que le saint enfant avait fait nager un poisson mort dans un bassin d'eau et l'avait rendu vivant alors qu'auparavant il était puant et pourri. 4 Pour avoir vu ce miracle, la propriétaire le traita de sorcier et les jeta dehors. 5 Et bien des gens s'en seraient réjouis et se seraient émerveillés de sa puissance.
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Ms 26 f. 21 r.La poutre allongée (Ci 40). Miracle du pied coupé (Ci 41).
A gauche (Ci 40), Jésus et Joseph tiennent en main une pièce de bois dont un habitant de Nazareth voulait faire sa charrue. Comme elle est trop courte, Jésus l'allonge. Le client dit son admiration.
A droite (Ci 41) un garçon assis, sa hache sur l'épaule, s'est tranché la jambe en coupant du bois. Jésus (a-t-il son nimbe?) la lui remet. Récit des apocryphes.
Ci 40 Miracle de la pièce de bois allongée. 1 Après la mort d'Hérode, sur l'ordre de l'ange, ils rentrèrent tous les trois à Nazareth. 2 La vierge Marie était couturière et travaillait la soie; et Joseph était charron. 3 Un brave homme lui apporta une pièce de bois pour faire sa charrue; 4 mais Joseph lui dit qu'on ne pourrait en faire ce qu'il voulait, parce qu'elle était trop courte. 5 Jésus le noble enfant lui dit: "Si c'est trop court, on l'étire." 6 Joseph , qui savait l'enfant tout-puissant, lui dit en souriant: "Tire de ce côté et moi de l'autre." 7 Et ils l'étirèrent si bien qu'il fallut la raccourcir. 8 Le brave homme à qui le bois était raconta depuis ce miracle à plusieurs. 9 Les gens de Nazareth en faisaient beaucoup de cas, et il y avait réellement de quoi.
Ci 41 Miracle du pied coupé. 1 Un garçon en coupant du bois à Nazareth se coupa le pied. 2 L'enfant Jésus lui remit son pied en place si parfaitement qu'on n'en voyait pas la cicatrice. 3 "Souviens-toi de moi plus tard, lui dit-il". 4 Il s'en souvint si bien que par la suite il fut un de ses fidèles disciples à suivre son enseignement. 5 Ce miracle fut accompli en privé à Nazareth, entre ses amis. 6 Cependant ses actions et ses paroles déplaisaient toujours à ceux qui le jalousaient.
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Ms 26 f. 21 v.Jésus à l'école (Ci 42)
Deux écoliers qui encadrent l'image, assis sur un banc, un livre à la main, doivent figurer l'école. Au centre deux scènes: A gauche un méchant maître à bonnet noir donne une gifle à l'enfant Jésus parce qu'il n'a pas voulu répéter ce qu'on lui demandait. Le maître est déjà en train de tomber mort. A droite son successeur debout écoute Jésus lui lire de fort belles choses sur un parchemin blanc. Le petit Jésus, sensible aux félicitations, ressuscitera le premier maître. Récit des apocryphes.
Ci 42 Jésus à l'école. 1 On ne cessait d'insister auprès de Joseph et Notre Dame pour qu'ils mettent leur fils à l'école. 2 Mais ils savaient bien que personne ne pourrait rien lui apprendre; toutefois, pour avoir la paix, ils le placèrent chez un maître. 3 Comme Jésus refusait de répéter après lui ce qu'il lui commandait, il lui donna une gifle. 4 Et aussitôt le maître qui avait donné la gifle mourut subitement. 5 Un autre maître dit à Notre Dame et à Joseph de lui envoyer sans crainte leur fils et il lui enseignerait gentiment, sans le frapper. 6 Quand le noble enfant fut devant le maître, il prit une feuille de parchemin où il n'y avait rien d'écrit; et en lisant dedans il disait beaucoup de belles choses. 7 Alors le maître dit: "Ah, très cher enfant, je suis assuré que le Saint-Esprit règne en vous: aussi je n'ai rien à vous apprendre." 8 Jésus-Christ le divin enfant répondit: "En récompense de ce que tu viens de dire, le maître qui est mort de m'avoir donné une gifle sera ressuscité." 9 Et aussitôt il le fut. Aussi ne leur parla-t-on plus d'envoyer leur fils à l'école.
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Ms 26 f. 22 r.Jésus retrouvé au temple (Ci 43)
La scène est fermée par des amorces de voûte, qui figurent le temple. Joseph lève un doigt de protestation. Marie lève une main admirative. Jésus continue de répondre avec autorité (geste de l'index) aux docteurs de la Loi. Un seul docteur, celui de droite, continue la discussion: sa main droite admet la sagesse des réponses; son index droit est peu assuré de la pertinence de l'argument qu'il va avancer. Celui de gauche a renoncé à discuter, sa main gauche exprimant peut-être du dépit. Celui du centre, dont on ne voit que la tête, est en train de passer de l'amusement à l'admiration.
Ci 43 Jésus est retrouvé au temple. 1 L'enfant Jésus, quand il eut douze ans, alla avec Joseph et sa vierge mère au temple pour une grande fête qu'on y célébrait. 2 Au retour Marie croyait qu'il était avec Joseph, car les hommes et les femmes formaient des groupes distincts; et Joseph croyait qu'il était avec sa mère. 3 Ils le cherchèrent trois jours. Au bout de trois jours sa douce mère désolée le retrouva au temple discutant avec les docteurs de la loi et lui dit: 4 "Ah, mon fils, ton père et moi tout désolés t'avons cherché trois jours (elle l'appelait son père, comme tout le monde). 5 Il répondit: "Il faut que je fasse ce pour quoi mon Père du ciel m'a envoyé. 6 Vous dites que vous et mon père me cherchiez. Mais qui est mon père? qui est ma mère? qui est ma soeur? qui est mon frère? 7 Celui-là est mon père, ma mère, ma soeur, mon frère, qui fait la volonté de mon Père qui est au ciel. 8 Voilà ce que répondit Jésus à sa mère. Ensuite il la suivit en fils obéissant. 9 Il arrive que l'on perde Jésus-Christ dans les fêtes ou les mondanités: on ne peut le retrouver mieux que par de pieuses larmes 10 comme fit sa mère qui dans la fête l'avait perdu trois jours et par ses pieuses larmes le retrouva au temple.
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Ms 26 f. 22 v.Baptême de Jésus (Ci 44)
Le cadre de la peinture est surmonté ici d'une sorte de coupole dans laquelle on voit la colombe qui figure le Saint-Esprit et un visage qui représente la voix de Dieu le Père disant: "C'est mon Fils bien-aimé, écoutez-le." A gauche, Jean-Baptiste nimbé tient à la main un récipient rond pour verser de l'eau sur la tête de Jésus déjà plongé dans l'eau du Jourdain. L'eau est représentée en plan vertical comme un tas de foin dans lequel on distingue le bas du corps de Jésus, tandis que Jean-Baptiste est à pied sec. A droite un ange aux ailes déployées présente un vêtement sans manches pour revêtir Jésus quand il sortira de l'eau.
Ci 44 Baptême de Jésus. 1 Quand il eut vingt-neuf ans et treize jours, Jésus-Christ reçut le baptême de saint Jean Baptiste dans le fleuve du Jourdain. 2 A ce sujet on a dit: "Il était une chose qui n'avait jamais été; et celui qui ne la possédait pas la donna à celui qui la possédait."
3 Dieu possède tout ce qui existe. Quand saint Jean-Baptiste le baptisa, il lui donna donc ce qu'il possédait déjà.. 4 Il vit Dieu en la personne du Saint-Esprit sous l'apparence d'une colombe et il entendit la voix de Dieu le Père qui disait: "C'est mon cher Fils qui me plaît tant. Ecoutez-le." 5 Ce jour-là la Trinité se manifesta très clairement à saint Jean-Baptiste, 6 quand il eut connaissance d'un seul Dieu en trois personnes et de trois personnes en un seul Dieu.
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Ms 26 f. 23 r.Autre manifestation de Dieu (Ci 44a)
Groupe de cinq apôtres, dont les deux premiers se demandent ce que l'on entend, les deux suivants s'étonnent, le cinquième admire. Jésus est seul en avant d'eux. Et devant lui, dans le ciel, un visage représente la voix de Dieu le Père qui parle comme dans la scène du baptême.
Ci 44a Seconde théophanie. La Trinité. 1 Un peu avant sa Passion, Jésus leva les yeux au ciel en disant: "Père, glorifie ton Fils." 2 La voix du Père lui répondit: "Je t'ai glorifié et je te glorifierai encore." 3 Cela signifiait qu'il désirait être connu et aimé de tout son peuple, dont beaucoup ne le connaissaient pas encore.
4 Par ces deux manifestations Dieu nous a donné une meilleure marque d'amour qu'à ceux de l'Ancien Testament où l'on ne le connaissait guère qu'en une personne. 5 Mais nous autres chrétiens qui devons vivre dans la foi de l'Eglise, nous devons tous sans exception le reconnaître et proclamer Dieu en Trinité: 6 à savoir que le Père n'est pas le Fils, ni le Fils n'est le Père, ni le Saint-Esprit n'est le Père ni le Fils. 7 Ils sont trois en personnes et un seul en divinité, une seule puissance, une seule nature, un seul Dieu tout-puissant en toutes choses.
8 Nous ne rapportons pas ici l'histoire de Jésus avant sa Passion
car ce livre en parlera par la suite, comme on l'a annoncé au début.

ici commence la PASSION de NOTRE-SEIGNEUR
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Ms 26 f. 23 v.Jésus monte sur l'ânesse (Ci 45 - 46,6)
L'ânon qui suit sa mère, nous dit-on, figurait le Nouveau Testament qui vient après l'Ancien. On peut croire que les apôtres admirent cette belle signification. Le texte dit aussi (Ci 46,1) que Jésus était d'abord monté sur l'ânon, mais qu'il en était descendu parce qu'il ruait. L'ânon est alors figure des jeunes gens indociles.
Cette image présente plusieurs singularités: l'ânesse n'est ni sellée ni bridée; la jambe de Jésus (courte par rapport au tronc) paraît cependant reposer sur un étrier invisible; enfin l'ânon a la même taille que sa mère.
Ci 45 L'ânesse et l'ânon des Rameaux. 1 Jésus envoya deux de ses disciples à Jérusalem chercher l'ânesse qui était à la disposition du public et l'ânon avec elle; 2 et il leur dit: "Si on vous demande ce que vous en voulez faire, dites que le Seigneur en a besoin." 3 Il était le Seigneur, mais il ne le montra pas dans les événements qui suivirent, 4 quand il se fit obéissant jusqu'à la mort à ceux qui le traitèrent avec le plus grand mépris et qui n'étaient pas dignes de son regard.
5 Cette ânesse qui était à la disposition de tous signifiait la loi que Dieu donna à Moïse, qui recevait tous ceux qui voulaient la suivre fidèlement. 6 L'ânon qui se faisait traîner derrière sa mère signifiait le Nouveau Testament 7 qui s'en venait si péniblement que Jésus qui l'instaurait voulut être mis à mort honteusement en l'instaurant. 8 Et certains disent que c'est pour signifier cela que l'ânon se laissait traîner derrière sa mère.
Ci 46 ,1 Quand les deux disciples amenèrent l'ânesse et l'ânon, Jésus monta d'abord sur l'ânon; 2 mais il en descendit parce qu'il ruait. Jésus savait bien avant de monter qu'il allait ruer; 3 mais cela voulait dire qu'il se donnerait aux bons comme aux méchants, comme le soleil qui ne refuse à personne sa lumière.
4 Qu'il soit monté d'abord sur l'ânon, cela signifiait que sous ce Nouveau Testament qui est le nôtre et qu'il instaurait, 5 il donnerait son précieux corps dans l'eucharistie à Pâques en premier aux jeunes gens. 6 Mais quand ceux qui l'ont reçu retombent dans les péchés dont par repentir et confession ils s'étaient débarrassés, ils désarçonnent Notre-Seigneur, comme l'ânon qui ruait.
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Ms 26 f. 24 v.Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (Ci 46,7)
La tour-porte de droite représente l'entrée de Jérusalem. Elle est occupée en bas par deux personnes (des petites gens de Jérusalem, dit le texte) dont l'une étend son manteau, l'autre tient une poignée de verdure comme les deux autres qui sont en haut de la tour. Ces poignées de verdure doivent représenter pour notre peintre les rameaux de palmiers ou d'olivier de cette entrée triomphale, qui d'ailleurs manque d'effet de foule.
Ici l'ânon est nettement plus petit que sa mère. Sur le dos de l'ânesse on voit étendu un vêtement sans manches (comme au baptême de Ci 44 et comme celui qu'on étend ici par terre). Jésus, dit le texte, prédit les malheurs de Jérusalem. Les apôtres qui le suivent (au nombre de trois) expriment leur admiration.
Ci 46 (suite) Le triomphe des Rameaux. 7 Ensuite il monta sur l'ânesse et fit mettre les manteaux de ses disciples derrière lui; et elle le porta convenablement. 8 Cette ânesse représente ceux qui s'appliquent à garder les commandements de l'Eglise. 9 Les manteaux de ses disciples placés derrière lui signifiaient que par sa Passion qu'il commençait ici 10 il voulait rendre au genre humain la robe d'innocence qu'Adam avait perdue pour lui et pour nous. 11 Alors il regarda les petites gens de Jérusalem qui tous acclamaient son arrivée; et en regardant Jérusalem il dit en pleurant: 12 "Cité, si tu savais à quoi tu en es, tu pleurerais!" Il disait cela pour la destruction qui attendait Jérusalem.
13 Bien que les petites gens de Jérusalem lui aient fait grande fête en étendant leurs manteaux sous ses pas et en portant des branches d'olivier devant lui, 14 ils lui furent cependant si hostiles avant la fin du jour que personne, pauvre ni riche, ne l'invita et qu'il s'en retourna à Béthanie chez Marthe et Marie.
15 Les rameaux d'olivier que les enfants et les petites gens tenaient en main représentent un sceptre de roi, car nous sommes tous faits pour devenir rois au ciel. 16 Les manteaux qu'ils déposaient signifiaient que nous devons tous déposer le manteau de nos péchés pour l'amour de Dieu chaque fois que nous voulons le recevoir corporellement ou spirituellement. 17 Sainte Eglise observe cette bonne coutume tous les ans au jour de Pâques Fleuries. 18 Car celui qui se conduit selon la sagesse, il est roi; et c'est la plus haute royauté dessous le ciel de se bien gouverner soi-même.
19 Quiconque ne s'est pas confessé pendant le carême n'a pas le droit de porter ces rameaux, 20 car nous devons être nous aussi fleuris et renouvelés pour accueillir Notre-Seigneur.
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Ms 26 f. 25 v.Jésus chasse les vendeurs du temple. (Ci 47)
Sur la droite le temple est figuré par la voûte habituelle et par un autel drapé. Jésus lève de la main gauche un bâton en poussant dehors le dernier marchand, qui n'offre guère de résistance. Les trois autres déjà sortis, dont l'un porte une corbeille et un autre une colombe, semblent préparer une protestation.
Le visage de Jésus est confus; on pourrait attribuer cela à la lumière qui sortait de sa face, mais le dernier marchand a également un visage indistinct. On peut aussi se demander si cette ombre qui apparaît entre Jésus et l'autel faisait bien partie du projet du peintre: je croirais plutôt à un accident...
Ci 47 Les marchands du temple. 1 Quand il eut fait son entrée à Jérusalem, Jésus alla d'abord au temple. 2 Il y trouva des marchands de boeufs et de colombes et des changeurs d'argent. 3 Il fit un fouet avec des cordes et les jeta dehors avec violence, disant: "Ma maison doit s'appeler maison de prière et vous en faites un repaire de brigands." 4 Cela signifie que l'on ne doit ni vendre ni acheter ni payer ni réclamer ses dettes ni tenir aucune conversation profane dans l'église pendant la messe ou un autre office. 5 S'ils quittèrent le temple sans discuter devant lui, c'est parce qu'ils avaient vu jaillir de son visage une si grande lumière qu'ils ne pouvaient ni le regarder ni résister à sa volonté. 6 Et cette violence qu'ils avaient vue en lui fut l'une des raisons pour lesquelles ils étaient armés d'épées et de lances quand ils allèrent l'arrêter le soir du Jeudi Saint; car ils craignaient qu'il ne veuille se défendre.
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Ms 26 f. 26 r.Abel innocent, figure du Crucifié. (Ci 48)
A gauche, meurtre d'Abel. Ce que l'on voit de chaque côté doit représenter non pas des gerbes, mais de petits autels: Sur celui d'Abel à gauche la fumée monte, signe que Dieu a accepté le sacrifice. Abel en prière tourne le dos à Caïn furieux, qui s'apprête à le tuer. Abel mis à mort sans être coupable, figure la Passion de Jésus innocent.
A droite, les juifs veulent lapider Jésus. Une triade-foule de juifs menace Jésus avec des pierres. Il s'échappe vers la droite, entraîné par un disciple. Ces trois juifs qui symbolisent une foule nous rappellent les trois vendeurs du temple (Ci 47), les trois disciples de l'entrée à Jérusalem (Ci 46-45), les trois docteurs de la loi (Ci 43). Le personnage central de ces triades-foules n'a généralement ni pieds ni mains et son visage a souvent peu d'expression.
Ci 48 Le meurtre d'Abel, figure de la Passion. 1 Dès les débuts de l'humanité fut annoncée la mort de Jésus. 2 Lorsque Caïn tua son frère pour les qualités qu'il avait, cela annonçait que Jésus serait ainsi traité par Judas son frère à cause de ses qualités.
3 Extraordinaire fut la mort de Jésus: car si un homme voulait se faire condamner à mort, il lui suffirait de commettre un grand crime et il y parviendrait tout de suite. 4 Mais Jésus venait du ciel sur la terre pour mourir et cependant ses oeuvres et ses propos ne témoignaient que de sa sainteté et perfection. 5 Il fallait donc que quelqu'un se charge du crime de le mettre à mort: car si quelqu'un avait eu pour lui de la haine, il aurait été forcé de l'aimer en voyant ce qu'il faisait et en entendant ce qu'il disait. 6 Et cependant, en montrant qu'ils n'avaient que faire de son enseignement, ils avaient voulu le lapider; mais personne ne pouvait lui faire de mal sans sa permission. 7 Et il ne se mêla plus à la foule jusqu'à l'approche de sa Passion.
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Ms 26 f. 26 v.Avant sa mort David couronne Salomon (Ci 49)
Scène de gauche: David portant couronne et couché dans son lit discute avec la reine debout et couronnée dont l'index est plus impératif que celui du roi. Elle obtiendra que son fils soit couronné roi. Scène de droite, Salomon assis sur un banc-trône est couronné par deux hommes debout. Celui de gauche qui porte un bonnet ordinaire lève l'index pour lui faire des recommandations. Serait-ce le prêtre Nathan? Le texte ne le dit pas. Cet exemple a bien un rôle de figure dans le traité de la Passion: Avant sa mort, Jésus nous a laissé l'eucharistie.
Ci 49 Salomon, l'eucharistie et l'arche d'alliance. 1 Avant sa mort David fit couronner comme roi son fils Salomon à la demande de la reine sa mère. 2 De la même façon Jésus institua l'eucharistie le soir du Jeudi Saint et nous donna son précieux corps au saint sacrement de l'autel pour régner éternellement avec lui. 3 Il nous donna là une grande marque d'amour à nous autres chrétiens. 4 En effet les juifs faisaient tant de cas de l'arche d'alliance qui contenait le bâton de Moïse et ses cinq livres; 5 elle contenait aussi de la manne dont Dieu nourrit son peuple au désert. 6 Et pour ces trois choses qui s'y trouvaient, ils lui témoignaient tout le respect qu'ils pouvaient; un grand pécheur n'aurait pas osé y toucher sans craindre son châtiment. 7 Et nous avons dans le saint sacrement de l'autel notre Dieu, notre seigneur, notre ami, notre père et notre roi, notre rédempteur et notre gardien, notre frère et notre champion. 8 Et cependant beaucoup d'entre nous refusent de se gêner et de se préparer pour le recevoir; et personne ne peut s'empêcher de le courroucer.
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Ms 26 f. 27 r.La Cène. (Ci 50)
Jésus est assis au centre. De la main gauche il tient un calice surmonté d'une hostie marquée d'une croix. Sa main droite fait avec deux doigts et le pouce étendus le geste solennel d'institution que nous avons vu à la création du monde et au couronnement de Salomon.: il institue l'Eucharistie. Saint Jean dort, appuyé sur lui. Devant eux une table garnie de vaisselle diverse (dont deux coupes qui semblent être de verre). Chose curieuse, on compte douze apôtres tous nimbés: même Judas?
Ci 50 La Cène. 1 Saint Jean l'Evangéliste dormit au giron de Jésus le soir du Jeudi Saint à la Cène; 2 Et là lui furent révélés les saints secrets du ciel pendant qu'il dormait sur sa poitrine. 3 A ce repas Jésus mangea de l'agneau rôti avec ses disciples comme il était prescrit dans l'Ancien Testament, 4 où cet agneau avait été prévu dès l'origine pour figurer son précieux corps. Après quoi il institua le saint sacrement de l'autel. 5 Comprenons que, de même que le soir est la fin du jour, ce précieux Testament institué au soir durera jusqu'à la fin du monde. 6 Et si quelqu'un le reçoit indignement, il reçoit son jugement.
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Ms 26 f. 27 v.Le lavement des pieds (Ci 51)
Jésus ceint d'un tablier est à genoux devant un baquet dans lequel il lave le pied droit de Pierre qui proteste de son indignité. Pierre fait partie du groupe compact de onze apôtres assis, tous nimbés sauf deux à l'avant, dont le second pourrait bien être Judas si l'objet qu'il tient de la main gauche est bien une bourse. Mais pourquoi onze apôtres alors que Judas, dit le texte, a refusé sans que Jésus insiste?
Ci 51 Le lavement des pieds. 1 Jésus par vraie humilité voulut laver les pieds à ses disciples le soir du Jeudi Saint, 2 en montrant qu'il n'y avait rien d'autre à laver en eux et en nous donnant exemple de véritable humilité. 3 Car les sièges de paradis avaient été vidés par l'orgueil et il voulait les remplir par l'humilité. 4 Les vrais humbles peupleront le ciel et les orgueilleux l'enfer. 5 On est orgueilleux quand on croit valoir plus qu'on ne vaut, pouvoir plus qu'on ne peut, savoir plus qu'on ne sait et valoir mieux que les autres sous quelque rapport. 6 Le vrai humble croit toujours que les autres valent mieux que lui.
7 En leur lavant les pieds, il voulait les laver d'abord à Judas, mais il n'accepta pas. 8 Et Jésus n'insista pas beaucoup, sachant bien qu'il y avait plus à laver dans son coeur qu'à ses pieds. 9 Saint Pierre non plus n'accepta pas qu'il lui lave les pieds; Jésus lui dit: 10 "Pierre, si je ne te lave pas les pieds, je ne veux plus jamais rien partager avec toi." 11 "Ah, Seigneur, répondit Pierre, ne me lave donc pas seulement les pieds, mais les mains et la tête."
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Ms 26 f. 28 r.A propos du lavement des pieds. (Ci 51,12)
Jésus est assis au milieu d'un long banc sur lequel sont assis à gauche un groupe de cinq apôtres qui semblent commenter, à droite un groupe de six qui admirent. Il n'y a toujours que onze apôtres et on ne voit pas la table de la Cène.
Ci 51 (suite) , 12 Quand il eut lavé les pieds à tous les autres, il s'assit parmi eux et leur dit: 13 "Vous avez vu ce que j'ai fait. Vous m'appelez votre maître et vous avez raison, car je le suis. 14 En vous lavant les pieds je vous ai donné l'exemple, pour que celui qui voudra être au ciel le plus grand soit ici-bas le plus petit."
15 On peut dire que l'on a bien des raisons de s'humilier quand on ne peut se vanter que de ses péchés. 16 Les bêtes, les oiseaux sont si glorieusement parés de leurs plumes; et nous, du genre humain, nous ne pouvons nous parer que de choses mortes. 17 Et il plaît à Dieu qu'il en soit ainsi pour que nous ayons plus grand désir d'aller dans notre patrie du ciel, 18 là où nous serons éternellement parés de robes de vertus.
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Ms 26 f. 28 v.Vision de Joseph: les gerbes. (Ci 52 , 1-2)
A gauche, dans une sorte de bulle verte qui représente un champ moissonné, le petit Joseph, accoudé dans son lit, voit douze gerbes inclinées devant lui et une treizième qui seule est verticale au sommet. Au dessus de cet espace vert, à la frange supérieure de l'image, on distingue deux formes vagues qui doivent être le soleil et la lune...
A droite Joseph raconte le songe à son père, qui lui prédit sa grandeur future, et à sa mère, qui se recueille, une main sur le coeur.
Ci 52 Joseph vendu par ses frères. 1 Joseph le fils de Jacob vit en songe plusieurs gerbes dans un champ, qui avec le soleil et la lune adoraient une gerbe qui était là. 2 Quand il eut raconté ce songe à son père, il lui dit: "Fils, cela signifie que tu seras un jour si grand que ta mère, tous tes frères et moi, nous t'adorerons sur terre."
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Ms 26 f. 29 r.Joseph vendu par ses frères.
Scène de gauche: Joseph porte à manger à ses frères dans les champs. Il porte un sac sur l'épaule droite et tend de la main gauche un récipient à un groupe de cinq frères dont le premier l'injurie ou le menace, un autre marque sa réprobation, le dernier serait peut-être plus accueillant.
Scène de droite: Les cinq frères reçoivent une bourse de deux marchands qui s'apprêtent à emmener en Egypte le (tout-)petit Joseph. Celui-ci semble protester. Joseph vendu par ses frères est figure de Jésus vendu par Judas.
Ci 51 (suite) 3 Dès lors ses frères le jalousèrent; un jour qu'il leur portait à manger aux champs, ils le vendirent trente deniers à des marchands égyptiens. 4 Le Saint-Esprit voulut par là signifier que Jésus serait vendu trente deniers par Judas. 5 Il est facile de voir que ce fut une disposition du Saint-Esprit, car, de même que la vente de Jésus nous fut profitable au plan spirituel, 6 ainsi la vente de Joseph fut profitable par la suite à tous ses amis sur le plan matériel. 7 Ils vendirent leur frère bon marché en le vendant trente deniers; mais Judas vendit Jésus encore plus à perte. 8 Car Joseph avait une certaine valeur, tant matérielle que spirituelle; 9 mais on ne peut ni on ne doit mettre de prix sur celui qui vaut tout, qui peut tout, qui sait tout, qui possède tout, qui comprend tout, qui maintient tout, qui contient tout; car rien n'a de valeur que par lui. 10 C'est pourquoi Judas est plus à blâmer de l'avoir donné pour si peu que s'il l'avait vendu très cher. 11 Si quelqu'un blasphème le nom de Dieu pour gagner cent livres, il montre du moins qu'il l'estime cent livres; et si on le blasphème pour un denier, on ne l'estime qu'un denier. 12 Et celui qui le blasphème sans aucun profit, il ne l'aime ni ne l'estime pas du tout.
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Ms 26 f. 29 v."Nous avons deux épées."
Jésus vient de recommander d'acheter une épée. "Nous avons deux épées," disent les disciples. "Cela suffit," dit Jésus. Moralité: Le refus de la violence a plus de valeur quand on a les moyens de se défendre.
Ci 53 L'agonie de Jésus au jardin des oliviers. 1 Le soir du Jeudi Saint, Jésus dit à ses disciples, 2 sachant que la vente dont on vient de parler était déjà conclue: 3 "Que celui qui n'a pas de glaive vende son manteau pour en acheter un." Ils répondirent: "Nous avons deux épées. -C'est suffisant, dit-il." 4 Pourquoi donc réclamait-il un glaive, alors qu'il ne voulait pas se défendre? 5 Il voulait nous donner l'exemple de la vraie patience: Car tel qui se fait humble quand il n'a pas d'armes se défendrait s'il en avait; 6 et il voulait donner l'exemple de vraie patience en refusant de se défendre alors qu'il avait des armes. 7 Ces deux épées signifiaient la justice de l'Eglise et la justice civile.

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Ms 26 f. 30 r.L'agonie de Jésus (Ci 53,8)
A droite Jésus à genoux, mains jointes, prie son Père (visage au ciel) de lui épargner les souffrances de la Passion. A gauche, Jésus revient vers ses trois disciples endormis au pied de l'arbre. Le premier refuse de se réveiller.
Ci 53 L'Agonie (suite) 8 Ensuite il emmena ses disciples au mont des Oliviers et il s'éloigna un peu d'eux. 9 Il pria le Père en disant: "Père, si c'est possible, que ce calice passe sans que je le boive! Cependant, soit: que ta volonté soit faite." 10 Et en faisant cette prière, il sua du sang. Revenant alors vers ses disciples, il les trouva endormis et leur dit: 11 "Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation." 12 Celui qui dort ne voit pas derrière lui, ni là où il est, ni devant lui. 13 Celui qui dort en état de péché ne voit pas les bienfaits de Dieu dont il a joui avant même de naître; il ne voit pas le danger dans lequel il est (car s'il mourait sans repentir il serait damné); 14 Il ne voit pas non plus la peur que les pécheurs connaîtront au Jugement. 15 C'est à eux que s'adressait Jésus quand il disait: "Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi?" 16 Toute la vie d'un homme n'est qu'une heure bien brève si on la compare à la vie du ciel. 17 Car le prophète dit que mille années sous le regard de Dieu ne durent qu'une journée. 18 La vie d'un homme n'est donc qu'une heure bien courte: Sage sera qui sans péché la veillera.
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Ms 26 f. 30 v.Arrivée des soldats ( Ci 53,19)
A gauche, nouveau retour de Jésus vers ses disciples qui dorment au pied d'un arbre. A droite, Jésus debout répond à quatre soldats qui tombent à la renverse devant lui. La scène du retour de Jésus, déjà représentée sur l'image précédente, est peut-être ici l'oeuvre d'un nouvel artiste.
Ci 53 L'Agonie (suite) 19 La seconde fois qu'en revenant de prier il trouva ses disciples endormis, il leur dit: 20 "Dormez et reposez-vous. L'esprit est disposé à bien faire, mais la chair est faible." 21 Comprenons que trois ennemis due nous avons empoisonnent nos âmes: ce sont la chair, le monde et le diable. 22 Mais nous avons contre eux trois remèdes: Si nous gardons les commandements de Dieu le Père, 23 si nous suivons Jésus-Christ par nos oeuvres, si nous logeons dans nos coeurs le Saint-Esprit par véritable amour, 24 dans ces conditions nous pourrons vaincre nos trois ennemis qui font la faiblesse de notre chair.

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Ms 26 f. 31 r.Arrestation de Jésus. (Ci 54)
Scène tumultueuse d'où émergent, au dessus de l'image, deux lanternes et un bâton. On y reconnaît successivement Pierre remettant l'épée au fourreau - un soldat levant une lanterne - Judas donnant à Jésus le baiser de la trahison - Jésus guérissant l'oreille que Pierre vient de couper - un autre soldat qui lève un bâton - un autre sans armes qui saisit Jésus par son manteau - et un dernier qui lève une lanterne en brandissant son glaive.
Ci 54 Arrestation de Jésus. 1 Ensuite arrivèrent les juifs avec des épées et des lanternes. 2 Jésus leur demanda trois fois: "Qui cherchez-vous?" Et trois fois ils tombèrent. 3 Et ils ne purent s'emparer de lui jusqu'au moment où il leur permit de le faire. 4 Saint Pierre coupa alors l'oreille à un valet et Jésus la lui remit en disant: 5 "Pierre, range ton épée. Quiconque frappera de l'épée périra par l'épée. Ne crois-tu pas que si je le voulais mon Père du ciel m'enverrait douze légions d'anges pour me défendre de mes ennemis?"
6 Celui qui reçoit le corps de Jésus-Christ indignement, il est semblable à Judas qui le trahit en l'embrassant. 7 En lui rendant son baiser, Jésus lui dit: "Mon ami, qu'es-tu venu faire?" 8 Lui qui était la vérité, comment pouvait-il l'appeler ami sans mentir? 9 Il fit exprès de l'appeler ami justement parce que sa trahison lui permettait de racheter le genre humain qui s'était perdu par le péché. 10 Il lui dit: "Qu'es-tu venu faire?" Il faut comprendre: 11 Toi qui étais si grand qu'on te plaçait parmi les douze princes qui siégeront au jugement sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël; 12 Toi qui étais l'intendant de la maison de l'empereur du monde et qui portais la bourse de tout ce qu'il possédait dans la vie qu'il s'était choisie; 13 pour trente malheureux deniers tu livres à une mort honteuse celui qui t'avait comblé de bienfaits et que tu trahis sans qu'il l'ait mérité. 14 On peut poser la question: Pourquoi donc lui confiait-il sa bourse en sachant qu'il était traître et voleur? 15 Il voulait montrer qu'il faisait peu de cas des richesses en les confiant à un voleur. 16 Il n'avait pas l'intention de lui confier sa véritable épouse et amie notre mère sainte Eglise 17 qu'il confia à saint Pierre, le sachant honnête homme et solide.
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Ms 26 f. 31 v.Exemples du cerf et des poissons. (Ci 55)
Le cerf se laisse prendre en écoutant les abois des chiens. Les poissons se laissent prendre facilement la nuit. Ce sont des affirmations traditionnelles sur les moeurs des animaux. On en conclura ici que Jésus s'est laissé prendre par amour, pour délivrer ses amis.
Ci 55 Le cerf se laisse prendre. 1 Si le cerf voulait courir, on aurait bien du mal à le prendre; mais il se laisse prendre en écoutant les abois des chiens. 2 De même c'est en écoutant les plaintes de ses amis retenus aux enfers que Jésus-Christ se laissa capturer.
3 Tout comme on prend les poissons la nuit facilement, ainsi il voulut être arrêté sans motif et il accepta tout par amour.
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Ms 26 f. 33 r.Capture d'une baleine (Ci 56)
La mer est représentée en plan vertical (comme le Jourdain au folio 22v. et la Mer Rouge au 49v.); mais ici on distingue les vagues et même les reflets sous forme de traînées jaunes sur le bleu de l'eau. La baleine (qui ressemble à une énorme carpe) apparaît en transparence dans la mer. Les deux pécheurs (à pied sec) l'attirent à eux, l'un avec une sorte de râteau, l'autre avec un crochet arrondi. Le texte s'étendra ensuite (Ci 56, 4-19) en une longue accumulation rhétorique des différents profits que la "capture" de Jésus a procurés à l'humanité.
Ci 56 La capture d'une baleine, source de prospérité pour la région. 1 Ceux qui pratiquent la pêche en mer prennent d'ordinaire les gros poissons la nuit. 2 Mais, de jour comme de nuit, quand on capture une baleine, toute la région en profite. 3 Et la prise extraordinaire que fut Jésus, qui fut faite le soir du Jeudi Saint, nous est encore plus profitable à plusieurs titres.
4 Le vendredi, jour qui suit la nuit où il fut pris, en retira grand honneur: 5 car les anciens lui avaient donné le nom qu'il a encore en l'honneur d'une dame de petite vertu qu'on appelait Vénus; 6 et maintenant le vendredi a l'honneur d'être considéré comme le plus religieux jour de la semaine.
7 Le poteau où il fut battu est plus honoré que ne serait une copie de lui faite en or fin. 8 Les fouets de la flagellation, où qu'ils soient, sont maintenant dignes d'être traités avec respect. 9 Sa cruelle couronne, qui avant le Passion n'avait aucune valeur, est maintenant considérée comme plus précieuse que toute couronne d'or ou de pierreries que jamais roi ait portée. 10 Sa croix qui était dans l'Ancien Testament un gibet épouvantable est depuis la Passion tellement honorée que rois et empereurs en ornent leur front en signe de piété. 11 Les clous qui servirent à le crucifier, qui n'étaient que de la pauvre ferraille, sont maintenant pieusement baisés et gardés plus soigneusement que nulle pierre précieuse sur terre. 12 Le mont du Calvaire où il fut crucifié, qui était auparavant l'écorcherie des chiens et des chevaux de Jérusalem est maintenant tenu pour un des plus saints lieux de toute la terre. Le bon larron y gagna son pardon. 13 La cruelle lance rouillée dont fut percé son côté, qui auparavant n'avait aucune valeur, est maintenant plus honorée, où qu'elle soit, que la meilleure épée qui ait jamais été forgée.
14 L'enfer en a perdu les saints prisonniers de l'Ancien Testament qu'il retenait en ses ténèbres. Les diables en ont perdu le plus gros de leur puissance. 15 Le chemin d'enfer est à l'abandon, lui qui autrefois était une grand-route quand tous les morts du genre humain étaient forcés de l'emprunter: n'y va plus maintenant que celui qui le veut bien. 16 Le sépulcre où fut déposé son corps, qui auparavant n'était que de la pierre commune, en est maintenant plus vénéré par les vrais chrétiens qu'un tout semblable ne pourrait l'être, fût-il d'or ou de pierre précieuse.
17 Nos coeurs en sont devenus temples du Saint-Esprit. Plusieurs méchants en sont devenus bons. Nos âmes en seront sauvées. 18 Les sièges du paradis seront remplis par nous: Le nombre des neuf choeurs des anges y retrouvera sa perfection et nous y gagnerons d'avoir au ciel la vision éternelle de la sainte Trinité.
19 C'est pourquoi nous avons plus de raisons de nous réjouir de l'arrestation de Jésus que les pêcheurs qui ont capturé une baleine, dont nous parlions au début.
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Ms 26 f. 34 v.Jésus souffleté (Ci 57); Le reniement de saint Pierre (Ci 57a)
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Devant le grand-prêtre accompagné d'un suivant, un valet donne une gifle à Jésus que maintiennent deux soldats. Ce valet serait, dit-on, un ancien paralytique guéri par Jésus (Ci 654,4). Mais on moralisera sur cette "colée" qui fonde une nouvelle chevalerie de non-violence.
A droite, Pierre assis sur un banc se chauffe devant un feu. Une servante, tête nue, l'accuse d'être un disciple de Jésus. Pierre proteste des deux mains. Au dessus de la servante, deux coqs chantent sur une branche. "Avant que le coq chante, avait dit Jésus, tu m'auras renié trois fois."
Ci 57 Jésus souffleté. 1 Un valet donna une gifle à Jésus devant Anne le grand-prêtre. 2 Il lui répondit sans colère: "Si j'ai mal parlé, remontre-le moi; et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?
3 Cette gifle fit plus souffrir Jésus que bien des tourments de sa Passion. 4 Car selon plusieurs théologiens, le valet qui lui donna cette gifle fut celui qu'il avait guéri à la piscine probatique d'une grave maladie qui l'avait tenu trente-huit ans.
5 Cette gifle doit nous faire rougir, nous autres chrétiens, car il nous a accordé plus de bienfaits qu'à celui qui la lui donna; 6 et nous savons bien qu'il est notre Seigneur et notre Dieu, ce que le valet ne savait pas; 7 et cependant nous l'offensons chaque fois que nous péchons mortellement. 8 Il a donc, quand nous péchons, plus de raisons de se fâcher contre nous que contre le valet qui lui donna cette gifle.
9 Nous devons croire fermement qu'on ne pouvait lui faire aucun mal sans qu'il le permette. 10 Pourquoi alors voulut-il recevoir cette gifle? Parce qu'il voulait fonder une nouvelle chevalerie: 11 Celui qui adoube un chevalier lui donne une colée sans pour autant le haïr. Et souvent les bons chevaliers remportent la victoire sur leurs ennemis en se défendant. 12 Mais
cette nouvelle chevalerie dont Jésus était le fondateur a de tout autres lois, car il voulait remporter la victoire sus ses ennemis en endurant leur violence. 13 Et nous aussi, si nous voulons le suivre comme notre vrai maître et modèle, nous devons remporter nos victoires de cette façon. 14 C'est pourquoi saint Grégoire dit que nul n'est digne d'être compté parmi les chrétiens s'il veut obtenir sur terre vengeance de ses ennemis ( excepté pour récupérer un bien dérobé ou en appliquant une décision de justice si on est mandaté pour cela). 15 Nous ne pouvons nous défendre mieux de nos ennemis ni en subir moins de dommage qu'en les supportant patiemment pour l'amour de Dieu; de cette façon nous les vainquons sans coup férir. 16 Ceux qui veulent se venger doivent craindre d'être un jour lourdement punis, car Dieu veut que nous rendions le bien pour le mal: c'est le moyen de vaincre n'importe qui.
Ci 57a Le reniement de saint Pierre. 1 Quand fut donnée cette gifle nous avons tant parlé, le bon saint Pierre n'était pas très loin et par peur de la mort il le renia trois fois en fort peu de temps.
2 Jésus permit cela pour deux raisons: La première, c'est que Pierre avait dit ce même soir que si tous les autres l'abandonnaient, lui ne l'abandonnerait pas. 3 Comprenons que nous ne devons pas nous fier en nous, mais nous devons être certains que nous ne pouvons nous retenir de pécher un jour ni une heure sans la grâce de Dieu 4 et qu'il la met à la disposition de tous ceux qui la lui demandent par amour et avec confiance.
5 L'autre raison pour laquelle il le laissa tomber en péché, c'est qu'il l'avait fait père et chef de toute l'Eglise et lui avait donné tout pouvoir d'absoudre les pécheurs de leurs fautes. 6 Un proverbe dit que celui qui n'a jamais été malade fera difficilement un bon médecin; mais s'il a été malade, il compatit davantage à la souffrance des autres et reçoit mieux ce qu'ils disent de leur maladie. 7 Ainsi Dieu voulait qu'il compatisse davantage aux pécheurs; et c'est ce qu'il fit.
8 Et encore il se souvenait de son péché chaque fois qu'il entendait chanter les coqs parce que vers l'heure où chantent les coqs, par crainte de la mort il avait renié trois fois son doux Seigneur. 9 Il en pleura depuis tant et si souvent qu'il avait sur le visage deux traces livides à cause de ses chaudes larmes qui y coulaient.
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Ms 26 f. 35 r.Le jeu de chapifour. (Ci 58)
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En attendant le matin, les gardiens jouent avec Jésus au jeu de "chapifour". Jésus est assis au centre sur un banc, la tête couverte d'un bandeau blanc. Un valet à gauche lui frappe le visage; un autre à droite, un genou en terre, l'agace avec un bâton. Deux autres à droite, index tendu, l'interrogent: "Devine qui t'a frappé!"
Ci 58 Jésus battu et renvoyé devant plusieurs juges. 1 Jésus fut honteusement frappé et battu par les juifs. 2 Les verriers quand ils font le verre abritent leurs yeux de la chaleur du feu. 3 Jésus voulut avoir les yeux bandés pour ouvrir les yeux de nos intelligences 4 et parce que nous sommes faits de plus pauvre sable que celui dont les verriers font le verre; et néanmoins il voulait faire de nous des ornements éternels au ciel. 5 Et, ses yeux ainsi bandés, il entendait dire à ses oreilles: "Toi qui es prophète, devine qui t'a frappé!"
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Ms 26 f. 35 v.Première comparution devant Pilate. (Ci 58, 6-15)
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Jésus tenu par trois soldats est présenté à un personnage à droite qui doit être Pilate. L'image ne fait aucune mention du songe de la femme de Pilate, que notre texte dit venir des diables qui voulaient empêcher la Rédemption. C'est cependant à cause de ce songe de sa femme (Ci 58,15) que Pilate renvoie Jésus à Hérode.
Ci 58 (suite) 6 Quand ils l'eurent suffisamment battu et maltraité, les juifs l'envoyèrent à Pilate en pleine nuit.
7 S'il voulut comparaître devant plusieurs juges, c'est qu'il voulait établir une nouvelle Alliance 8 pour effacer de nos coeurs tout ce que notre conscience nous reproche à bon droit, 9 en reconnaissant devant lui-même Dieu et devant nos prêtres que nous sommes pécheurs. 10 Et ces deux jugements nous évitent la condamnation éternelle de l'enfer.
11 Cette nuit-là, un diable dit à la femme de Pilate d'user de son influence pour empêcher qu'on mette à mort le prisonnier, car sa mort aurait des conséquences désastreuses. 12 S'il disait cela c'est parce qu'il prévoyait que par cette mort l'enfer perdrait une partie de ses prisonniers. 13 Quand elle fut réveillée, elle fit dire à Pilate d'empêcher la mise à mort de son prisonnier.
14 Quand les juifs lui eurent envoyé Jésus et qu'il sut qu'il était de la juridiction d'Hérode, 15 il le lui envoya pour retarder la sentence, à cause de la requête de sa femme.
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Ms 26 f. 36 r.Hérode renvoie Jésus à Pilate (Ci 58, 16-25)
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Hérode est assis couronne en tête et parle à Jésus que maintiennent deux soldats. Jésus ne lui répond rien parce que, dit le texte, il avait fait mourir Jean-Baptiste. Alors Hérode le fait vêtir d'une robe blanche et renvoyer à Pilate la nuit-même. A droite, le retour chez Pilate.
Ci 58 (fin) 16 Hérode avait bien envie de voir Jésus pour les miracles qu'il en entendait raconter. 17 Il en pardonna à Pilate une vieille brouille qu'il y avait entre eux. 18 Jésus se montra ainsi prince de paix en établissant la paix entre deux méchants. 19 Mais il ne voulut répondre à aucune de ses questions, car ce n'était que de la curiosité. 20 De plus Hérode ne méritait pas d'entendre ses divines paroles, lui qui par lâcheté avait fait mourir saint Jean-Baptiste. 21 Alors il lui fit revêtir une robe blanche et le renvoya à Pilate durant la même nuit. 22 Quand Pilate le vit, il dit: "Cette robe dans laquelle il me l'a renvoyé signifie que c'est un innocent." 23 Nous devons bien haïr le péché puisque pour effacer nos péchés il fut dit de celui qui par sa sagesse avait fait le monde que c'était un homme qui ne savait rien. 24 S'il voulut être amené devant Hérode, c'était pour nous ôter la peur que les damnés éprouveront devant lui au Jugement, 25 car il s'y montrera plus dur que n'importe quel Hérode.
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Ms 26. f. 36 v.Jésus en prison, puis devant Pilate. ( Ci 59)
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Jésus en prison est assis sur un banc entre deux soldats dont le premier semble lui parler et le second tient une épée. A droite, deux soldats amènent Jésus devant Pilate. .
Ci 59 Ecce Homo. 1 Quand Pilate eut reçu Jésus renvoyé par Hérode, il le fit garder par deux soldats dans une prison, au dire de certains. 2 Et il le fit comparaître devant lui à l'heure de Prime. 3 Cela doit être un réconfort pour ceux qui sont en prison de savoir 4 qu'il voulut être prisonnier pour nous éviter la prison éternelle de l'enfer. 5 Le juge suprême voulut être amené devant plusieurs mauvais juges, qui ne méritaient pas un regard de lui, pour nous éviter le puant jugement d'enfer.
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Ms 26 f. 37 r.La flagellation (Ci 59,6)
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Jésus est attaché à un poteau ( l'estache, dit le texte) nu jusqu'à la ceinture et les mains liées devant lui. Un des bourreaux assène le coup pendant que l'autre lève son bâton. la scène de droite représente la correction que reçoit un pourceau qui a causé du dommage. La flagellation semble ici moins méthodique.
6 Quand Pilate l'eut interrogé à l'heure de Prime et qu'il sut qu'il ne méritait pas la mort, 7 il le fit battre tout nu, attaché à un poteau, par deux bourreaux, comme on inflige une raclée à un pourceau qui a causé quelque dommage. 8 Ils le battirent tellement qu'on pouvait difficilement trouver sur sa peau un endroit sans blessure. 9 Jésus voulut endurer tous ces coups pour nous éviter les châtiments et les coups que les damnés reçoivent en enfer. 10 Après cette flagellation on lui remit ses vêtements, qui se collèrent sur tout son corps.
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Ms 26 f. 37 v.Ecce Homo (Ci 59,11)
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Jésus nu sous un manteau, couronné d'épines et tenant un roseau en guise de sceptre dérisoire, est assis pendant que les valets agenouillés se moquent de lui en le saluant comme roi des juifs. Pilate au centre montre cette scène aux juifs qui à droite menacent Pilate d'une plainte à l'empereur.
Ci 59 (fin) 11 Les juifs vinrent trouver Pilate pour obtenir une sentence de mort. 12 Alors Pilate lui fit revêtir un manteau de pourpre et coiffer la couronne d'épines 13 et il leur dit: "Voici votre roi. C'est un homme" comme pour dire: "Ce n'est pas une bête sauvage; 14 c'est un homme qui vous ressemble et vous lui ressemblez: ayez donc pitié de lui comme d'un homme. 15 Je ne trouve en lui aucune raison de le condamner à mort."
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Ms 26 f. 38 r.Jésus est condamné à mort. (Ci 60)
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A gauche Pilate se lave les mains: Un serviteur verse de l'eau et présente une serviette.
A droite Jésus chargé de sa croix se retourne pour parler aux femmes de Jérusalem, nous dit le texte; mais le peintre qui les a nimbées a dû penser aux saintes femmes qui suivaient Jésus. Devant lui marchent deux fonctionnaires, dont le premier (sans pieds?) porte trois grands clous et le second (un soldat tenant un marteau sur son épaule) se retourne pour faire presser le mouvement.
Ci 60 Jésus est condamné à mort. 1 Les juifs crièrent tous ensemble: "Si tu ne le crucifies pas, nous le dirons à César." 2 En entendant ces mots il eut peur et leur dit: "Jugez-le donc selon votre loi. Je m'en lave les mains." 3 Déjà alors on faisait de mauvais jugements par crainte, mais c'est là pour Pilate une mauvaise excuse.
4 Ils lui chargèrent alors la croix sur ses divines épaules. 5 Jésus se tourna vers les filles de Jérusalem qui pleuraient et leur dit: 6 "Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants." 7 Il disait cela en pensant au malheur qui allait accabler Jérusalem.
8 S'il voulut porter sa croix, c'est pour nous dire que personne ne doit prendre la croix de pénitence sans la prendre sur sa nuque. 9 C'est à dire que n'importe quelle pénitence doit être entreprise pour l'amour de lui qui fit trente-deux ans pénitence pour l'amour de nous. 10 Celui qui entreprend une pénitence de cette façon, il prend la croix sur la nuque de Jésus qui la lui porte en partie. 11 C'est pourquoi il avait dit bien avant sa Passion: "Mon joug est doux et mon fardeau léger." 12 En effet il aide à porter les fardeaux dont on se charge pour l'amour de lui.
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Ms 26 f. 38 v.Simon le cyrénéen (Ci 61). Le crucifiement (Ci 62-63)
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Simon de Cyrène est requis pour porter la croix. Voir le mouvement de son bras gauche qui fait contrepoids. Jésus épuisé, soutenu par deux soldats, marche derrière lui aussi docilement, dit le texte, que le veau derrière le boucher. C'est ce boucher et ce veau qu'il faut voir tout à gauche de l'image.
La croix (représentée en plan vertical) est étendue sur le rocher du calvaire et deux bourreaux sont occupés à clouer l'un une main, l'autre les pieds; deux autres à droite en bas doivent tirer au sort la robe du supplicié; le texte ne parle pas d'eux ici, mais on trouvera cette robe au folio 39r.
Ci 61 Simon de Cyrène porte la croix. 1 Quand Jésus fut chargé de sa croix, 2 il était complètement épuisé par tous les supplices qu'on lui avait infligés la nuit précédente. 3 Aussi on donna sa croix à porter à un brave homme nommé Simon. 4 Et Jésus marchait derrière lui aussi docilement qu'un veau derrière le boucher.
Ci 62 Le crucifiement. 1 Ils étendirent par terre sa croix, où les trous étaient déjà percés. 2 Ils durent tellement tirer ses bras pour les amener jusqu'aux trous qu'ils lui rompirent plusieurs nerfs. 3 Il fut crucifié le pied droit par dessus le pied gauche, ce qui signifie qu'en ce jour Miséricorde l'emportait sur Justice. 4 Justice, c'est rendre à chacun ce qui lui appartient. Miséricorde, c'est avoir pitié de tel qui ne le mérite peut-être pas. 5 Nous avions mérité la mort et il voulait nous donner la vie éternelle.
Ci 63 Jésus en croix. 1 Jésus fut élevé en l'air entre deux voleurs. 2 Nos âmes appartiennent à Dieu; et chaque fois que nous péchons, nous volons ce qui lui appartient. 3 L'un des larrons était bon et l'autre mauvais 4 pour signifier que tous, bons ou mauvais, nous étions larrons: larrons repentants ou larrons endurcis. 5 Alors ils tirèrent au sort ses vêtements et Pilate eut son manteau tout trempé de son précieux sang. 6 Si Jésus voulut mourir tout nu, ce fut pour rendre à Adam la robe d'innocence qu'il avait perdue après son péché.
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Ms 26 f. 39 r.Jacob pleure la mort de son fils Joseph (Ci 64)
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Le groupe de sept personnes qui donnent des signes de violente émotion représente les fils de Jacob qui ont vendu leur frère (supra Ci 52). Ils rapportent à leur père la tunique de Joseph en disant qu'une bête sauvage l'a dévoré. La douleur de Jacob est une figure traditionnelle de la figure de Marie au Calvaire. L'expression de cette douleur est un modèle célèbre de lamentation ( planh en langue d'oc).
Ci 64 Deuil de Jacob devant la robe de Joseph. 1 Les fils de Jacob, après avoir vendu Joseph leur frère aux marchands égyptiens, ensanglantèrent sa robe avec le sang d'une de leurs bêtes 2 et dirent à leur père qu'une bête féroce avait dévoré son fils Joseph. 3 Apprenant cela Jacob et sa femme se mirent à pleurer et à se désoler. 4 De même eut des raisons de pleurer la vierge Marie qui fut la mère de douleur 5 quand elle sut qu'on avait tiré au sort les vêtements de son cher fils dont Joseph avait été une figure. 6 Car de même que Joseph remplit les greniers du Pharaon par sa sage prévoyance, 7 de même Jésus était venu du sein de son Père pour remplir avec le genre humain, 8 par sa sagesse et sa douloureuse Passion, les sièges du ciel laissés vides par les mauvais anges.
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Ms 26 f. 39 v.Jésus meurt sur la croix (Ci 65, 1-9)
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A gauche le bon larron regarde vers Jésus; à droite, l'autre s'en détourne. Jésus a confié sa mère (l'une des trois saintes femmes nimbées à gauche) à saint Jean (nimbé à droite). Un jeune homme tend à Jésus une éponge imbibée d'eau vinaigrée, au bout d'un bâton. Le juif entre ce jeune homme et saint Jean doit être le représentant des ennemis de Jésus, à moins qu'on ait introduit ici Joseph d'Arimathie; en tout cas, il n'est pas nimbé.
Sur le "senestre bras de la croix la tache noire représente un diable, qui vient à la mort de tout homme pour voir s'il n'a aucun droit à faire valoir sur lui.
Ci 65 Jésus meurt sur la croix. 1 Lorsque Jésus fut crucifié, il regarda sa chère mère et saint Jean l'Evangeliste. 2 Alors il dit à la pauvre femme "Voici ton fils" et au disciple: "Voici ta mère". 3 Elle ne fut pas gagnante à cet échange, sa pauvre mère qui échangea son créateur contre une créature, 4 son Dieu contre un simple homme, son seigneur contre un serviteur, son père contre son neveu, son maître contre un disciple, 5 qui échangea le précieux fils qu'elle avait conçu vierge du Saint-Esprit contre un homme qui avait été conçu en péché et pouvait pécher. 6 Pour tous ces échanges elle serait morte de douleur 7 si deux considérations ne lui avaient rendu courage: elle savait que c'était pour notre profit et elle savait aussi qu'il ressusciterait le troisième jour. 8 Alors le divin crucifié regarda sur le bras gauche de la croix où il aperçut un diable qui venait voir s'il n'avait rien à revendiquer chez le roi des justes. 9 Il dit alors: "Père, je remets mon esprit en ta main".
10 Nous ne mentionnons pas ici tous les miracles qui se produisirent
au crucifiement, parce que ce livre en raconte ça et là quelques-uns.
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Ms 26 f.40 r.Le voile du temple se déchire (Ci 65, 11-14)
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A la mort de Jésus, le voile qui fermait le Saint des Saints dans le temple de Jérusalem se déchira, montrant, dit notre texte, qu'il n'y avait plus de séparation entre Dieu et les hommes: ce fut le premier bienfait de la Rédemption. Au centre de l'image il faut voir trois grains de blé, dont les deux du bas sont intacts alors que celui du haut porte un germe: "Si le grain ne meurt, il ne fait pas de fruit", avait dit Jésus.
Ci 65 (suite) 11 Aussitôt après, le voile du temple se déchira, signe que cette mort mettait fin à la séparation entre Dieu le Père et le genre humain 12 qui étaient séparés depuis le péché d'Adam jusqu'à cette mort. 13 C'est à ce propos que Jésus avait dit avant sa Passion: "Si le grain de blé ne meurt, il reste seul; mais quand il meurt il produit beaucoup de fruit. 14 S'il n'avait pas subi la mort, il serait resté au ciel séparé des hommes, alors que par sa mort les sièges du ciel seront remplis.
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Ms 26 f. 40 v.La descente aux enfers (Ci 65,15-17);
Préparation allégorique de la Couronne d'Epines (Ci 66,1)

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A gauche, deux petits personnages jouent aux dés. Celui qui a gagné met la main sur l'argent. De même Jésus vainqueur par sa mort descend aux enfers (c'est à dire chez les morts) pour délivrer Adam et Eve et tous les justes de l'Ancien Testament que l'Enfer (c'est à dire la puissance infernale: gueule de dragon ouverte démesurément) retenait prisonnier jusque là.
A droite, confection de la couronne d'épines par deux femmes allégoriques: Envie et Haine. Le personnage au nimbe crucifère est certainement Jésus. Faut-il voir Bon Amour à la fois dans celui qui vient du ciel et celui qui semble placer la couronne sur la tête de Jésus? Je laisse à plus certain et résolu que moi le soin d'en décider. Toutefois on remarquera dans l'ombre à droite un religieux (est-ce l'auteur du poème?) qui garde cette couronne dans son coeur pour en faire sa méditation.
Ci 65 (fin) 15 Quand deux hommes jouent aux dés, celui qui a gagné met la main sur l'argent. 16 C'est pourquoi l'âme de Jésus descendit aux enfers toucher l'enjeu qu'il avait gagné. C'est là qu'il dit à Adam: "La paix soit sur toi." 17 Pendant ce temps-là son précieux corps restait pendu en croix. Ce fut la première démarche qu'il fit après sa mort.

Ci 66 POEME en DIZAINS sur la COURONNE D'EPINES.
001 Bon Amour venant des cieux
imposa au roi du ciel
le jour du Vendredi Saint
un très douloureux chapeau
005 de joncs de mer épineux.
Les auteurs de ce travail,
ce furent Haine et Envie,
si bien que j'aurai toujours
en mémoire, c'est certain,
010 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 41r.Deuxième dizain (Ci 66, 11-20)
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A gauche deux juifs à bonnet discutent avec les mêmes allégories Envie et Haine. Au centre est assis Jésus portant la couronne d'épines. A droite le bon religieux (auteur du poème?) écoute dévotement le personnage en vert (Bon Amour) lui parler de la couronne du Christ.

Ci 66, 011 Envie s'était emparée
du coeur des plus félons juifs.
Leur haine se renforça,
si bien que sa chère tête
015 saigna devant et derrière,
à flots, comme une rivière,
de son clair sang par filets.
Comment peut-on l'oublier?
C'est pour nous qu'il a porté
020 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 41 v.Troisième et quatrième dizains (Ci 66, 21-40)
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A gauche les méchants juifs de l'image précédente discutent avec un personnage nimbé: C'est Bon Amour, qui leur donne son consentement: Jésus portera donc cette couronne par amour pour nous.
A droite Jésus entre deux larrons s'est fait le compagnon de ceux qui souffrent. Sainte Eglise, couronnée comme une reine, agenouillée aux pieds du crucifié, recueille son sang dans un calice.

021 Ils n'auraient rien obtenu, 031 Jésus-Christ par grand amour
ces méchants, ces envieux, fut l'ami de ceux qui souffrent,
si Amour n'avait donné lui qui mourut pauvrement
son accord à leur projet. entre deux affreux larrons.
025 Car ainsi voulait le Père 035 Sainte Eglise son épouse
du ciel nous donner les sièges. répandit des flots de larmes
Il nous donna son doux Fils, pour ce douloureux chapeau
qui, venu nous libérer, qui ne fut ni doux ni beau;
voulut humblement porter c'est Amour qui lui remit
030 cet angoisseux chapeau-ci. 040 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 42 r.Cinquième et sixième dizains (Ci 66, 41-60)
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En portant la couronne d'épines, Jésus a fabriqué pour le pécheur repentant qui se prosterne au pied de la croix une couronne précieuse. Nous ne voyons pas que le crucifié porte la couronne d'épines, mais un ange apporte du ciel trois couronnes royales.
A droite un religieux explique à deux jeunes gens que nous ne valons rien si nous n'aimons pas Jésus couronné d'épines par amour pour nous.
041 Sur la croix mourut ainsi 051 Comment peut-on l'oublier?
le meilleur des amoureux , Nous savons que notre Dieu
qui aurait eu lieu de dire: voulut par amour pour nous
"Sois sans crainte en ta prière, mourir parmi les supplices.
045 pécheur qui reviens vers moi, 055 Il était roi, empereur:
car sous mon chapeau d'épines comme à un roi lui donnèrent
je te forge une couronne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
pour te couronner au ciel". les félons juifs, les maudits,
Et c'est ce que signifie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
050 Cet angoisseux chapeau-ci. 060 cet angoisseux chapeau-ci.
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Ms 26 f. 42 v.Septième et huitième dizains ( Ci 66, 61-80)
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Les quatre personnages qui se tiennent par la main sont des danseurs. Ils regardent le Crucifié qui porte un "chapel d'autre manière"... On comprendrait plus facilement cette scène si le peintre avait coiffé ses danseurs d'un "chapel de fleurs" comme c'était la coutume à la danse. Notre peintre d'ailleurs semble avoir reculé devant la difficulté de représenter une couronne d'épines qui n'ait pas l'air d'un quelconque bandeau: il a dû y renoncer après ses deux essais peu concluants du folio 41.
A droite, un personnage à chaperon (chapel de bièvre, de castor) semble se faire frotter le pied... Dans le poème cependant il semble bien que "estraindre ses pieds" ou les frotter signifie danser et qu'il s'agit toujours d'une attaque de notre prêcheur contre la danse. La pointe est peut-être trop subtile? Les deux personnages de droite sont les gens raisonnables qui gardent la couronne d'épines inscrite en leur coeur.
061 Aujourd'hui bien des danseurs 071 Celui qui frotte ses pieds
ont pris l'étrange habitude sur la piste de la danse,
d'effacer de leur mémoire qu'il pense aux pieds de celui
tout ce qu'a souffert pour eux qui les eut cloués en croix.
065 celui qui a fait le monde. 075 Il porta cruel chapeau Il créa un nouveau pas pour racheter notre tort
pour nous faire mieux danser et nous éloigner d'enfer.
avec ce chapeau tressé. Ayons tous en notre coeur
Fou est qui met en oubli écrit sans plus l'effacer
070 cet angoisseux chapeau-ci. 080 cet angoisseux chapeau-ci.

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Ms 26 f. 43 r.Neuvième dizain (Ci 66, 81-90); fin du poème (Ci 66, 91-107)
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A gauche un religieux montre le Crucifié à un pécheur qui a proféré des blasphèmes sur la Mort de Dieu.
A droite un diable emmène en enfer avec une corde un groupe d'âmes qui n'ont pas voulu répondre à l'amour de Dieu. Tout à droite on voit un loup emporter un petit mouton malgré le bâton du berger. Le propriétaire (nimbé parce qu'il représente Dieu voyant se perdre les pécheurs) déplore cette perte, mais il en prend son parti, car, dit le proverbe "Si le loup mange la bête, elle y perd plus que son maître." C'est tant pis pour eux.081 Pécheur, tu as trop d'audace 091 Le chapeau du condamné
quand, poussé par la colère, est devenu précieux.
tu fais jurons et blasphèmes Jésus souffrit le mépris
des tourments de la Passion pour nous mériter la gloire.
085 où Dieu pour toi souffrit tant 095 Il voulait vraiment gagner
pour sauver d'enfer ton âme. nos coeurs et les acheter
Il a montré par des actes puisqu'il se donna lui-même.
combien ton sort lui importe: Mais il ne les a pas tous,
il porta, la tête basse, certains lui échapperont:
090 cet angoisseux chapeau-ci. 100 C'est eux qui seront à plaindre.
101 Si le loup mange la bête
elle y perd plus que son maître.
Dieu nous a tous rachetés;
Si nous faussons le marché
en faisant péché mortel,
nous agissons en voleurs.
107 Est sage qui s'en repent.

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Ms 26 f. 43 v.Comment Dieu dut décroiser ses bras (Ci 67)
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A gauche, Dieu assis sur un banc s'est croisé les bras. Il est en colère à cause du péché d'Adam. Au centre, Dieu donne de la main gauche à Moïse agenouillé (qu'on reconnaît à ses cornes de lumière) les Tables de la Loi. Il a dû pour cela dégager son bras gauche. A droite une reine couronnée qui est Amour (féminin en ancien français) ou sainte Eglise lève vers Jésus crucifié un calice surmonté d'une hostie (c'est le sacrifice eucharistique, mémorial du Calvaire). Sur la croix Dieu avait les deux bras étendus, ce qui prouve que le péché d'Adam est réparé... Tout à fait à droite, un chrétien adore la croix.
Ci 67 Dieu irrité par le péché d'Adam a été apaisé au Calvaire.
1 Ici commence une pieuse fiction qui met en scène Dieu lui même.
2 Quand Adam eut péché, Dieu avait quelque raison de nous manifester son mécontentement en se croisant les bras comme cette image nous le représente.
3 Longtemps après parut un saint homme dévot et religieux: Ce fut Moïse qui par sa piété et ses prières sut si bien apaiser Dieu 4 que par bonté il déplia vers lui son bras gauche qui signifie justice et droiture, en lui donnant sa loi au mont Sinaï 6 pour gouverner et faire entrer le peuple d'Israël dans son obéissance s'il voulait renoncer à ses fautes et suivre les commandements contenus dans la loi.
7 Longtemps après parut une noble demoiselle belle et douce, courtoise et sage, et très bonne. Ce fut Amour qui contraignit Dieu à déplier son bras droit qui signifie en lui pitié et miséricorde. 9 Dieu eut dès lors ses deux bras étendus, indiquant ainsi qu'il voulait que ceux qui sans raison avaient pris l'initiative de le courroucer reviennent sans crainte faire la paix avec lui.
10 C'est pourquoi notre mère sainte Eglise, qui est sa vraie épouse et amie, crie en son nom à tout le genre humain par quatre fois une parole que le Saint-Esprit dans la Sainte Ecriture rappelle: 11 "Reviens à moi, reviens à moi, reviens à moi, reviens à moi, ami!"
12 Pourquoi? Parce que j'ai les bras étendus pour t'embrasser. Reviens à moi, car j'ai la tête penchée pour te donner un baiser. 13 Reviens à moi, car j'ai les mains ouvertes pour te faire des cadeaux. Reviens à moi, car j'ai le côté ouvert pour te cacher dans mon sein.
14 Et pour que tu soies certain que je ne te refuserai rien que tu me demandes par amour, tu sais qu'en bourse percée il ne peut rien demeurer? 15 C'est pour cela que j'ai les mains percées, en signifiant que je donne tout sans rien retenir. 16 Et souviens-toi, tu sais que le jour du Jeudi Saint je donnai mon précieux corps à tous mes disciples dans le saint sacrement de l'autel 17 pour le distribuer comme il convient à tout le genre humain vivant dans la foi de l'Eglise.
18 Tu sais que cette nuit-là je me donnai pour être arrêté et battu vilement de plusieurs façons. 19 Tu sais que je donnai mes vêtements et ensuite me donnai moi-même pour être crucifié ignominieusement. 20 Tu sais que la chose la plus précieuse sous le ciel après moi, je la donnai à saint Jean l'Evangéliste: 21 C'était ma très douce vierge mère, dont l'excellence ne peut être mesurée au ciel ni sur terre. 22 Tu sais qu'ensuite je me suis donné et j'ai remis mon esprit entre les mains de mon Père.
23 Et ainsi, suspendu à la croix, j'avais tout donné sans rien retenir 24 excepté un précieux bijou que l'on ne m'avait pas encore demandé: c'était le royaume de Paradis. 25 Tu sais qu'à ma droite il y avait un brigand crucifié près de moi en juste châtiment de ses crimes. 26 Et pour son repentir, parce qu'il me reconnut comme son créateur, 27 quand il me pria d'avoir pitié de lui, je lui donnai ce fameux royaume de Paradis que j'avais encore à donner. 28 Tu peux bien voir avec certitude que j'ai les mains percées, car je donne tout sans rien retenir.
29 Voilà pourquoi je t'ai dit de revenir à moi et que je te donnerais tout ce que tu me demanderas par amour: c'est que plus je donne, plus je possède. 30 Et j'ai encore plus à donner que tu ne saurais demander. 31 et je désire encore plus te donner que jamais demandeur ne désira recevoir. 32 Je te prie de te donner tout à moi et je me donnerai tout à toi.
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Ms 26 f. 45 r.Le bon médecin goûte ses potions. (Ci 68)
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Le malade est couché" dans un lit remarquablement long. Au pied du lit le médecin boit à la coupe du remède qu'il vient de prescrire; son index gauche continue de prescrire et d'expliquer. De même Jésus pour nous encourager a bu lui-même au calice de la souffrance et de la mort.
Ci 68 Le bon médecin goûte aux remèdes. 1 Le bon médecin boit des potions de son malade pour l'encourager à les boire. 2 Le malade voit ainsi qu'il ne veut pas l'empoisonner, mais qu'il désire vraiment sa guérison. 3 Le divin Jésus ne nous a jamais donné un conseil sans l'avoir pratiqué le premier, 4 montrant ainsi qu'il ne voulait pas nous empoisonner et qu'il ne souhaitait que notre salut. 5 Il nous le démontra bien en buvant le calice de sa Passion et de sa mort ignominieuse pour notre salut.
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Ms 26 f. 46 r.Signes d'alliance: l'arc en ciel (Ci 69); le sacrifice d'Isaac (Ci 70)
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Au sortir du Déluge Dieu donne à Noé l'arc en ciel en gage d'alliance. Le vague nuage vert en haut de l'image peut difficilement passer pour un arc en ciel, dont notre texte dit qu'il pointerait sa flèche en direction du ciel. L'arc en ciel qui doit disparaître quarante ans avant la fin du monde est pour les chrétiens figure du signe de la croix.
A droite le jeune Isaac est assis paisiblement sur un autel (drapé) et interroge son père. Abraham lève son glaive pour le sacrifier, mais un personnage angélique arrête le glaive et montre en bas à gauche un mouton que l'on sacrifiera.
Ci 69 L'arc en ciel que Dieu donna à Noé. 1 Quand Noé sortit de l'arche, Dieu lui dit de refaire des maisons. 2 Il répondit: "Ouais, et vous vous fâcheriez encore contre nous quand il vous plairait?" 3 Dieu répondit: "Noé, je te jure par ma main droite que jamais plus ce monde ne périra par l'eau. 4 Et pour que tu saches quand il doit périr, je te mettrai un arc dans le ciel en signe de paix et d'alliance, qui disparaîtra quarante ans avant le jour du Jugement."
5 La tradition y voit la figure du Fils de Dieu vrai Dieu et vrai homme vêtu de notre nature humaine. 6 Dès qu'il coula de son côté du sang et de l'eau sur la croix, il y eut paix et alliance entre Dieu le Père et tous les hommes qui vivront dans la foi de l'Eglise jusques au Jugement.
7 Nous avons la corde de cet arc de notre côté, ce qui montre qu'il n'a aucune intention de nous faire du mal ni de tirer contre nous par colère. 8 On voit bien que la corde est de notre côté, car chaque fois que nous commettons un péché mortel, nous tirons contre lui et faisons tout ce que nous pouvons pour le tuer. 9 Il est mort une fois à cause du péché; et si nous ne le tuons pas de nouveau, cela ne tient pas à nous, mais à lui: car étant la vie de toute chose, il ne peut plus mourir. 10 Et quand nous nous efforçons de le tuer, nous nous tuerions nous-mêmes s'il ne nous protégeait et ne nous ressuscitait par sa bonté 11 dont on ne peut pas plus faire le compte que des grains de sable de la mer.
Ci 70 Le sacrifice d'Isaac. 1 Le patriarche Abraham accepta de sacrifier son fils pour obéir à Dieu. 2 Mais un ange lui montra un mouton empêtré dans un buisson et il l'offrit en sacrifice au lieu de son fils. 3 Cela annonçait que Dieu le Père accepterait de sacrifier son Fils pour l'amour du genre humain. 4 Ce mouton empêtré dans le buisson signifiait que le Fils de Dieu en sa nature divine ne souffrirait pas ni ne pourrait souffrir, 5 mais que sa nature humaine qu'il prendrait en sa vierge mère souffrirait attachée à la croix.
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Ms 26 f. 47 v.Le repas de la Pâque (Ci 71)
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C'est le repas que Moïse a fait prendre aux Hébreux avant leur départ d'Egypte. Ils mangèrent debout, tenant à la main leur bâton de voyageur. La table, au centre, est d'ailleurs à la hauteur de leurs épaules. Il est possible que les deux groupes de convives représentent les voisins réunis pour ce repas. Le dernier personnage à droite jette au feu les restes du festin.
Ci 71 L'agneau pascal. 1 L'agneau sans tache qu'il fallait prendre dans l'Ancien Testament pour le manger à la Pâque 2 est pour nous figure du corps de Jésus-Christ le véritable agneau sans tache: comme lui, nous qui le mangeons devons être sans tache.
3 Marquer les deux montants de la porte avec le sang de l'agneau signifiait que nous devons nous repentir de toutes nos fautes et avoir volonté de persévérer en l'amour du vrai agneau.
4 Rôtir la viande de l'agneau et non la bouillir dans l'eau, c'est recevoir le corps de Jésus- Christ en pénitence que l'on fait au feu ardent de charité et non pas dans l'eau des plaisirs.
5 Manger le pain sans levain, c'est mener une vie qui ne soit pas enflée d'orgueil. 6 Manger avec des herbes amères, c'est le recevoir dans les pleurs et dans l'amertume de nos péchés et de sa Passion.
7 Ceindre nos reins, c'est renoncer à tous nos péchés. 8 Etre chaussés, c'est penser à sa cruelle mort et à la nôtre. 9 Avoir son bâton en main, c'est croire à l'Ancien Testament et au Nouveau, qui forment une croix: 10 Et cette croix nous permettra de nous défendre contre toutes les attaques des diables en ressentant en nous ce que souffrit celui qui nous aime sans mesure.
11 Si l'on ne devait pas être moins de dix pour manger l'agneau, c'est que personne n'est digne de manger cette précieuse nourriture 12 s'il n'a la ferme intention de garder à l'avenir les dix commandements de Dieu mieux qu'il ne les a gardés jusqu'ici. 13 Si l'on devait le manger à huis clos, c'est que nous ne devons décider de faire une chose ou de nous en abstenir qu'en considération de l'amour de Dieu. 14 Que toute la compagnie mange l'agneau dans la même écuelle signifie que nous devons désirer le profit d'autrui autant que le nôtre. 15 Si on devait le manger en hâte, c'est que, quelque bien que nous fassions, il ne doit pas nous empêcher de toujours désirer faire plus et mieux. 16 Si on ne pouvait tout manger, il fallait partager avec les voisins; 17 Cela signifie que si nous goûtons ou comprenons la bonté de Dieu mieux qu'eux, nous devons la leur enseigner avec soin. 18 Il était prescrit, si on ne trouvait personne avec qui partager les restes, de les mettre au feu. 19 C'est à dire: Si nous ne connaissons tous les mystères du saint sacrement de l'autel, 20 croyons-en du moins ce qu'en enseigne l'Eglise au-delà de notre compréhension et faisons confiance au Saint-Esprit. 21 Car tout comme le feu raffine l'or et l'argent, le Saint-Esprit efface les hérésies et les superstitions du coeur de ses fidèles.
22 Il était défendu de briser aucun des os de l'agneau. 23 Cela signifie que nous ne devons pas jurer par la mort de Dieu ni jurer grossièrement par lui ni par sa vierge mère ni par aucun de ses saints, 24 car Dieu nous interdit de jurer, si ce n'est devant un juge quand on y est obligé. 25 Disons seulement oui ou non, car Dieu nous défend de jurer sur les cheveux de notre tête; car si un cheveu est blanc nous ne le rendrons pas noir et s'il est noir nous ne le rendrons pas blanc: 26 ils ne nous appartiennent donc pas puisque nous n'en faisons pas ce qui nous plaît. 27 Tout appartient à Dieu puisqu'il a tout fait; et il nous défend de jurer sur tout ce qu'il a fait. 28 Nous avons bien un serment que nous pouvons faire, mais pas plus: nous pouvons jurer par nos péchés. 29 En effet, s'il y a quelque bien à notre actif, il appartient à Dieu qui l'a fait par nous, 30 tandis que nos péchés sont bien à nous: N'hésitons donc pas à jurer sur nos péchés, car nous ne possédons en propre rien d'autre.
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Ms 26 f. 49 r.L'ange exterminateur (Ci 72)
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C'est la dixième plaie d'Egypte. Six arcades représentent des portes de maisons. A la première porte (qui n'était pas marquée du signe de Tau du sang de l'agneau pascal) l'ange, ailes déployées, tue avec une épée le fils aîné de la maison. Les portes suivantes, dûment marquées du signe de Tau, sont celles de hébreux, qui, n'ayant rien à craindre, regardent et commentent. Le signe du sang de l'agneau est figure du signe de croix.
Ci 72 Signe de Tau, signe de Croix. 1 Dieu commanda par son ange aux enfants d'Israël de faire sur leur porte le signe de Tau avec le sang de l'agneau: 2 Là où ce signe ne serait pas, l'ange mettrait à mort le fils aîné 3 et là où il serait, Dieu n'exercerait pas sa dure justice contre les habitants de la maison.
4 Ce signe de Tau annonçait la crucifixion de Notre-Seigneur que nous devons avoir inscrite dans nos coeurs comme la plus grande assurance que l'on puisse avoir d'être sauvé. 5 C'est le jeton qui nous donnera accès à la distribution d'aumônes du roi du ciel. 6 Si quelqu'un n'est pas muni de ce jeton, il a lieu de craindre de n'être pas reçu dans l'autre monde.
7 C'est pourquoi saint Paul dit: "Ayons en nous les sentiments qui furent ceux de Jésus-Christ." 8 Et saint Grégoire dit que la meilleure garantie qu'une créature humaine puisse avoir de son salut, 9 c'est de souvent pleurer amèrement de compassion en pensant à tout ce que Notre-Seigneur a souffert pour l'amour de nous.
10 La croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ fut d'abord connue sous la forme d'une potence, qui signifiait dans l'Ancien Testament un gibet. 11 Elle indique que si on voulait s'attacher par amour et se suspendre à ce gibet en pleurant sur celui qui pour notre amour y fut suspendu, 12 on éviterait le puant gibet d'enfer.
13 Cette potence signifie aussi une béquille, annonçant que la croix de Jésus serait une solide béquille qui pourrait empêcher le genre humain de tomber dans le malheur. 14 Et personne n'est si faible dans sa lutte contre le péché que cette béquille ne puisse, s'il veut s'y appuyer avec amour, le soutenir contre tous les diables de l'enfer. 15 Et personne, tant soit-il fort ou savant, ne tombe dans le péché sinon parce qu'il n'a pas voulu chercher appui et soutien dans cette solide béquille.
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Ms 26 f. 49 v.Le passage de la Mer Rouge. (Ci 73)
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A droite le peuple hébreux s'éloigne paisiblement, conduit par Moïse reconnaissable à ses cornes de lumière (qu'il ne devait porter qu'après son face à face avec Dieu; mais c'est le meilleur signe pour l'identifier).
A gauche la Mer Rouge est représentée en plan vertical (Cf. la baleine folio 33r.) avec des vagues, rouges bien sûr. Dans cette mer on distingue en transparence des soldats noyés et le Pharaon lui-même, couronne en tête et vêtu d'un manteau vert.
Ci 73 Mission de Moïse 1 Après avoir quitté la cour du Pharaon, Moïse entendit la voix de Dieu lui dire: 2 "Va dire au roi Pharaon qu'il laisse vivre mon peuple en paix dans son royaume. - Ah, Seigneur, répondit Moïse, qui êtes-vous?" 3 La voix de Dieu répondit: "Je suis celui qui suis. Tu diras au roi Pharaon: Celui qui est m'envoie vous dire de laisser son peuple vivre en paix dans votre royaume." 4 Par Moïse Dieu accomplit plusieurs grands prodiges devant Pharaon, mais il refusa obstinément de se convertir, tant devant les miracles que devant les paroles.
5 Le nom que se donne Dieu en parlant à Moïse, celui qui est, indique plusieurs grandes puissances et propriétés qui sont en lui sans commencement ni fin. 6 Car c'est celui qui est puissant en toutes choses; c'est celui qui est le très haut et le très humble. 7 C'est celui qui est le très courtois et le très noble; c'est celui qui est le très riche et le très généreux, 8 puisqu'en plus de tous les biens du ciel et de la terre qu'il donne à ses amis, il se donne lui-même à tous ceux qui veulent bien le recevoir. 9 C'est celui qui est si beau que tous ceux qui le voient sans cesse ne peuvent se rassasier de le voir. 10 C'est celui qui est si rempli de pitié, de douceur et de miséricorde que la bonté qui est en lui ne peut être mesurée ni par les anges, ni par les hommes. 11 C'est celui qui par Moïse délivra les enfants d'Israël de la main de Pharaon et leur fit passer la Mer Rouge tandis que Pharaon s'y noyait avec toute son armée, 12 en montrant que de la même façon il nous délivrerait dans les siècles suivants de la domination des diables d'enfer par son cher Fils, vrai Dieu et vrai homme, et par la puissance de son précieux sang répandu sur la croix.

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Ms 26 f. 50 r.L'éléphant est vulnérable par dessous (Ci 74)
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Notre éléphant est très long, il a des pieds de cheval et son nez semble emmanché d'un pavillon de trompe de chasse. Devant lui un conducteur plus haut que lui et armé d'un bâton semble le mener en laisse. Le dos de l'éléphant porte une tour crénelée et garnie de quatre petits soldats. Agenouillé près de lui, un jeune homme lui enfonce une épée dans les côtes et le sang coule, sans que personne s'en émeuve, semble-t-il...
Ci 74 L'éléphant est fort, mais vulnérable. 1 L'éléphant est un animal fort et ossu, si fort qu'il porte sur son dos un château garni de soldats. 2 On ne peut le blesser que par dessous et c'est ce que font les soldats expérimentés. 3 Quand l'éléphant s'écroule, ceux qu'il porte sur son dos ne doivent pas en mener large. 4 De la même façon notre Dieu est notre protection, notre refuge, notre château. Et pourtant nous l'avons mis à mort honteusement par nos péchés.
5 Le fait qu'on ne peut percer l'éléphant que par dessous signifie que la divinité ne peut être atteinte par nulle souffrance qu'on lui inflige; 6 mais l'humanité qu'il prit en sa vierge mère a connu la souffrance dès avant sa Passion et sur la croix.
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Ms 26 f. 50 v.Les charognes attirent le gibier (Ci 75, 1-5)
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L'oiseleur à gauche referme ses filets sur les oiseaux qui ont été attirés, dit le texte, par la vue d'une charogne (c'est sans doute la tache rouge entre deux oiseaux). De même à droite, c'est en amorçant avec des charognes que le pêcheur prend du poisson. A notre époque nous jugeons déplacé ce mot "charogne" que notre auteur applique à la chair de Jésus en croix.
Ci 75 L'oiseau de chasse revient au leurre. 1 Le baptême fait de nous des hommes libres, 2 mais un excessif amour de la chair peut nous ramener à la condition d'esclave. 3 Quand Dieu le Père a vu que notre nature nous inclinait à aimer la chair, il a fait revêtir à son fils notre pauvre chair pour nous attirer à l'aimer, 4 tout comme certains fauconniers ou pêcheurs prennent leurs oiseaux ou leurs poissons en leur présentant des charognes. 5 Si donc nous nous intéressons à la chair, attachons-nous à la très vierge chair pendue sur la croix.
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Ms 26 f. 51 v.Le faucon revient au leurre (Ci 75, 6-9)
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Le chasseur offre de la main gauche le leurre vers lequel le faucon se précipite, tandis que sa main droite prépare le capuchon pour le retenir. A droite les chrétiens manifestent au Crucifié le même attachement que le faucon au leurre.
Ci 75 (suite) 6 Et si quelqu'un est tombé dans la condition servile par le péché, que ce signal d'amour le fasse revenir en grand repentir fondé sur vrai amour; 7 Nous pouvons revenir tout comme l'oiseau de chasse revient au leurre. 8 Et c'est pour nous attirer de cette façon que notre Père du ciel nous a jeté son leurre qui est son très cher Fils crucifié. 9 Attachons-nous donc à lui et nous retrouverons notre liberté; car au Jugement il attirera comme le fer attire l'aimant tous ceux qui se seront attachés à lui par vrai amour.
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Ms 26 f. 51 v.Le fils que son père mit à l'école. (Ci 76)
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A gauche un maître enseigne à un écolier assis qui tient un livre. Dans la scène centrale, c'est l'écolier qui répond au maître étonné de son savoir. Devenu maître lui-même, l'écolier enseigne à une personne debout qui admire sa sagesse. Enfin il siège comme juge et prononce un jugement entre deux plaideurs. Il faut voir dans l'enfant de cette histoire fictive Jésus que Dieu son Père mit à l'école de Pauvreté. Il y a obtenu de si bons résultats que Dieu lui a confié le Jugement final du monde.
Ci 76 Fiction d'un fils mis à l'école. 1 Ici commence une pieuse fiction qui s'applique à Dieu le Père. 2 Un homme riche mit son fils à l'école. 3 Il y apprit si bien qu'en peu de temps il devint maître et enseigna à ses élèves; aussi son père lui confia sa charge de juge.
4 Quand le divin Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme fut né de sa vierge mère, Dieu son vrai père le mit à l'école de pauvreté. 5 Il y apprit si bien qu'en peu de temps il en devint le meilleur maître; 6 et au bout de trente-deux ans et demi il l'enseigna à ses élèves comme maître en chaire 7 quand il dit sur la croix: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"
8 Et c'est une des raisons pour lesquelles son Père du ciel lui a confié son siège de juge. 9 Et c'est pourquoi il siégera comme juge, au titre de Fils du Dieu tout-puissant vrai Dieu et vrai homme vêtu de notre humanité, 10 montrant les traces de ses cruelles plaies en jugeant les douze tribus d'Israël qu'il a rachetées à ses propres dépens.
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Ms 26 f. 52 r.Daniel vit un arbre (Ci 77)
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Daniel, dit notre texte, vit en songe (il dort à gauche) un arbre magnifique qui abritait une grande quantité d'oiseaux, d'hommes et de bêtes. Cet arbre figurait l'arbre de la croix dont le pouvoir s'étend sur terre, au ciel et dans les enfers. On voit trois oiseaux dans l'arbre, au pied de l'arbre un porc et un mouton et des gens qui admirent cet arbre ( figure, bien sûr, de la croix). A la racine de l'arbre s'ouvre la gueule béante de l'Enfer telle que nous l'avons déjà vue au folio 44v où elle laissait sortir les justes que Jésus avait délivrés.
Ci 77 L'arbre que vit Daniel. 1 Le prophète Daniel vit en songe un arbre qui montait du plus profond de la terre jusqu'au ciel. 2 Il était chargé de bons fruits et de belles feuilles et abritait sous son feuillage toute la terre; 3 et se reposaient dessous ou dedans un grand nombre d'oiseaux, d'hommes et de bêtes.
4 Telle est la puissance de l'arbre de la croix. 5 Il est puissant en enfer et au paradis. Car l'enfer lui doit d'avoir perdu les saints de l'Ancien Testament et au ciel le nombre parfait des anges en sera restauré. 6 Et les saints hommes y cueillent le fruit de contemplation qui nourrit spirituellement leurs âmes par la prière et la méditation de la bonté de Dieu. 7 Les belles feuilles de cet arbre, ce sont les rappels que nous fait notre mère sainte Eglise des bienfaits de la croix. 8 L'ombre portée par cet arbre sur toute la terre, c'est la foi chrétienne établie par cette croix et qui doit régner dans tous les coeurs du genre humain vivant sur terre; 9 et si elle ne règne pas chez certains, cela ne tient pas à Dieu, mais à leur mauvaise volonté. 10 Les bestiaux qui s'abritaient sous cet arbre signifient que certains pécheurs à la vue courte, qui ne s'intéressent qu'à leur péché, peuvent obtenir leur salut de cet arbre de la croix 11 pourvu qu'ils veuillent de leur péché se repentir, se confesser et faire pénitence.
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Ms 26 f. 52 v.La femme qui cherche son fuseau (Ci 78)
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A gauche la fileuse qui a perdu son fuseau élève une lanterne pour le retrouver. A droite Jésus élevé sur l'arbre de la croix est la lumière qui éclaire tout homme en ce monde.
Ci 78 La lumière allumée, image du crucifix. 1 Quand une ménagère a perdu son fuseau, elle allume sa lampe pour le retrouver. 2 De même Dieu a voulu que son cher Fils soit accroché en l'air sur l'arbre de la croix, 3 lui qui était la vraie lumière du ciel et de la terre, pour retrouver le genre humain qui s'était perdu par le péché. 4 C'est pour cela qu'il avait dit avant sa Passion: "Je suis la lumière du monde. Celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres, mais il possédera la lumière de vie."
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Ms 26 f. 53 r.Samson et Dalila ( Ci 79 )
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Dalila debout à l'arrière-plan fait lier Samson pendant son sommeil. Mais à son réveil Samson rompra tous ses liens sans difficulté. De même à droite ce n'est pas trois clous de fer qui pouvaient retenir Jésus sur la croix, mais les liens de l'amour.
Ci 79 Les liens de Samson. 1 Il était terriblement fort, Samson qui brisa aussi aisément que si elles avaient été pourries, les cordes de nerfs dont la femme l'avait fait lier pendant son sommeil. 2 Elles étaient si solides qu'aucune bête n'aurait pu les briser; mais celui qui avait donné une telle force à Samson était encore plus fort. 3 Nous devons être certains que trois clous de fer n'auraient pas suffi à le retenir en croix. 4 Mais trois liens d'amour l'y retenaient: Le premier, c'est qu'il voulait remplir les sièges du ciel que les mauvais anges avaient laissés vides; 5 le second, qu'il voulait racheter ses créatures; le troisième, qu'il savait bien que les hommes l'en aimeraient davantage. 6 C'était là les trois liens qui le retenaient sur la croix.
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Ms 26 f. 53 v.La saignée du bras droit guérit le côté gauche. (Ci 80)
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Un opérateur tend un récipient pour recevoir le sang qui jaillit du bras droit du malade assis. Le malade et l'opérateur tiennent tous deux en main le même bâton: on peut croire que c'est pour mieux coordonner leurs mouvements en recueillant le sang. Le malade s'étonne qu'on le saigne du bras droit pour guérir son côté gauche malade. Le médecin (à droite) lui démontre que c'est normal.
Ci 80 On saigne le bras droit pour guérir le côté gauche. 1 Le bon médecin fait saigner son malade de son bras droit qui est en bonne santé pour guérir son côté gauche qui est malade. 2 De la même façon Dieu le Père voulut que son cher Fils soit cruellement saigné, lui qui était son bras droit bien portant 3 pour nous guérir de notre maladie de péché, nous qui étions à sa gauche et prêts à être damnés éternellement. 4 Ainsi par ce traitement coûteux nous a guéris Dieu le Père qui est le souverain médecin.
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Ms 26 f. 54 r.Dieu a essayé d'abord le peuple juif. (Ci 81)
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La scène de gauche représente le massacre des prophètes que Dieu avait envoyés aux juifs. L'autre scène représente un personnage qui justement avait mis ses gens à l'épreuve avant de leur confier la clé de ses trésors. Comme les juifs se sont mal comportés avec les prophètes et même avec son fils, Dieu s'est tourné vers d'autres peuples pour leur confier la Foi de Baptême.
Ci 81 L'Ancien Testament préparait le Nouveau. 1 Dieu le Père donna sa loi aux juifs et les fit inviter par ses prophètes dont ils tuèrent plusieurs. 2 Dieu s'avisa alors que sa loi allait être perdue, 3 et pour la restaurer il y envoya son cher Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce que cet héritage était le sien. 4 Envers lui les juifs éprouvèrent plus de haine qu'ils n'en avaient eu envers les prophètes et ils le firent mourir honteusement. 5 C'est pourquoi Dieu le Père pouvait dire aux juifs: "Puisque vous m'avez tué mes prophètes et avez mis à mort mon Fils, 6 je vous ôterai ma loi pour la donner à d'autres: S'ils l'observent avec soin, ils n'y perdront rien. 7 Quand Notre-Seigneur Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme souffrit la mort sur la croix, la loi fut ôtée aux juifs et donnée à nous qui l'appelons la foi. 8 Ainsi les Juifs avaient la loi, mais nous pouvons dire sans hésiter qu'ils n'ont plus de loi..
9 On peut ici se demander pourquoi Dieu n'a pas établi aussitôt après le péché d'Adam cette foi que nous avons. 10 Cela peut s'expliquer. Si un riche homme voulait confier les clés de son coffre à un jeune homme, 11 il conviendrait qu'il l'ait d'abord mis à l'épreuve pour s'assurer qu'il n'est ni voleur ni malfaisant. 12 C'est pourquoi Dieu laissa longtemps son peuple vivre selon la loi de nature qui se résumait en deux points: 13 Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrait pas qu'on te fasse; fais ce que tu voudrais qu'on te fasse. 14 Quand Dieu le Père donna sa loi à Moïse, il la lui donna pour lui et pour tous ceux qui voulaient pratiquer ces deux points de la loi de nature. 15 Car personne ne mérite d'être employé chez un riche homme s'il fait aux autres ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fasse et s'il ne leur fait pas ce qu'il voudrait qu'on lui fasse. 16 La loi des juifs, ce n'était qu'une sorte d'enseignement pour leur apprendre à obéir à Dieu, éviter ce qu'il défend et faire ce qu'il prescrit. 17 Et à ceux qui avaient passé toute leur vie en son obéissance comme de bons serviteurs il donna cette précieuse foi de baptême que nous avons: 18 ce furent ses saints apôtres et disciples; c'est à eux qu'il confia les clés de ses trésors. 19 C'est pourquoi il leur dit: "Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis." Et ordinairement on confie plutôt ses secrets à ses amis qu'à ses serviteurs.
20 On trouve donc une explication au fait que Dieu a établi cette précieuse foi qui est la nôtre si longtemps après le péché d'Adam. 21 Les patriarches représentent les fondations de l'Eglise et les prophètes en représentent les murs. 22 Les apôtres sont les belles colonnes sur lesquels repose l'Eglise; les martyrs le beau matériau dont elle est construite. 23 Les saints confesseurs sont la toiture dont elle est couverte; 24 Les vierges et les saints Innocents sont la riche décoration dont elle doit être ornée. 5 Si donc Dieu avait établi dès le début de l'humanité la foi de baptême qui est sa vraie épouse et amie, 26 il aurait ressemblé à celui qui construit sur un marécage, sans fondations solides. 27 Mais Dieu est si sage et si clairvoyant dans toutes ses oeuvres qu'on n'y trouve ni qu'il ne peut s'y trouver rien à reprocher.
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Ms 26 f. 55 v.Le mauvais serviteur; La mère-poule. (Ci 82)
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Le mauvais serviteur (au centre) a refusé de porter la petite charge alors que son maître est lourdement chargé. A droite la mère-poule s'élève en l'air, les ailes étendues, pour défendre ses petits contre l'oiseau de proie qu'on voit prendre la fuite. De même Dieu a étendu ses bras sur la croix pour nous protéger.
Ci 82 Le mauvais serviteur. 1 Le mauvais serviteur refuse de porter une petite charge alors que son maître en porte une lourde. 2 De même Jésus a subi toutes les souffrances et nous refusons de souffrir.
La mère-poule. 3 En étendant ses ailes (sur la croix) il a vaincu le diable comme la mère-poule qui s'élève en l'air contre le milan pour protéger ses poussins. 4 De même Jésus s'est élevé en l'air les ailes étendues pour nous protéger contre les diables.
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Ms 26 f. 57 r.Le tir à l'arc contre le corps du père (Ci 83, 5)
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Un père avait promis à chacun de ses quatre fils qu'il lui léguerait le même bel arbre que tous désiraient. Après sa mort, pour les départager, un juge les invite à lier leur père à cet arbre et à lui tirer une flèche le plus près du coeur. Deux fils le font. Les deux autres supplient le juge de les en dispenser (scène de gauche): on les reconnaît comme les fils légitimes. A droite Jésus en croix est dans la même position que le père lié à l'arbre. Ceux qui tirent contre son corps seront privés de son héritage.
Ci 83 Le legs de l'arbre. Le tir à l'arc contre le père. 1 Ici commence une pieuse fiction qui s'applique à Dieu. 2 Il était un riche homme qui avait quatre enfants. Parmi les richesses qu'il possédait, il avait un arbre que chacun des enfants désirait avoir hors part. 3 Et pour leur faire plaisir il le donna à chacun en particulier: au premier il donna de cet arbre la haut et le bas, au second le vert et le sec, au troisième le bois tordu et le bois droit, au quatrième le bois mort et le bois vivant.
4 Quand leur père fut mort, chacun prétendait avoir l'arbre parce qu'à chacun il en avait donné la totalité. 5 Par ordre d'un juge ils lièrent le cadavre de leur père à l'arbre et il fut convenu et garanti que celui qui avec son arc tirerait le plus près du coeur du père hériterait de l'arbre. 6 Les deux premiers en tirèrent assez près et les deux autres décidèrent qu'ils aimaient encore mieux renoncer à l'arbre que tirer contre leur père. 7 On sut ainsi qu'ils étaient ses vrais fils: ils eurent l'arbre, les deux autres ayant prouvé leur bâtardise.
8 Ce riche homme représente Dieu 9 qui est père de quatre sortes de gens et qui possède tous les biens qui sont sous le ciel et au dessus. 10 Il est propriétaire de l'arbre de cette vie présente et il le donne à qui il lui plaît. 11 Et cet arbre, quatre sortes de gens dont il est père comptent bien l'avoir, en plus des biens du ciel s'ils vivent correctement. 12 Et il le donne à tous les quatre comme le riche homme avait fait pour ses enfants.
13 De cet arbre les grands seigneurs ont le haut et le bas s'ils ne se conduisent pas correctement: 14 Car s'ils font bien leur métier de grands seigneurs, faisant droit à chacun sans léser personne, ils seront encore plus grands au paradis 15 à condition de rendre à Dieu la gloire, la louange et l'honneur de leur rôle. 16 Et s'ils ne le font pas, ils doivent d'avoir en enfer, au lieu de cet honneur terrestre et provisoire, une situation vile et basse pour l'éternité: ils auraient ainsi de l'arbre le haut et le bas.
17 Les jeunes gens et les voluptueux ont de cet arbre le vert; mais ils ne peuvent le prendre en bonne justice, 18 car on ne peut aller de délices en délices: ces gens cueillent leurs fruits avant qu'ils soient mûrs. 19 S'ils ne changent pas de direction, s'ils ne renoncent pas à leurs plaisirs recherchés et transitoires pour l'amour de Dieu, ils auront de cet arbre le vert et le sec, car en enfer on trouve sécheresse et manque de tout bien.
20 Les gens pauvres et bons que l'on écrase, que l'on chasse, qui manquent cruellement de certains biens, s'ils supportent sereinement pour l'amour de Dieu leurs peines, leur pauvreté et leurs manques, 21 ont de cet arbre le tors et le droit, car en supportant pour l'amour de Dieu les ennuis qui sont passagers on gagne le repos du ciel qui est éternel.
22 Ceux, qui pour accomplir les commandements de Dieu et ses conseils, 23 veulent pour son amour se soumettre à la règle d'un ordre religieux, qui veulent user leur corps au service de Dieu et renoncer pour son amour aux agréments terrestres, 24 ceux-là ont de l'arbre le mort et le vif, puisque pour l'amour de Dieu ils se font morts à ce monde dans leur mode de vie et leurs vêtements pour rendre leurs âmes vivantes au ciel éternellement.
25 Comme Dieu voulait que ces quatre sortes de gens puissent être sauvés en usant comme il faut de l'arbre de notre vie présente qu'il voulut être attaché à l'arbre de la croix. 26 Et ceux qui par divers péchés font mauvais usage de cet arbre, ils ressemblent à ceux qui tirèrent sur leur père et le blessèrent au coeur; 27 ils se font bâtards, exclus de l'héritage, à moins qu'ils ne se convertissent par vrai repentir, car en ce faisant ils guériraient les plaies de leur père et celles qu'ils se sont faites à eux-mêmes.
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Ms 26 f. 57 v.Guérison de Longin (Ci 83a)
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Aux deux extrémités de l'image les bourreaux armés de haches viennent rompre les jambes des deux larrons crucifiés avec Jésus. Longin, c'est le soldat armé d'une lance (lonkhé) qui perça le côté de Jésus dont le sang, dit-on, lui rendit la vue. Mais notre Longin, agenouillé au pied de la croix et qui touche ses yeux n'a pas de lance et Jésus n'a pas non plus la blessure au côté dont parle notre texte. On nous expliquera à la fin que Longin a recouvré la vue pour avoir dit (or selon Mt 57,54 et Mc 15,39, c'est un mot du centurion) que Jésus était vraiment le Fils de Dieu. Notre peintre évite de représenter la blessure au côté. Derrière Longin on voit trois saintes femmes nimbées, dont la première, qui porte couronne, doit être sainte Eglise. De l'autre côté saint Jean l'Evangéliste et derrière lui les juifs qui commentent. A leurs pieds, une femme semble effondrée; mais comme elle n'est pas nimbée, nous ne savons qui elle est; le texte n'en parle pas.
Ci 83a Guérison de Longin. 1 Nous sommes inexcusables de ne pas éprouver d'amour, nous autres qui avons l'avantage d'être chrétiens, 2 alors que nous savons qu'un aveugle nous a montré avec le fer d'une lance rouillée la source vive d'amour qui jaillit du coeur de Jésus.
3 L'aveugle qui porta ce terrible coup était chevalier et il avait peut-être vu autrefois; 4 mais il était aveugle pour nous enseigner que les seigneurs, laïcs ou non, qui ôtent leur subsistance aux pauvres qui ne peuvent se défendre 5 ressemblent au chevalier aveugle qui frappa sur la croix l'homme mort qui naturellement ne pouvait se défendre. 6 Tous ceux qui agissent mal envers les membres du Christ blessent Notre-Seigneur. 7 Bien qu'ils soient aveugles, ils peuvent retrouver la vue en restituant s'ils peuvent à ceux qu'ils ont dépouillés; 8 et s'ils n'en ont pas les moyens, ils peuvent retrouver la vue par un vrai repentir, 9 à l'exemple de saint Longin qui, en se repentant et en professant que Jésus était vrai Dieu et vrai homme, retrouva la vue de son corps et de son âme.
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Ms 26 f. 58 v.Le pélican (Ci 84); Le berger paresseux (Ci 85)
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A gauche les trois arbres portant trois nids de pélicans représentent trois actions successives: 1° le pélican attaqué par ses petits les tue. 2° il se perce le côté pour les ressusciter avec son sang. 3° les petits reviennent nourrir leur père jusqu'à sa guérison. Il nous est difficile de dire quelle nourriture ils lui apportent.
A droite un voyageur demande son chemin au berger. Le berger, bâton sous le bras, quelques moutons à ses pieds, lui indique la route d'un signe de tête par paresse d'ôter ses mains de ses poches. De même, nous dit-on, Jésus sur la croix inclinait la tête pour nous montrer le chemin du ciel. Il semble qu'on puisse voir à droite un renard dormant dans sa tanière (alors que Jésus n'avait pas où reposer sa tête).
Ci 84 Le pélican. 1 Parfois, lorsque le pélican revient vers ses petits, ceux-ci l'attaquent et aussitôt il les étrangle. 2 Ensuite il se perce le côté pour les ressusciter avec son sang; et les petits lui rapportent à manger jusqu'à ce qu'il soit guéri. 3 Adam quand il pécha se mit en guerre avec Dieu. 4 Justice le blessa mortellement et Jésus en répandant son sang sur la croix le ressuscita 5 et nous avec lui qui étions morts à cause de ce péché. 6 C'est pourquoi nous tous ensemble et chacun en particulier nous devons pleurer sa mort jusqu'au Jugement. 7 Et ainsi nous le nourrirons comme les petits pélicans nourrissent leur père.
Ci 85 Le berger paresseux. 1 Le berger paresseux indique le chemin avec sa tête à ceux qui le lui demandent, faute d'énergie pour ôter ses mains de ses poches. 2 Jésus-Christ était cloué à la croix: lui qui était le vrai berger, il pencha la tête à droite pour nous indiquer le chemin du ciel par vraie humilité, 3 comme s'il voulait nous dire qu'il avait les mains embarrassées, car elles l'étaient en fait, littéralement. 4 Il voulut incliner la tête à droite en montrant qu'il voulait faire la paix avec nous, bien que ce soit nous qui avions commencé la guerre. 5 Les renards et beaucoup d'autres animaux ont sur terre leur tanière où ils se reposent. 6 Et Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme n'avait rien pour reposer sa tête sur la croix.
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Ms 26 f.59 r.La descente de croix et la mise au tombeau. (Ci 86)
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A gauche Jésus détaché de la croix est reçu dans les bras d'un vieillard (Nicodème ou Joseph d'Arimathie). D'un côté, deux saintes femmes nimbées; de l'autre, saint Jean soutient le corps de Jésus dont les pieds sont encore attachés. A genoux, sans doute Marie-Madeleine.
A droite Jésus est mis au tombeau par Joseph d'Arimathie et un jeune homme (peut-être saint Jean, mais sans nimbe). Derrière le tombeau, deux saintes femmes dont l'une se lamente. L'autre est probablement Marie, qui joint les mains.
Ci 86 La descente de croix et la mise au tombeau. 1 On voit ici Joseph d'Arimathie et Nicodème descendre Jésus de la croix à l'heure de Vêpres 2 et le déposer dans un sépulcre neuf après avoir lavé ses cruelles plaies. 3 Pourquoi le mirent-ils dans un sépulcre neuf? C'est parce qu'ils ne voulaient pas que les juifs puissent dire 4 qu'il était ressuscité par le mérite de celui qui y aurait été déposé avant lui et non par son propre mérite. Il y fut déposé à l'heure de Complies.
5 On voit ici que sa malheureuse mère, qui tant de fois l'avait embrassé de son vivant, l'embrassa mort dans le sépulcre. 6 Nous voudrions l'avoir veillé toute la nuit, comme nous faisons quand nous perdons un ami. 7 Et, bien que nous n'y ayons pas été, il convient que nous portions son deuil comme si nous y avions été présents. 8 Car il avait souffert pour notre profit à nous qui venons bien après, autant que pour le profit de ceux qui y étaient présents.
Ci 86a Horloge de la Passion. 1 Notre-Seigneur fut arrêté à Minuit et traîné devant plusieurs juges entre Minuit et Prime. 2 Il fut ramené devant Pilate à Prime et battu au poteau entre Prime et Tierce. 3 Puis Pilate le fit vêtir de pourpre et asseoir sur une chaise, un roseau à la main et couronné de la couronne d'épines comme un roi de comédie, en disant: "Voici votre roi." 5 Pilate faisait cela pour que les juifs s'en contentent; et comme ils ne s'en contentèrent pas, il les en laissa décider, comme nous l'avons montré plus haut. 6 Il fut condamné à la croix à l'heure de Tierce et fut crucifié à Midi. 7 Il parla sept fois suspendu sur la croix entre Midi et None, comme on le raconte ailleurs dans ce livre. 8 Il mourut à l'heure de None et eut le côté percé par Longin entre None et Vêpres; 9 il fut descendu de la croix par Joseph et Nicodème à l'heure de Vêpres; on lui lava ses cruelles plaies entre Vêpres et Complies; et il fut mis au sépulcre à l'heure de Complies.
10 Et parce qu'à toutes ces heures il a subi pour nous ces souffrances, notre mère sainte Eglise qui est sa vraie épouse et amie 11 a chargé ses fils et ses filles de le louer à chacune de ces heures où il souffrit pour nous. 12 C'est pourquoi nous autres, en commun ou en privé, nous devons tous, clercs ou laïcs, chanter pieusement ses louanges à toutes ces heures et compatir aux souffrances qu'il a endurées; 13 car celui qui chante ou récite tous les jours l'office, au choeur ou à l'extérieur, sans éprouver de compassion, il prend les choses trop à la légère. 14 Dieu veuille nous accorder la grâce de nous en acquitter désormais mieux que par le passé.
Ci 87 Les bontés de Dieu pour nous. 1 On énumérera ici un certain nombre de faveurs que Dieu nous a faites et que nous devons nous garder d'oublier. 2 Dieu nous fit pour que nous l'aimions; il s'abaissa pour que nous montions; il fut homme pour nous ressembler; 3 il fut petit pour nous grandir; il fut pauvre pour nous recueillir; il jeûna quarante jours et quarante nuits pour nous donner l'exemple de la pénitence. 4 Il eut faim pour nous rassasier; il voulut être tenté pour nous donner courage. 5 Il prêcha plus d'une fois de sa propre bouche afin de nous enseigner sa foi. 6 Il voulut être vendu pour nous racheter; il nous donna son corps au saint sacrement de l'autel pour demeurer éternellement avec nous. 7 Il pria son Père du ciel le soir du Jeudi Saint pour nous obtenir la grâce. 8 Ce soir-là il sua le sang pour mettre un terme à notre maladie de péché. Il fut emprisonné pour nous libérer de prison. 9 Il voulut avoir les yeux bandés pour ouvrir les yeux de nos intelligences. 10 Il fut mené devant plusieurs juges pour nous préserver des puants jugements d'enfer. Il fut dépouillé de ses vêtements pour nous rendre la robe d'innocence qu'Adam nous avait perdue. 11 Il fut lié pour nous délier des liens de péché. Il fut battu au poteau pour nous éviter les châtiments éternels de l'enfer. 12 Il fut couronné d'épines pour nous couronner de gloire au ciel. 13 Il porta sa croix pour nous apprendre à porter la croix de la pénitence. Il fut crucifié pour nous sauver. 14 Il fut élevé en l'air tout nu sur la croix pour nous apprendre à nous abaisser. Il fut blessé pour nous guérir. 15 Il fut traité avec mépris pour nous rendre la dignité. Il mourut dans la honte pour nous faire vivre.
16 Toutes ces faveurs qu'il nous a faites doivent être solidement empreintes, scellées, inscrites dans nos coeurs sans plus jamais s'en effacer. 17 Car ce sont des pierres et des catapultes, des portes et des barres de fermeture, et des boucliers solides pour nous défendre contre toutes les attaques du diable. 18 Car si nous gardions en mémoire tout ce qu'il a fait pour nous, combien il nous aime et combien nous lui avons coûté, 19 nous éviterions très soigneusement de transgresser ses commandements. 20 Car il est notre gardien et notre intermédiaire dans toutes nos difficultés.
Ci 88 Le Christ-moyen. 1 Voici toutes les manières où Jésus a été "moyen" pour notre amour. 2 Il fut moyen (c'est à dire central) dans le sein de sa mère. Il le fut aussi dans la crèche des deux bestiaux. 3 Il le fut encore entre sa mère et les bergers. Il le fut à sa circoncision, au milieu des officiants. 4 Il le fut entre sa mère et les rois mages. Il le fut entre sa mère et le vieillard Siméon. 5 Il le fut entre sa mère et les docteurs de la loi quand elle le retrouva au temple. 6 il le fut aux noces de Cana quand il changea l'eau en vin. Il le fut entre Moïse et Elie à sa Transfiguration. 7 Il le fut chez Simon le pharisien quand il pardonna à Marie-Madeleine ses péchés. 8 Il le fut parmi ses disciples à la Cène. Il le fut parmi ceux qui jouaient à colin-maillard à ses dépens. 9 Il le fut entre les deux bourreaux qui le flagellèrent au poteau. Il le fut au milieu du jour où il fut crucifié (à midi). 10 Il le fut encore en se faisant crucifier au centre du monde ou à peu près. Il le fut sur la croix entre les deux larrons. 11 Il fut au centre de son sépulcre. Il fut au milieu entre les deux pélerins d'Emmaüs, le soir de Pâques. 12 Ce même jour, il fut au milieu de ses disciples quand il leur apparut en disant: "Paix à vous". 13 Il était au centre le jour de l'Ascension quand il s'éleva au ciel du milieu de ses disciples. 14 Il était intermédiaire le jour de la Pentecôte quand selon sa promesse il envoya le Saint-Esprit à ses apôtres et disciples pour les échauffer de son amour et leur apprendre toutes les langues. 15 Il est au centre de la Trinité. Il est et sera éternellement intermédiaire entre Dieu le Père et le genre humain.
16 C'est pourquoi il est écrit: "Bienheureux ceux qui tiennent le juste milieu." et aussi: "La vertu se situe au milieu." Car il est le total de toutes les vertus. 17 Aimons-le donc parfaitement. Si nous le faisons, nous tiendrons le juste milieu. 18 Ainsi il nous aura tous et nous l'aurons tous.
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Ms 26 f. 62 v.Multiplication des cinq pains (Ci 88a)
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A gauche Jésus derrière de grandes corbeilles recueille les restes de pain quand tout le monde a mangé. Au centre, le premier personnage de la foule, celui qui offre un plat au disciple, doit être cet enfant qui avait apporté cinq pains et deux poissons. Notre texte précise que les gens sont assis sur le foin; l'image nous montre une nappe étendue sur leurs genoux (ou devant?) et le geste de leurs mains exprime l'admiration.
Ci 88a Multiplication des cinq pains. 1 Quand un peintre prépare un bon tableau, il le dessine d'abord avant d'y étaler les précieuses couleurs. 2 Tout ce que Jésus a fait et déclaré avait une signification dans le passé, le présent ou l'avenir et parfois même dans ces trois temps. 3 A cause des miracles qu'il faisait en ressuscitant les morts, en guérissant les malades, en nourrissant les pauvres, 4 pour voir ces miracles comme pour entendre son enseignement, trois sortes de gens le suivaient: 5 les uns pour profiter de lui, d'autres pour le critiquer, les autres pour l'écouter.
6 Le jour où il multiplia les cinq pains, il demanda à saint Philippe pour l'éprouver 7 avec quoi on nourrirait cette foule de gens qui le suivaient. 8 Il répondit: "Deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun en ait une bouchée." 9 Jésus aurait pu lui répondre s'il avait voulu: 10 "Après ce repas matériel que je veux faire ici, 11 j'en ferai spirituellement un si grand que tout le monde en sera rassasié si sa mauvaise volonté ne le retient." 12 Et pourtant Judas donnera pour trente deniers celui dont on fera ce repas spirituel.
13 Dans cette foule en question il y avait un enfant qui avait apporté cinq pains et deux poissons pour son casse-croûte. 14 Depuis, cet enfant devint un de ses bons disciples et on l'appelle saint Memmie de Châlons. 15 Cet enfant symbolisait la vierge Marie qui garda toute sa vie pureté et innocence, 16 par qui nous vint Jésus que représentaient les cinq pains d'orge et les deux poissons, qui par nature sont froids; 17 car elle le porta et enfanta vierge, sans aucune chaleur ni le moindre péché; et il fut arrêté comme on prend les poissons. 18 En effet on attrape les bêtes sauvages pour les dégâts qu'elles font ou bien pour les manger, 19 tandis que les pécheurs ne prennent pas les poissons pour les dégâts qu'ils font; mais pour gagner leur vie. 20 C'est de cette façon que fut arrêté Jésus, qui ne pouvait pas faire le mal ni même le désirer; 21 mais la valetaille qui se saisit de lui sans motif fit comme les pécheurs: ils y gagnèrent leur vie. 22 En effet la plupart d'entre eux se convertirent et furent sauvés parce que Jésus avait sauvé pour eux son Père du ciel.
23 Les cinq pains, qui étaient d'orge, annonçaient que ses cinq plaies seraient plus cruelles que les autres; 24 car si on donnait une seule gifle à un roi, ce serait un affront plus grave que quatre gifles à un pauvre particulier. 25 Et de fait, ces cinq plaies furent laides et très cruelles.
26 Quand saint Philippe eut répondu à Jésus que deux cents deniers de pain ne suffiraient pas, 27 celui qu'on appelle le plus gentil des saints, à savoir saint André, 28 dit qu'il y avait dans la foule un enfant qui avait cinq pains et deux poissons, mais que ce ne serait rien pour tant de gens. 29 Il représentait l'Amour qui fit descendre Jésus du ciel sur la terre pour y mourir.
30 Jésus leur commanda de s'asseoir sur le foin: cela signifie que personne ne mériterait d'être nourri au grand repas de sa Passion 31 s'il ne reconnaissait être de nature aussi fragile que le foin qui au matin est vert et au soir foin. 32 Nous devons donc tous reconnaître notre humble condition devant Dieu, nous qui sommes d'une condition encore plus fragile que le foin: 33 car nous pouvons être un jour en bonne santé et le lendemain puants et pourris, tandis que le foin sent bon.
34 Quand ils furent rassasiés, Jésus dit: "Recueillez les restes pour les mendiants; que ce ne soit pas gaspillé." 35 Il faut comprendre qu'il commandait à ses disciples de retenir ses actes et ses paroles pour nous nourrir et nous faire entrer dans sa foi, 36 nous qui sommes venus plus tard et ceux qui viendront jusqu'au Jugement dernier. Et ils lui obéirent. 37 Les douze corbeilles pleines qui restèrent de ce repas représentent les douze articles de la foi qui se succèdent à partir de la sainte Trinité 38 et de sa vie en détaillant sa Nativité, sa Passion et sa glorieuse Résurrection. 39 Ces douze articles, il nous les a donnés par ses disciples pour régler notre vie religieuse. 40 Car si nous ne croyons pas tout, nous ne croyons pas assez; et si nous croyons davantage, nous croyons trop.
41 S'il nourrit cinq mille hommes (sans compter les femmes et les enfants) avec ces cinq pains et ces deux poissons, 42 c'était pour nous dire que les hommes de bonne volonté de cinq mille ans et plus, jusqu'au Jugement, seront tous sauvés par sa Passion si toutefois ils n'y font pas obstacle, car ce n'est pas Dieu qui sera défaillant.
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Ms 26 f. 64 r.Capture de la licorne (Ci 89)
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La licorne, dont la corne pointe vers la droite, est appuyée comme un chien sur les genoux d'une des jeunes filles qui l'ont attirée par leur chant. L'autre jeune fille la perce d'un épieu. Le coffre-banc, qui permet à la jeune fille de s'asseoir pour recevoir la licorne "en son giron" montre que le peintre a oublié que la scène se passe dans les déserts.
Ci 89 Capture de la licorne. 1 Pour capturer une licorne, deux pucelles vont chantant par le désert. 2 La licorne, captivée par la douceur de leur chant, s'endort au giron de l'une d'elles. 3 La seconde prend un glaive et la tue; et la première, sur laquelle elle s'est endormie, recueille son sang. 4 Ce sang sert à teindre les étoffes précieuses; on dit même qu'il n'y a pas de plus belle soie que celle que l'on a teinte avec du sang de licorne ou d'éléphant.
5 Ces deux pucelles représentent la loi des juifs et notre mère sainte Eglise, au giron de qui Jésus-Christ s'endormit, séduit par leur chant. 6 La loi des juifs le tua par le glaive de sa haine et notre mère sainte Eglise, au giron de qui elle s'endormit, en recueille. 7 Avec ce sang ont teint leurs vêtements ceux qui au ciel suivent l'agneau, c'est à dire les martyrs et les Innocents. 8 Et tous ceux que ce sang a rachetés y doivent souvent teindre leur coeur en méditation compatissante; 9 personne ne devrait s'en abstenir, car c'est le chemin le plus court et le plus sûr pour aller au ciel.
Ci 90 Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez. 1 Jésus dit à ses disciples bien longtemps avant sa Passion: 2 "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez . 3 Des rois et des princes ont désiré entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu, voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu." 4 Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez, voici comment il faut comprendre ces mots: 5 Quand nous entendons chanter la nuit de Noël qu'un enfant nous est né, un fils nous est donné et que nous voyons le corps de Jésus-Christ au saint sacrement de l'autel, 6 nous entendons et nous voyons ce que les gens de l'Ancien Testament ne pouvaient entendre ni voir. 7 Aussi sommes-nous encore plus tenus qu'eux à aimer Dieu. 8 Nous avons deux yeux qui voient les choses présentes; nous en avons aussi deux au coeur qui voient le passé et l'avenir. 9 C'est de ces deux yeux-là que regardaient les apôtres quand Jésus leur dit: "Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez." 10 Il voulait dire que ceux qui regarderaient avec autant de sagesse que les apôtres partageraient avec eux la bénédiction éternelle.
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Ms 26 f. 65 r.Le plus grand commandement (Ci 90, 11-15)
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A gauche un groupe de neuf apôtres nimbés sont assis sur un banc avec Jésus qui répond à un juif debout. A droite, c'est la début de la parabole du Bon Samaritain: Un homme (dont on voit tout juste une main pendante) est dépouillé par deux voleurs; l'un lui enlève son manteau en le lui passant par dessus la tête, l'autre semble lever la main pour le battre.
Ci 90, 11-15 Le plus grand commandement. 11 A ce moment-là un docteur de la loi demanda à Jésus quel était le plus grand commandement de la loi. 12 Il répondit: "Qu'y a-t-il d'écrit dans ta loi? - Il y est écrit: 13 Aime Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée, de toute ta force, et autant ton prochain que toi-même." 14 Jésus lui dit: "Fais cela et tu vivras." Le docteur de la loi lui demanda: "Seigneur, qui est mon prochain?" Jésus répondit:
15 "Un homme allait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba aux mains de voleurs qui le dépouillèrent, le blessèrent et le laissèrent à demi mort."
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Ms 26 f. 65 v.Le bon samaritain (Ci 90, 16-47)
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La victime des voleurs de l'image précédente est étendue par terre. Deux personnages tonsurés sont passés dignement sans le regarder. Au centre de l'image, le bon samaritain a placé la victime devant lui sur son cheval. A droite il le confie à l'aubergiste en lui remettant une bourse pour qu'il prenne soin de lui. On notera la différence de taille entre ces trois personnages.
Ci 90 le bon samaritain 16 Par là passa un prêtre, qui n'eut pas pitié de lui; un diacre qui passa ensuite n'en fit pas plus. 17 Un samaritain passa par là, qui eut pitié du blessé, versa sur ses plaies du vin et de l'huile et le plaça devant lui sur sa monture. 18 Il le confia au chef d'étape en disant: "Mon ami, aie soin de ce blessé. Voici deux deniers, et si tu dépenses davantage, je te rembourserai à mon retour." 19 Dites-moi, maître, qui fut le plus prochain du blessé: le prêtre, le diacre, ou le samaritain?" 20 "Celui qui eut pitié de lui fut le plus prochain, dit le maître. - Faites-en donc autant à tous ceux qui auront besoin de vous, répondit Jésus."
21 Il faut interpréter cette parabole. L'homme qui allait de Jérusalem à Jéricho, c'est Adam; 22 car quand il fut créé par la Trinité, il fut fait en vision de paix, et c'est ce que signifie Jérusalem. 23 Quand il eut péché il passa de Jérusalem à Jéricho, qui signifie vallée de péché. 24 Il tomba aux mains des diables qui le dépouillèrent de la robe d'innocence, le blessèrent de plusieurs péchés mortels 25 et le laissèrent à demi mort; car quand nous avons péché mortellement, bien que nous serions damnés si nous mourions en cet état, 26 nous ne sommes pourtant pas entièrement morts et pouvons être ressuscités par un vrai repentir et une bonne confession; c'est pourquoi il demeura à demi mort. 27 Les patriarches qui vinrent ensuite, Abraham, Isaac, Jacob et les autres patriarches, si saints qu'ils aient été, 28 ne purent cependant guérir Adam de sa maladie de péché, parce qu'ils n'apportaient pas la clé d'enfer pour l'en délivrer, ni celle de paradis pour l'y faire entrer. 29 Vinrent ensuite les prophètes, qu'on appelle ici diacres parce que, quand un évêque ordonne un diacre, il lui dit: "Fils, reçois le Saint-Esprit." 30 Et bien que les prophètes aient eu le Saint-Esprit, ils ne purent guérir Adam de sa maladie.
31 Ensuite vint Jésus de si haut que le sein de son Père sur la terre. 32 Il se donne ici le nom de samaritain, car samaritain signifie gardien et il était venu pour retrouver et réparer ce qui avait été mal gardé. 33 Il eut, lui, pitié d'Adam et lui versa sur ses plaies du vin et de l'huile quand il blâma les péchés avant de les pardonner. 34 C'est ce que signifie la crosse d'un prélat, qui est aiguë par le bas et crochue par le haut, pour attirer le pécheur avec douceur: on doit le piquer en lui montrant le danger de son péché, 35 et ensuite le traiter doucement en lui donnant l'absolution et en lui représentant la bonté de Dieu et sa miséricorde qui ne peut être mesurée. 36 S'il porta le blessé devant lui sur sa monture, nous devons penser à son corps humain qui trente-deux ans supporta la pénitence et la souffrance pour l'amour de nous; 37 et nous en profiterons si nous n'y mettons pas d'obstacle, car la monture travaille pour son maître.
38 Ainsi Jésus-Christ fut notre monture et son Père du ciel l'envoya travailler pour nous. 39 Et ce fut une des raisons pour lesquelles il pencha la tête sur la croix, comme s'il voulait nous dire: 40 "Je suis fort chargé, car je porte sur mon dos les péchés de tout le genre humain." Il porta donc le blessé sur sa monture. 41 Ensuite il nous confia à la garde de saint Pierre et de tous ceux qui ont la gérance de l'Eglise. Il les appelle ses chefs d'étape comme il nous appelle ses brebis, 42 car de même que la brebis laisse son fumier à l'étape, nous devons laisser nos péchés au confessionnal; 43 celui qui les en rapporte n' a pas su en tirer profit, il n'est pas une vraie brebis du Seigneur. 44 Les deux deniers qu'il donna au chef d'étape, c'est connaissance du bien et du mal; ou bien c'est l'Ancien Testament et le Nouveau. 45 S'il dit: "Et si tu y dépenses plus que les deux deniers, je te rembourserai à mon retour," 46 c'est que, quand il reviendra tenir son Jugement, chacun sera glorieusement payé selon ses actes. 47 Pas plus qu'il n'oubliera les méchantes ouvres des damnés il n'oubliera les bonnes oeuvres des élus.
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Ms 26 f. 67 v.L'eau de l'oiselet (Ci 91)
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Deux maîtres juifs préparent cette eau rituelle. L'un des deux oiseaux a été immolé dans le bassin. L'autre, baigné dans l'eau a été libéré et s'envole. A droite on voit un lépreux, que cette eau (prescrite par le Lévitique 14,5) servait à purifier.
Ci 91 Préparation de l'eau purificatrice des lépreux. 1 Dans l'Ancien Testament on prenait deux petits oiseaux, on en tuait un et on faisait couler son sang dans un bassin d'eau claire. 2 Avec ce sang on mouillait une aile de l'autre petit oiseau, qu'on laissait s'envoler: on se servait de ce sang mélangé à l'eau pour la guérison des lépreux.
3 L'eau claire signifiait dans les vues de Dieu le baptême qui doit son efficacité au sang répandu sur la croix. 4 L'oiseau qu'on libérait après avoir plongé son aile dans le sang signifie la divinité de Jésus qui dans sa Passion ne souffrit rien et ne peut souffrir. 5 On en guérissait les lépreux en signifiant que l'eau du baptême tirerait son efficacité de la Passion. 6 Car tout comme cette eau guérissait la lèpre du corps, l'eau du baptême guérirait encore plus parfaitement la lèpre des âmes.
7 Nous devons croire fermement que si un juif ou un païen avait passé toute sa vie (soixante ans ou plus) dans les plus affreux péchés 8 et qu'en grande foi il reçoive le baptême en se repentant de ses péchés et en se proposant de vivre en bon chrétien, 9 si par hasard il trouvait la mort dans un accident ou si quelqu'un le tuait sans raison, 10 le baptême qu'il aurait reçu a tant de puissance qu'il irait au paradis sans délai de pénitence, 11 tant est grand le pouvoir que le baptême tient du sang de Jésus-Christ.
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Ms 26 f. 68 v.L'agneau mystique (Ci 92)
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A droite, l'agneau mystique au nimbe crucifère, qui porte une croix en guise de lance à l'enseigne déployée, représente Jésus qui a vaincu la mort en mourant lui-même.
A gauche, combat de deux animaux qui rappellent la licorne du folio 64... En effet, il n'était pas facile de peindre un combat dans lequel l'agneau tue la mort.
Ci 92 La victoire sur l'enfer. 1 Jésus est l'agneau auquel notre mère sainte Eglise fait allusion dans la préface de Pâques. 2 C'est lui qui, à ses propres dépens, a détruit les péchés du monde quand par sa mort innocente il a détruit notre mort, 3 en accomplissant la parole d'Osée le prophète qui avait annoncé qu'il mordrait enfer: c'est ce qu'il fit.
4 Quand une fourmi mord une pomme, elle en laisse plus qu'elle n'en emporte. 5 De même, il ne fit sortir d'enfer que ses élus: Cela ne tenait pas à son impuissance, mais à la mauvaise volonté des autres. 6 Car personne n'est damné que par sa faute.
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Ms 26 f. 69 r.Un père paie les dettes de son fils (Ci 93)
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La tour-porte à gauche représente l'auberge; le cercle pendu à un bâton au dessus de l'image signifie qu'il y a du vin à vendre (Cf. folio 131r.). L'aubergiste est sorti et son index rappelle la dette du fils: trois deniers. Le père donne une pleine bourse d'argent, ce qui est beaucoup trop. Moralité: Dieu a racheté les hommes avec la même générosité.
Ci 93 Les mérites surabondants de la Rédemption. 1 Jésus-Christ est semblable à un grand personnage 2 qui pour trois deniers que son fils avait dépensés donna à l'hôte une pleine bourse d'argent. 3 Car s'il n'avait répandu qu'une goutte de son sang, c'était suffisant pour racheter le monde; mais il voulut le verser entièrement. 4 C'est sur cette libéralité folle de Dieu que sont fondés les sept sacrements de l'Eglise et spécialement l'efficace sacrement de confession. 5 Le sang qu'il répandit à la Circoncision, le sang des saints innocents et de saint Jean-Baptiste, 6 la surabondance de son sang sur la croix, le sang des martyrs, le grand mérite des confesseurs et des vierges, 7 c'est là que sont prises les indulgences que l'Eglise dispense, le pape d'abord et les prélats après lui. 8 Du trésor de confession le pape détient la maîtresse clef et chaque prêtre un loquet, 9 car la sainte Eglise retient les cas graves à bon escient, mais à l'article de la mort tous leurs pouvoirs sont égaux.
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Ms 26 f. 69 v.Le parcheminier (Ci 94)
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A gauche le parcheminier gratte son parchemin tendu dans un cadre en prenant grand soin de ne pas le percer. A droite un saint homme en extase demande à Dieu de lui révéler le nombre des plaies de Jésus (la réponse fut: 5470). Etant donné qu'un seul accroc dans un parchemin lui ôte toute valeur, Dieu ferait un mauvais parcheminier.
Ci 94 Exemple du parcheminier. 1 Si le parcheminier perçait son parchemin, il ne pourrait le vendre, il devrait en faire cadeau. 2 Bien que Jésus ait su toute chose, il nous a laissé croire qu'il ne savait pas faire le parchemin. 3 Car il fut maltraité et étiré sur la croix à la façon dont le parcheminier étire son parchemin, mais il ne lui resta pas de peau sans blessure.
4 Il y eut un jour un saint homme qui priait pour savoir le nombre de ses plaies. 5 Une voix du ciel lui répondit: "Calcule le nombre de jours qu'il y a dans quinze ans: tu en sauras le nombre." Cela fait cinq mille quatre cent soixante-dix. 6 Cela montrait bien qu'il ne savait pas faire le parchemin. 7 Il voulut être étiré sur la croix comme pour être mis en vente, 8 mais il était tellement rompu, percé, déchiré, que personne ne voulut ni ne veut encore l'acheter. 9 Et comme on ne veut pas l'acheter, il est disposé à se donner à tous ceux qui veulent le recevoir, 10 car il a bien plus à donner que nous n'oserions demander 11 et il est plus désireux de se donner à nous que nous de le recevoir.
Ci 95 Les quatre spécialités de Dieu. 1 Il y a quatre choses que Dieu aime faire: 2 aimer, donner, pardonner, récompenser. 3 Il lui plaît d'aimer ses amis, de leur donner ce qu'ils demandent, 4 de pardonner leurs torts et de leur donner leur récompense. 5 Bien qu'il sache et puisse faire n'importe quoi, ce sont les quatre choses qu'il aime le mieux faire. 6 Ce sont les quatre métiers de Dieu, dont il est le spécialiste.
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Ms 26 f. 70v.Le lion ressuscite ses lionceaux ( Ci 96)
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A gauche, la lionne regarde son lionceau tout blanc, inanimé. Mais le troisième jour le lion se penche sur lui et son rugissement lui rend la vie. Au centre, Jésus ressuscité sort de son tombeau. A droite, les gardes dorment profondément.
Ci 96 Le lion ressuscite ses lionceaux. 1 Quand la lionne veut faire ses petits, elle vomit un morceau de viande et elle monte la garde auprès de lui pendant trois jours. 2 Au bout de trois jours, selon la volonté de Dieu, le rugissement du lion en fera un lionceau vivant. 3 C'est là une figure de la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 4 Car de la même façon son corps resta trois jours humainement mort et couché dans le sépulcre, 5 gardé par notre mère sainte Eglise qui était dans le coeur de ceux qui l'y déposèrent pieusement.; 6 et au bout de trois jours le puissant lion Dieu le Père ressuscita son cher Fils à l'insu des trois soldats qui le gardaient.
7 Le troisième jour, il apparut cinq fois selon l'évangile, vraiment ressuscité. 8 C'est pourquoi le prêtre en disant la messe se retourne cinq fois vers l'assistance comme le prescrit notre mère sainte Eglise.
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Ms 26 f. 71 v.La noble veuve (Ci 97)
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La noble dame est couchée en son lit et montre à ses cinq enfants l'écu de feu son mari qui par sa bravoure lui a reconquis son héritage. Cette dame figure sainte Eglise honorant la mémoire de la Passion du Christ. L'écu est chargé de tous les "instruments" de la Passion. Ce sont les tenailles et les trois clous du crucifiement, la main qui donna la gifle, un vase (= vin mêlé de fiel?), la couronne d'épines, le bandeau que les gardes avaient mis sur les yeux de Jésus, l'échelle de la descente de croix qui partage verticalement l'écu, la lance de Longin, l'éponge qui fut présentée au crucifié, les menottes, le marteau du crucifiement et le fouet de la flagellation.
Ci 97 Le fils de roi qui rétablit une dame veuve. 1 Il était une dame veuve que ses ennemis voulaient dépouiller de son fief. 2 Le fils du roi, ému de pitié, l'épousa et entreprit de défendre son fief. 3 Il eut tant à faire qu'il mourut au combat, non sans avoir reconquis ce qu'on lui avait pris et remporté une victoire décisive.
4 Son écu portait d'argent billeté d'azur à cinq rosettes de gueules. 5 Quand la noble dame sut que son cher seigneur et époux était mort pour défendre son droit, 6 elle prit l'écu de son mari et le suspendit avec toutes ses armes devant son lit. 7 Et chaque fois qu'elle les voyait, elle pensait à la noble conduite de son mari 8 qui avait trouvé la mort en lui défendant son fief: cette pensée la faisait pleurer. 9 Et elle recommandait à ses enfants de graver dans leur coeur les armes de leur cher père qui avait été tué en défendant leur héritage.
10 Cette noble dame veuve, c'est notre mère sainte Eglise qui était au pouvoir des païens 11 quand le fils du roi du ciel Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme vint du sein de son Père sur la terre 12 et pour rendre à sainte Eglise la noblesse de sa condition libre, il voulut l'épouser 13 quand il reçut le baptême de saint Jean-Baptiste dans le Jourdain à l'âge de vingt-neuf ans et treize jours. 14 Et ensuite, pour restaurer les droits de sainte Eglise, il fut cruellement mis à mort dans sa Passion et lui vainquit tous ses ennemis.
15 C'est pourquoi notre mère sainte Eglise nous prie, nous ses enfants, de graver cet écu en nos coeurs 16 et nous garantit que si nous l'y gravons nous vaincrons tous nos ennemis, nous serons victorieux dans tous nos combats. 17 On y trouve en effet tous les outils qui servirent au crucifiement de Jésus-Christ. 18 Nous devons nous souvenir de l'écu billeté d'azur aux cinq rosettes de gueules. 19 Car ce sont les méchants coups qu'on lui donna, dont certains lui ont laissé des marques et des meurtrissures. 20 Et les cinq rosettes sont les cinq cruelles plaies qui doivent être définitivement gravées dans le coeur des vrais fidèles.
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Ms 26 f. 72 r.Le bouc émissaire. (Ci 98)
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A gauche s'enfuit parmi les rochers de la montagne le chevreau chassé à coups de bâtons par deux jeunes gens. Il est possible qu'il porte lié autour de ses cornes un écrit où sont consignés les péchés du peuple. A droite un prêtre juif s'apprête à immoler l'autre chevreau sur un autel drapé.
Ci 98 Le bouc émissaire. 1 Pour expier leurs péchés les juifs chassaient dans le désert un chevreau portant un écrit où étaient notés tous leurs péchés 2 et ils en sacrifiaient un autre sur leur autel. Ils se considéraient alors comme délivrés de leurs péchés.
3 Quand Jésus fit sa pénitence au désert et quand plus tard il fut crucifié, 4 il accomplit les sacrifices que ces deux chevreaux figuraient. 5 Car tout ce qu'on lit dans l'Ancien Testament n'est que figures annonçant notre foi.

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Ms 26 f. 72 v.Le serpent d'airain. (Ci 99)
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A gauche, dans le désert, les israélites mordus par les serpents murmurent contre Moïse.
A droite Moïse leur prescrit de lever les yeux pour se guérir vers le serpent d'airain qu'il a suspendu à une perche.
Ci 99 Le serpent d'airain. 1 Quand les enfants d'Israël allaient par les déserts, ils étaient piqués par les serpents et beaucoup en mouraient. 2 Dieu dit à Moïse de suspendre un serpent d'airain sur une perche 3 et tous ceux qui seraient piqués par les serpents seraient guéris en regardant ce serpent d'airain. 4 Ce serpent figure Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié comme un pécheur. 5 Il fut donc le serpent sans venin. Car, de même que le serpent d'airain semblait venimeux et ne l'était pas, 6 de même Jésus fut crucifié comme un pécheur et il était pur et innocent. 7 Et chaque fois que nous le regarderons en éprouvant de la compassion pour ses souffrances, 8 Nous y trouverons la guérison des piqûres des serpents venimeux de l'enfer.
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Ms 26 f. 73 r.Le phénix (Ci 100)
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Le personnage de gauche doit être le naturaliste qui enseigne les moeurs du phénix. Au centre, un feu flambant, au travers duquel on distingue la silhouette d'un gros oiseau chargé de plumes. A droite de ce feu apparaît le nouveau phénix, rajeuni. Le personnage de droite peut être le disciple qui admire l'enseignement du maître, ou bien le pécheur qui grâce à la Rédemption a retrouvé la robe d'innocence.
Ci 100 Le phénix. 1 Quand le phénix est devenu vieux, il se brûle sur un feu de sarments et de bois précieux; et le troisième jour il apparaît tout rajeuni.
2 Jésus-Christ fut grillé et rôti sur la croix au feu de son amour déraisonnable et en l'ardeur de sa charité, 3 pour effacer et détruire la vieillesse et la ruine de nos péchés et en nous renouvelant la robe d'innocence qu'Adam avait perdue pour lui et pour nous. 4 Il fut donc le vrai phénix qui au troisième jour apparut ressuscité.
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Ms 26 f. 73 v.La saignée au calme; la tourterelle; le rossignol; le renard (Ci 101)
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Le patient qui se fait saigner près du feu tient un bâton comme plus haut (f. 53 v.), mais il tient lui-même le vase dans lequel coule son sang. Le "bon maître" chirurgien est ici réduit au rôle de spectateur.
L'oiseau perché sur une branche sèche pourrait être la tourterelle veuve de Ci 101,4. Mais, puisque le renard attend dessous pour le manger, il représente plutôt le rossignol qui meurt de plaisir en s'entendant chanter.
Ci 101 La saignée, la tourterelle, le rossignol. 1 Les gens de bon sens se font saigner de préférence dans une pièce calme et bien chauffée, par un bon médecin qui y voit bien clair et qui a une lancette bien aiguisée. 2 Bien que Jésus sache tout, il fit comme s'il ne connaissait rien à la saignée, 3 car il se fit saigner tout nu, en plein vent, de la main d'un aveugle, avec une lance rouillée.
4 Quand la tourterelle a perdu son compagnon, elle ne se posera plus jamais sur une branche verte. 5 Quand nous savons ce que Jésus a souffert pour notre amour, son souvenir doit nous rester présent toujours.
6 Il mourut en criant "J'ai soif." De même le rossignol meurt du plaisir de son chant. 7 Il avait soif de nous abreuver de sa grâce. 8 Mais de même qu'après sa mort le rossignol est mangé par le renard, de même mangent Dieu et le dévorent, le poignardent, le crucifient, l'étranglent honteusement et pour leur propre dommage 9 ceux qui dans leur colère jurent par sa mort ou par n'importe quoi qui lui appartienne.
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Ms 26 f. 74 r.L'oiseau appelé Caladriz (Ci 102)
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A gauche cet oiseau légendaire regarde le malade qui va guérir. C'est signe de salut.
A droite il se détourne d'un malade qui va mourir. Ainsi Jésus entre les deux larrons.
Ci 102 L'oiseau appelé Caladriz. 1 Il existe une espèce d'oiseau qu'on appelle Caladriz, 2 qui aspire la maladie du malade qui doit guérir et qui se désintéresse de celui qui doit mourir. 3 De la même façon Jésus tourna son visage vers le Bon Larron qui était à sa droite 4 et non vers le mauvais qui méritait de mourir.
5 Et c'est logique, car le Bon Larron devait être sauvé pour trois raisons: 6 La première, c'est qu'il fut baigné, quand il était enfant, dans le bain de l'enfant Jésus 7 à qui ses parents avaient donné l'hospitalité pendant la fuite en Egypte. 8 La seconde, c'est qu'il crut fermement que Jésus suspendu en croix était le vrai Dieu, alors que pas mal de gens l'avaient renié et abandonné. 9 La troisième raison, c'est qu'à l'heure de midi il se trouvait dans l'ombre de Jésus. 10 Jésus pouvait bien le guérir de son ombre en corps et en âme 11 puisque saint Pierre allait plus tard guérir les malades en vertu d'un pouvoir que Jésus lui avait donné. 12 Puisqu'il lui avait donné ce pouvoir, c'est qu'il le possédait lui-même.
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Ms 26 f. 74 v.L'éclipse à la mort de Jésus. (Ci 103)
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Denis d'Athènes consultant ses livres dit aux autres savants qu'il ne peut y avoir d'éclipse ce jour-là selon les lois de la nature. Au centre, probablement l'autel élevé par les athéniens au dieu inconnu. Ce dieu est représenté à la manière des idoles (Cf. f. 19 v. ). A droite saint Denis est en adoration devant cet autel.Ci 103 Prodiges à la mort de Jésus. 1 Le jour où Jésus mourut sur la croix, il faisait beau temps et il ne devait pas normalement se produire d'éclipse de soleil. 2 Et comme à l'heure de cette cruelle mort le soleil perdit sa clarté, les pierres se fendirent et les ténèbres s'étendirent sur la terre, 3 quand le bon philosophe saint Denis d'Athènes vit ces prodiges et que plusieurs maîtres lui demandaient ce qui pouvait s'être passé, 4 il leur répondit: "Ou bien les quatre éléments mentent, ou bien le dieu de la nature souffre".
5 C'est alors qu'il fit faire un autel dans son oratoire, qu'il dédia au dieu inconnu. 6 Et quand il avait pratiqué l'adoration des dieux à la façon de ce temps-là, il venait faire ses dévotions à cet autel. 7 Saint Paul, ou plutôt Dieu par son intermédiaire, le convertit quand il alla en Grèce et Dieu lui donna si grande connaissance de sa perfection que peu après il nous apporta en France la lumière de la foi.
8 Nous devons bien ressentir en nous ce que Jésus sentit en lui pour nous, 9 quand le soleil en perdit sa clarté, que les pierres se fendirent, que les sépulcres s'ouvrirent, que plusieurs morts ressuscitèrent, 10 et que le bon saint Denis qui était païen fut converti par les prodiges qu'il vit.
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Ms 26 f. 75 r.L'éléphant en bataille (Ci 104)
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Un éléphant qui ressemble à celui du folio 50r. avec la même trompe, mais qui a en plus deux défenses dirigées vers le haut, garde son calme dans la bataille alors qu'on souhaite qu'il attaque. Un petit personnage au centre lui présente un objet qui selon le texte devrait être du sang ou du vin rouge. Les mouvements des soldats qui brandissent leur épée nous semblent de vaines bravades (seul l'arc pourrait être efficace). On peut se demander ce que sont les objets ronds que tiennent le premier et le troisième soldat en haut de la tour: des pierres ou une gourde de vin?
Ci 104 L'éléphant en bataille. 1 L'éléphant est une bête paresseuse et ne veut rien faire au combat avant d'avoir vu couler le sang. 2 C'est quand il a vu du sang ou du vin rouge répandu qu'il déploie sa force au combat. 3 Nous sommes lents à bien faire, mais nous ne devons pas être plus paresseux que l'éléphant. 4 Nous devons avec plus de raison que lui nous consacrer à bien faire sans lambiner, 5 nous qui savons que Jésus notre Dieu et notre maître a si généreusement répandu son sang pour notre amour.
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Ms 26 f. 75 v.Jésus ressuscité apparaît à sa mère. (Ci 105)
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Ci 105 Apparition de Jésus à sa mère. 1 Jésus apparut d'abord à sa mère à l'aube de Pâques. 2 Les évangélistes n'en ont pas parlé parce que Jésus ne voulait pas que sa résurrection soit prouvée par le témoignage de sa mère. 3 C'est donc par piété que nous devons croire à cette apparition, car elle n'est pas un dogme de foi.
4 A l'office des Ténèbres, la coutume de l'Eglise veut qu'on éteigne successivement tous les cierges, 5 excepté un que l'on cache dans une armoire jusqu'à ce qu'on ait frappé sur les livres; après quoi on rallume autant de lampes et de cierges qu'on veut. 6 C'est pour signifier que la nuit du Jeudi Saint tous les apôtres et disciples abandonnèrent leur maître par crainte de la mort. 7 La lumière de la foi s'éteignit chez tous, excepté la vierge Marie en qui résida toujours la foi. 8 Elle fut la vraie armoire en qui la lumière de la foi ne s'éteignit jamais, mais elle fut tout le temps qu'elle vécut sur terre celle qui rendait courage aux apôtres. 9 Car elle est la vraie lumière auprès de qui tous ceux qui ont perdu la lumière de la foi peuvent la retrouver.
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Ms 26 f. 76 r.Les trois Maries (Ci 106)
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Trois femmes nimbées, dont la première et la troisième portent un vase précieux, s'approchent du tombeau sur le bord duquel est assis un ange. La planche verticale qu'on voit derrière la tombeau pourrait en être la porte.
Ci 106 Les trois Maries. 1 Les trois Maries arrivèrent au sépulcre 2 avec leurs boîtes pleines de coûteux onguents pour les mettre sur les plaies de leur seigneur et ami Jésus. 3 Elles y trouvèrent un ange d'une grande beauté qui leur dit que Jésus était ressuscité et qu'elles le trouveraient en Galilée.
4 Marie-Madeleine ne chercha pas à regarder la beauté de l'ange, car elle ne cherchait que celui qui lui avait donné cette beauté. 5 Cela signifie que si nous aimions avec autant de sagesse qu'elle, nous ne chercherions que celui qu'elle cherchait. 6 Nous ne devons jamais regarder la beauté transitoire sans davantage contempler et aimer de tout coeur celui à qui appartient la beauté éternelle.
7 Les trois Maries ne purent pas verser sur le corps de Jésus leurs onguents; elles y versèrent leurs pieuses larmes en abondance. 8 Nous pouvons traiter de la même façon ses plaies avec nos larmes, nous qui sommes venus plus tard.
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Ms 26 f. 76 v.Apparition à Marie-Madeleine (Ci 107)
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Au centre l'arbrisseau figure un jardin. Marie Madeleine, émue de reconnaître Jésus, se précipite vers lui. Il lui répond:"Ne me touche pas".
Ci 107 Apparition de Jésus à Marie-Madeleine. 1 Marie-Madeleine avait pris Jésus pour le jardinier. 2 N'écoutant que son amour, elle lui dit: "Si c'est toi qui a déplacé le corps de mon ami, dis-moi où il est et je l'emporterai". 3 Jésus, se faisant connaître l'appela Marie. 4 Elle le reconnut alors et voulut le toucher, mais il lui dit: "Ne me touche pas, car je n'ai pas encore été chez mon Père."
5 Marie eut raison d'appeler Jésus jardinier, car il l'était vraiment. 6 En effet, de même que les jardiniers ôtent les mauvaises plantes de leur jardin et y replantent les bonnes, 7 ainsi Jésus vint du sein de son Père sur la terre pour y détruire les vices et y planter les vertus.
8 Bien qu'elle l'eût vu plus d'une fois, elle ne le reconnut pas aussitôt qu'elle le vit, pour deux raisons: 9 La première, c'est qu'il était le vrai Jonas qui depuis trois jours avait souffert beaucoup plus que Jonas ne souffrit pendant les trois jours qu'il fut dans la baleine. 10 Aussi la Passion pouvait l'avoir bien changé depuis qu'elle l'avait vu dans toute sa beauté. 11 La seconde raison pour laquelle elle ne le reconnut pas, c'est que son corps était maintenant un corps ressuscité et que les corps glorieux sont d'une autre nature que les nôtres.
12 Sa première apparition attestée par l'évangile fut pour Marie-Madeleine pour trois raisons:
13 La première, comme elle avait été pécheresse, c'était pour réconforter les pécheurs. 14 La seconde parce qu'elle fut après sa vierge mère la femme qui l'aima le mieux. 15 La troisième, c'est que, autant les méchantes femmes aiment répéter le mal, autant les bonnes aiment raconter le bien. 16 Car elle était bonne et Dieu voulait qu'elle répète à tout le monde sa puissance, sa perfection et la réalité de sa résurrection 17 pour rendre courage à ses vrais disciples et à tous ses amis actuels et à venir.
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Ms 26 f. 77v.Jérémie et Jonas (Ci 108)
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A gauche Jérémie pleure en écrivant ses Lamentations
A droite Jonas est déposé sur le rivage par la baleine qu'on distingue en transparence dans l'eau de mer; l'extrémité de son nez dépasse de la vague.
Ci 108 La compassion de Jérémie. 1 Le prophète Jérémie pleurait la mort de Notre-Seigneur 2 longtemps avant sa venue sur terre, avec autant d'émotion que s'il l'avait vu crucifier devant lui. 3 Nous devons donc le pleurer aussi, nous qui venons après. 4 Car de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, 5 ainsi Jésus fut mort trois jours et trois nuits quant à sa nature humaine. 6 Et le troisième jour il apparut vraiment ressuscité, cinq fois selon l'évangile.
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Ms 26 f. 78 r.Jésus et Joseph d'Arimathie. (Ci 109)
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A gauche la tour où Joseph a été emprisonné quarante ans. Joseph remercie Jésus qui l'a délivré et qui lui montre son sépulcre.
Ci 109 Jésus délivre Joseph d'Arimathie. 1 Jésus ressuscité tira de sa prison Joseph d'Arimathie que les juifs avaient enfermé pour avoir descendu Jésus de la croix. 3 Il lui montra le sépulcre où il l'avait enseveli et le laissa dans sa maison à Arimathie. 4 Et la prison d'où il l'avait tiré demeura bien fermée. 5 Joseph répéta aux docteurs de la loi toutes les merveilles qu'il avait vues à propos de Jésus. 6 Mais jamais ils ne voulurent pour autant renoncer à leurs erreurs.
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Ms 26 f. 78 v.Apparition à saint Pierre (Ci 110); aux disciples d'Emmaüs (Ci 111)
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A gauche Jésus ressuscité apparaît à Pierre qui pleurait son reniement dans la caverne du Gallicantus. On se demande s'il faut voir le ruissellement de ses larmes devant la caverne.
Sur la demi image de droite notre peintre a réussi à représenter deux scènes:
1° les explications que Jésus (index levé) donne aux disciples qui admirent dans le soir tombant;
2° le souper dans la nuit noire, au cours duquel Jésus se fait reconnaître en rompant le pain.
Ci 110 Apparition à saint Pierre. 1 Jésus apparut à saint Pierre dans une caverne 2 où il pleurait pour l'avoir renié trois fois, de bouche et non de coeur, par crainte de la mort.
3 Il n'en avait pas moins commis trois péchés mortels, car on ne peut le renier de coeur ou de bouche sans pécher gravement. 4 Et c'est un des plus grands honneurs qui puisse arriver à un chrétien que d'être mis à mort parce qu'il ne veut pas le renier. 5 Et c'est ce qui constitue le martyre, car ce n'est pas la grandeur des supplices qui fait le martyr, mais le motif de ces supplices.
Ci 111 Les disciples d'Emmaüs. 1 Jésus apparut aux deux voyageurs parce qu'ils parlaient de sa mort et de sa résurrection. 2 Il voulait montrer par là qu'il est avec tous ceux qui le louent en méditant et en parlant de lui et de sa bonté. 3 Pendant qu'il était avec eux, il leur exposa quantité de belles choses de l'Ancien Testament et du Nouveau. 4 Et vers le soir ils le prièrent de prendre gîte avec eux pour la nuit, et il accepta. 5 Et comme il avait coutume de rompre le pain, ils le reconnurent quand ils le lui virent rompre, parce que le pain qu'il rompait était taillé comme au couteau.
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Ms 26 f. 79r.Récit de la descente de Jésus aux enfers. (Ci 112)
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Les deux fils de saint Siméon remettent leur récit de la descente de Jésus aux enfers aux trois maîtres juifs qui trouveront le même texte dans les deux écrits.
Ci 112 La descente aux enfers. 1 Garicius et Lancius qui étaient fils de saint Siméon ressuscitèrent 2 au moment de la mort de Jésus, quand les pierres se fendirent et que les sépulcres s'ouvrirent. 3 Ils racontèrent par écrit aux docteurs de la loi comment Jésus avait libéré de l'enfer les âmes 4 qui à cause du péché originel y séjournaient depuis le commencement du monde jusqu'à la résurrection de Jésus; 5 ils racontèrent aussi toutes les merveilles qui s'y étaient produites depuis. 6 Et on ne trouva dans leurs écrits aucun mot de plus ou de moins en l'un qu'en l'autre.
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Ms 26 f. 79 v.Thomas l'incrédule. (Ci 113)
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Jésus est assis au milieu de douze personnes nimbées (il devait cependant manquer Judas et Thomas) qui l'écoutent avec admiration. A droite, Jésus lève la main gauche au dessus de Thomas qui tend son index gauche pour tâter la blessure au côté droit de son maître.
Ci 113 Thomas l'incrédule. 1 Jésus apparut le jour de Pâques à ses disciples, toutes portes closes, 2 montrant ainsi que murs ni fermetures ne peuvent arrêter un corps glorieux. 3 Il se tint debout parmi eux, disant: "La paix soit à vous." 4 En montrant qu'il était vraiment ressuscité il mangea et but avec eux au cours d'une apparition 5 un jour où Thomas était absent. Ensuite Jésus les quitta. 6 Quand saint Thomas fut revenu, ils lui dirent: "Thomas, nous avons vu Notre-Seigneur. 7 Il répondit: "Je ne le croirai pas si je ne vois ses mains et ses pieds et la plaie de son côté. 8 Aussitôt revint Jésus comme précédemment, disant: "La paix soit à vous." 9 Alors il appela Thomas et lui dit: "Thomas, je ne veux pas que tu sois mécréant. Voici mes mains et mes pieds et la plaie de mon côté. Mets-y ton doigt." 10 Alors le bon Thomas lui dit, plein de piété, en mettant son doigt: "Mon seigneur et mon Dieu! 11 -Thomas, dit Notre-Seigneur, tu as cru parce que tu m'as vu. Que bénis soient tous ceux qui croiront sans m'avoir vu." 12 Et béni soit le bon saint Thomas, puisqu'il nous a valu cette belle bénédiction.
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Ms 26 f. 80 v.L'Ascension du Mont des Oliviers (Ci 114)
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Entre deux groupes de six apôtres (plus Marie) Jésus s'élève au ciel.

Ci 114 L'Ascension. 1 Le jour de son Ascension, Jésus dit à tous ses apôtres et disciples: 2 "Allez par le monde entier prêcher l'Evangile à toute créature et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. 3 Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé et celui qui ne croira pas la vérité sera condamné. 4 En tout lieu où vous prononcerez mon nom, les diables s'en iront et en vous entendant les serpent s'enfuiront. 5 Vous mettrez vos mains sur les malades et ils seront guéris."
6 S'il dit de prêcher l'Evangile à toute créature, c'est parce que nous partageons l'existence avec les pierres, nous partageons la croissance avec les arbres, 7 nous partageons la vie avec les poissons, nous partageons la sensibilité avec les bêtes, nous partageons la raison avec les anges. 8 C'est pourquoi il a dit à ses disciples de prêcher l'Evangile à toute créature; 9 car avec toutes les choses créées par Dieu nous partageons toujours quelque propriété.
10 En disant ces mots Jésus s'éleva par sa propre force d'entre ses disciples et monta au ciel; et ils le suivirent des yeux jusqu'au troisième ciel.
11 Pourquoi voulut-il monter au ciel en public devant tous ceux qui étaient là? 12 C'était pour extirper toute fausse interprétation du coeur des hommes. 13 Ils auraient en effet être dans l'erreur au sujet de son incarnation dans sa vierge mère, 14 car le diable a reçu de Dieu le pouvoir d'accomplir beaucoup de prodiges. 15 Si par exemple nous disons que Jésus est fils d'une vierge, les hérétiques peuvent nous répondre que le diable peut en faire autant. 16 De même pour plusieurs des miracles de Jésus et de ses paroles, car le diable connaît tout l'Ancien Testament et le Nouveau et tout ce qu'on a pu écrire, soit de bon, soit de mauvais. 17 Mais là où le diable est vaincu, c'est qu'il ne peut pas faire de miracles dans le ciel. 18 A propos de l'Ascension de Notre-Seigneur les hérétiques ne peuvent discuter ou nier ni prétendre que ce n'est pas l'oeuvre de Dieu tout-puissant. 19 Et ce miracle donne sens et autorité à tout ce qu'il avait fait et dit auparavant.
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Ms 26 f. 81 v.Accueil de Jésus au ciel. ( Ci 114, 20)
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Jésus à gauche répond à deux anges qui l'interrogent respectueusement. Jésus à droite explique à deux autres anges qu'il était seul à fouler au pressoir où il a ainsi rougi sa robe. Tout à fait à droite une curieuse image de pressoir à deux vis...
Ci 114 (suite) 20 Quand il fut arrivé dans son royaume, selon la prophétie d'Isaïe, à propos de son corps humain où apparaissaient encore les traces de ses plaies, certains anges lui dirent: 21 "Qui es-tu, toi qui viens au trône, vêtu d'habits ensanglantés? - Je suis celui qui vous créa; et je m'en vais vers mon Père." 22 D'autres lui disaient: "Seigneur, que tes habits sont rouges!" 23 Il répondit: "C'est parce que j'ai été foulé tout seul au pressoir de la croix, sans l'aide d'aucune créature."
24 Nous devons donc penser, nous les humains, que nous sommes tenus à l'aimer beaucoup, nous qui lui avons tant coûté, 25 lui qui pour l'amour de nous a porté dans son glorieux royaume du ciel notre pauvre humanité. 26 Il nous a prouvé en nous faisant cette faveur qu'il nous aimait plus que les anges 27 puisqu'il lui a plu d'être pour l'éternité notre frère.
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Ms 26 f. 82 r.Les fruits de la Terre Promise. (Ci 115)
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Une énorme grappe de raisin est suspendue entre les deux éclaireurs, avec un groupe de trois fruits ronds qui doivent être des figues ou des grenades. Josué qui marche devant sent l'odeur de ces fruits et il se retourne péniblement pour les apercevoir; Caleb qui marche derrière tient la perche d'une seule main, ce qui lui permet de goûter au raisin.
Ci 115 Les fruits de la Terre Promise. 1 Josué et Caleb rapportèrent de la Terre Promise des figues et des grenades et une énorme grappe de raisin qu'ils portaient entre eux sur une perche. 2 Josué; ne voyait pas le raisin, mais il le sentait; Caleb le voyait et il en mangeait. Ces deux hommes représentent l'Ancien Testament et le Nouveau.
3 Les gens de l'Ancien Testament ne voyaient pas Notre-Seigneur, mais ils prophétisaient à son sujet et ils le désiraient. 4 Et nous du Nouveau Testament, nous le voyons et nous en profitons si nous ne le refusons pas. 5 Nous avons donc plus d'avantage et plus de raisons de l'aimer que ceux de l'Ancien Testament.
6 Les figues qu'ils rapportaient représentaient la douceur de Dieu. 7 Les grenades, dont l'intérieur est compartimenté, représentent le grand nombre des demeures du ciel qui nous sont préparées. 8 La perche qui reposait sur leur nuque annonçait la croix et la grappe de raisin figurait Jésus. 9 C'est pour cela qu'il avait dit à ses disciples avant la Passion: "Je suis la vraie vigne, mon Père est le vigneron et vous êtes les rameaux", 10 comme pour dire: "Je suis celui que figurait le raisin rapporté de la Terre Promise, car je suis celui que mon Père a promis à l'humanité par les prophètes. 11 Je suis celui qui se donne à tous ceux qui veulent le recevoir, celui qui demeure avec ceux qui l'aiment du fond du coeur."
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Ms 26 f. 83 r.Construction de la tour de Babel. (Ci 116)
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Pendant que le maçon place sa pierre, son aide la pousse et tient sur son épaule une auge à mortier. La truelle a la forme que nous connaissons; les outils des tailleurs de pierre nous sont peut-être moins familiers, excepté à gauche l'équerre.
Ci 116 Babel et les soixante-douze langages. 1 Les descendants de Noé entreprirent de construire une tour 2 pour se mettre à l'abri s'il survenait un autre déluge semblable au précédent. 3 Ils firent cette tour si haute qu'au dire de certains elle portait déjà sept lieues d'ombre au lever et au coucher du soleil et comptait sept mille cinq cents marches. 4 Mais Dieu, ne trouvant pas souhaitable qu'ils montent plus haut, 5 leur changea leur langage en soixante- douze langues, car tel était le nombre des ouvriers. 6 De là sont venues les diverses langues que l'on parle encore. Car si ces hommes n'avaient pas entrepris cette tour, toute l'humanité parlerait la même langue 7 comme font les oiseaux d'une même espèce et les bêtes, qui se comprennent, chantent ou crient dans la même langue suivant leur espèce.
8 Bien que ce fléau soit une conséquence du péché, il a quand même des avantages, 9 car on en connaît plus d'un qui ne saurait pas rester en place s'il comprenait toutes les langues. 10 Et les âmes trouvent à voyager plus d'inconvénients que de profit, car, dit saint Bernard, "Chaque fois que je suis sorti de ma clôture, j'y suis rentré moins homme qu'au départ." 11 D'ailleurs, ce qui montre bien que les voyages sont nuisibles à plus d'un, c'est qu'on a fait construire les clôtures et les cellules des monastères.
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Ms 26 f. 83v.La Pentecôte (Ci 117)
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Le Saint-Esprit est figuré par une colombe nimbée. Notre peintre a renoncé, semble-t-il, à représenter les langues de feu. Pour trouver ici douze personnes il faut compter Marie.
Ci 117 La Pentecôte et le don des langues. 1 Comme les descendants de Noé avaient construit cette tour pour se garantir contre un nouveau déluge, 2 le Saint-Esprit descendit le jour de la Pentecôte sur les soixante-douze disciples de Notre-Seigneur sous l'apparence de langues de feu 3 pour nous embraser, eux et nous, de l'amour de Dieu et il leur apprit à parler et à comprendre les soixante-douze langages 4 qui par la volonté de Dieu avaient été créés à l'occasion de cette tour.
5 Cela signifiait que, de la même façon que ces ouvriers avaient fait cette tour pour se protéger des déluges, 6 Dieu a placé ses soixante-douze disciples pour nous construire la tour de la foi, 7 par laquelle nous nous garantirons des horribles déluges de l'enfer 8 et monterons jusqu'à l'héritage que Notre-Seigneur Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme nous a conquis par sa Passion.
9 Les disciples parlaient les soixante-douze langages de telle manière que lorsque des étrangers de diverses langues étaient rassemblés, 10 chacun d'eux en les entendant parler croyait qu'ils étaient de sa région. 11 Ce miracle avait été annoncé par la manne dont Dieu avait nourri matériellement son peuple au désert: chacun lui trouvait la saveur du mets qu'il souhaitait.
12 Ainsi Dieu nous a nourris spirituellement de la théologie que ses disciples nous ont enseignée dans la langue du Saint-Esprit, 13 puisqu'ils comprenaient toutes les langues et qu'on les comprenait dans toutes les langues. 14 Dieu montrait par là qu'il est celui qui comprend tout et que tout le monde doit comprendre.
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Ms 26 f. 84 r.Pierre guérit un malade. (Ci 118)
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Jean et Pierre (celui qui porte une grande clé) rencontrent un homme qui leur demande l'aumône devant le temple de Jérusalem figuré ici par la tour-porte de droite.
Ci 118 Pierre guérit un malade. 1 Dieu par saint Pierre guérit un malade à l'entrée du temple de Jérusalem 2 au jour de la Pentecôte après qu'il eut reçu le Saint-Esprit; et saint Jean l'Evangéliste était avec lui. 3 En le guérissant, saint Pierre lui dit: "Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai, je te le donne. 4 Je te le dis, au nom de Jésus-Christ le crucifié, lève-toi." 5 Et aussitôt il se leva guéri et crut désormais fermement en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
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Ms 26 f. 84v.Abraham vit trois anges. (Ci 119)
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La tour-porte à gauche représente la maison d'Abraham. Le patriarche est à genoux sous un arbre devant trois anges qui semblent lui parler tous en même temps.
Ci 119 Les trois anges qui visitèrent Abraham. 1 Trois anges sous la forme de trois jeunes gens apparurent à Abraham sous un arbre près de sa maison. 2 Il en vit trois mais il en adora un seul et parla aux trois comme à un seul: C'était une annonce de la Trinité. 3 Il les invita à se reposer dans sa maison et ensuite il leur demanda où ils allaient. 4 Ils répondirent: "Nous allons détruire Gomorrhe, Sodome, Siboy, Balaac et Segor. 5 Et comme Abraham avait des amis dans ces villes, il leur demanda s'ils feraient grâce à ces villes si l'on y trouvait cinquante justes. Ils répondirent oui. 6 Abraham abaissa tant le nombre de ces justes qu'ils lui répondirent que si en ces cinq villes il y avait dix justes ils feraient grâce. 7 Et elles furent détruites parce qu'on n'y trouva de juste que Loth, dont ce livre parle ailleurs.
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Ms 26 f. 85 r.La Trinité (Ci 119a)
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Dans le losange central on voit le Père et le Fils siéger sur un banc en se tenant par la main. Le Saint-Esprit est entre eux. Les quatre angles de la peinture représentent les quatre évangélistes (ange, aigle, boeuf, lion) tenant le rouleau de leur écrit.
Ci 44a La Trinité. 1 Nous devons croire à la Trinité en trois personnes 2 et croire que le Père n'est pas le Fils, que le Fils n'est pas le Père et que le Saint-Esprit n'est ni le Fils ni le Père. 3 Ils sont trois en personnes, mais un seul Dieu, une seule puissance, une seule divinité, une seule nature. 4 Au Père est attribuée la puissance, au Fils est attribuée la sapience, au Saint-Esprit est attribuée la douceur et la bienfaisance, 5 bien que toute-puissance règne dans chacune des trois personnes, qui sont un en trois et trois en un.
6 C'est la Trinité qui nous fait; mais une seconde trinité nous défait; une troisième nous refait et une quatrième nous maintient en état de perfection. 7 La trinité qui nous fait, c'est
le Père, le Fils et le Saint-Esprit. 8 La trinité qui nous défait, c'est la chair, le monde et le diable. 9 La trinité qui nous refait, c'est le repentir, la confession et la pénitence. 9 La trinité qui nous maintient en état de perfection, c'est la foi, l'espérance et la charité.
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Ms 26 f. 86r.Lapidation de saint Etienne. (Ci 120)
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A gauche Saul (saint Paul jeune mais déjà chenu) garde les habits des bourreaux et leur donne des conseils. Saint Etienne est à genoux au centre. Les juifs le lapident vigoureusement, les pierres volent. Mais Etienne voit le ciel ouvert et la Trinité qui l'attend.
Ci 120 Saint Etienne eut la vision de la Trinité. 1 Saint Paul avant sa conversion fit lapider saint Etienne. 2 Le saint martyr leva les yeux au ciel pendant qu'on le martyrisait. 3 Il y vit Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu en la personne du Fils assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant. 4 Cette vision est pour nous un témoignage valable de la sainte Trinité en trois personnes.
5 Alors le saint martyr pria pour ceux qui le faisaient mourir. 6 Et selon les théologiens sa prière obtint à saint Paul la grâce de sa conversion. 7 Puis il rendit saintement son âme à Dieu par le martyre.
C'était le premier martyr chrétien depuis la mort de Jésus. 8 C'est pourquoi la sainte Eglise a voulu que sa fête soit placée le lendemain de Noël. <Ces fêtes qui suivent Noël> signifient que Dieu n'est venu sur terre que pour sauver trois sortes de gens: 9 les martyrs de fait et d'intention, les martyrs d'intention et non de fait, les martyrs de fait et non d'intention. 10 Ces trois sortes de gens sont désignés par saint Etienne, saint Jean l'Evangéliste et les saints Innocents. 11 Saint Etienne représente les martyrs de fait et d'intention; saint Jean les martyrs d'intention et non de fait; les Innocents les martyrs de fait et non d'intention. 12 C'est pour sauver ces trois sortes de martyrs que Jésus vint du sein de son Père sur la terre 13 Et c'est pour cela que leurs fêtes sont si proches de Noël.
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Ms 26 f. 86 v.Lamech tue Caïn (Ci 121)
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Lamech au centre tenant un arc regarde à travers un taillis où il a vu bouger quelque chose. Il tire et tue Caïn, son ancêtre maudit. La victime peut paraître trop jeune pour avoir un âge patriarcal. Sachons que Lamech après avoir tué son ancêtre a puni de mort son jeune guide.
A droite on voit un preudomme en prière devant Dieu (visage céleste dans le haut). Ce saint homme n'est pas un idolâtre comme Caïn le premier bigame.
Ci 121 Lamech le premier idolâtre. 1 Lamech tua Caïn qui s'enfuyait: il croyait que c'était une bête sauvage. 2 Ce Lamech fut le premier homme à avoir deux femmes 3 et c'est de son temps que commença le culte des idoles, où l'on adorait le soleil et autres créatures.
4 Dieu a été plus généreux envers nous qu'envers ceux de ce temps-là, 5 car il nous a appris à l'adorer au ciel et au saint sacrement de l'autel qui est le vrai soleil de justice et un gage de douceur et de miséricorde.
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Ms f. 87 r.Légende de Melchisédech ( Ci 122, 1-4)
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Un ancien roi de Palestine du temps d'Abraham envoie son fils Melchisédech chercher du bétail pour offrir un sacrifice aux idoles. A droite le même fils dans la campagne, admirant la beauté du soleil, renonce au culte des idoles. (à suivre)
Ci 122 Légende de Melchisédech. 1 Une tradition raconte qu'il y eut autrefois un roi qu'on appelait le roi de Salle (qui allait devenir Jérusalem) et ce roi avait deux fils. 2 Il envoya un de ses fils chercher des bêtes aux champs 3 car il voulait offrir un sacrifice à ses dieux comme tous les ans pour son anniversaire. 4 Quand le fils fut dans la campagne, en regardant la beauté du soleil il pensa qu'il fallait qu'il y ait un Dieu tout-puissant pour avoir créé de si belles choses.
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Ms 26 f. 87v.Melchisédech rompt avec son père (Ci 122, 5-10)
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Le jeune Melchisédech tient au roi son père des discours qui le contristent fort.
A droite un homme levant un gros bâton chasse Melchisédech.
Ci 122 (suite) 5 Revenu chez son père, il lui dit: "Nous sommes dans l'erreur quand nous adorons les idoles. 6 En effet nous sommes plus forts qu'elles, puisque c'est nous qui les fabriquons; et si elles tombaient dans la boue, elles seraient incapables de se relever sans nous. 7 A mon avis, il faut adorer le Dieu tout puissant qui est sans commencement ni fin, si puissant qu'il a tout créé de rien et qui nous a faits nous-mêmes tels que nous sommes. 8 Et sincèrement, Monsieur mon père, il me semble que ce dieu-là, nous devons tous l'adorer, le louer, le remercier de ses bienfaits, car s'il n'existait pas, nous n'existerions pas." 9 Quand le roi entendit son fils parler de la sorte, il dit qu'il n'était pas dans son bon sens, qu'il ne comprenait pas ce qu'il disait et ne prit pas au sérieux ce qu'il en avait entendu. 10 Alors l'enfant quitta la maison de son père et sortit de la ville, et le roi alla adorer les idoles avec son peuple, en grande liesse.
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Ms 26 f. 88 r.Melchisédech reste sans famille (Ci 122, 11-20)
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Le roi à genoux avec toute une assemblée offre un mouton à son idole. A droite, Melchisédech à genoux dans la campagne, demande à Dieu de détruire l'idolâtrie. Il faut revenir à gauche pour voir exaucée la prière du garçon: une pluie de feu tombe sur cette cérémonie païenne.
Ci 122 (suite) 11 Quand l'enfant parvenu dans la campagne entendit sonner les cors et les trompettes en l'honneur des idoles que son père adorait, il se mit à genoux. 12 En pleurant il demanda à Dieu d'effacer cette idolâtrie en détruisant la ville et ses habitants. 13 Aussitôt Dieu fit ce que l'enfant demandait et toute la ville fut détruite par la foudre. 14 C'est pourquoi l'enfant resta, dit-on, "sans génération".
15 Quant il vit que Dieu avait exaucé sa prière, il monta au mont Thabor. 16 Il y fit sept ans sa pénitence, nourri par la grâce de Dieu. 17 Certaines traditions disent que cet enfant était Melchisédech. 18 Certains disent que Melchisédech n'eut ni père ni mère. Mais en bonne théologie on ne connaît que trois personnes dépourvues de père ou de père: 19 Adam qui n'eut ni l'un ni l'autre, Eve qui naquit d'un homme sans femme, et Jésus-Christ qui naquit d'une femme sans homme. 20 Peut-être le dit-on de Melchisédech parce que sa famille fut détruite comme nous venons de le dire.
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Ms 26 f. 88v.Melchisédech offre un sacrifice de pain et de vin. (Ci 122, 21-24)
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Ce soldat est Abraham, qui après une victoire est conduit par Dieu vers le solitaire Melchisédech ( il semble nu dans sa montagne) qui offre pour lui un sacrifice de pain et de vin, figure bien connue de l'Eucharistie.
21 Abraham revenait d'une expédition guerrière quand un ange lui dit d'aller au mont Thabor demander la bénédiction de Melchisédech. 22 Et Melchisédech lui offrit le pain et le vin, qui annonçaient le Nouveau Testament, 23 en figurant le corps de Jésus-Christ offert en sacrifice de pain et de vin au saint sacrement de l'autel. 24 Et Abraham lui offrit les dîmes.


ici commence un Traité des MIRACLES du SAINT-SACREMENT.
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Ms 26 f. 89 r.Le saint sacrement de l'autel. (Ci 123)
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Groupe de fidèles agenouillés pendant qu'un prêtre à l'autel élève l'hostie. Un clerc à genoux tient un cierge allumé derrière le prêtre. A droite sur un autel drapé on voit le missel ouvert et le calice couvert du purificatoire et du pale, signe qu'on célèbre la messe.
Ci 123 Le saint sacrement de l'autel. 1 Ce traité rapporte quelques miracles que Notre-Seigneur a faits par son corps présent au saint sacrement de l'autel 2 pour nous faire entrer ou nous conserver dans sa foi dont l'excellence ne peut être mesurée.
3 Voici la Fête-Dieu, la fête du saint sacrement qui est vie et bouclier de notre foi. 4 Celui qui y croit fermement arrivera au port du salut. 5 Car c'est le salut de ceux qui l'aiment, le refuge des loyaux, la vraie source de vie et le trésor de sainte Eglise. 6 C'est le glaive de vérité, c'est le vrai bouclier des chrétiens. 7 C'est la lumière des égarés, le repas des affamés, le repos des épuisés. 8 C'est la lumière de la foi, le repas des âmes, le vrai repos de paradis. 9 Celui qui croit fermement en ce sacrement, il y trouve la force de bien respecter les autres sacrements qu'il a reçus.
10 Ce n'est pas sans raisons que Dieu se montre à nous sous cette forme, car si nous le voyions en sa grande beauté, nous ne pourrions le regarder; 11 et nous n'aurions pas autant de mérite pour le ciel à croire en lui en le voyant glorieux que nous en avons à croire en lui dans l'eucharistie. 12 Et d'autre part il se montre à nous en forme de pain parce que c'est la nourriture la plus convenable dont on puisse vivre; 13 et il veut que nous le recevions pleinement confiants qu'il est la vraie nourriture des âmes ici et au ciel.
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Ms 26 f. 89 v.Epreuve du rite grec. (Ci 124)
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Les trois premiers personnages agenouillés doivent être des cardinaux; devant eux le pape tient le calice. Pour faire leur expérience, ils ont mis dans le feu qui flambe à droite une hostie consacrée latine et une grecque. L'hostie latine a "ressauté" au calice du pape et l'hostie grecque reste inaltérée dans le feu.
Ci 124 Epreuve du rite grec. 1 On offre en Grèce le sacrifice du corps de Jésus au saint sacrement de l'autel avec davantage de pain que nous dans le rite romain. 2 Notre mère sainte Eglise voulut expérimenter à Rome quel rite plaisait mieux à Dieu. 3 Pour cela on les jeta tous les deux au feu: le pain des grecs résista au feu sans brûler et celui de Rome se mit à l'abri dans le calice. 4 L'Eglise en conclut que l'un et l'autre rite plaisait à Dieu 5 et permit à chacun de célébrer le sacrifice à sa manière.


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Ms 26 f. 90r.Miracle du doigt de chair. ( Ci 125)
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Autel du pape saint Grégoire pendant une messe. Le pape donne la communion à la femme qui, ayant elle-même fait cuire le pain eucharistique, ne croit pas à la transsubstantiation. Le miracle n'est pas représenté, mais l'assistance paraît émue.
Ci 125 Miracle du doigt de chair. 1 Dieu dans sa bonté changea son corps dans l'eucharistie en un doigt de chair tout sanglant 2 à la prière de saint Grégoire pour convertir une femme qui doutait de sa présence réelle. 3 Aussitôt qu'elle retrouva la foi, il retrouva sa forme de pain. 4 Nous pouvons comprendre que Dieu ne fait des miracles que pour rendre la foi à ceux qui doutent 5 ou pour manifester un saint qu'il veut faire connaître et honorer de ceux qui jusque là ne le connaissaient pas.
6 Croyons fermement les douze articles du Credo, sans rien de plus ni de moins, 7 car la foi n'a pas de mérite sur des points que le raisonnement peut démontrer. 8 Les philosophes de tous les temps se damnent quand ils refusent de croire ce qui ne peut être démontré, 9 alors que nous devons croire ce que nous ne pouvons ni comprendre ni prouver. 10 Et si nous croyons ainsi nous trouverons au ciel évidentes les vérités que nous aurons crues ici-bas sans trop chercher à les démontrer.
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Ms 26 f. 90 v.saint Grégoire interroge un garçon. (Ci 126)
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"Qui sont tes parents?" Il les désigne. "Comment le sais-tu? -Ils me l'ont toujours dit. -Tu as donc des raisons encore meilleures de croire au saint sacrement." Evidemment, in tel raisonnement était peu pictural...
Ci 126 Raisonnement de saint Grégoire sur la foi. 1 Saint Grégoire demanda à un garçon qui ne voulait pas croire au saint sacrement de l'autel: "De qui es-tu le fils?" Il répondit: "Voici mon père et ma mère." 3 "Qu'en sais-tu? dit saint Grégoire - Je le crois parce que je les ai entendus le dire. 4 Saint Grégoire lui dit: "Alors, tu devrais encore mieux croire au saint sacrement de l'autel, 5 puisque Dieu le Tout-Puissant, tous les saints et toute la sainte Eglise te certifient 6 que c'est le corps de Jésus-Christ aussitôt que les saintes paroles ont été dites. 7 Dès lors le garçon crut fermement au saint sacrement de l'autel et persévéra dans la foi.
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Ms 26 f. 91 r.Saint Bernard convertit saint Guillaume. ( Ci 127 )
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Guillaume duc d'Aquitaine est agenouillé ici avec deux autres chevaliers. Saint Bernard lui présente l'hostie en affirmant que c'est le corps de Jésus-Christ.
Ci 127 S.Bernard convertit s.Guillaume. 1 Dieu par saint Bernard de Clairvaux convertit saint Guillaume qui était duc d'Aquitaine 2 en lui montrant le corps de Jésus-Christ. 3 Il était auparavant incroyant et rebelle à sainte Eglise, 4 et Notre-Seigneur le convertit en lui montrant son corps dans la main de saint Bernard, 5 au point qu'il consacra à la pénitence tout le reste de sa vie, ce qui l'amena au port du salut. 6 Il est maintenant saint au paradis et on l'appelle saint Guillaume du Désert.

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Ms 26 f. 91 v.Le diable qui s'agenouilla (Ci 128)
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Un prêtre porte le ciboire. Devant lui marche un clerc qui agite une cloche et un diable est agenouillé à deux genoux. Un autre diable est curieusement posé sur un seul genou. le clerc porte maintenant un cierge allumé en plus de sa cloche. Le prêtre porte toujours son ciboire. A droite le diable explique à un juif à bonnet pourquoi il s'est agenouillé deux fois.
Ci 128 Le diable qui s'agenouilla. 1 Un juif vit un diable s'agenouiller à deux genoux devant le corps de Jésus-Christ qu'un prêtre portait à un malade; 2 à son retour il ne fléchit qu'un seul genou parce que le prêtre ne rapportait pas le corps du Seigneur. 3 Le juif lui demanda pourquoi il se comportait ainsi. 4 Le diable lui répondit: "Parce que dans l'Ecriture Paul le pelé dit que le ciel et l'enfer s'agenouillent devant le corps de Jésus: cela concerne les anges du ciel et nous. 5 Et j'ai aussi fléchi le genou devant son ministre par respect pour son rôle." 6 En l'entendant ainsi parler, le juif se fit baptiser plein de foi et raconta ce miracle au pape. 7 Dès lors le pape accorda dix jours d'indulgence à tous ceux qui salueraient les prêtres per respect pour leur rôle et à chaque fois. 8 Car chaque fois que nous nous levons en leur présence ou que nous nous découvrons, si nous sommes en état de grâce nous gagnons dix jours d'indulgence. 9 Et même si nous ne devions rien y gagner, il conviendrait quand même de leur témoigner plus de respect que le diable, qui est incapable d'en gagner.
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Ms 26 f. 92 r.Miracle du vin en perce (Ci 129)
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Passe un prêtre portant le ciboire (pourquoi lève-t-il la main gauche?) Un clerc au centre porte une cloche et un cierge allumé. A genoux la femme qui tirait du vin: elle élève dans ses mains jointes la broche qui aurait dû fermer son tonneau. Derrière elle le tonneau.
Ci 129 Miracle du vin en perce. 1 Une brave femme tirait du vin. 2 Elle sortit de sa maison, sa chevillette à la main, pour adorer le saint sacrement qu'un prêtre portait. 3 Quand elle revint à son tonneau elle découvrit qu'il n'avait pas coulé. 4 Dieu fit ce miracle à cause de la grande foi qu'elle avait en l'eucharistie. 5 Car, bien que tous les sacrements méritent notre respect, l'eucharistie est le plus respectable de tous. 6 Ce miracle se produisit à Metz en Lorraine.
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Ms 26 f. 92 v.Miracle du passage de l'eau. (Ci 130)
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Un prêtre portant le ciboire détourne la tête pour présenter le ciboire aux vagues qui semblent arriver derrière lui. A droite son clerc porte une cloche et probablement une lanterne.
Ci 130 Miracle du passage de l'eau. 1 Un curé portait la communion à un hameau éloigné. 2 Il devait passer un gué où le niveau de l'eau était tantôt bas, tantôt élevé. 3 Et par la puissance du corps du Seigneur ils le passèrent sans se mouiller les pieds. 4 Et pourtant l'eau était si haute en aval et en amont qu'un cheval aurait eu du mal à la franchir.
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Ms 26 f. 93r.Dernière communion d'Hugues de Saint-Victor. (Ci 131)
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A droite, deux moines dont l'un présente un ciboire. Ce doit être cette fois le véritable "corpus Domini", parce que Hugues mourant lui "fait révérence". Au dessus on voit deux anges qui emportent son âme au ciel.
Ci 131 Mort d'Hugues de Saint-Victor. 1 Maître Hugues de Saint-Victor était si malade qu'on n'osait lui donner la communion parce qu'il vomissait tout. 2 Pour calmer son insistance on lui apporta une hostie non consacrée, avec tout le cérémonial de la communion. 3 Il n'y accorda aucune attention, sachant bien par la révélation du Saint-Esprit qu'on voulait l'amuser. 4 Il pria instamment ses compagnons de lui apporter le corps de Notre-Seigneur; et ils lui cédèrent. 5 A cette hostie-là il témoigna le respect qu'un vrai fidèle doit à son Dieu. 6 Après l'avoir salué comme un fidèle chrétien, il dit pieusement: 7 "Que maintenant le Fils s'en aille vers son Père et mon esprit vers celui qui le créa." 8 Et aussitôt le corps de Notre-Seigneur s'en remonta au ciel et le saint homme mourut à ce moment-là. 9 Il alla en purgatoire faire le reste de sa pénitence.
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Ms 26 f. 93 v.Le père du cordelier de Milan. (Ci 132)
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A gauche il faut voir probablement le "grand luminaire" qui marque la splendeur de ce roi. A genoux devant ce roi, le père du cordelier. Derrière lui deux cordeliers dont le premier porte un ciboire.
Ci 132 Le père du cordelier de Milan. 1 Un cordelier natif de Milan reprochait à son père de ne pas aller à la messe. 2 Il répondit: "Fils, je n'y vais pas parce que j'ai mon Dieu à la maison et je vais te le montrer." 3 Il le conduisit dans son cellier et lui présenta un roi vêtu d'un costume d'or au milieu d'une grande illumination. 4 Et aussitôt le diable qui donnait cette comédie s'enfuit à cause du corps de Jésus-Christ que le cordelier avait apporté. 5 En voyant cela le vieillard se convertit et fut affermi dans la foi en la présence réelle.
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Ms 26 f. 94 r.Le calice chauffé (Ci 133); L'hostie dans la ruche (Ci 134)
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Image de gauche: Le prêtre tourne le dos à l'autel. Il tient en main une masse jaune qui doit être son calice, sous lequel un autre rond jaune porte l'image d'une tête: c'est "la précieuse face de Notre-Seigneur". Mais quel est le personnage en blanc qui baisse les bras? Serait-ce un peintre qui reconnaîtrait son impuissance à peindre aussi bien?
Image de droite: Le voleur de droite soulève le panier de la ruche. Celui de gauche pose l'hostie dessous avec un geste de respect. Si ce voleur pouvait passer pour le curé, on pourrait aussi bien voir ici la scène de la récupération de l'hostie.
Ci 133 Le calice chauffé. 1 Un vieux prêtre chauffait son calice parce qu'il était gelé. Il en tomba une goutte sur un charbon. 2 Aussitôt le visage de Jésus apparut sur le charbon, plus beau qu'un peintre n'aurait pu le représenter. 3 Cette précieuse relique est encore conservée avec respect dans une église de Normandie.
Ci 134 L'hostie hostie cachée dans la ruche. 1 Des brigands avaient caché dans une ruche d'abeilles qui font la cire le corps de Notre-Seigneur 2 emporté d'une église qu'ils avaient cambriolée. 3 Ils le cachèrent là parce qu'ils ne savaient qu'en faire. 4 Mais les abeilles ne voulaient plus se séparer de lui. 5 Le propriétaire de la ruche, les entendant chanter et faire la fête selon la volonté de Dieu, y amena son curé. 6 En soulevant la ruche ils trouvèrent le corps de Notre-Seigneur à qui les abeilles avaient fait une belle boîte ouvragée. 7 Le curé l'apporta pieusement à l'église.
8 Si Dieu a fait tant de beaux miracles un peu partout, c'est pour que nous croyions à son précieux corps et que nous l'honorions. 9 Aussi devons-nous tous nous garder avec soin et nous préparer chaque fois que nous voulons le recevoir. 10 Car il nous donne une grande preuve d'amour en acceptant de se loger en nos pauvres coeurs qui sont si étroits, 11 alors qu'il est lui-même si grand qu'il peut contenir en lui le monde entier.
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Ms 26 f. 94 v.L'hostie qui entre dans la poitrine. (Ci 135); Miracle de Braine (Ci 136)
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Image de gauche: Un mourant, comme au f. 93r. Son curé lui pose le ciboire sur la poitrine. Deux membres de la famille admirent.
Image de droite: Un prêtre qui dit la messe élève l'hostie. La comtesse pour qui Dieu a fait ce miracle joint les mains dans l'ombre derrière le clerc au cierge allumé.
Ci 135 L'hostie qui entre dans la poitrine. 1 On n'osait donner la communion à un malade parce qu'il vomissait. 2 Mais dans sa piété il demanda au prêtre de lui poser sur la poitrine la calice avec le corps de Notre-Seigneur. 3 Aussitôt qu'il l'eut posé, le prêtre trouva le calice vide, 4 car l'amour que le malade avait en son coeur avait attiré à lui Notre-Seigneur. 5 Il reçut donc Notre-Seigneur à la fois spirituellement et corporellement. 6 Ainsi se donne Dieu à tous ceux qui l'aiment et le désirent; 7 car nous ne pourrions désirer sa compagnie autant qu'il désire la nôtre. 8 C'est pourquoi il a dit: "Mon plus grand plaisir est d'être éternellement avec les fils des hommes."
Ci 136 Miracle de Braine. 1 La face de Jésus dessinée sur l'hostie en quelques traits de sang apparut entre les mains d'un prêtre 2 pour convertir une comtesse de Braine au diocèse de Soissons. 3 Elle se trouve encore conservée avec respect dans une abbaye de cette ville: on la montre aux pélerins qui demandent à la voir par piété.
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Ms 26 f. 95 r.Miracle des trois messes de Noël. (Ci 137)
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A gauche un ange emporte l'hostie que vient de consacrer un prêtre en état de péché.
Au centre le prêtre se confesse au curé du lieu, qui lui donne l'absolution.
A droite l'ange rapporte une ou plusieurs hosties à la communion de la messe suivante.
Ci 137 Miracle des trois messes de Noël. 1 Une nuit de Noël un prêtre chanta ses deux premières messes; 2 mais un ange lui enlevait les hosties consacrées, parce qu'il était en état de péché. 3 Emu de repentir à la vue de ce miracle, il alla au matin se confesser. 4 Il chanta ensuite la grand-messe, mais au moment de la communion 5 il trouva trois hosties au lieu d'une. 6 Quand il rapporta ce miracle à son évêque, ils louèrent Dieu
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Ms 26 f. 95v.Le poisson qui rapporta l'hostie (Ci 138); Le baiser de paix de la messe (Ci 139)
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Image de gauche: Un prêtre donne l'hostie à un fidèle vêtu de brun. Dos à dos, le même fidèle, vêtu de bleu cette fois, reprend l'hostie que le poisson (en transparence dans l'eau à droite) vient de lui rapporter.
Image de droite: Derrière le prêtre qui dit la messe, le clerc (tonsuré) donne à l'écuyer le baiser de paix. A droite, un curé fait un geste d'admiration devant un mourant... mais je n'ai pas vu "l'hostie tenant à sa bouche".
Ci 138 Miracle du poisson qui rapporta l'hostie. 1 Un pécheur reçut le corps de Notre-Seigneur à Pâques et n'osa l'avaler parce qu'il était en état de péché. 2 Il le mit dans la bouche d'un poisson et demeura dix ans en état de péché. 3 Quand au bout ce ces dix ans il se fut repenti et confessé de son péché, il alla se promener au bord de l'eau. 4 Et sur la rive il vit son poisson lui rapporter le corps de Notre-Seigneur. 5 Il y amena son curé, qui porta l'hostie à l'église avec respect.
Ci 139 Le baiser de paix de la messe. 1 Un chevalier demanda à son écuyer de lui rapporter le baiser de paix qu'il recevrait à la messe, 2 car il ne pouvait y aller, étant trop malade; l'autre le fit. 3 Et quand il eut reçu la paix de son écuyer, le chevalier ne tarda guère à rendre saintement son âme à Dieu. 4 Et à cause de la grande foi qu'il avait eue en recevant la paix, 5 l'hostie consacrée apparut à toute l'assistance fixée à sa bouche.
6 Nous pouvons comprendre ici que si nous recevons pieusement le baiser de paix à la messe, 7 nous recevons Dieu spirituellement et participons à tous les mérites de la messe. 8 Celui qui a conscience d'être en état de péché mortel ne doit pas recevoir ce baiser de paix 9 et on ne doit pas le recevoir si on n'est pas à jeun.
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Ms 26 f. 96r.Connaissance miraculeuse de saint Louis. (Ci 140)
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Devant son église un curé répond à un jeune homme qui l'interroge. A droite deux cavaliers cheminent, dont l'un est le roi portant couronne. L'autre est tourné vers lui et admire que le roi ait su que le saint-sacrement n'était pas au tabernacle.
Ci 140 Connaissance miraculeuse de saint Louis. 1 Saint Louis saluait toujours les églises devant lesquelles il passait: 2 il ôtait le pied de l'étrier en inclinant la tête. 3 Un jour un membre de sa suite lui reprocha d'être passé devant une église sans la saluer. 4 Saint Louis lui répondit que c'était parce que le ciboire ne contenait pas d'hostie consacrée. 5 Aussitôt l'autre alla interroger le curé qui lui dit que c'était vrai. 6 On vit bien que saint Louis était un saint homme, puisque Dieu lui révélait ainsi des secrets qu'il n'aurait pu connaître autrement.
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Ms 26 f. 96v.Miracle de l'hostie cachée dans la bourse. (Ci 141)
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A droite un curé donne la communion à une personne agenouillée. De l'autre côté du curé, la donzelle, habillée cette fois de clair, semble mener la file des danseurs; mais sur sa bourse, un peu au dessus du genou, une tache rouge apparaît.
Ci 141 L'hostie cachée dans la bourse. 1 Une sotte fille qui n'avait pas osé avaler l'hostie le jour de Pâques parce qu'elle était en état de péché 2 la mit dans sa bourse et s'en alla danser ce même jour; et sa bourse se remplit de sang. 3 Ce miracle amena plusieurs personnes à croire au saint sacrement de l'autel.
Ci 142 Conversion d'une pécheresse. 1 Une pécheresse dans un élan de piété posa cette question à un prêtre qui portait le saint sacrement: 2 "Sire, celui que vous portez est-il celui qui pardonna à Marie-Madeleine ses péchés?" 3 Le prêtre plein de foi lui répondit: "Oui, en vérité." 4 La pécheresse fondit en larmes; en pleurant elle disait à Dieu: 5 "Ah, Seigneur, vous qui avez pardonné ses péchés à Marie-Madeleine, je vous supplie de me pardonner les miens." 6 Tous les assistants entendirent la voix de Dieu sortant du vase sacré que le prêtre portait: "Aujourd'hui tes péchés te sont pardonnés. Que la paix soit avec toi." 8 Ainsi peut-on connaître la bonté de Dieu et la grande confiance que nous devons tous avoir dans le saint sacrement de l'autel.
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Ms 26 f. 97 r.L'hostie perdue dans un pré. (Ci 143)
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A droite une triade-foule admire l'église que les abeilles ont construite pour abriter l'hostie perdue dans un pré. A gauche le curé qui avait perdu l'hostie partage cette admiration.
Ci 143 L'hostie perdue dans un pré. 1 Un prêtre laissa tomber le corps de Notre-Seigneur dans un pré par où il passait. 2 Il ne réussit pas à le retrouver, mais on le retrouva quand on faucha le pré. 3 Car des abeilles lui avaient construit une chapelle avec leur cire et un calice avec une patène sur laquelle elles l'avaient déposé. 4 Ce miracle se produisit en Provence, où cette chapelle est conservée respectueusement dans une église.
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Ms 26 f. 97v.Miracle du chien du juif. (Ci 144)
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L'hostie semble posée sur un support au dessus de la flamme. Le chien mord le poignet de son maître. Derrière le chien, une femme (peut-être la chrétienne qui avait fourni l'hostie?) qui admire et trois voisines attirées par les cris.
Ci 144 Miracle du chien du juif. 1 Un juif qui avait acheté le corps de Notre-Seigneur à une femme chrétienne le donna à manger à son chien. 2 Mais sir ordre de Dieu le chien s'agenouilla devant son créateur. 3 Le juif voulut prendre l'hostie et la mettre au feu. Mais, si attaché que fût le chien à son maître, il lui saisit la main 4 sans vouloir le lâcher avant que les voisins soient accourus en l'entendant crier. 5 Le juif se convertit à la foi chrétienne avec toute sa maisonnée. 6 Et les chrétiens témoins de ce miracle crurent plus fermement au saint sacrement de l'autel.
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Ms 26 f. 98r.L'hérétique qu'on ne pouvait brûler. (Ci 145); L'hostie dans la chaudière (Ci 146)
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Image de gauche: Un garçon attise le feu. Au dessus des flammes apparaît le buste de l'hérétique attaché au poteau. On ne voit pas les diables qui l'empêchent d'être brûlé. Arrivée de deux cordeliers dont le premier porte un ciboire qui mettra en fuite les diables.
Image de droite: Une chrétienne vend l'hostie à un juif. Le juif veut faire bouillir l'hostie dans une chaudière à trois pieds placée sur le feu. Sa femme le blâme, mais il la chasse.
Ci 145 L'hérétique qu'on ne pouvait brûler. 1 On voulait brûler un hérétique en Lombardie, mais on ne pouvait allumer le feu de son bûcher. 2 En effet les diables ne voulaient pas le laisser brûler, pour qu'il puisse continuer à nuire. 3 Mais quand un cordelier y apporta le corps de Notre-Seigneur, le feu qui jusque là ne voulait pas prendre s'alluma. 4 L'héretique se mit à crier aux diables: "Qu'arrive-t-il, mes amis? Allez-vous donc me laisser brûler de la sorte? 5 Les diables, entendus de tous ceux qui étaient là, répondirent: 6 "Nous ne pouvons plus te défendre, car le Tout-Puissant y est venu."
Ci 146 L'hostie mise à bouillir. 1 Un juif acheta le corps de Notre-Seigneur à une femme chrétienne et le fit bouillir dans une chaudière: La chaudière se remplit de sang et Jésus apparut crucifié. 2 Ce miracle convertit sa femme et ses enfants, mais le juif s'obstina dans son erreur et fut brûlé. 3 Ce miracle se produisit à Paris. L'hostie consacrée par qui ce miracle arriva est encore conservée avec respect à Saint-Jean-en-- Grève.
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Ms 26 f. 98v.L'hostie entre dans la bouche d'une religieuse ( Ci 147)
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Un moine cistercien dit la messe. Au centre on voit une sainte religieuse (nimbée) en prière. A droite, le moine entend la religieuse en confession: il saura alors pourquoi il manquait une hostie.
Ci 147 L'hostie entre dans la bouche d'une religieuse. 1 Un moine cistercien aumônier d'une abbaye de dames avait consacré à sa messe un certain nombre d'hosties. 2 Il lui en manqua une au total: celle-ci était entrée par permission divine dans la bouche d'une pieuse religieuse qui était dans l'église. 3 Comme elle craignait que ce ne soit une ruse du diable, elle s'en confessa à l'aumônier de l'abbaye. 4 Le moine sut que ce n'était pas de l'imagination, puisqu'il n'avait pas retrouvé son compte d'hosties. 5 Il y retrouva la paix, car jusque là il en était bien troublé; et il put rassurer la bonne religieuse. 6 Elle lui demanda de ne le répéter à personne tant qu'elle vivrait. Le moine le mit par écrit, car c'était un miracle.
Ici finira le développement des MIRACLES DU SAINT SACREMENT (Ci 121-147)
à propos de la Fête-Dieu qui était célébrée le jeudi après la Trinité (v. Ci 119a)
7 Nous savons avec certitude que Dieu nous aime beaucoup puisque pour nous conserver en sa foi il a voulu faire tant de beaux miracles par son précieux corps au saint sacrement de l'autel.
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Ms 26 f. 99r.Séparation des apôtres (Ci 148)
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Entre deux groupes de six apôtres nimbés siège un personnage barbu (ce doit être saint Pierre) qui attribue à chaque apôtre sa mission. L'ennui, c'est que 6+6+1= 13. Faut-il penser que Judas Iscariote serait remplacé par Mathias et que l'un de ces apôtres serait déjà saint Paul?
Ci 148 Séparation des apôtres. 1 Les saints apôtres de Notre-Seigneur, après avoir reçu le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte se séparèrent pour aller prêcher la foi de Notre-Seigneur à travers le monde. 2 A chacun fut attribuée la contrée où il devait aller; ils ne se revirent plus jamais tous ensemble sur terre sinon à la mort de Notre Dame.
3 Par eux Dieu nous a construit la sainte foi qui est la nôtre, qui nous ouvre, si nous la gardons, l'accès du ciel. 4 Nous leur devons tous honneur, amour, louange, car ce qu'ils ont souffert, ils l'ont souffert pour nous. 5 Ils auraient bien pu faire leur salut à moindres frais s'ils n'avaient pas voulu nous édifier cette glorieuse foi dont l'excellence ne peut être mesurée sur la terre ni au ciel.


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Ms 26 f. 99v.Les sept vertus (Ci 149)
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Il faut sans doute voir à gauche le prophète Isaïe qui est cité ici. Deux groupes de trois et quatre femmes entourent un personnage au nimbe crucifère qui est donc être Jésus... Mais le texte dira aussi que tout chrétien doit avoir épousé les sept vertus.
Ci 149 Les sept vertus. 1 Le Saint-Esprit dit par Isaïe pour ce temps de grâce qui est le nôtre: 2 "En ce temps à venir sept femmes entoureront un seul homme et lui diront: 3 Nous pourvoirons à notre nourriture et à notre vêtement et toi, tu nous ôteras la honte et Dieu nous bénira." 4 Ces sept femmes signifient les sept vertus qui toutes furent parfaites en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme. 5 Il les a épousées toutes les sept sans défaillance réciproque. 6 Et nous, en suivant son exemple, nous devrions aussi les avoir autant que nous le pouvons épousées. 7 Si elles sont ici présentées comme des femmes, c'est parce que, tout comme un homme et une femme qui se sont mariés se doivent protection l'un à l'autre sans se quitter ni se séparer, 8 de même nous devrions tous, nous qui vivons dans la foi de l'Eglise, avoir épousé les sept vertus. 9 Et si après avoir été aujourd'hui sans péché nous devenons demain pécheurs, notre mariage est rompu. 10 Et autant les péchés capitaux nous font du tort, autant les vertus sont nécessaires à notre salut. 11 Et voici les noms que nous leur donnons: Prudence, Tempérance, Force, Justice, Foi, Espérance et Charité.
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Ms 26 f. 100r.Le banquet du Pharaon. (Ci 150)
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Ce roi barbu à table doit être le pharaon et l'autre personnage couronné son épouse. Les deux juifs à bonnet de chaque côté du roi doivent être l'un Jacob, l'autre son fils Joseph.
Ci 150 Le banquet du Pharaon. 1 Le roi Pharaon fit un grand banquet en l'honneur de Jacob et de ses enfants par amitié pour Joseph. 2 Si nous suivons avec amour l'enseignement de Jésus (dont Joseph était une figure 3 car il était venu faire la volonté de son Père du ciel comme Joseph exécutait les ordres du Pharaon), 4 le Père du ciel nous fera asseoir à son banquet éternel, là où l'on n'a plus rien à désirer, 5 c'est à dire en sa précieuse compagnie, où l'on ne vit que de son doux regard; 6 car en le regardant on a jusqu'à la perfection tout ce qu'on peut désirer. ici commence le Traité de GLOUTONNIE
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Ms 26 f. 100v.Noé plante la vigne (Ci 151)
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Au centre Noé plante de la main droite un rameau en terre. On peut croire que sa main gauche est occupée à remuer le mélange du sang des cinq bêtes que l'on voit à gauche: le lion (très barbu), au premier plan sans doute l'ours, au dessus le singe, puis le bouc aux grandes cornes et enfin le porc. On peut penser que la scène se passe au clair de lune si les ceps déjà plantés derrière Noé sont blancs: ils auraient été plantés à la lumière du soleil... à condition toutefois que les ceps qui produiront le vin blanc soient représentés comme blancs...
Ci 151 Noé plante la vigne. 1 Au dire de certains, quand Noé planta la vigne, il en planta partie de nuit à la lumière de la lune et partie en plein jour à la lumière du soleil. 2 Celle qu'il planta la nuit, à cause de la froideur de la lune, et par la volonté de Dieu, produisit le vin blanc. 3 Et celle qu'il planta au soleil, à cause de la chaleur du soleil produisit le vin rouge selon cette tradition. 4 Bien sûr, si on voulait aujourd'hui essayer cette méthode, on n'obtiendrait ni vin blanc ni vin rouge, mais telle fut la volonté de Dieu. 5 Il reste que le vin rouge est plus vigoureux que le blanc et que le plus mauvais vin rouge est moins mauvais que le plus mauvais blanc.
6 Un autre maître dit que Noé pour planter la vigne la mouilla avec le sang de cinq bêtes, d'un lion, d'un ours, d'un singe, d'un bouc et d'un porc; 7 le vin y aurait acquis cinq qualités qu'il a encore, trois bonnes et deux mauvaises: 8 Car celui qui boit du vin, par le caractère du lion devient plus fier, par l'ours plus fort, par le singe plus subtil, par le bouc plus léger et par le porc plus grossier. 9 Je peux donc dire qu'en buvant du vin on devient plus fier, plus fort, plus subtil, plus léger et plus grossier, c'est à dire plus enclin au péché.
10 La première et la dernière de ces cinq qualités sont mauvaises, car être plus fier, c'est une variété d'orgueil et d'outrecuidance: 11 Quand un fou a trop bu, il pense bien valoir un roi et il vaut moins que lorsqu'il était à jeun. 12 Celui que la boisson a rendu plus fort à mal faire, il aurait mieux fait de boire de l'eau, car tout bien est perdu que l'on l'emploie à mauvais usage. 13 Le vin est bien employé par celui qui en est plus fort à faire un bon travail. 14 Si un sage boit du vin, il en devient encore plus sage; et si un bon messager en boit, il en ira encore plus vite. 15 Mais si un vaurien en boit, il tourne au pourceau: il en est d'autant plus disposé à pécher. Car pour les fous, tout tourne à leur désavantage.
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Ms 26 f. 101v.Ivresse de Noé. (Ci 152)
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Noé dort, couché sur une terre caillouteuse, sa main gauche tenant son bras droit. Il est sommairement enveloppé dans son manteau qui est relevé jusqu'au dessus des genoux. Arrivée de ses fils. Cham (à droite) se moque de son père, index gauche en geste de dérision, main droite offusquée. L'autre fils, Sem (geste de la main gauche qui ne veut pas voir ça) court étendre le manteau sur les genoux de son père.
Ci 152 Ivresse de Noé. 1 Quand Noé eut planté cette vigne et qu'il en eut bu du vin, il fut ivre. 2 Cham, l'un de ses fils se mit à rire quand il le vit découvert; mais Sem, un autre fils, eut la délicatesse de le recouvrir. 3 A son réveil Noé félicita son fils qui l'avait recouvert; il lui dit qu'il avait le coeur noble et que de lui naîtrait une noble race 4 (et il dit vrai, car de sa race naquit le doux Jésus-Christ); 5 et il réprimanda l'autre et il lui dit que de lui naîtrait une race vile et mauvaise. 6 (cependant de sa race naquit la bonne cananéenne dont parle l'Evangile: 7 Cela signifie qu'il arrive parfois que les méchants naissent des bons et les bons des méchants.) 8 Quand Noé se fut levé après ce sommeil, il se fit faire un pantalon. 9 On peut donc dire que pantalon et délicatesse furent inventés le même jour.
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Ms 26 f. 102r.Interdiction de la chair étouffée. (Ci 153)
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L'un des deux personnages tient en main un morceau de viande contenant du sang; mais veut-il l'exprimer ou le cacher? L'autre tient une cuiller de la main gauche et de son index droit donne un avis. Mais quel avis? "C'est bon"? ou bien "C'est presque à point"? ou bien "Il ne faut jamais..." Le sens de cette peinture sera celui qu'on voudra lui donner. Remarquons cependant le pot qui cuit dans la flamme sur un trépied métallique.
Ci 153 Interdiction de la chair étouffée. 1 Dieu permit aux descendants de Noé de manger de la viande 2 à condition de ne pas la manger avec le sang: c'est pourquoi ils en faisaient sortir le sang. 3 Cela signifiait qu'ils ne devaient pas vivre de bien mal acquis: car celui qui vole le bien d'autrui, il mange la viande avec le sang. 4 Ainsi le loup a toujours la gueule puante parce qu'il mange la chair crue. 5 Quand on dévore le bien que les pauvres gens ont gagné à la sueur de leur front, c'est cela la chair crue qui fait la gueule puante. 6 Car bonnes oeuvres ni oraison ni aucun bien qu'on fasse ne peuvent plaire à Dieu jusqu'à ce qu'on ait réparé les torts qu'on a causés.
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Ms 26 f. 102v.Loth quitte Sodome. (Ci 154)
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Loth avec son bâton et son bonnet de juif, portant un petit bagage, marche en tête sans se retourner. Ses deux filles qui le suivent semblent fort agitées, mais n'osent pas se retourner. Leur mère s'est retournée et ses bras expriment son immobilité définitive. La tour-porte figure Sodome qu'ils viennent de quitter.
Ci 154 Destruction de Sodome. 1 Cinq villes furent détruites dont ce livre parle ailleurs: Sodome, Gomorrhe, Seboïm, Adamas et Segor. 2 Quatre d'entre elles furent foudroyées et Ségor fut détruite par tremblement de terre. 3 Elles furent détruites pour le péché de sodomie qui régnait chez ces gens et parce qu'ils étaient ivres de nourriture et de confort.
4 Comme Loth était dans ces villes le seul juste, les anges lui dirent de s'en aller avec ses filles 5 et de dire à sa femme de ne pas regarder derrière elle; 6 et pour y avoir regardé elle devint un bloc de sel; et au dire de certains maîtres les bêtes la rongent toute la semaine, mais le samedi elle redevient entière.
7 Le fait qu'elle soit devenue un bloc de sel signifie qu'ainsi seraient assaisonnés ceux qui auraient décidé de transgresser les commandements de Dieu. 8 Et si nous regardions bien comment en fut punie cette femme, nous nous garderions de les transgresser. 9 Car autant nous pouvons nous fier en sa miséricorde, autant devons-nous transgresser sa justice.
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Ms 26 f. 103r.Les filles de Loth (Ci 155)
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A droite les deux filles ont préparé la table du repas; elles s'interrogent sur la légitimité de leur entreprise pour se procurer une descendance. A gauche Loth et ses filles dans le lit.
Ci 155 Les filles de Loth. 1 Les filles de Loth enivrèrent leur père et, de crainte de voir leur race s'éteindre, se firent toutes deux engrosser par lui. 2 Elles n'avaient aucune autre mauvaise intention; seulement elles trouvaient honteux de laisser s'éteindre leur race. 3 Loth fut plus coupable que ses filles, car c'est un péché de s'enivrer et s'il agit ainsi, c'est par ivresse qui est une variété de gloutonnie.
4 Tout le temps que Loth vécut dans la ville des pécheurs il se garda de pécher, et il succomba quand il en fut sorti. 5 Cela signifie que tel ferait son salut dans le monde, qui se damne au monastère et tel autre ferait son salut en religion, qui se damne dans le monde. 6 Car tel fait son dommage là où un autre ferait son profit.
Ci 156 Esaü vend son droit d'aînesse. (le Ms 26 n'a pas ici de peinture à ce sujet). 1 Esaü vendit son droit d'aînesse à son frère contre une pleine écuelle de lentilles. 2 C'est ainsi que s'abaissent, s'avilissent et s'éloignent du paradis ceux qui pour l'amour de leur ventre transgressent la loi de Dieu.
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Ms 26 f. 103v.Les ablutions rituelles. (Ci 157)
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Un juif au centre demande à Jésus (à gauche avec deux disciples) s'il est permis de manger sans avoir d'abord procédé aux ablutions rituelles. A droite une table servie comme celle de Loth au recto.
Ci 157 Les ablutions rituelles. 1 On voit ici qu'un juif demanda à Jésus si c'était péché de tenir le pain sans s'être lavé les mains. 2 Jésus lui répondit: "Ce qui entre dans la bouche ne damne pas l'âme, mais ce qui en sort la damne." 3 Cela signifie que manger en temps et en lieu une nourriture honnêtement gagnée n'est pas péché en dehors des temps de jeûne; 4 mais parler sans respect de Dieu et des saints et proférer des paroles violentes et grossières, c'est le comble de la gloutonnie.


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Ms 26 f. 104r.Le mauvais riche et le pauvre Lazare ( Ci 158,1-2 )
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A gauche, une table servie comme sur les peintures précédente, mais ici trois convives y sont assis: Le premier lève sa coupe; le second (est-ce le riche?) donne son avis (est-ce pour chasser le pauvre?); le troisième étend la main pour jeter quelque chose au chien. Le même chien lèche les ulcères de Lazare qui a en plus des traces de sang au cou; il est coiffé d'un chapeau rond et porte sur le dos ses ustensiles de mendiant
Ci 158, 1 Le mauvais riche. 1 On voit ici le riche de l'Evangile, qui était juste possesseur de ses richesses, mais qui fut damné parce qu'il n'avait pas voulu donner au pauvre Lazare des miettes de sa table et qu'il était trop esclave de ses aises. 2 Le mendiant trouva plus de compassion auprès de ses chiens qui lui léchaient ses plaies qu'auprès de leur maître. C'est pourquoi celui-ci à sa mort alla en enfer.
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Ms 26 f. 104v.Le pauvre et le riche après la mort. ( Ci 158, 3 )
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Lazare couvert d'ulcères meurt pieusement dans un lit. A droite le riche bout dans le chaudron de l'enfer entouré de belles flammes. Il lève le doigt pour parler au patriarche Abraham. Abraham tient sur son bras gauche un enfant qui est sans doute l'âme de Lazare; mais son index droit adresse une réponse sans pitié au malheureux damné.
Ci 158 Le mauvais riche (suite) 3 Quand il fut en enfer il vit le pauvre au sein du père Abraham. Il pria le père Abraham de lui envoyer par le mendiant une goutte d'eau pour rafraîchir sa langue, car il était tout brûlant. 4 Le père Abraham (qui représente ici Dieu le Tout-Puissant qui est notre père à tous) lui répondit: 5 "Fils, souviens-toi que le mendiant a eu sur terre pauvreté et misères tandis que tu avais richesse et agréments. Aussi est-il juste qu'il ait repos et toi peine." 6 Le riche lui répondit: "Dis au moins à mes cinq frères de ne pas mener une vie qui les amènerait ici." 7 Le père Abraham répondit: "Ils ont Moïse et les prophètes: Qu'ils les croient s'ils veulent." 8 Cela signifie que personne d'entre nous n'a d'excuse s'il ne fait pas son salut, car nous avons les prédicateurs et l'enseignement de la théologie.
9 Le riche avait donné à ses frères le mauvais exemple: aussi ne voulait-il pas qu'ils viennent en enfer, sachant bien que son châtiment en serait accru (ce n'était pas par charité). 10 Cela signifie que si quelqu'un donne un mauvais exemple qui en conduise d'autres à la damnation, son châtiment en grandira en proportion du nombre de ceux qui se seront damnés à cause de lui. 11 Et inversement, plus on aura mené de gens au paradis par son exemple et par son enseignement, plus on verra grandir sa gloire au ciel. 12 Car pour les hérésiarques qui font encore se damner les gens, leur châtiment continue de s'accroître avec le nombre de leurs victimes. 13 Et de même s'accroît au ciel la gloire de ceux dont l'enseignement en a mené d'autres au salut.

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Ms 26 f. 105r.Un autre mauvais riche (Ci 159)
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Ce riche est couché dans un bon lit et rêve à son plan de capitalisation. Mais du haut du ciel un ange lui réclame son âme et un diable vient l'étrangler: C'est la mort subite.
Ci 159 Un autre mauvais riche. 1 Un mauvais riche pensait à agrandir ses greniers et ses celliers pour loger ses richesses qu'il aurait mieux fait de distribuer aux pauvres. 2 Il se disait: "Bois et mange. Tu vois bien que tu as assez; rien ne te manque." 3 en pensant cela il entendit une voix du ciel qui lui disait: "Malheureux, à quoi penses-tu? Cette nuit même les diables emporteront ton âme." 4 Et c'est ce qui lui arriva, car soudain le diable l'étrangla. 5 Il est maintenant privé de tout bien parce que par gloutonnie il voulait manger tout le bien qu'il avait, sans en rien donner aux pauvres pour qui Dieu le lui avait confié. 6 Car ceux qui possèdent plus de biens temporels qu'il ne leur en faut, ils doivent les distribuer aux pauvres. 7 Et s'ils ne le font pas et que des pauvres meurent par leur faute, Dieu leur demandera compte de leur mort.
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Ms 26 f. 105v.Le choix entre trois péchés (Ci 160)
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A gauche un ermite est importuné par un diable tentateur qui lui fait une proposition; l'ermite semble intéressé. Au centre il soupe avec une femme et son mari. Que s'est-il passé? On ne nous le montrera pas, mais nous voyons à droite l'ermite frapper ses deux commensaux tombés par terre.
Ci 160 Le choix entre trois péchés. 1 Un diable donna à un ermite le choix entre trois péchés, après quoi il le laisserait en paix. 2 Croyant choisir le moins grave, il prit gloutonnie et il les fit tous les trois; 3 car dans son ivresse couchant avec sa gouvernante, il la tua ainsi que son mari. 4 C'est pour cela que le diable lui avait offert ce choix, pensant bien qu'il le tromperait ainsi.
5 Gloutonnie est la source de beaucoup d'autres péchés. 6 Car personne n'est si sage à jeun qu'il ne devienne stupide et hors-du-sens quand il est ivre. Et "coeur de hors-du-sens, c'est tabernacle au diable." 7 Nous avons donc montré que gloutonnie est un péché dangereux. 8 Ceux qui jusqu'ici y ont succombé feront bien, s'ils m'en croient, de s'en garder à l'avenir.
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Ms 26 f. 106v.Cinq sortes de mauvaises langues. (Ci 161)
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Suspendues comme à la boucherie on voit successivement cinq langues qui sont au dire du texte: une longue (,2), une courte (,3), une pointue (,4), une grasse et ordurière (,5-10), et une large (,11) qui est la langue des flatteurs. A droite, le porc qui mange son propre pied représente celui qui diffame son prochain: il mange sa propre chair(,15).
Ci 161 Cinq sortes de mauvaises langues. 1 Il y a cinq sortes de mauvaises langues:
2 Certaines sont si longues qu'à propos d'une sottise elles en disent bien quatre. 3 Certaines sont si courtes qu'elles ne peuvent dire de bien sans mal et même qu'elles relatent le mal en omettant le bien. 4 Certaines sont si aiguës qu'elles blessent les autres et eux-mêmes et critiquent, attaquent et blâment les autres pour se mettre en valeur.
5 Certaines sont grasses et sales, qui racontent des propos orduriers de débauches d'hommes et de femmes, où un chien ne voudrait pas mettre son nez. 6 Et les hommes, d'autant qu'ils ressemblent plus à Dieu que les femmes, doivent d'autant mieux se garder de tout péché et en particulier de parler grossièrement: 7 Nul homme ne devrait dire un mot qu'une honnête femme ne puisse dire sans honte devant tout le monde. 8 Car, de même que l'or est le siège des pierres précieuses, la bouche d'un homme ou d'une femme est faite pour louer Dieu et dire de bonnes paroles et non d'autres. 9 Et celui qui après de mauvaises paroles en prononce quelques bonnes sans s'être repenti et confessé des mauvaises qu'il a dites auparavant, il est semblable au cuisinier qui prépare le repas de son maître dans des plats sales: 10 Pas plus que le repas ainsi présenté ne doit plaire à son maître, ne plairont à Dieu les prières ni les louanges faites d'une bouche souillée.
11 La langue large, c'est celle des flatteurs qui disent toujours: "Monsieur a bien raison" et qui veulent plaire à tout le monde. 12 Mais on ne doit désirer plaire qu'aux bons, car critiquer les méchants, c'est faire l'éloge des bons; 13 de leur côté les méchants blâment ce que font les bons et font l'éloge des méchants. 14 Et l'Ecriture maudit ceux qui appellent le bien mal et le mal bien.
15 Chaque fois que nous disons du mal d'autrui, nous sommes comme le pourceau qui mange son pied coupé. 16 De la même façon nous mangeons notre propre chair quand nous disons du mal d'autrui à tort ou à raison.
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Ms 26 f. 107 r.Inspection des estomacs des moines (Ci 162)
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Au ciel sur fond bleu apparaissent les saints fondateurs d'ordres: un moine noir, un saint évêque, un moine brun. A la gauche du Christ, deux autres saints moines: un noir et un brun. Il serait risqué de les identifier avec certitude. Tous ont un geste des mains qui réprouve, sauf le dernier à notre droite, qui semble proposer un arrangement. Ce serait donc saint François. Sur la terre, à gauche un bras qui sort de la marge va couper la tête à l'un des deux dormeurs. Le troisième moine noir qui dort à droite est celui qui a la vision.
Ce moine noir alité, dans sa situation d'intempérance, n'est sûrement pas nimbé. On peut donc être certain que le cercle qui entoure sa tête est bien un oreiller et non pas un nimbe.
Ci 162 Les trois moines qui banquetaient. 1 Trois moines bénédictins après avoir festoyé entre eux s'endormirent un jour d'été dans une chambre fermée. 2 L'un d'eux rêva qu'il voyait des moines de plusieurs ordres religieux 3 et que le saint fondateur de leur ordre leur plongeait la main par la bouche jusqu'en l'estomac; et s'il y trouvait des nourritures raffinées, il leur faisait couper la tête. 4 Il vit ainsi couper la tête à plusieurs et à ses deux amis. "Moines ne doivent manger que fèves", disaient les saints. 5 Il pria alors saint François de le tirer de ce mauvais pas et il se ferait franciscain; et saint François accepta. 6 Aussitôt il s'éveilla et se souvint de sa vision. Il constata que ses deux amis avaient la tête coupée, bien que la chambre fût fermée de l'intérieur. 7 Cet événement se produisit en l'archevêché de Lyon. Et le moine qui avait eu cette vision se fit franciscain.
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Ms 26 f. 107 v.Le chambellan qui jurait (Ci 163)
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Un chevalier borgne gifle un garçon qui a proféré un juron. Le même garçon se plaint au roi.
A droite on voit une triade -foule de chevaliers dont le premier, vêtu cette fois de brun, lève le doigt pour dire que l'ancien borgne, c'est lui. Son voisin admire, le roi aussi, pendant que le garçon est encore en train de dire que son borgne n'est pas là.
Tout ce qui nous semble simultané dans la partie droite pose problème , parce qu'il a bien fallu successivement que les chevaliers défilent devant le garçon,
que le garçon annonce que son borgne n'est pas passé,
qu'en l'entendant le chevalier se fasse connaître,
que tout le monde constate le miracle pour l'admirer.
Ci 163 Le chambellan qui jurait. 1 Un chevalier donna une gifle au chambellan du roi parce qu'il avait proféré un affreux juron. 2 Le chambellan alla se plaindre au roi: "Ainsi m'a frappé un de vos chevaliers. 3 Le roi répondit:: "Connais-tu celui qui t'a frappé? - En vérité, dit le jeune homme, je ne sais pas son nom, mais je sais bien qu'il n'a qu'un oeil." 4 Le roi commanda de faire passer tous ses chevaliers par une porte et d'arrêter le coupable. 5 Quand ils furent tous passés, le jeune homme dit que son borgne n'était pas passé. 6 Le chevalier cria bien haut: "Me voilà! Je suis passé! Mais je n'ai jamais rien fait dont Dieu m'ait mieux récompensé. 7 Car pour l'avoir vengé d'un jeune homme qui lui disait des grossièretés, il m'a rendu mon oeil que j'avais perdu." 8 Quand le roi vit le miracle, il congédia son chambellan et devint l'ami du chevalier. 9 On peut penser que les vilains jurons déplaisent à Dieu, puisqu'il a voulu faire à ce sujet un si beau miracle.
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Ms 26 f. 108r.La queue du diable faisait la tempête. (Ci 164)
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Devant un autel drapé un diable agenouillé, les mains jointes, fait sa prière: il y a là en effet de quoi étonner l'ermite. Mais devant les pieds du saint homme passe la longue queue du diable, qui à droite agite la mer.
Ci 164 La queue du diable faisait la tempête. 1 Un ermite qui habitait au bord de la mer accusait le diable de causer toutes les tempêtes de la mer. 2 Un jour il le trouva à genoux dans sa chapelle - mais sa queue était si longue qu'elle lui permettait de troubler la mer. 3 L'ermite lui demanda: "Que fais-tu ici?" Il répondit: "Je suis en oraison. 4 Tu prétends que je cause toutes les tempêtes de la mer, mais tu vois bien que je n'y suis pour rien actuellement, puisque je suis ici." 5 Le saint homme répondit: " Je vois bien que tu es ici. Mais c'est ta queue qui fait la tempête dans la mer." 6 Cela signifie que si un personnage est assez honnête pour ne vouloir personnellement rien faire de mal, et s'il a des subordonnés qui causent du tort en son nom, 7 il ressemble au diable qui avec sa queue troublait la mer.
8 C'est pourquoi le proverbe dit: "Tel patron, telle équipe." 9 Car la tête ne peut être en bonne santé si les membres sont malades faute d'être bien commandés et les membres ne peuvent être en bonne santé si leur tête est malade. 10 Car de même que les bons s'entremènent au ciel par leurs bons exemples, les méchants s'entremènent en enfer s'ils prennent modèle les uns sur les autres.
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Ms 26 f. 109r.Les trois partages. (Ci 165)
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Chacun des trois frères a deux fils, un robuste et un infirme. L'aîné des trois pousse dehors son fils robuste (qui proteste) et donne une bourse à l'infirme (qui remercie). Le second donne une bourse à chaque fils (le robuste paraît déçu. Le troisième donne une bourse au fils robuste et une écuelle à l'infirme.
Dans chacun des trois cas notre peintre a opposé la couleur de deux personnages à celle d'un troisième. Mais cette opposition est toujours esthétique et n'a aucun rapport avec la logique. En effet au centre les deux fils traités de la même manière devraient être vêtus de la même couleur... Peut-être la couleur des vêtements paternels oppose-t-elle les deux aînés (qui ont tort) au cadet qui mérite l'approbation de notre auteur.
Ci 165 Les trois partages. 1 Trois frères avaient chacun deux enfants, un malade et un bien-portant. 2 Tous trois firent leur testament. L'aîné laissa tous ses biens à son enfant malade et rien au bien-portant. 3 Le cadet laissa autant à l'un qu'à l'autre. Le benjamin laissa tout au bien-portant et rien au malade sinon sa vie.
4 Ces trois frères représentent trois sortes de gens qui sont au monde. 5 Nous avons tous deux enfants, un malade et un bien-portant: notre corps que les vers mangeront et notre âme qui vivra éternellement. 6 La plupart des hommes donnent tous leurs soins à leur corps qui pourrira: 7 Car, quand ils ont du blé au grenier, du vin au cellier, du pain dans la huche, de l'argent dans la bourse, 8 des habits dans la penderie, un lit agréable et doux, et la santé du corps, ils n'en demandent pas plus, n'ayant pas d'autre ambition que de faire durer ce train de vie: 9 Et tout cela n'est que pour le corps, qui pourrira. Et de telles gens, on en trouve beaucoup. 10 Ceux qui pour l'amour de Dieu observent les lois de l'Eglise et pratiquent les commandements, ils sauvent l'âme et le corps. 11 Mais ceux qui aiment Dieu plus que tout, qui se soucient peu du prix qu'il leur coûte du moment qu'ils l'ont, ils donnent tout au bien-portant et rien au malade. 12 Et si on les appelle ici le benjamin, c'est parce qu'ils sont les moins nombreux à suivre ce chemin.
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Ms 26. f. 109v.Les tonneaux de vin refusés au père. (Ci 166)
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Le fils (en bleu) reçoit de son père encore jeune une bourse et des conseils. Le père semble ensuite avoir bien vieilli et marche avec un bâton: il demande du vin à son fils, qui l'emmène voir ses tonneaux. Auprès de lui un serviteur tient dans sa main gauche la broche du tonneau et recueille dans un pot le vin qui jaillit. On peut s'étonner que le vin jaillisse si fort de la partie supérieure du tonneau.
Ci 166 Les tonneaux de vin refusés au père. 1 Un riche avait donné tout ce qu'il avait à un sien fils, au point de tomber dans l'indigence. 2 Il demanda à son fils de lui donner à boire du vin d'un de ses tonneaux, car il en avait plusieurs. 3 Son fils répondit: "Je ne puis vous donner de ce premier, car c'est du moût: il vous ferait mal. 4 Ni de celui d'après, qui est tout plein: Je ne le désemplirai pas pour vous. 5 Du troisième non plus je ne vous donnerai pas: c'est un vin exceptionnel et je ne veux pas le gâter. 6 Ni du quatrième, car c'est du vin vieux; je n'aurais pas de quoi le remplir. 7 Vous aurez donc de ce dernier si vous voulez: c'est un fond de tonneau dont boivent les valets; sans cela on pourrait le jeter." 8 Malgré tout le brave homme en accepta puisqu'il n'en pouvait avoir de meilleur. Mais il ne devait pas en être très reconnaissant à son fils.
9 Ce riche, c'est Dieu qui nous a donné tous les biens que nous avons et qui voulut être pauvre trente-deux ans pour l'amour de nous. 10 Il nous demandait à boire de la dévotion de nos coeurs quand il dit sur la croix: "J'ai soif." Et ainsi à chacun de nos âges il nous demande nos coeurs. 11 Mais les jeunes ne lui donnent pas leur coeur par crainte de l'empoisonner; ils ressemblent à celui qui à son père refusa le moût. 12 Ceux d'entre trente-cinq et quarante ans s'excusent en disant que faire pénitence leur ferait du tort. 13 Ceux de cinquante ans s'excusent en disant qu'ils commencent à avoir quelque valeur; il ne s'agit pas de gâter ce cru exceptionnel. 14 Après cinquante ans ils s'excusent en disant qu'ils ne peuvent plus jeûner ni faire pénitence et qu'ils sont plus faibles et plus fragiles qu'autrefois. C'est le vin vieux: ils n'auraient pas de quoi remplir. 15 Mais vers soixante ans ils cessent de pécher et demandent pardon à Dieu et lui donnent du vin sur la lie, qui ne mérite guère de reconnaissance. 16 Saint Augustin dit qu'ils n'abandonnent pas le péché: c'est le péché qui les abandonne.
17 Quant à ceux qui retardent leur conversion jusqu'à leurs derniers moments, je ne me risquerai pas à dire qu'ils sont sauvés ou qu'ils sont damnés: 18 "En l'autre siècle s'en iront; qu'ils prennent ce qu'ils y trouveront." 19 Ces mots semblent nous laisser peu d'espoir qu'ils soient sauvés; et nous ne pouvons en avoir plus.
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Ms 26. f. 110v.Le figuier stérile. (Ci 167)
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Le maître ordonne au jardinier (celui qui porte une ceinture) de couper le figuier. Mais le jardinier lui fait envisager une autre solution. A droite le jardinier approche de l'arbre un outil qui doit être une scie.
Ci 167 Le figuier stérile. 1 Un propriétaire dit à son jardinier: "Il y a trois ans que ce figuier n'a rien produit. Tu le couperas. 2 Le jardinier répondit: "Je vais mettre du fumier au pied: s'il produit vous en aurez le fruit; sinon, il sera toujours temps de le couper. 3 Ainsi à la prière de son jardinier, le propriétaire s'abstint de faire couper l'arbre.
4 Le propriétaire, c'est Dieu le tout-puissant. Le jardin, c'est ce monde où nous sommes. 5 Le figuier, c'est la créature humaine et le jardinier, c'est notre doux seigneur Jésus-Christ. 6 Notre
seigneur Dieu le Père, en qui réside vraie Justice (qui consiste à rendre à chacun ce qui lui appartient) constate 7 que bon nombre d'entre nous passent trente ou quarante ans sans produire de fruit de bonnes oeuvres et sans reconnaître en rien sa puissance et sa bonté. Il veut en bonne justice les punir. 8 Et le doux Jésus-Christ, qui est son jardinier (car en nous il détruit les vices et cultive les vertus) répond comme notre vrai frère en tempérant la justice de son Père: 9 "Je vais les faire enseigner et prêcher par mes prédicateurs. S'ils les écoutent et se convertissent, vous aurez leurs âmes; et s'ils ne veulent se convertir, il sera toujours temps de les punir après leur mort."
10 Ainsi s'abstient le Père de punir les pécheurs avant leur mort, à la prière de notre seigneur et frère son doux Fils Jésus-Christ. 11 Donc celui qui retardera jusqu'à la mort sa conversion, il doit craindre d'être le figuier coupé et jeté au feu. 12 Car de même que le figuier porte un fruit doux et nourrissant, nous sommes tous créés par Dieu pour produire du fruit de bonnes oeuvres et rien d'autre.
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Ms 26 f. 111 v.Exemple des cierges (Ci 168)
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Le premier chandelier porte un cierge allumé normalement, par le petit bout. Le second porte un cierge dont le petit bout est en bas, c'est le gros bout qui est allumé. Ce second cierge était sans doute plus facile à dessiner qu'à placer en réalité. C'est la moralité de l'exemple qui le fait tenir debout.
Ci 168 Exemple des cierges. 1 L'usage de l'Eglise est d'allumer les cierges par le petit bout, si bien que la dernière flamme du cierge est la plus vigoureuse. 2 C'est de cette façon que nous devons tous aimer Dieu: nous devons être meilleurs aujourd'hui qu'hier , meilleurs demain qu'aujourd'hui, meilleurs dans l'avenir que présentement. 3 Plus on approche de la mort, plus on doit apprendre, savourer, sentir, connaître et aimer Dieu, augmenter et multiplier les bonnes oeuvres. 4 C'est de cette façon que nous produirons une flamme plus forte à la fin qu'au commencement, à l'exemple des cierges que l'on allume dans l'Eglise. 5 Mais celui qui est meilleur jeune que vieux, il allume son cierge par le gros bout: au moment où l'on devrait y trouver une bonne flamme, on n'y trouvera rien. 6 Il ressemble aux enfants qui en pleine rue allument des fours de bûchettes qui s'éteignent sans avoir servi à rien.
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Ms 26. f. 112 r.La pierre d'or. (Ci 169)
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La pierre d'or trône, isolée, entre les deux groupes. Elle n'appartient ni à ceux qui ont été assommés au retour des achats, ni à ceux qui meurent empoisonnés par le pain.
Ci 169 Fable de la pierre d'or. 1 Quatre garçons trouvèrent une pierre d'or. Ils décidèrent qu'ils la partageraient quand ils auraient déjeuné. 2 Deux d'entre eux gardèrent la pierre et les deux autres allèrent acheter du pain, mais ils empoisonnèrent celui de leurs compagnons afin d'avoir pour eux toute la pierre. 3 Ceux qui gardaient la pierre décidèrent de tuer leurs compagnons afin d'avoir toute la pierre. 4 Après les avoir tués, ils mangèrent le pain empoisonné et moururent. Ainsi moururent les quatre garçons et la pierre demeura intacte.
5 Cela signifie que les richesses de la terre provoquent la mort de ceux qui ne savant pas en faire bon usage. 6 Car cent hommes peuvent bien se damner pour un héritage tandis que le capital reste inaltéré: C'est la pierre d'or qui reste immobile.
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Ms 26 f. 112 v.Le pacte des trois avertissements. (Ci 170)
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Le diable apporte une bourse à un garçon, qui lui rappelle ses conditions: il aura droit avant sa mort à trois avertissements. Un barbier peigne le garçon et un diable au-dessus de l'image fait remarquer qu'il est devenu un vieillard à cheveux blancs. Quand le garçon s'appuie sur un bâton, un second diable lui dit qu'il penche vers la tombe. Enfin, le mourant admonesté par son médecin ne le croit pas: il attend toujours les trois avertissements promis. Et le diable emporte son âme en enfer.
Ci 170 Le pacte des trois avertissements. 1 Un diable apparut à un garçon découragé et lui proposa de le rendre riche s'il voulait. 2 Il pourrait cependant quitter son service à trois avertissements qu'il lui ferait; s'il ne le quittait pas, le diable aurait son âme. 3 Le malheureux, qui ne pensait qu'à l'argent, y consentit sans avoir demandé quels seraient ces trois avertissements. 4 Il fut si riche qu'il avait plusieurs domestiques et menait grand train de vie.
5 Un jour qu'il se faisait peigner par un barbier devant une fenêtre, il entendit une voix qui disait: "Il est chenu, le vieillard!" 6 Une autre fois, comme il s'appuyait sur un bâton pour une douleur qu'il avait au pied, il entendit une voix qui disait: "Il penche vers la tombe, le vieillard!" 7 Quand il dut s'aliter, il reçut la visite d'un grand médecin, qui au vu de son urine lui dit: 8 "Cher Monsieur, faites venir votre curé et confessez-vous avec soin, sans rien omettre; 9 car sans aucun doute vous allez mourir: je vous en donne avis et vous recommande à Dieu." Le malheureux ne tint aucun compte de tout cela.
10 Bientôt survint le diable avec ses crochets et ses engins, qui lui dit: " Debout, bel ami! Je suis venu te chercher! 11 - Grâce à Dieu, bel ami, répondit le malheureux, je n'irai pas, car tu ne m'as pas encore fait les trois avertissements que tu dois me faire." 12 Le diable répondit: "Mais si! Je t'ai dit que tu étais chenu et que tu penchais vers la tombe. 13 Et par la bouche du médecin je t'ai dit de te convertir et tu n'en as rien fait. 14 Quand je t'ai dit que tu étais chenu, pourquoi n'as-tu pas pensé que ta richesse ne t'empêchait pas de vieillir? 15 Quand tu avais mal au pied, pourquoi n'as-tu pas pensé que ta richesse ne t'empêchait pas de te défaire? 16 Quand je t'ai dit que tu étais en train de mourir, pourquoi ne t'es-tu pas confessé? Tu serais sorti de mon service. 17 Et puisqu'à ces trois avertissements tu n'as pas reconsidéré ta vie, il te faut embarquer. En route!" Et aussitôt il l'emporta.
18 Il aurait mieux valu pour lui rester pauvre pour être sauvé que devenir riche pour être damné. 19 Car, dit le proverbe, "J'estime peu les agréments
qui nous mènent aux châtiments."
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Ms 26 f. 113 v.Le crucifix se bouche les oreilles. (Ci 171)
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Le Crucifié a lâché la croix pour se boucher les oreilles (Son corps est-il devant l'autel? Sa croix est derrière...) Le célébrant surpris se retourne vers l'évêque, qui admire. Derrière l'évêque, le curé de la paroisse lui explique que le défunt s'est bouché les oreilles toute sa vie pour ne pas entendre parler de Dieu. Derrière lui, un catafalque qui semble drapé de brun.
Ci 171 Le crucifix qui se boucha les oreilles. 1 Un évêque était venu assister à l'enterrement d'un riche personnage. 2 Dès le début de la messe, le crucifix se boucha les oreilles. 3 L'évêque demanda au curé quel comportement avait le mort. 4 Le curé répondit: "Il n'aimait pas entendre parler de Dieu quand il était vivant. 5 - Et Dieu ne veut pas entendre parler de lui maintenant qu'il est mort", répondit l'évêque. Et il le fit enterrer aux champs.
6 Il fit bien, car ne sont pas dignes de dormir au cimetière les corps dont les âmes sont en enfer.
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Ms 26. f. 114 r.La roue de Fortune. (Ci 172)
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Derrière le centre de cette roue, on aperçoit dame Fortune qui la fait tourner. Celui qui siège pour l'instant en haut de la roue est un roi sur son trône; à gauche un personnage en pleine ascension guigne le trône; à droite un autre, la tête en bas, est sur son déclin; en bas un malheureux a encore les jambes dans la roue, mais sa main effleure le sol (ou les pieds de dame Fortune?) Le texte nous dit que c'est Tricherie qui règne en ce monde, que Vérité est tout en bas, mais que dans l'autre monde...
Ci 172 La roue de Fortune. 1 On voit ici que la roue de Fortune tourne en apportant aux uns et aux autres profit ou dommage matériel. 2 Car ce qui devrait être en haut est parfois en bas et ce qui devrait être en bas est parfois en haut.
3 Tricherie domine, Fausseté est en hausse, Loyauté est en baisse, Vérité se trouve au plus bas. 4 Vérité a été reine et règne encore dans les plus nobles lieux; elle régnera éternellement là où Tricherie ne pourra plus régner. 5 Car Vérité est Dieu et Tricherie et Fausseté ne sont pas sans le diable ni le diable sans elles. 6 Elles ne régneront plus après le Jugement, car elles mourront en vivant et vivront en mourant. 7 Et Vérité règne et régnera éternellement en Dieu et en tous les habitants du ciel.
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Ms 26 f. 114 v.Les marchands de harengs. (Ci 173)
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A gauche le marchand qui vend des harengs frais est assis devant son étal et présente son poisson à une triade-foule de chalands, qui admirent la qualité de la marchandise. Peut-être le troisième avance-t-il la main gauche pour payer... A droite celui qui vend des harengs puants donne à son acheteur un paquet rond. Le texte nous dit qu'il n'attend pas d'avoir été payé pour donner sa marchandise.
Ci 173 LES MARCHANDS DE HARENGS. 1 Dieu agit comme ceux qui vendent du hareng frais: ils veulent être payés avant de livrer leurs harengs. 2 En effet il ne nous donnera pas son paradis si nous ne l'achetons d'abord par la pénitence, avec le secours de sa grâce. 3 Et le diable ressemble à celui qui vend du hareng puant: il le donne volontiers à crédit pour s'en débarrasser. 4 Il écoule mieux sa marchandise que ne fait Dieu. Car Dieu "point" (= pique) et ensuite "oint" (= applique un baume), et le diable "oint" et "point". 5 C'est pourquoi certains s'y laissent prendre, car son service est plus agréable, leur semble-t-il, pour le moment. 6 Mais Dieu veut que nous nous donnions du mal pour avoir le repos. 7 Et le diable veut que ses serviteurs prennent un peu de repos avant d'arriver aux supplices éternels.

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Ms 26. f. 115 r.Le pain des ouvriers. (Ci 174)
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Le maître de la vigne a donné du pain au premier vigneron, en lui rappelant que c'est pour tout le groupe. -Soyez sans crainte, répond l'autre.
Au centre, trois personnes à table. C'est la maître de la vigne qui a invité ses ouvriers: cette
"triade" doit encore avoir valeur de "foule". Le prévaricateur est emmené en prison par la tour-porte de droite.
Ci 174 Le pain des ouvriers de la vigne. 1 Un patron donna du pain pour nourrir tous ensemble les ouvriers de sa vigne. 2 Il y en eut un qui prit le pain et refusa d'en donner aux autres. 3 Quand les autres se plaignirent au patron, celui-ci mit le voleur en prison et fit asseoir ses ouvriers à sa table.
4 Ce patron, c'est Dieu, qui a fait tous les biens de la terre pour la communauté de ceux qui vivent en sa foi. 5 Les riches qui les entassent sans vouloir en donner aux pauvres doivent craindre d'être jetés après leur mort dans une prison éternelle. 6 Car le mauvais riche (Ci 158) qui était légitime propriétaire de ses biens fut damné pour n'avoir pas voulu donner. 7 Dieu demandera compte aux riches de la mort des pauvres.
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Ms 26 f. 115 v.L'aveugle, son fils et son chien. (Ci 175)
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Un aveugle à bonnet est assis seul à la table de gauche. Il donne à son chien une sorte de gâteau en lui ordonnant sans doute de le porter à son fils... A la table de droite, le fils proteste parce que le chien n'apporte pas ce qu'on lui a confié. Ce chien est l'image des "mauvais exécuteurs", c'est à dire des légataires qui acceptent un héritage sans en verser ce qui était prévu pour le repos de l'âme du défunt.
Ci 175 L'aveugle, son fils et son chien. 1 Un preudomme aveugle pensait donner à son fils des mets de sa table, et en fait c'était son chien Charmet qui le volait. 2 Le fils dit: "Père, ne m'envoyez plus rien par Charmet, car tout ce que vous lui confiez pour moi, il le mange sans rien me donner." 3 C'est ainsi que des braves gens envoient leurs aumônes à leurs amis qui sont en purgatoire par de mauvais exécuteurs: 4 Les aumônes dans leurs mains sont comme la nourriture dans la gueule de Charmet. 5 Si j'envoie ce que je dois par un messager infidèle, je ne m'en suis pas pour autant acquitté. 6 De même si les mauvais exécuteurs ne font pas ce qu'ils doivent, ils ne délivrent pas les âmes et ils se nuisent à eux-mêmes, car ils devront demeurer en purgatoire d'autant plus longtemps.
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Ms 26 f. 116 r.Invention du dé à jouer. (Ci 176)
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Un diable apporte à un noble romain deux dés d'or en expliquant les différents chiffres du dé comme autant de blasphèmes. A droite devant une table de jeu un homme armé d'une épée tue son partenaire, qui proteste de sa bonne foi.
Ci 176 Invention du dé à jouer. 1 Le diable donna à un chevalier de Rome deux dés d'or pour l'y faire jouer avec ses compagnons. 2 Il lui expliqua les différents points: "Le premier point est mépris de Dieu le Tout-Puissant; le second point mépris de Dieu et de sa douce Vierge mère; 3 le trois est contre la sainte Trinité; le quatre contre les quatre évangélistes; 4 Le cinq contre les cinq plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ; le six contre les six jours où Dieu créa le monde. 5 C'est pour cela que je veux que tu y joues et que tu l'enseignes à tes compagnons", dit le diable au chevalier. Il obéit, et à ses propres dépens: car il fut tué en jouant et plus d'un l'a été depuis tout comme lui.
7 Quand une maison a été construite sur de mauvaises fondations, tout le bâtiment ne vaut guère. 8 De même on peut dire que les dés ne peuvent rien produire de bon, puisqu'ils viennent du diable. 9 On ne peut obtenir l'absolution pour les gains qu'on y fait (ni à nul autre jeu qui fasse sortir argent de bourse) 10 si on ne les restitue ou si on ne les donne aux pauvres.
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Ms 26 f. 116 v.L'épervier avocat du pigeon. (Ci 177)
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A gauche, le pigeon. Devant lui l'épervier tient tête au milan.
A droite, l'épervier dévore le pigeon pour se payer.
Ci 177 Fable du pigeon, de l'épervier et du milan. 1 Fable. Un pigeon engagea un épervier pour plaider contre le milan; il lui gagna son procès. 2 Mais il aurait mieux valu qu'il le perde, car l'autre le mangea pour se payer. 3 Quand les braves gens ont des procès, leur seigneur leur vient parfois en aide, mais il les mange pour se payer, comme l'épervier mangea le pigeon. 4 Nul oiseau de proie n'a beau chant, ni personne qui vive de bien mal acquis n'est agréable à Dieu. 5 On peut recevoir l'absolution de tout péché, mais à condition de restituer.
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Ms 26 f. 117 r.Fable de la souris, du chat et du renard (Ci 178)
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Le chat emporte une souris et le renard mord la queue du chat. Un personnage aux mains éloquentes va recevoir une bourse d'un brave homme: c'est le tricheur qui sera "retriché" à son tour par le diable.
Ci 178 Fable de la souris, du chat et du renard. 1 Fable. Quand le chat guette la souris, le renard guette le chat. 2 Ainsi en est-il des tricheurs qui trompent les pauvres gens, car à leur tour ils sont trompés par le diable. 3 Personne ne fait du mal sans en subir du mal, avant sa mort ou après. 4 On a tort de faire ce dont il faudra un jour se repentir; ce qui est bien, c'est de faire les oeuvres qui mènent au port du salut.

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Ms 26 f. 117 v.
en haut: Un sot cherche son veau au nid d'une pie. (Ci 179)
en bas: Un sot place son âne dans son lit. (Ci 180)
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Un gamin est monté au nid d'une pie pour chercher son veau. Sa mère s'en étonne. Elle semble plus étonnée de voir un âne couché dans un bon lit et son maître dans l'étable. Il est possible que la charrette dans l'écurie (de l'exemple suivant, Ci 181) soit le superlatif de ces trois choses étonnantes, de ces trois "folies".
Ci 179 Une folie: chercher son veau au nid d'une pie. 1 Ceux qui mettent tous leurs soins à avoir sur terre la vie la plus agréable possible et recherchent à tout prix les plaisirs transitoires, 2 ils ressemblent au gamin qui cherchait son veau dans le nid d'une pie. Sa mère lui demanda ce qu'il cherchait là. 3 Il répondit: "J'y cherche notre veau; car vous m'avez dit:: Quand on cherche, on doit chercher là où on pense trouver et aussi là où on ne pense pas trouver. 4 Et comme je suis certain de ne pas le trouver ici, je le cherche ici." 5 Personne n'est assez stupide pour ne pas savoir, par raisonnement et pour l'avoir entendu répéter, que les saints ont au ciel le bonheur éternel parce qu'ils ont sur terre refusé de toutes leurs forces les plaisirs transitoires. 6 Aussi ceux qui les recherchent peuvent être bien sûrs que ce n'est pas le chemin du ciel, mais de l'enfer. 7 Ils se montrent donc bien aussi fous que celui qui cherchait son veau dans le nid d'une pie.
Ci 180 Une autre folie: coucher son âne dans son lit. 1 On trouverait qu'un homme est fou s'il couchait son âne dans des draps blancs et s'il allait lui-même se coucher dans l'étable de l'âne. 2 Mais ils sont encore bien plus fous ceux qui dorlotent leur corps autant qu'ils peuvent et enfouissent leur âme en enfer. 3 Car ils font grand cas de ce qu'ils devraient mépriser, leur corps que les vers mangeront, 4 et ils méprisent leur âme qui est créée à la ressemblance de la sainte Trinité, 5 quand ils refusent les commandements de l'Eglise qui devraient servir à leur salut et qui y sont nécessaires. 6 De telles gens mériteraient raisonnablement le titre de fous, mieux que le fou qui porte sa massue de fou. 7 Car le fou peut faire son salut s'il se garde de pécher; mais ceux qui recherchent les plaisirs n'ont aucune chance de le faire.
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Ms 26 f. 118 r.L'ivrogne met sa charrette dans l'écurie. (Ci 181)
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A droite, la charrette est à l'abri dans l'écurie, dont on voit une amorce de toit. Au centre, l'ivrogne lève un bâton pour chasser son cheval, l'exposant ainsi à être mangé par les loups.
Ci 181 Une pire folie: Le vilain ivre met sa charrette dans l'écurie. 1 Cette sorte de gens qui pour trop choyer leur corps négligent leur âme 2 ressemble au vilain ivre qui met dehors son cheval que les loups mangeront et rentre sa charrette pour empêcher les loups de la manger. 3 Car ils mettent en péril leurs âmes qui sont si belles que leur beauté est inestimable: ils la mettent dans la gueule des loups d'enfer 4 à cause de l'amour qu'ils témoignent à leur corps qui n'est qu'une civière à quatre bras toute pleine de fumier. 5 Car même si une civière pleine de fumier était revêtue d'une étoffe de soie, il n'en resterait pas moins que le fumier serait toujours dessous tout puant. 6 Ainsi donc ceux qui prennent tant de soin de leur merveilleux corps (qui n'est que fumier), ceux-là se montrent plus fous 7 que le vilain ivre qui aime mieux sa charrette que son cheval.
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Ms 26 f. 118v.Fable du renard et de la truie. (Ci 182)
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A gauche la table du roi Lion où siègent le bouc, la lionne et le lion. Les plats qui y sont servis semblent plus vagues que sur les tables habituelles. Au centre Renart qui vient de sortir de table. On ne voit pas de place vide, mais il est probable qu'ici encore Triade vaut Foule. Renart donc rencontre la truie qui l'interroge sur le menu du repas et qui regrettera l'absence d'une bonne bouillie de son.
La silhouette qui transparaît et qui colore en vert les arrières du renard est celle de l'ivrogne de l'exemple précédent. Il faut reconnaître qu'une telle transparence est rare dans ce livre.
Ci 182 Fable de la truie interrogeant le renard. 1 Fable: Un renard rencontra une truie qui lui demanda d'où il venait. 2 Il répondit: "Je viens de la cour de Dan Noble le roi qui tenait cour. Il nous a magnifiquement traités, avec un repas de très haute qualité. 3 -Hélas, dit la truie, je regrette bien de n'y avoir pas été. Y avait-il du son? 4 - Hé, Dieu, dit le renard, que tu es une bête vulgaire! Tu aurais aussi bien pu imaginer des plats de qualité, mais il a fallu que tu réclames du son! "
5 Ceux qui entendent parler de bien et de délicatesse et y répondent par des grossièretés, on peut bien dire qu'ils sont du niveau du pourceau et de la truie. 6 Car le son convient mieux au groin d'une truie que les paroles grossières à une bouche d'homme ou de femme.
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Ms 26 f. 119 r.Fable du loup ("enossé")et de la grue. (Ci 183)
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A gauche la grue introduit son bec dans la gueule du loup pour le délivrer d'un os avalé de travers. A droite elle demande paiement de ses services. Le loup l'injurie et lui dit qu'elle peut s'estimer heureuse d'avoir retiré sa tête sans dommage.
Ci 183 Fable du loup et de la grue. 1 Fable: Un loup pria une grue de lui extraire l'os qu'il avait dans la gorge et il la paierait largement.. 2 Quand elle lui eut retiré, elle demanda son salaire. Le loup lui répondit: " Eh, sale créature! 3 N'ai-je pas déjà été bien généreux quand je vous ai laissé mettre votre tête dans ma bouche sans vous mordre?" 4 Cela signifie que la gentillesse que l'on fait à un méchant est du temps perdu. 5 La plus grande gentillesse que sache faire un méchant, c'est quand il s'abstient de faire tort à son bienfaiteur. 6 Il ne connaît pas d'autre moyen de rendre le bien qu'on lui fait.
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Ms 26 f. 119 v.Fable du jugement de l'âne. (Ci 184)
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A gauche le lion et la lionne siègent sur un banc-trône: Le lion a décidé de demander des comptes aux bêtes de proie. On s'indigne sur un âne qui a avoué d'avoir mangé un pied de persil. Les animaux se jettent sur lui, le chien, la truie et même à l'arrière plan le bouc qui s'apprête à mordre. Le châtiment sera exemplaire.
Ci 184 Fable du jugement de l'âne. 1 Fable: Dan Noble le lion blâmait les animaux qui vivent de proie, au sujet desquels il lui revenait de méchants commentaires. 2 Et pourtant aucun ne fut puni de ses nuisances, si ce n'est un malheureux âne qui avait mangé un pied de persil. 3 Pour ce petit méfait tout le monde lui tomba dessus: ils le frappèrent tant qu'ils le laissèrent quasi mort. 4 Cela signifie que les grands voleurs qui à la cour des rois et des seigneurs détournent des centaines et des milliers, 5 les juges et les avocats marrons et les méchants usuriers, qui tous vivent aux dépens des pauvres gens, s'en tirent sans être punis; 6 Et quand un pauvre se met en tort quelque part, tout le monde lui tombe dessus parce qu'il ne peut pas verser de pot-de-vin. 7 Mais quand ils viendront devant le haut juge, là leurs oeuvres seront rendues publiques. 8 Ils regretteront alors de n'avoir pas été punis en ce monde plutôt que par-delà, où les punitions sont éternelles. 9 Ainsi on ne saura pas avant la mort qui se comporte avec sagesse.
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Ms 26 f.120 r.Fable: l'haleine du lion. (Ci 185)
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Le lion est assis dans un fauteuil-trône, ses pieds et sa queue sont étalés par terre. Son geste de bras montre qu'il interroge sur le parfum de son haleine ses sujets qui se présentent à la file: l'agneau, la truie et le renard..
Ci 185 Fable de l'haleine du lion. 1 Fable: Dan Noble le lion demanda à un jeune agneau s'il lui trouvait mauvaise haleine. 2 Il répondit: "Oui, assurément, elle pue." Aussitôt le lion le tua. 3 Ensuite il posa la question à une truie. Elle répondit: "Assurément, sire, je suis toute embaumée de votre douce haleine!" Et comme elle avait menti, il la tua aussitôt. 4 Ensuite il demanda au renard. Celui-ci répondit: "Voyez-vous, Messire, je suis fort enrhumé; je ne sens rien." 5 Comprenons: Les martyrs, qui étaient purs et innocents, sont morts pour avoir dit la vérité. Les menteurs mourront pour avoir menti. 6 Et ceux qui ne donnent jamais leur avis seront aussi damnés, car c'est un devoir de toujours blâmer le mal et approuver le bien.
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Ms 26 f. 120 v.Fable du limaçon et de l'aigle. (Ci 186)
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Le limaçon demande à l'aigle de lui apprendre à voler. Mais s'il faut quitter pour cela sa coquille, il préfère ne jamais voler.
Ci 186 Fable du limaçon et de l'aigle. 1 Fable: Un limaçon demandait à un aigle de lui apprendre à voler. 2 L'aigle répondit: "Tu ne sauras jamais voler si tu n'abandonnes ta coquille." 3 Le limaçon répondit: "J'aime mieux ne jamais voler que d'abandonner ma coquille pour voler: je n'ai pas une telle envie de voler." 4 Cela signifie: Nous désirons tous le paradis; mais certains aiment tant leur corps que cet amour les tire en enfer. 5 Ils pourront bien renoncer à voler jusqu'au paradis pour ce trop grand amour de leur corps, ressemblant en cela au limaçon, car ils aiment trop cette puante coquille où ils sont si mal logés.
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Ms 26 f. 121r.Fable du paon et de la grue. (Ci 187)
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Le paon (à gauche) et la grue (à droite) discutent de leur élégance. Le paon, vêtu de belles plumes, est un oiseau de basse-cour; la grue, vêtue de pauvre bure, vole au dessus des nuages.
Ci 187 Fable du paon et de la grue. 1 Fable: Un paon se moquait d'une grue et lui disait: "J'ai de plus belles plumes que toi." 2 La grue répondit: C'est vrai. Mais tu en couvres les fumiers. Moi, bien que je sois vêtue de bure, et bien court, je vole cependant plus haut que toi quand je veux." 3 C'est à dire: Les riches n'estiment guère les pauvres habillés de bure; et pourtant il y en a beaucoup qui sont plus grands qu'eux devant Dieu. 4 Il n'y a pas de condition plus sûre que celle de "moyen pauvre". C'est pourquoi le sage Salomon faisait à Dieu cette prière: 5 "Seigneur, ne me donne ni pauvreté ni richesse. Ne me donne pas une richesse si grande qu'elle me ferait t'oublier, ni une trop grande pauvreté que j'aurais du mal à supporter. Mais donne-moi un niveau de vie moyen et des vêtements en conséquence." 6 Et de toutes les conditions sociales, nous pouvons tous savoir que c'est la plus sûre.
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Ms 26 f. 121 v.Péage par infirmité. (Ci 188)
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A gauche la cour du roi qui attribue au personnage central ( qui doit être le portier) un revenu d'un denier par infirmité de ceux qui passeraient par sa porte.
A droite, si le personnage en vert est toujours notre portier, il fait valoir tranquillement son droit sur le passant contestataire (en brun et à capuchon) dont les quatre infirmités (il est boiteux, bossu, borgne et teigneux) ne sont pas évidentes; il devra donc payer quatre deniers.
Ci 188 Péage par infirmité. 1 Un roi accorda à son portier un denier pour chaque infirmité dont souffriraient les gens qui franchiraient la porte. 2 Le premier fit des difficultés pour payer son denier: du coup il en paya quatre, car il était boiteux, bossu, borgne et chenu; et il aurait été quitte pour un denier s'il avait payé sans contester.
3 Cela signifie qu'on peut multiplier ses pertes, par exemple en se tenant à ses anciens péchés ou en entamant des procès interminables: on ne saurait s'en libérer plus avantageusement que tout de suite et sans perdre de temps. 4 Car un péché en attire un autre et les longs procès font payer plusieurs fois la somme en litige et les frais. 5 Il n'y a donc aussi bien pour l'âme que pour le corps pas de meilleur accommodement que le plus rapide. 6 Car long péché ruine le corps et l'âme, comme longues dettes ou longs crédits détruisent les biens meubles et immeubles.
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Ms 26 f. 122 r. Conseil de pauvre homme. (Ci 189)
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A droite un brave homme, le doigt levé, avertit le passant qu'il ferait mieux d'équilibrer ses fromages de chaque côté de son cheval au lieu de transporter un contrepoids de pierre. Le voyageur, qui est derrière son cheval et qui a commencé à décharger ses pierres, s'aperçoit alors (geste de la main droite) que son donneur de conseil a l'air d'un pauvre. Il perd aussitôt toute confiance dans l'avis qu'il avait accepté; et il recharge ses pierres.
Ci 189 Conseil de pauvre homme. 1 Un voyageur transportait des fromages sur son cheval. 2 Un pauvre homme, voyant qu'il avait fait contrepoids avec des pierres, lui dit: "Mon bon monsieur, vous tuez votre cheval. 3 Otez ces pierres et mettez la moitié de vos fromages d'un côté, l'autre moitié de l'autre." Ce qu'il fit. 4 Alors le voyageur regarda le pauvre homme qui lui avait donné si bon conseil et lui dit: 5 Que Dieu me préserve de croire un homme aussi pauvre que toi. 6 Car si tu avais été vraiment intelligent, tu aurais été d'un autre avis." Et aussitôt il rechargea ses pierres.
7 Les sottes gens du monde considèrent un riche fou comme plus sage qu'un sage pauvre; et pourtant on a vu plus de sages pauvres que de sages riches. 8 Car c'est la sagesse suprême que d'être pauvre pour l'amour de Notre-Seigneur et de mépriser les richesses pour l'amour de lui qui les méprisa.
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Ms 26 f. 122v.Le prêcheur, l'usurier et le clerc. (Ci 190)
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A gauche un clerc assis par terre au sermon offre à son voisin usurier d'aller porter la contradiction au prêcheur qui prétendait que les diables emporteraient les usuriers en enfer. L'usurier accepte et lui donne de l'argent. Au centre, le clerc parle en chaire. Le curé de la paroisse est assis au pied de la chaire. Le prêcheur qui s'adresse aux fidèles à droite reconnaît que son contradicteur a raison et l'assistance s'amuse bien.
Ci 190 Le prêcheur, l'usurier et le clerc. 1 Un prédicateur disait dans son sermon qu'un usurier ne pouvait être sauvé tant qu'il gardait l'intention de pratiquer l'usure. 2 Il disait que les diables emporteraient en enfer les usuriers. 3 Un clerc, qui était assis auprès d'un usurier, lui dit que le prédicateur mentait. 4 L'usurier lui donna vingt sous pour le démontrer. 5 Quand le prédicateur fut descendu de chaire, le clerc y monta. 6 Il parla ainsi: "Ecoutez, bonnes gens, ce prédicateur a fort bien prêché. 7 Cependant il a eu tort de dire que les diables emporteront les usuriers en enfer. 8 En vérité, il a menti, que Dieu lui pardonne! Ils les y traîneront, car ils seraient trop dégoûtés pour les charger." 9 Le prédicateur répondit bien haut: "C'est vrai, j'ai menti et il a raison." 10 Ainsi l'usurier employa-t-il bien ses vingt sous.
11 C'est un péché affreux et répugnant que l'usure. Car les chiens et les chats comprennent bien le nom qu'on leur a donné; 12 mais l'usurier n'a pas le front de reconnaître son nom ni d'y répondre; et personne ne l'appellerait ainsi sans encourir sa rancune.
Ci 191 Le puits des rois. 1 Il est dangereux de conserver une propriété mal acquise. 2 Un roi était considéré comme honnête par tous ceux qui le connaissaient. 3 Quand il fut mort, un ermite eut la vision d'une échelle qui descendaient dans un puits profond; il vit ce roi sur l'échelon du haut et plusieurs rois placés sous lui. 4 L'ermite lui ayant demandé comment il se trouvait, il répondit: "Moi et tous ceux qui sont sur les échelons inférieurs, nous sommes éternellement damnés 5 pour avoir gardé et fait respecter les lois injustes établies par l'ancêtre qui est en dessous de nous. 6 Nos propres actes ne nous auraient pas valu l'enfer, mais il est juste que nous y soyons: 7 En effet les sages nous avaient enseigné que nous devions réparer les torts causés par nos prédécesseurs, car nous sommes leurs héritiers. 8 Il est donc bien vrai ce dicton: Les héritiers d'un bien mal acquis seront damnés jusqu'à la septième génération.
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Ms 26 f. 123r.Le testament de l'usurier. (Ci 192)
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A droite un notaire (un clerc tonsuré) assis écrit sur une tablette posée sur son genou le testament que lui dicte l'usurier couché. Au chevet du mourant son curé lève un doigt et lui demande pourquoi il avait légué à l'enfer son âme, celle de sa femme (qui se désole au pied du lit), celle de ses deux enfants (qui protestent), et même celle de son curé. Le mourant répond que tous ceux qui ont profité de ses biens mal acquis sans lui avoir jamais rien reproché ont mérité d'avoir part à sa damnation.
Ci 192 Le testament de l'usurier. 1 Un usurier en faisant son testament légua à l'enfer son âme, celle de sa femme et de ses deux fils et celle de son curé. 2 Le lendemain son curé lui demanda pourquoi il avait légué son âme à l'enfer. 3 Il répondit: "Parce que le diable ne m'a pas donné ma fortune en échange d'autre chose que mon âme. 4 -Et pourquoi l'âme de votre femme? -Parce qu'elle approuvait mes activités d'usurier qui lui permettaient de déployer en ville ses grandes traînes. 5 -Et vos deux enfants, pourquoi? -Parce qu'ils suivent mes traces. Ils sont nourris d'argent volé et quand ils peuvent voler quelqu'argent à leur père, c'est pour en faire mauvais usage. 6 -Et moi qui suis votre curé, pourquoi? -Parce que vous ne m'avez jamais reproché mon péché, alors que vous y étiez tenu: vous serez traité comme complice."
7 Tel fut le testament de l'usurier.
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Ms 26 f. 123 v.Exemple du jeu des échecs. ( Ci 193)
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Sur un long banc deux personnes encadrent un jeu d'échec représenté en mode vertical, comme on a déjà vu les étendues d'eau. Le personnage de droite est occupé à déplacer une pièce, l'autre admire un coup inattendu. Mais ce personnage de gauche tient à la main le sachet dans lequel vont aller dormir toutes ces pièces qui n'ont eu d'importance que le temps d'une partie. Les dignités mondaines sont aussi transitoires.
Ci 193 Exemple du jeu des échecs. 1 Quand on veut jouer aux échecs, on prend les pièces dans un sachet 2 et on en fait pour la durée de la partie différents personnages, des rois, des reines, des chevaliers, des vilains; et après la partie on les remet tous dans le sachet d'où on les a tirés. 3 Et il peut arriver que celui qui était tout à l'heure un roi soit tout au fond du sac.
4 Dieu joue de la même façon avec nous: Il nous prend en terre tout nus et nous donne dans le monde diverses conditions; mais à la mort tous les hommes se retrouvent comme des frères dans la terre. 5 Le pauvre homme est alors l'égal du roi et même parfois il a le paradis quand le roi a l'enfer. 6 La vie de ce monde n'est donc vraiment qu'un jeu d'échecs. 7 On peut donc bien dire qu'ils sont fous ceux qui pour ce jeu, qui est provisoire, acquièrent l'enfer, qui est définitif.
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Ms 26 f. 124 r.Débauchage de vignerons ( Ci 194 )
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A gauche le maître discute avec un ouvrier ( qui tient sa houe de la main gauche) qu'il congédie parce qu'il a mal agi. Au centre une triade-foule de vignerons dont le premier porte sur l'épaule sa houe. Le troisième, sa houe à la main, reçoit de la main gauche un objet rond (une pièce d'or?) que lui remet l'ancien ouvrier devenu patron. Celui-ci tient à la main une bourse qui lui permet de payer à mesure, sans attendre la vendange.
Ci 194 Débauchage d'ouvriers vignerons. 1 Un patron congédia un employé pour sa conduite malhonnête. Aussitôt celui-ci planta une vigne. 2 Le patron fit proclamer: "Si quelqu'un vient travailler à ma vigne, je lui fournirai tout ce qu'il lui faudra pendant la durée du travail; 3 Mais je ne lui verserai son salaire qu'après la vendange; et celui qui acceptera d'attendre jusque là sera payé largement." 4 Et son ancien serviteur payait comptant; aussi est-ce lui qui eut le plus grand nombre d'ouvriers.
5 Cet homme riche, c'est Dieu, qui a chassé de sa cour les diables et ceux-ci ont planté la vigne du monde. 6 Les usages de cette vigne, c'est orgueil, envie, colère, paresse, avarice, gourmandise et luxure. 7 Dieu fait son offre: A qui veut garder sa foi (qu'il appelle sa vigne) il fournira tout le nécessaire, mais ils n'obtiendront pas le paradis avant leur mort. 8 Et le diable paie immédiatement les ouvriers de sa vigne, car le plaisir qu'ils tirent du péché, c'est leur salaire immédiat. 9 C'est pourquoi il a plus d'ouvriers que Dieu. Car bien des gens aiment mieux un "Tiens!" que deux "Tu l'auras!" 10 Ils dédaignent les promesses de Dieu pour suivre le diable qui paie comptant ce qu'on fait pour lui.
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Ms 26 f. 125 r.L'homme poursuivi par une licorne. (Ci 195)
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Une licorne, assise comme un chien, menace de sa corne l'homme réfugié dans un arbre. De l'autre côté un dragon, gueule ouverte, guette le même homme. Cet homme a l'ai paisible et semble nous dire combien les feuilles de l'arbre sont délicieuses. En bas, deux bestioles, l'une blanche et l'autre noire, rongent le pied de l'arbre. Elles représentent le jour et la nuit, c'est à dire le temps qui s'écoule. La licorne est la mort, le dragon l'enfer; les feuilles de l'arbre sont les plaisirs de cette vie.
Ci 195 L'homme poursuivi par la licorne. 1 Un homme s'enfuyait devant une licorne qui le poursuivait. 2 Pour se protéger il monta sur un arbre et la licorne s'installa au pied de l'arbre pour attendre qu'il en descende. 3 De l'autre côté vint un dragon qui avait la gueule ouverte pour le dévorer. 4 Au pied de l'arbre vinrent deux bestioles, une blanche et une noire, qui rongent tant qu'elles peuvent la racine de l'arbre et qui l'auront bientôt coupée. 5 Et pendant que l'homme prisonnier sur l'arbre suçait une feuille à laquelle il trouvait un goût de miel, son arbre tomba et les deux bêtes le dévorèrent.
6 Nous sommes tous dans un tel péril. Car dès sa naissance l'enfant sort d'une situation peu confortable pour entrer dans un autre inconfort, car autant que sa mère il souffre de sa naissance. 7 La mort le pourchasse avec sa corne au front, qui signifie qu'elle n'épargne personne, jeune ou vieux, beau ou laid, tordu ou droit, riche ou pauvre, faible ou fort, qu'elle ne frappe de sa corne. 8 Et pour nous mettre hors d'atteinte, nous montons sur l'arbre de cette vie présente; et elle, sa corne prête, attend que nous descendions pour nous dévorer. 9 De l'autre côté se tient le diable, la gueule ouverte pour nous étrangler. 10 Le jour et la nuit rongent la racine de notre vie: ils l'auront bientôt coupée. 11 Et nous, oublieux de tous ces périls, nous suçons les feuilles de notre arbre, qui ont un goût de miel. 12 Ce sont les vins de qualité,, la bonne nourriture, les lits moelleux, les beaux vêtements et tous les plaisirs qu'on peut trouver sur terre. 13 C'est ainsi que nous nous installons, nous écartons les soucis, nous nous reposons et nous dormons sans trop savoir sur quoi. 14 Notre arbre tombe; la mort nous frappe; et si le diable a quelque droit sur nous, il est sur place pour en profiter. 15 Nous sommes donc tous en aussi grand danger que celui qui monta sur l'arbre par crainte de la licorne et du dragon 16 et qui à la chute de son arbre fut dévoré par ces deux bêtes.

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Ms 26 f. 126 r.L'étui de la vielle. (Ci 196)
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Un joueur de vielle remet sa vielle à l'artisan pour qu'il lui fasse un étui magnifique.
L'artisan prévient que ce sera cher. Derrière l'artisan est appuyée la vielle dans son bel étui; mais le musicien s'en va en emportant seulement son archet. Le geste de sa main gauche peut signifier: "J'aurais dû prévoir..."
Ci 196 L'étui de la vielle. 1 Un proverbe dit: "Si on tire trop sur son manteau, l'étoffe se déchire." 2 Aussi ne doit-on pas conclure d'accord ni lancer d'entreprise sans avoir consulté ses forces et sa bourse. 3 Car celui qui dépense cinq sous quand il ne les a pas, sa bourse ne le lui conseille pas. 4 Et s'il lance de grandes entreprises et n'est capable que de petites, ses forces ne le lui permettent pas.
5 C'est ce que fit un joueur de vielle qui commanda pour son instrument le plus bel étui qu'il put décrire. 6 Quand l'étui fut fait, comme il n'avait pas assez d'argent pour le payer, il dut vendre sa vielle. 7 Il agit si sottement qu'il ne lui resta ni étui ni vielle.
8 C'est ainsi que s'arrangent ceux qui veulent avoir pour leur corps les meilleures nourritures et les plus beaux habits 9 et se laissent tomber en divers péchés pour la sotte indulgence qu'ils ont pour leur corps qui n'est que l'étui de la vielle et une caisse pleine de fumier. 10 Pour payer ce que leur coûte ce bel étui, ils mettent en gage chez les diables leurs pauvres âmes. 11 Ils agissent si sottement qu'à la fin il ne leur reste ni étui ni vielle.
12 Ceux qui sont damnés, il leur vaudrait mieux n'avoir jamais existé. 13 Mais selon les théologiens, ils ne regrettent pas d'avoir existé, parce que ce serait là une volonté bonne, dont ils sont incapables. 14 Car cela reviendrait à se repentir de leurs péchés, ce qu'ils ne peuvent faire. 15 Car de même que ceux qui sont au ciel sont parfaits en tous points et ne peuvent faire le mal ni le vouloir, 16 ainsi ceux d'enfer ne peuvent faire ni vouloir le bien. 17 C'est pourquoi ils ne voudraient pas n'avoir pas existé.
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Ms 26 f. 126 v.Le coeur mêlé aux deniers. (Ci 197)
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Un curé admoneste un mourant à l'air soucieux, dont le regard et la main droite sont tendus vers son coffre. Dans la scène de droite (après la mort du riche) on ouvre le coffre et le curé montre aux héritiers que le coeur du père se trouve réellement mélangé à l'argent.
Ci 197 Le coeur mêlé aux deniers. 1 Un prêtre assistait sur son lit de mort un malheureux riche qui en mourant n'avait d'yeux que pour le coffre de son argent. 2 Quand il fut mort on trouva son coeur mélangé avec son argent: les deniers étaient attachés au coeur et le coeur aux deniers. 3 Voilà qui vérifie l'Evangile qui dit: "Là où est ton coeur, là est ton trésor."
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Ms 26 f. 127 r.Le roi et le ribaud. (Ci 199)
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A droite un ribaud (c'est à dire un voyou, peut-être un fou, puisqu'ici il porte une massue) demande l'aumône au roi. Le roi refuse. Au centre, une triade-foule de courtisans et à gauche un personnage en bleu qui parle au dernier courtisan. Que lui dit-il? Peut-être que si le ribaud avait su mieux demander...
Ci 198 Le roi et le ribaud. 1 Un ribaud demanda à un roi cent livres. Le roi lui répondit: "Tu ne mérites pas de recevoir un cadeau si important. 2 -Alors donnez-moi un denier." Mais le roi lui répondit: "Un si petit cadeau n'est pas digne d'un roi." 3 Ainsi, pour n'avoir pas su demander, il n'obtint ni les cent livres, ni le denier.
4 De la même façon certains demandent à Dieu le paradis, et ils ne méritent pas encore de le voir. 5 Il peut leur répondre qu'ils ne méritent pas encore de recevoir un cadeau si important. 6 Ensuite certains demandent la santé du corps (non pas pour servir Dieu, mais pour avoir moins de tracas), les plaisirs, les biens temporels, vengeance sur leurs ennemis. 7 Dieu peut encore leur répondre qu'un cadeau si mesquin n'est pas digne d'un roi. 8 Ils ne peuvent donc recevoir ce qu'ils demandent, parce qu'ils n'ont pas su demander. 9 Ce qu'il faut demander, c'est l'énergie de bien l'aimer et de nous garder du péché pour son amour. 10 Car ce sont là les cadeaux qu'il fait à ses amis.
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Ms 26 f. 127 v.L'habit reçu d'un usurier. (Ci 199)
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A gauche saint Fursé reçoit d'un usurier l'aumône d'un vêtement. Au centre, le même saint homme sur son lit de mort. Au dessus, Dieu est prêt à accueillir son âme qu'un ange lui apporte. Mais un autre ange conteste cette entrée au ciel à cause du vêtement qu'il a accepté d'un usurier. A droite saint Fursé est revenu sur la terre pour une période probatoire.
Ci 199 L'habit reçu d'un usurier. 1 Les diables réclamaient l'âme d'un saint ermite parce qu'il était mort dans un habit que lui avait donné un usurier. 2 Dieu lui fit cette faveur de le ramener à la vie et il mourut la seconde fois dans un autre habit.
3 Cela nous montre qu'aucun bien mal acquis ne peut être donné licitement sinon à celui de qui on a eu le tort de le recevoir. 4 Personne d'autre ne doit accepter ce cadeau du moment qu'il sait que c'est du bien mal acquis. 5 On doit conseiller qu'il soit rendu à ceux dont on l'a reçu.
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Ms 26 f. 128 r.La mercière de Soissons et l'évêque d'Orléans. (Ci 200)
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A gauche un clerc achète une coiffe à une mercière assise sur son coffre.
Au centre, la même mercière, sa besace sur le dos, arrive à Orléans pour libérer l'évêque de sa dette et permettre son salut. L'évêque admire sa foi et un clerc avec lui.
Ci 200 La mercière de Soissons et l'évêque d'Orléans. 1 Une brave dame alla trouver l'évêque d'Orléans et lui dit: 2 "Monseigneur, je vous ai fait crédit de trois deniers sur une coiffe que vous avez achetée chez moi quand vous habitiez à Soissons. 3 Comme je ne veux pas que le diable puisse vous les reprocher à la mort, je suis venue vous les réclamer dans votre intérêt." 4 En l'entendant raisonner ainsi, l'évêque fut ému jusqu'aux larmes et lui dit: 5 "Ah, bonne dame, si chacun désirait le salut des autres aussi bien que tu t'es souciée du mien, tout le genre humain serait sauvé. 6 Elle refusa obstinément d'encaisser ces trois deniers que l'évêque souhaitait fort lui rendre. 7 Elle s'en revint à Soissons d'où elle venait et fit ainsi cent douze lieues pour trois deniers qu'on lui devait.
8 Conclusion pratique: Celui qui détient du bien d'autrui doit le rendre; et s'il ne peut le faire, il doit avoir la ferme volonté de restituer. 9 Celui qui a des dettes doit les payer et s'il ne peut le faire, qu'il obtienne des délais. 10 Car de tous les péchés possibles, il n'y en a aucun, si grave soit-il, dont un vrai repentir ne puisse obtenir le pardon, 11 excepté détenir du bien d'autrui quand on a bien de quoi le restituer. 12 Il y a ainsi des gens qui se présentent à la mort sans avoir payé leurs dettes alors qu'ils en avaient les moyens: je me demande bien quel est maintenant leur sort. 13 Tout ce que je sais, c'est qu'il se met en grand danger celui qui sans raison valable emporte le bien d'autrui.
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Ms 26 f. 129 r.L'usurier comparé à l'oiseau de chasse. (Ci 201)
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L'oiseau de chasse entasse une triade-foule d'oiseaux abattus. Le prédateur sauvage abat une seule proie pour se nourrir. Au centre l'usurier reçoit d'un créancier une bourse bien garnie, tandis qu'à sa droite le bandit de grand chemin va se contenter de la "robe" du voyageur qu'il "dé-robe" au sens propre.
Ci 201 L'usurier comparé à l'oiseau de chasse. 1 L'oiseau de proie dressé abat et détruit plus d'oiseaux que le sauvage. 2 De même le riche usurier commet plus de vols et de pillages que le pauvre larron. 3 Car le pauvre larron ne vole que pour gagner sa vie, tandis que le riche usurier vole et pille pour mener son grand train de vie. 4 Le pauvre larron peut être sauvé par un vrai repentir sans restituer puisqu'il n'a pas de quoi restituer. 5 Mais bonnes oeuvres, prières, aumônes, oraisons ni messes que le riche usurier fasse dire ne valent rien sans restitution. 6 Le vrai repentir suffit à effacer tous les autres péchés excepté celui-ci, si ce n'est dans le secret des derniers moments, quand on ne peut plus parler ni exprimer par signes sa volonté de restituer. 7 Mais il serait fou celui qui attendrait cet instant pour se convertir, car on est alors si occupé par la douleur physique qu'il est bien difficile de penser à autre chose.
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Ms 26 f. 129 v.Le pacte du voleur de petites choses. (Ci 202)
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Le diable (cornu) promet à un garçon de le faire riche s'il se contente de voler des petites choses qu'on peut cacher sous son manteau. Au centre le garçon est arrêté parce qu'il a volé un boeuf et il est mis (à droite) en prison. Le diable vient répondre à ses reproches: Peut-on cacher un boeuf sous son manteau?
Le dessin du boeuf n'est pas satisfaisant: on dirait aussi bien un bouc. Mais c'est le bovidé ordinaire de notre peintre. S'agirait-il d'un calque?
Ci 202 Le pacte du voleur de petites choses. 1 Le diable trompe habilement ceux qui tombent dans ses filets. 2 Un diable apparut à un pauvre garçon qui n'avait pas trop de courage. 3 Il lui dit de ne pas hésiter à voler des petites choses 4 comme couteaux, chausses, bonnets, poules, canes et canards, hanaps d'argent, 5 toutes choses qu'on peut cacher sous son surcot: "et ainsi tu deviendras vite riche." 6 "Hélas, dit le garçon, si cela se savait, on me pendrait." Le diable répondit: 7 "Non, tu ne seras pas pendu du moment que tu agis avec discernement, sans que personne le sache; car si on est intelligent on subsiste très longtemps sans se faire prendre."
8 Le garçon se mit donc à voler et il dura longtemps sans se faire prendre. 9 Il fut un jour mis en prison pour avoir volé un boeuf et son diable lui rendit visite dans sa prison. 10 "Hélas, dit le garçon, tu m'avais promis que je ne serais pas pendu pour vol? 11 Non, bien sûr, mais aux conditions que je t'avais dites. Ne t'avais-je pas dit de ne voler rien que tu ne puisses cacher sous ton surcot? 12 Quand tu volas le boeuf, tu pouvais bien savoir au bec que ce n'était pas une oie ni une poule ni un canard et que tu ne pourrais le cacher sous ton surcot: tu as donc été trompé par toi-même." 13 Le diable le quitta aussitôt et le garçon fut pendu fort justement.
14 Nous pouvons voir là que le diable trompe son monde en présentant d'abord les mauvaises pensées, ensuite le consentement et l'exécution, et la mauvaise habitude. 15 On tombe ainsi, une marche à la fois, de mal en pis, jusqu'en enfer d'où l'on ne peut plus sortir. 16 Si on veut éviter ce sort, il faut se garder du mal et de tout ce qui s'apparente au mal. 17 Si on veut éviter de commettre le péché, il faut éviter les paroles et les situations qui y mènent; c'est la conduite des sages.

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Ms 26 f. 130 v.Anges et diables échangent des coups. (Ci 130 v.)
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A la table de gauche le second ermite déplore la maigre chère et le premier voit au ciel un diable donner une gifle à un ange. A la table de droite, le second ermite remercie Dieu de ce qu'ils ont alors qu'ils n'ont rien mérité. Le premier voit au ciel un ange donner une gifle à un diable. Les deux tables drapées sont semblables; sur la table de gauche on voit, en plus, un verre à pied...
Ci 203 Anges et diables échangent des coups. 1 Deux ermites prenaient leur repas ensemble. 2 Le maître des lieux dit: "Voilà un mauvais repas!" L'autre vit aussitôt un diable qui donnait une gifle à un ange. 3 Le lendemain ils mangèrent chez l'autre, qui dit: "Remercions Dieu de ses bienfaits, car nous ne les avons pas mérités." 4 A ces mots, son compagnon vit un ange qui donnait une gifle au diable. 5 Les deux ermites se communiquèrent leurs visions et décidèrent que pour la disette comme pour l'abondance ils remercieraient toujours Dieu.
6 Ainsi devons-nous tous faire. Car si un aubergiste faisait cadeau de son écot à un client, celui-ci ne saurait être assez grossier pour ne pas dire: "Merci, bel hôte!" 7 Et Dieu, de tous les biens dont il nous comble, ne retient pour lui que trois choses: Vengeance, Jugement et Gloire.
8 Il ne veut pas que nous nous vengions, car il nous vengera mieux que nous ne saurions le faire et personne d'autre que lui ne peut nous venger: 9 Car si quelqu'un me coupe le poing et que je lui coupe le sien, je n'en ai pas pour autant obtenu satisfaction puisque je ne retrouve pas le mien. 10 Nous ne devons juger personne, car nous ne voyons que par dehors et Dieu voit dedans et dehors. 11 Nous devons lui rapporter la gloire de tout le bien que nous faisons, car c'est Dieu qui le fait par nos mains et sans lui nous ne pouvons rien faire de bien.
12 Ce raisonnement nous a permis de voir que nous devons remercier Dieu pour toute chose.
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Ms 26 f. 131 r.Faux tavernier et faux moine. (Ci 204)
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A droite la tour-porte crénelée représente la taverne sur laquelle est suspendu (sortant du cadre) un cercle de tonneau indiquant qu'on a du vin à vendre. Devant la porte, l'aubergiste explique qu'en fait il n'a pas de vin. Et le voyageur de maudire ce "faux tavernier". Derrière lui un moine qui ne dit rien se contente de penser qu'un moine qui ne ferait pas pénitence mériterait la même malédiction.
Ci 204 Le faux tavernier. 1 Celui qui porte un habit religieux et qui ne pratique pas la pénitence 2 il ressemble au tavernier qui accroche à sa porte un cercle de barrique et cependant n'a pas de vin. 3 On a bien le droit de maudire le tavernier qui ne vend pas de vin et le moine qui ne fait pas pénitence. 4 Car celui qui n'est pas meilleur dedans que ce qu'on voit dehors, c'est un hypocrite. 5 La bonne renommée doit couvrir une réalité encore meilleure que la rumeur ne le dit, 6 comme ce fut le cas pour la reine de Saba qui trouva en Salomon encore plus de qualités que ce qu'on lui avait dit. 7 C'est ainsi que chacun, qu'il soit en religion ou dans le siècle, doit être encore meilleur à l'intérieur que ce qu'on en voit au dehors.
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Ms 26 f. 131 v.Un roi confie sa fille et son chien. (Ci 205)
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Un roi qui s'en va vers la gauche confie à son bailli (qui fait un geste rassurant) son chien et sa fille. La fille a l'air surpris. Le chien fait fête au roi qui revient. Le personnage suivant semble être le bailli qui s'excuse. A droite un sbire portant bâton introduit le bailli dans la prison. Au dessus de l'image transparaît le cercle de la taverne de la peinture du recto.
Ci 205 Un roi confie sa fille et son chien à son bailli. 1 Un roi laissa à la garde de son bailli sa fille et son chien. 2 A son retour il jeta le bailli en prison parce qu'il avait mieux soigné le chien que la fille.
3 Cela veut dire que nous appartenons tout entiers, corps et âmes, à Dieu qui est notre souverain roi. 4 Nos âmes sont filles de roi par création, c'est pourquoi nous devons les garder avec soin. 5 Notre corps, c'est le chien qui par le péché voudrait dévorer notre âme et lui-même en même temps. 6 C'est pourquoi il est juste de dire que celui qui fait de sa chair la patronne de son esprit mérite mieux d'être jeté en prison 7 que le bailli qui avait mieux gardé le chien que la fille du roi.
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Ms 26 f. 132aQuatre sortes de gens (Ci 206)
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1° Ribauds et ribaudes jouent aux dés avec animation. Un diable les survole.
2° Deux usuriers discutent de leurs finances. Un diable les survole.
3 Deux bonnes gens parlent de choses spirituelles. Le regard de Dieu est sur eux.
4° Un saint homme est en conversation avec Dieu.
Les deux premiers groupes font le mal et iront finalement en enfer, même si le second trouve sur terre des satisfactions. Les deux autres groupes font le bien et iront finalement au ciel, même si le groupe trois subit sur terre des tribulations (dont la peinture ne rend pas compte.
Ci 206 Ceux qui mal font, mal ont, mal auront. 1 Il existe une sorte de gens qui agissent mal, qui ont mal et qui auront mal; 2 il y en a d'autres qui agissent mal, qui ont bien et qui auront mal; 3 d'autres qui agissent bien, qui ont mal et auront bien; 4 D'autres enfin qui agissent bien, qui ont bien et qui auront bien.
5 Les premiers, ce sont les ribauds qui par leur bêtise indisposent père et mère, soeurs, frères et amis; 6 ils vivent pauvrement, ils sont froidement vêtus, ils couchent à la dure et dans la crasse. 7 L'idéal de leur ordre, c'est la gloutonnerie, les jeux de dés et la débauche. 8 Ainsi ils agissent mal, ils ont mal, et ils auront mal dans l'autre monde si à la mort ils ne reconnaissent Dieu.
9 Les seconds, ce sont les usuriers qui par leur métier agissent mal; et cependant ils sont bien logés, bien vêtus, bien nourris. 10 Ainsi ils agissent mal, ils ont le bien et ils récolteront le mal s'ils ne reconnaissent Dieu à la mort.
11 Les troisièmes, ce sont les pauvres gens honnêtes qui gardent les commandements de Dieu et vivent de leur travail. 12 Ceux-ci agissent bien, ils ont mal et ils auront pour l'éternité le bien.
13 Les quatrièmes, c'est ceux qui aiment Dieu par dessus toute chose: 14 Pour son amour ils placent le monde sous leurs pieds; peu leur importe combien Dieu leur coûte pourvu qu'ils l'aient. 15 Ceux-ci agissent bien, ils ont le bien et ils auront éternellement le bien. 16 Ils ont deux paradis: En effet, le paradis, c'est d'être avec Dieu; et Dieu est avec tous ceux qui l'aiment. 17 Leur coeur en est tout rempli, car de même que le soleil est placé pour éclairer toute la terre, 18 ainsi Dieu est disposé à habiter par sa grâce dans tous les coeurs du genre humain 19 s'ils n'y mettent pas d'obstacle; car lui-même n'en met pas; c'est eux-mêmes qui s'y opposent quand ils ne veulent pas recevoir ni garder sa paix en eux. 20 Il est d'ailleurs plus ennuyé de leur dommage qu'ils ne le sont eux-mêmes, 21 car il nous aime chacun plus que nous n'aimons lui ni nous.
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Ms 26 f. 133 r.Le lion d'Androclès. (Ci 207)
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Dans une caverne (qui ressemble à la margelle d'un puits), un personnage extrait une épine de la patte d'un lion dont il occupait le repaire.
Au centre, nous sommes dans l'arène. On voit ce même lion et derrière lui une masse noire qui pourrait bien être l'une des bêtes féroces auxquelles l'homme attaché au poteau est livré.
A droite, le roi demande au condamné pourquoi ce lion le défend ainsi contre les autres bêtes.
Ci 207 Le lion d'Androclès. 1 Un chevalier recherché pour un crime s'était caché au creux d'un arbre. 2 Un lion qui ignorait sa présence vint s'y réfugier et reposer parce qu'il avait dans le pied une épine que le chevalier lui ôta. 3 Il arriva par la suite que le chevalier fut arrêté, jugé et condamné à être dévoré par les lions. 4 Mais l'un de ces lions le défendait contre tous les autres. 5 Le récit du chevalier fit découvrir que c'était celui auquel il avait extrait l'épine et il en avait encore au pied la cicatrice. 6 Aussitôt le roi le fit libérer pour l'amour de Dieu qui a placé tant de bien et de sagesse en certains animaux, 7 qu'ils font mieux leur devoir que les hommes et les femmes. 8 En effet, si nous faisions notre devoir aussi bien qu'eux, nous ne pécherions pas. 9 Car tout péché va contre la raison et le respect de nous-mêmes tels que Dieu nous a voulus.
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Ms 26 f. 133 v.La reine qui prétendait gouverner. (Ci 208)
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Un roi donne une pierre précieuse à son fils en le mariant avec l'héritière d'un royaume. Au centre, l'épouse qui prétend gouverner. Son mari assis à sa droite argumente avec la triade-foule des "sages" qui le blâment de laisser le pouvoir à sa femme.
Ci 208 La reine qui prétendait gouverner. 1 Un roi en mariant son fils avec une riche héritière 2 lui donna des pierres précieuses de grande valeur mais de peu d'apparence. 3 La riche épouse, qui était dans son pays et dont les richesses étaient voyantes, prétendait tout diriger et gouverner. 4 Mais il avait tort de l'accepter, car il devait être le maître, comme le conseil des sages le lui fit savoir.
5 Le roi, c'est Dieu, qui a marié notre esprit à notre corps et nous a donné en cadeau nos cinq sens qui sont plus précieux qu'aucune pierre précieuse. 6 Et parce qu'elle est en son pays la chair veut gouverner et être maîtresse absolue. 7 Mais notre esprit a grand tort de le permettre, car il est plus puissant qu'elle; 8 Il peut agir sans elle, mais elle ne peut rien faire sans qu'il le permette. 9 Donc si elle agit mal parce qu'il ne l'en a pas empêchée, il doit en être blâmé et puni sévèrement. En effet, quelque faute que commette la chair, il en est le seul responsable. 10 Car il doit la garder et administrer et elle ne doit rien faire sans sa permission. 11 Ainsi pour les péchés qu'elles ont accordés à leur chair les âmes souffrent plus longtemps le châtiment parce que c'est à elles qu'il appartient d'en rendre compte. 12 Car c'est le consentement qui fait le péché et le consentement vient de l'esprit.
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Ms 26 f. 134 v.Les deux filles et leur robe. (Ci 209)
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Un père donne à ses deux filles des robes semblables, en leur recommandant d'en prendre soin. Elles le rassurent. La seconde semble même avoir des idées sur sa toilette. Le père, au retour, entre ses deux filles tâte l'état de leur robe. On peut ici comprendre soit que la seconde fille a teint la sienne, soit que son père lui donne une robe de meilleure étoffe...
Ci 209 Les deux filles et leur robe. 1 Un homme riche qui avait deux filles les fit habiller de même étoffe. 2 Quand il revint d'un lointain voyage, 3 il trouva que l'une de ses filles avait sali, gâté, déchiré sa robe en plusieurs endroits et que l'autre avait gardé la sienne propre. 4 Il leur en donna deux autres: A celle qui avait abîmé la sienne il donna une robe très quelconque; 5 et à l'autre il en donna une magnifique parce qu'elle avait bien pris soin de sa robe précédente de pauvre étoffe.
6 Cet homme riche, c'est Dieu, qui a vêtu nos âmes de ce pauvre corps que nous avons. 7 Si pour l'amour de lui nous veillons à interdire à nos corps les péchés qu'il nous défend, 8 il nous rendra au Jugement nos propres corps, mais renouvelés, nobles, immortels, subtils et glorieux. 9 Quant aux damnés, puisqu'en ce monde ils se seront comportés misérablement, 10 il leur rendra leurs corps laids, méprisables, honteux, tout marqués par les péchés qui auront fait damner l'âme et le corps. 11 Car il n'y a pas de bien qui ne soit récompensé ni de mal qui ne soit puni en ce monde ou après la mort.
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Ms 26 f. 135 r.Vision mystérieuse d'un écuyer. (Ci 210)
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L'écuyer a crié pendant son sommeil. A son hôte accouru il a raconté son cauchemar: il avait volé deux chandeliers qui étaient allumés (à droite) sur un cercueil. Poursuivi par le mort, il s'était trouvé arrêté par les jambes d'un pendu, si bien que le mort l'avait poignardé. Il confirme son récit dans sa confession (à gauche) au curé avant de mourir. Au centre, l'hôte admire, car après la mort de l'écuyer on a trouvé le poignard dans sa poitrine et les deux chandeliers dans son sac. Moralité: c'est incompréhensible pour l'intelligence humaine.
Ci 210 Vision mystérieuse d'un écuyer. 1 Les oeuvres et les miracles de Dieu dépassent les limites de notre entendement. 2 Un écuyer se vit en songe traverser un cimetière. 3 Il trouva deux chandeliers qui brûlaient devant deux corps mis en bières. 4 Jugeant qu'ils ne servaient là à rien, il les prit et les mit dans son bagage. 5 L'un de ces morts le poursuivit; quand il passa sous un gibet, un pendu le retint par la tête entre ses jambes et le mort qui le suivait lui donna un coup de couteau dans le coeur.
6 Quand son hôte l'entendit crier, il alla lui demander ce qu'il avait. 7 Il lui raconta tout son rêve sincèrement et devant le prêtre à qui il se confessa. 8 On trouva le couteau dans sa plaie et les chandeliers dans son bagage et on les alluma devant son corps après sa mort. 9 Tout cela se produisit à Cantorbéry, en Angleterre. Les chandeliers y sont encore conservés à l'abbaye saint Thomas et on les montre aux pélerins.
10 Dieu a montré par ce miracle et par d'autres que sa puissance dépasse notre intelligence.
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Ms 26 f. 135 v.Le serpent de Virgile. (Ci 211)
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Une dame de Lombardie que son mari soupçonnait de le tromper avec son cocher demande à se justifier à Rome devant le serpent de Virgile. Ce serpent croquait la main de ceux qui faisaient un faux serment. Pendant le voyage (à gauche) le cocher ( en tunique jaune et le crâne rasé, en signe de folie) embrasse la dame devant une triade-foule de témoins. A droite, la tête de dragon (bien endenté) de Virgile est obligé d'accepter le serment dans les termes où la dame l'a formulé. Moralité: une femme est plus habile que le sage Virgile.
Ci 211 Le serpent de Virgile. 1 Virgile était si savant magicien qu'il construisit à Rome un serpent d'airain. 2 Quiconque avait introduit sa main dans sa gueule pour faire un serment, il perdait sa main si le serment était faux.; 3 et si le serment était correct, il retirait sa main sans dommage.
4 Un chevalier de Lombardie soupçonnait sa femme à propos de son conducteur de char; mais elle protestait de son honnêteté. 5 Elle s'offrit à en jurer devant le serpent de Rome. Le chevalier accepta.
6 Pendant le voyage, le charreton, sur le conseil de la dame, se déguisa en fou, alla à leur rencontre et embrassa la dame devant tout le monde.
7 Virgile, qui par la divination connaissait leur faute, essaya de déconseiller à la dame de jurer. 8 Mais elle ne l'écouta pas; elle mit sa main dans la gueule du serpent en disant:: 9 "Je le jure, jamais homme ne m'a tenu dans ses bras, excepté mon mari et un fou qui pendant ce voyage m'a embrassée." 10 Comme elle disait la vérité, elle retira sa main sans dommage.
11 Le chevalier rentra chez lui avec sa femme et ne la soupçonna plus jamais; et Virgile, furieux, démolit son serpent. 12 Voilà comme cette femme sut tromper son mari et Virgile.
13 Tout comme les femmes sont habiles à mal faire, les honnêtes femmes sont sages et avisées quand elles veulent faire leur salut.


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Ms 26 f. 136 v.La veuve et le soldat. (Ci 212)
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A gauche, une flamme rouge. C'est le feu que faisait la nuit une veuve inconsolable pour rester près du tombeau de son mari. On la voit assise sur un banc en conversation animée avec un jeune homme. Ce jeune homme est un garde qui devait veiller un pendu privé de sépulture. Or pendant qu'il consolait la veuve, les amis du pendu ont volé le cadavre et le garde craint pour sa vie. Mais la veuve lui offre de pendre le cadavre de son mari; elle-même l'estropie pour qu'il ressemble au condamné.
Ci 212 La matrone d'Ephèse. 1 Une femme pleurait la mort de son mari. 2 Elle fit du feu près de lui dans le cimetière et dit qu'elle ne le quitterait jamais. 3 Un jeune homme vint une nuit se réchauffer avec elle; en la quittant, il découvrit qu'on lui avait volé le corps du pendu qu'il devait garder parce qu'il avait des amis puissants. 4 Alors il revint dire à la veuve: "Hélas, je suis déshonoré; on m'a volé le pendu que je gardais." 5 Elle répondit: "Si tu veux m'épouser, nous pendrons mon mari à sa place. 6 Il accepta avec empressement. Ce fut elle-même qui le pendit, lui brisa deux dents et lui creva un oeil pour qu'il ressemble au pendu qu'on avait volé. 7 Alors elle dit au jeune homme: " Maintenant, tu vas m'épouser, car j'ai fait tout ce que tu désirais." 8 Il répondit: "Va te faire épouser par tous les habitants de l'enfer, car je puis penser que tu ferais la même chose de mon corps."
9 On peut comprendre ici combien dure l'amour d'une sotte femme. 10 Mais toutes ne sont pas de ce genre et l'un ne peut se moquer de l'autre. 11 Car il y a bien autant de sots hommes qu'il y a de sottes femmes. 12 Tous sont malades, car il n'y en a pas un dont la tripe ne traîne.
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Ms 26 f. 137 v.Fable du rossignol et de l'oiseleur. (Ci 213)
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Un rossignol offre à l'oiseleur qui l'a capturé (à gauche) de lui confier trois secrets de sagesse en échange de sa liberté. Marché conclu: l'oiseleur le laisse aller.
Mais le rossignol prétend qu'il cache entre ses ailes une pierre précieuse de la taille d'un oeuf d'autruche. L'oiseleur le poursuit et l'oiseau perché dans un arbre (à droite) lui reproche de ne pas profiter de ses trois secrets. Moralité inattendue: il est déraisonnable d'adorer les idoles.
Ci 213 Le rossignol et l'oiseleur. Fable. 1 Un homme captura un rossignol. 2 Le rossignol lui dit: " Assurément, cher ami, tu n'as pas beaucoup gagné à me prendre. 3 Mais en me relâchant, tu peux bien gagner; car si tu veux me relâcher, je t'enseignerai trois maximes de sagesse." Il accepta. 4 " Je t'enseigne qu'il ne faut pas te défaire d'une chose pour la regretter ensuite. 5 Je t'enseigne qu'il ne faut pas chercher à atteindre une chose impossible. 6 Je t'enseigne qu'il ne faut pas croire une chose contraire à la raison." Il le laissa donc aller.
7 Le rossignol lui dit alors: "Eh! que tu as été sot de me laisser partir! 8 Car j'ai entre mes deux petites ailes une pierre précieuse aussi grosse qu'un oeuf d'autruche: Tu en aurais été riche à perpétuité."
9 Quand le brave homme l'entendit ainsi parler, il se mit à lui courir après pour le reprendre. 10 Alors le rossignol lui dit: "Eh! malheureux, tu as bien oublié mes trois maximes de sagesse. 11 Je t'avais enseigné de ne pas chercher à atteindre une chose impossible; or tu veux m'attraper et tu n'y arriveras jamais. 13 je t'avais enseigné à ne pas croire une chose absurde: 14 Comment peux-tu croire que je pourrais cacher un oeuf d'autruche alors que je ne suis pas en tout aussi gros qu'une noix?"
15 Cette fable est racontée pour les païens qui croient des choses absurdes, car ils adorent leurs idoles qu'ils ont faites de leurs propres mains 16 et qui n'ont ni yeux, ni oreilles, ni bouche, ni mains, ni pieds, ni aucune sensibilité. 17 Mais il n'en est pas de même pour nos saintes images, car nous ne les faisons que pour nous souvenir de ceux qu'elles représentent et sous le nom de qui elles sont faites.
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Ms 26 f. 138 r. Fable des trois perroquets (Ci 214)
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La scène est en deux parties. A gauche un perroquet seul dans une cage répond à son maître qui l'interroge. Pas de trace du premier ni du second perroquet... Nous en serions donc au troisième retour? Mais à droite, le maître bat sa femme dont les mains demandent grâce, ce qui ne se produit qu'aux deux premiers retours. Cette histoire n'a visiblement pas inspiré notre peintre.
Ci 214 Fable des trois perroquets. 1 Il était un provençal qui avait trois perroquets et qui était amoureux de sa femme. 2 Il leur posa cette question: "O mes oiseaux, comment allez-vous?" 3 Le premier répondit: "Ma foi, seigneur, en notre chambre entra un homme que notre dame accueillit deshonnêtement." 4 Alors il battit sa femme et elle tua le perroquet. A son retour suivant, 5 "O mes oiseaux, comment allez-vous?" le second répondit: "Ma foi, seigneur, pour avoir dit la vérité notre frère est mort." 6 Il battit sa femme encore une fois et elle tua l'oiseau. Il revint encore et alla voir son oiseau: 7 "O mon oiseau, comment allez-vous? -Ma foi, seigneur, moi qui veux vivre en paix, j'entends, je vois et je me tais." 8 Le proverbe dit en effet: "Si on sait se taire de tout, on a la paix en tout." 9 Cependant on doit toujours blâmer le mal et faire l'éloge du bien: sinon on vit pratiquement sans charité.
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Ms 26 f. 138 v.Fable du roi des singes. (Ci 215)
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Le roi des singes (sans couronne) est assis à gauche. A droite un couple de singes semble embarrassé; peut-être le second retient-il le premier? Au centre le singe qui seul ose dire au roi ce qu'il en pense: qu'il a le cul tout pelé." Le roi a un geste de surprise.
Ci 215 Fable du roi des singes. 1 Bien des gens omettent de dire la vérité. 2 Un singe trouva que c'était une bien belle chose que d'être roi; comme il désirait l'être, il demanda l'avis de tous les singes de son pays. 3 Tout le monde était d'accord là-dessus sauf un seul, mais qui dit qu'il ne serait jamais d'accord. 4 Il lui demanda: "Pourquoi n'es-tu pas d'accord comme tous les autres? M'en crois-tu incapable?" 5 Il répondit: "Oh non! -Alors pourquoi? -Parce que vous avez le cul tout pelé. Mais comme tous les autres l'ont aussi, ils n'osent pas vous le dire."
6 Cela veut dire que certains renoncent à reprendre les autres de leurs défauts parce qu'ils en sont eux-mêmes atteints. 7 Un poète dit: "C'est une honte pour le donneur de leçons quand son reproche le condamne lui-même." 8 C'est à dire que personne ne peut pratiquer la correction fraternelle s'il est lui-même coupable de ce qu'il reproche aux autres. 9 Car comme on doit prendre plus de soin de soi que des autres, on doit se faire d'abord la leçon à soi.
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Ms 26 f. 139 r.Fable des grenouilles qui demandent un roi. (Ci 216)
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Jupiter vêtu en roi couronné vient de donner ses ordres à un serviteur à capuchon, qui introduit un gros brochet dans la mare. La surface de l'eau est comme toujours représentée en mode vertical.
Ci 216 Fable des grenouilles qui demandent un roi. 1 Les grenouilles demandèrent à Jupiter un roi. 2 Il fit jeter un morceau de bois dans leur eau; mais elles ne le prirent pas au sérieux et réclamèrent encore un roi. 3 Il leur donna ensuite un brochet qui les dévora toutes l'une après l'autre. 4 Cela signifie qu'il y a des gens qui n'apprécient pas un maître bon quand ils en ont un. 5 Ils finissent par en avoir un mauvais qui les dévore tous comme le brochet mangea les grenouilles.
6 Que celui qui a affaire à des méchants soit avec eux humble et bon. 7 Car la bonté peut adoucir la méchanceté de certains. 8 La meilleure défense, c'est de supporter avec douceur. 9 Douceur et l'humilité calment les gens et les chiens; 10 il n'y a pas de chien assez méchant pour attaquer un homme assis.
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Ms 26 f. 139 v.Un roi salue deux pauvres ermites. (Ci 217, 1-2)
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Les deux ermites sont à droite et parlent au roi qui les écoute avec respect. Derrière le roi un courtisan l'avertit, un autre commente. A droite, sans doute le cocher du char du roi...

Ci 217 Le dit des coffrets. 1 Un roi descendit respectueusement de son char en rencontrant deux ermites et il bavarda familièrement avec eux. 2 Ses courtisans lui en firent reproche: un roi n'avait pas à bavarder avec des gens de cette sorte. (à suivre)
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Ms 26 f. 140 r.Les quatre coffrets. (Ci 217, 3)
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Le roi (au centre) a donné à ses courtisans (de chaque côté de la peinture) le choix entre quatre coffrets, deux à couvercle d'or (à gauche, je crois) et deux à couvercle de bois blanc. La cour n'a d'yeux que pour les beaux couvercles d'or. Mais le roi annonce qu'il va faire ouvrir les coffres...
Ci 217 Le dit des coffrets (suite). 3 Le roi fit faire quatre coffrets, deux plaqués d'or et deux de pauvre bois. 4 Ceux qui étaient plaqués d'or, il les fit emplir de charogne puante et les deux autres de riches essences et parfums. 5 Alors il demanda à ses courtisans lesquels de ces quatre coffrets étaient les plus précieux. 6 Ils répondirent tous: "Ceux qui sont couverts d'or." -Je savais bien, dit le roi, que vous les préféreriez." 7 Il les fit alors ouvrir devant eux et on trouva les dorés pleins de puanteur et les autres pleins d'épices précieuses.
8 Alors le roi dit à sa cour: "Vous êtes bien des gens du monde, vous ne savez juger que sur l'extérieur. 9 Vous m'avez hier reproché d'avoir parlé à deux religieux. 10 Ils étaient couverts de pauvres habits, mais ils étaient remplis d'épices précieuses; 11 car le Saint-Esprit régnait en eux et par leur voix il m'enseignait à faire mon salut. 12 Et tout le temps que je passe avec vous, vous ne me recommandez que chasses, raffinements, plaisirs éphémères, vanités mondaines qui font du tort à mon âme et aux vôtres. 13 C'est ainsi que vous vous damnez avec moi et moi avec vous.
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Ms 26 f. 140 v.Le blaireau et le renard. (Ci 218)
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Le renard semble avoir commencé à se creuser un trou dans une butte de terre... Au centre on voit le trou noir d'où le blaireau s'enfuit parce qu'il a trouvé à l'entrée les crottes que le renard est venu y déposer afin de s'emparer de sa maison.
Ci 218 Le blaireau et le renard. 1 Quand le blaireau s'est fait un terrier avec bien de la peine, 2 Renart fait son ordure devant l'entrée. Le blaireau s'enfuit et Renart s'installe.
3 Quand nous sommes sans péché mortel, Dieu nous fait la gentillesse de demeurer avec nous. 4 Mais lorsque nous faisons un péché mortel, nous le jetons dehors et recevons le diable; 5 (Fâcheuse idée que nous avons là de loger un hôte qui souhaite notre mort!) 6 et nous chassons de nos coeurs celui qui a acheté si cher notre amour.
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Ms 26 f. 141 r.Courtoisie de l'épervier (Ci 219); Le lion et la souris (Ci 220)
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On voit à gauche, dans un arbre vert (et c'est pourtant l'hiver) un gros oiseau, l'épervier, qui tient un petit oiseau entre ses pieds pour se les réchauffer. Dans l'arbre suivant l'épervier vient de laisser partir le petit oiseau pour le récompenser du service rendu.
Le lion a l'air de guetter l'épervier dans son arbre; mais c'est une autre fable... et il faut bien regarder pour distinguer la souris entre les pattes du lion qui ne la libère que parce qu'il a trop d'estime de soi. Le texte ne parle pas de service rendu à son tour par la souris.
Ci 219 Courtoisie de l'épervier. 1 En hiver l'épervier garde toute la nuit un petit oiseau vivant entre ses pieds pour les réchauffer. 2 Et pour le remercier de ce service, si grande que soit sa faim, il ne le mange pas. 3 Il le laisse partir et va en prendre un autre pour son déjeuner. 4 Et en récompense de ce noble comportement, quand les oiseleurs portent des oiseaux de proie à vendre, ils sont protégés de toute mésaventure s'ils portent un épervier.
Ci 220 Le lion et la souris. 1 Un lion éveillé par une souris, s'il l'attrape ne la tue pas: ce ne serait pas digne de lui de faire du mal à si petite bête. 2 Les puissants de ce monde doivent s'abstenir de faire du tort à ceux sur qui ils ont pouvoir, à l'exemple de l'épervier et du lion.
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Ms 26 f. 141 v.Le serpent familier. (Ci 221)
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A gauche, le serpent "re-suce" le venin du doigt d'un garçon. Les débris de serpent qu'on voit sur le sol doivent être les restes du serpenteau coupable que sa mère a tué. Le maître de maison admire la réaction du serpent. Au centre, le même maître de maison fait une expérience: il a caché les oeufs du serpent (à ses pieds dans une corbeille): on voit le serpent cracher son venin dans le pot de la cuisine. A droite le serpent renverse le pot empoisonné quand, nous dit-on, on lui a rendu ses oeufs.
Ci 221 Le serpent familier. 1 Un riche personnage défendit à sa maisonnée de faire du mal à une mère-serpent qui habitait chez lui et il lui faisait donner à manger. 2 Elle conduisait ses serpenteaux derrière elle comme une poule sa couvée. 3 Un serpenteau mordit au doigt un enfant de la maison; aussitôt la mère tua son petit et suça le venin du doigt de l'enfant.
4 Elle pondit ensuite ses oeufs dans un fumier. Pour voir ce qu'elle ferait le maître de maison les fit enlever. 5 Aussitôt qu'on lui eut ôté ses oeufs, elle alla vomir son venin dans la marmite de la cuisine. 6 Et dès qu'on les lui eut rendus, elle alla renverser la marmite pour que personne ne soit empoisonné. 7 Le maître put ainsi établir que le serpent ne ferait pas de mal si on ne lui en faisait d'abord.
8 On peut en déduire que bien des gens sont moins dignes d'estime que le serpent, quand ils font du tort à ceux qui ne leur en ont jamais fait; il y a même des gens qui rendent le mal pour le bien. 9 On peut distinguer mauvais, plus mauvais, très mauvais: 10 Est mauvais celui qui rend le mal pour le mal; est plus mauvais celui qui sans motif fait du tort. 11 Est très mauvais celui qui rend le mal pour le bien. 12 Et dans ces trois degrés il y en a qui se font ainsi bien du tort. Puisse Dieu dans sa bonté leur permettre de s'en rendre compte.
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Ms 26 f. 142 r.Le chevalier au lion. (Ci 222)
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Au centre le chevalier tue le dragon qui étouffait un lion. La queue du dragon traîne encore sur le dos du lion et celui-ci paraît peu combatif. A droite le lion suit le chevalier, qui semble lui parler comme à son chien.
Ci 222 Le chevalier au lion. 1 Un chevalier tua un serpent qui se battait avec un lion. 2 Dès lors le lion passa toute sa vie au service du chevalier comme un bon chien avec son maître, 3 tant il lui avait de reconnaissance de l'avoir délivré du serpent. On l'appelait le chevalier au lion.
4 Moralité: Nous devons tous beaucoup de reconnaissance à Dieu, 5 qui nous a accordé tant de bienfaits que nous n'en savons le nombre, 6 quand nous voyons que ce lion (animal privé de raison) voulut consacrer toute sa vie au service du chevalier qui l'avait délivré du serpent.
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Ms 26 f. 142 v.L'idole qui devait garder le trésor. (Ci 223)
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A gauche, deux personnes dont la seconde confie son trésor à une idole. Au centre, un voleur emporte l'or dans un sac sur son dos. en menaçant de briser la tête à l'idole si elle le dénonce. A droite, le païen propriétaire interroge en vain l'idole.
Ci 223 L'idole gardienne d'un trésor. 1 Un païen confia son trésor à la garde d'une idole par la bouche de qui le diable parlait. 2 Des brigands volèrent le trésor et dirent à l'idole: "Si tu nous accuses, nous te briserons la tête." 3 Le païen demanda à l'idole qui avait volé son trésor. 4 L'idole lui répondit: "Ma foi, mon cher monsieur, quelle époque! Les gens ne sont plus ce qu'ils étaient et si je vous disais ce que je sais, on me briserait la tête: aussi je préfère me taire."
5 On peut comprendre que pour avoir dit la vérité plusieurs ont subi réellement le martyre; mais plus souvent on les martyrise par la langue et par l'intention. 6 Les gens de bien ne doivent pas pour autant renoncer à dire la vérité. 7 Car Dieu est vérité dans la bouche et dans le coeur de ses amis: 8 Il les délivrera des dangers éternels, mais pas des dangers temporels. 9 Car il permet que ses amis aient à souffrir en ce monde pour avoir plus grand mérite au ciel.
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Ms 26 f. 143 r.La lionne reconnaissante. (Ci 224)
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Un ermite parle à la lionne qui a apporté à ses pieds ses petits aveugles. A droite le même ermite parle à la même lionne qui lui a apporté ce qui semble être des peaux de moutons (avec les têtes). On peut remarquer que la lionne les tient entre ses pattes de devant, comme elle portait précédemment ses petits entre ses bras...
Ci 224 La lionne reconnaissante. 1 Une lionne apporta ses lionceaux devant un ermite parce qu'ils étaient aveugles. 2 Ils virent clair aussitôt que l'ermite leur eut donné sa bénédiction et la mère les remporta toute heureuse. 3 Elle vint rapporter à l'ermite les peaux des bêtes qu'elle mangeait, 4 pour le remercier (autant que Dieu lui permettait de comprendre) d'avoir donné la vue à ses lionceaux. Le saint homme les mit devant son lit.
5 Nous avons bien des raisons d'aimer Dieu qui a fait pour l'amour de nous tout ce qu'il a fait, quand une bête fait du bien à celui qui lui fait du bien.
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Ms 26 f. 143 v.Le chien échaudé. (Ci 225)
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Scène de gauche: Le cuisinier auprès de son feu, sur lequel chauffe un grand baquet, sur lequel chauffe un grand baquet, chasse le chien en lui jetant une louche d'eau chaude. Scène de droite: Auprès du même feu, le cuisinier tend au chien un morceau de viande, en vain, nous dit-on.
Ci 225 Le chien échaudé. 1 Un cuisinier jeta une pleine louche d'eau bouillante à un chien qui était entré dans sa cuisine. 2 Par la suite, bien que le chien fût un chien de la maison, il n'entra plus jamais de toute sa vie dans la cuisine. 3 On essayait parfois de l'y faire entrer en lui offrant de la viande cuite ou crue. 4 Rien n'y fit; jamais pour faire plaisir à quelqu'un, même s'il l'aimait bien, ni en public ni en secret il n'accepta d'y entrer.
5 Nous pouvons comprendre qu'à plus forte raison nous autres qui sommes supposés intelligents 6 nous devons nous garder de faire ce que nous savons qui déplaît sûrement à Dieu et que nous ne pouvons faire sans en subir un dommage de corps ou d'âme, 7 quand un chien se tenait si ferme à sa résolution parce qu'il y sentait son dommage.
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Ms 26 f. 144 r.La biche enivrée. (Ci 226)
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Trois personnages à table, dont le troisième tend à la biche une grande coupe en l'invitant à s'approcher. Mais la biche porte à la patte antérieure droite des attelles qu'on a dû lui mettre quand elle s'est cassé la patte en dansant dans son ivresse: ce souvenir lui fait détourner la tête.
Ci 226 La biche enivrée. 1 Voici une histoire du même genre: Un riche faisait boire du vin à une biche qu'il avait. 2 Quand elle en avait bu elle dansait et sautait, si bien que par ivresse elle se cassa une patte. 3 Quand elle fut guérie, on voulait lui faire boire du vin. 4 Mais jamais depuis, quelque prière qu'on lui fît, elle n'accepta de boire du vin, à cause du mal qu'elle en avait subi.
5 Nous pouvons comprendre par ces deux exemples que nous devrions nous garder soigneusement de retomber dans nos péchés 6 quand Dieu nous les a pardonnés dans le sacrement de confession. 7 Imitons ces deux bêtes qui se gardèrent si résolument de retomber dans une conduite qui leur avait amené des désagréments. 8 Cela ne nous fait pas honneur que les bêtes évitent mieux que nous ce qui leur a déjà nui.
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Ms 26 f. 144 v.Le choix des chemins. (Ci 227)
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Le personnage central parle aux deux passants. Il leur montre à droite un chemin montant et rocailleux, à gauche un chemin d'aspect plus facile. Les deux auditeurs semblent l'écouter docilement. On se demande d'ailleurs pourquoi il fallait ici deux auditeurs: c'est sans doute sous l'influence d'un autre exemple où "le sage suit le fou"...
Ci 227 Le choix des chemins. 1 Deux voyageurs dans un pays lointain demandent leur chemin. 2 Un brave homme pour les renseigner leur dit: "Il y a deux routes possibles, l'une à droite, l'autre à gauche. 3 Dans celle de gauche, il y a une lieue de bonne route, mais ensuite c'est fini: dans tout le reste du voyage, si long qu'il soit, il n'y en a plus de bonne. 4 Dans celle de droite il y a une lieue de mauvaise route, mais ensuite c'est fini: dans tout le reste du voyage, si long qu'il soit, il n'y en a plus de mauvaise."
5 Cela signifie que nous pouvons marcher vers la vie éternelle par deux voies, celle de droite ou celle de gauche. 6 La voie de gauche, c'est vivre en enfer sans mourir et mourir sans vivre et vivre et mourir tout ensemble pour l'éternité. 7 Mais elle comporte un petit bout de bon chemin, qui est vivre en ce monde selon la chair et satisfaire tous ses désirs, 8 en cherchant son plaisir, se vêtir avec élégance, rechercher honneurs, richesses et plaisirs passagers et vains qu'on peut trouver sur terre; 9 mais après la mort on a les souffrances éternelles comme on l'a déjà dit: c'est la voie de gauche, celle de l'enfer. 10 La voie de droite est celle de l'homme qui veut pour l'amour de Dieu éviter ce que l'Eglise défend, faire ce qu'elle commande 11 (c'est à dire observer les jeûnes commandés, sanctifier les fêtes, éviter le péché autant que possible et se confesser en cas de faute) 12 vivre donc dans l'obéissance de l'Eglise et distribuer aux pauvres son argent quand on en a plus que le nécessaire: c'est la voie de droite, celle du ciel. 13 Et après ce bout de chemin pénible si nous voulons le choisir, nous ne trouverons jamais rien qui nous soit pénible, mais nous aurons éternellement tous les biens que nous pourrons désirer.
14 Il faut donc être fou pour ne pas choisir cette voie de droite où il y a si grand profit et si peu de difficulté 15 qu'elle devrait être bien plus fréquentée que celle de gauche; en fait, elle l'est un peu moins, pour cette malheureuse lieue de bon chemin que l'on trouve tout de suite à gauche. 16 Cette voie de gauche d'ailleurs n'est pas si bonne qu'elle soit exempte de peines (que voulaient éviter ceux qui l'ont choisie) sans parler des difficultés et des remords de conscience. 17 Mais un fou n'a peur de rien jusqu'au moment où il est châtié.
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Ms 26 f. 145 v.Sobriété de saint Célestin. (Ci 228, 1-5)
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Saint Célestin, ermite auréolé assis sur un banc, refuse le poisson qu'un garçon lui présente dans une épuisette. A droite le saint homme vient secourir le même garçon qui, nous dit-on, était mordu par un poisson qu'il avait dérobé; mais je n'ai vu ni le poisson qui mord, ni en quoi consiste l'aide du saint.
Ci 228 Sobriété de saint Pierre Célestin. 1 Un homme riche envoyait deux poissons au frère Pierre de Mouron qui était alors ermite en Pouilles 2 (et depuis il fut pape et saint canonisé par l'Eglise et on l'appelle saint Célestin). 3 Mais il ne voulut pas les accepter et les renvoya au donateur. 4 Quand le commissionnaire voulut reprendre dans une fontaine l'un des deux poissons qu'il y avait caché dans l'intention de la voler, 5 le poisson lui saisit la main et le saint homme en l'entendant crier vint le délivrer et lui pardonna son péché.
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Ms 26 f. 146 r.Saint Célestin change le vin en eau. (Ci 228, 6)
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Le roi de Sicile apporte une écuelle de vin au pape attablé, mitre en tête et auréole. Le pape refuse ce vin. Le texte ne nous dit pas qui tient une conversation édifiante à la table de droite. Peut-être leur chapeau en fait-il des cardinaux?
Ci 228 Sobriété de saint Célestin (suite) 6 Quand ce saint homme fut pape, le roi de Sicile voulait lui faire boire du vin: il disait que c'était normal pour un pape. 7 Le saint homme répondit: "Si Notre-Seigneur le veut, j'en boirai." 8 Et aussitôt qu'il eut fait sa bénédiction sur le vin, tout comme Jésus aux noces de Cana changea l'eau en vin, 9 il changea alors le vin en eau à la prière du saint homme. Aussi on n'osa plus insister pour qu'il boive du vin.

10 Le chien échaudé et la biche enivrée dont on a parlé plus haut et ces deux miracles que Dieu fit pour saint Célestin nous enseignent à fuir toute gloutonnerie 11 car nul bien ne peut en venir, mais bien des malheurs en sont venus dans le passé et en adviennent encore tous les jours, 12 pour la honte et le dommage de ceux qui en sont coupables. Traité de FOLLE COINTISE ou de coquetterie.
Ci 229,1: Le Titre de Folle cointise est une branche du traité de Gloutonnie.
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Ms 26 f. 146 v.Exemple de Dina. (Ci 229)
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A gauche, quatre danseurs dont la dernière fille (la belle Dina probablement) est saisie par un homme d'armes. A droite, les frères de Dina, en chevaliers attaquent une ville (tour-porte) dont les défenseurs (triade-foule) leur lancent des grosses pierres.
Ci 229 Exemple de Dina. 2 On voit ici comment Dina, fille de Jacob, fut enlevée à cause de sa coquetterie à une fête où elle était allée. 3 Il y eut beaucoup de sang répandu entre ses frères et ceux qui l'avaient enlevée. 4 La coquetterie et la danse ont été cause de bien des malheurs et rien de bon ne peut en sortir. 5 Personne ne peut en dire de bien sans mentir.
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Ms 26 f. 147 r.Danse autour du veau d'or. (Ci 230)
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A gauche, quatre danseurs réunis par une corde, dont le dernier répond à Moïse. Moïse portant bonnet lève les tables de la loi pour les briser; il y en a déjà deux morceaux par terre. A droite le veau d'or sur un autel drapé.
Ci 230 Danse autour du veau d'or. 1 Les enfants d'Israël offensèrent Dieu gravement en adorant le veau d'or et en dansant devant lui. 2 Quand Moïse les vit ainsi pécher, il jeta par terre ses tables de pierre 3 sur lesquelles était inscrite la loi que Dieu lui avait donnée pour administrer le peuple d'Israël et lui apprendre l'obéissance à éviter ce qu'il défendait et à faire ce qu'il commandait.
4 Au dire de certains maîtres, il en brisa le tiers; mais ce fut une bonne affaire, car beaucoup d'entre nous ne sont même pas capables de pratiquer ce qui en est resté. 5 Pourtant elle était écrite sur la pierre pour montrer que Dieu n'entendait pas qu'elle soit corrigée ni oubliée ni violée sur aucun point. 6 Sur l'ordre de Dieu, ces gens qui s'étaient mis d'accord pour danser autour du veau d'or furent mis à mort et ils l'avaient bien mérité.
7 Nous pouvons en déduire que les danses sont nuisibles, car il en est advenu de grands malheurs; elles font oublier Dieu et pécher contre lui gravement.
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Ms 26 f. 147 v.Mieux vaut encore travailler le dimanche. (Ci 231)
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Un moine nous prie d'écouter un évêque (saint Augustin) qui fait une déclaration. Il semble retenir l'attention du premier personnage de la triade-foule qui comprend deux hommes portant une houe et une femme occupée à filer sa laine. A droite un groupe de quatre danseurs (y a-t-il une corde?) dont la première personne écoute saint Augustin.
Ci 231 Mieux vaut encore travailler le dimanche. 1 Saint Augustin dit que mieux vaudrait encore travailler la terre ou filer la laine un dimanche que danser. 2 Car si l'homme travaillait sa terre le dimanche, il ferait un péché mortel en violant la loi de sainte Eglise. 3 Et la femme si elle filait pécherait aussi. Mais leur péché produirait quelque bien. 4 Car l'homme ferait pousser des fèves ou d'autres grains; et la laine que filerait la femme serait utile. 5 Mais de danser ne peut venir aucun profit. 6 Or le péché qui sert à quelque chose est moins grave que celui qui ne sert à rien. 7 C'est pourquoi saint Augustin a raison de dire que le péché de danser est plus grave que celui de travailler aux fêtes et dimanches.
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Ms 26 f. 148 r.La soeur de saint Bernard. (Ci 232)
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Saint Bernard (auréolé) répond à un garçon qui lui annonçait la visite de sa soeur.
Au centre, le garçon va porter à une dame vêtue à la mode la réponse du saint abbé.
A droite, quand elle a changé d'habit, saint Bernard reçoit sa soeur.
Ci 232 Saint Bernard accueille sa soeur. 1 La soeur de saint Bernard alla lui rendre visite en grande toilette à Clairvaux dont il était abbé. 2 Il lui fit dire par un garçon qu'elle n'était pas sa soeur, mais plutôt un piège du diable, un filet à prendre les imbéciles. 3 Elle répondit au garçon: "Va dire à mon frère que, même si je suis un piège du diable, il vienne me voir sans crainte. J'ai l'intention de tant faire qu'il m'approuvera." 4 Aussitôt la pieuse dame coupa ses nattes et revêtit une tenue pauvre avant de se présenter devant son frère; il la félicita et lui conseilla de se faire religieuse. 5 C'est ce qu'elle fit; elle fut religieuse dans une abbaye et son mari moine dans une autre. 6 Elle devint la première abbesse de l'ordre de Citeaux 7 et cessa ainsi d'être un piège du diable.

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Ms 26 f. 148 v.Le couturier qui faisait danser. (Ci 233)
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Le couturier vêtu de brun est assis à l'intérieur d'une maison (amorces de voûte, tour-porte). Il tient de la main gauche le coin d'une étoffe et manie de la main droite de grands ciseaux de coupe. La dame vêtue élégamment (comme la soeur de saint Bernard) interroge le ménestrel (vêtu de noir) qui tient un tambour. Derrière lui deux couples de danseurs, chaque couple tenant un petit bout de corde.
Ci 233 Le couturier qui faisait danser. 1 Un couturier les dimanches et les jours de fête faisait danser la jeunesse. 2 Un jour qu'il travaillait à la robe d'une dame, celle-ci vit un diable qui faisait danser à sa place. 3 A cette vue, elle rentra chez elle où elle trouva le couturier qui cousait. 4 "Eh quoi, lui dit-elle, je crois que tu te moques de moi: Je viens de te voir là dehors et je te retrouve ici? Par où es-tu passé?" 5 Il répondit: "Je vous assure, madame, que je ne suis pas du tout sorti d'ici aujourd'hui." 6 Alors elle alla demander au musicien qui il était et pourquoi il faisait danser. 7 Il répondit: "Je suis un diable. Je ne voulais pas qu'on ne puisse pas danser faute de musicien. 8 Car c'est une des choses que nous aimons le mieux au monde et qui peut nous rapporter le plus. 9 En effet, la danse, c'est notre messe; le chanteur ou le musicien sont nos prêtres; 10 ceux qui portent ces beaux chapeaux de danse, ce sont nos clercs; et ceux qui n'ont pas de chapeau ne font pas mieux, 11 car tel n'en a pas qui voudrait en avoir et tout mauvais désir nous plaît. 12 Et ceux qui restent derrière et disent leurs prières tout bas ne font pas mieux non plus, 13 car ils font des réflexions peu convenables sur les danseurs et sur les spectateurs. 14 Comme on fait ainsi à la danse un certain nombre de péchés sans s'en rendre compte (et dont par conséquent on ne pensera pas à se corriger) c'est pour nous une raison de mieux aimer la danse; 15 car si la maladie est cachée et difficile à déceler, elle n'est pas pour cela moins dangereuse. 16 De plus les danses amènent des batailles, mauvais regards, mauvaises rencontres, toutes choses qui sont bonnes pour nous. 17 Dieu y est oublié et crucifié: car Dieu fut crucifié en croix et nous les faisons danser en croix: 18 Cela déplaît à Dieu, c'est pourquoi nous le faisons, plus d'ailleurs pour leur causer à eux du tort qu'à nous du profit." 19 A partir de ce jour, le couturier qui avait entendu ces paroles s'abstint de faire danser, et plusieurs autres comme lui dans cette ville. 20 Cela s'est passé à Calais sur la mer.
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Ms 26 f. 149 v.Les commissionnaires indélicats. (Ci 234,1-5)
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Un garçon et une fille assis sur un banc échangent les fruits qu'ils devaient remettre à leur seigneur. Le garçon se régale, mais je ne saurais dire s'il mange une poire ou des cerises. A droite, leur seigneur a un geste de protestation.
Ci 234 Les commissionnaires indélicats. 1 Un garçon et une fille portaient des poires et des cerises pour les offrir au seigneur de leur ville. 2 Ils se mirent d'accord pour échanger leurs cadeaux aux dépens du seigneur. 3 Cela signifie que nos coeurs sont les cadeaux que nous devons offrir à Dieu. 4 Quand deux jeunes gens s'aiment d'amour, ils se donnent les cadeaux qu'ils auraient dû offrir à Dieu. 5 Ils l'oublient souvent pour penser l'un à l'autre et Dieu n'y trouve pas sa part.
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Ms 26 f. 150 r.La servante indélicate (Ci 234, 6-14 )
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A gauche est couché dans un lit "un malade pourri", un lépreux. La maîtresse de maison (au centre: comparer avec le costume à la mode du folio 148 r. et v.) indignée de trouver ce malade dans son lit, bat la servante, qui demande grâce.
Ci 234 (suite) La servante indélicate. 6 Si une femme de chambre couchait un lépreux dans le lit de sa dame, sa dame aurait une bonne raison de la battre et corriger. 7 Comprenons que ceux qui par fol amour se reçoivent dans leur coeur, là où ils devraient recevoir Dieu, doivent craindre 8 que Dieu ne les en punisse et corrige au temps à venir. 9 Car la personne que nous aimons le mieux au fond de notre coeur et à qui nous pensons le plus, nous en faisons notre dieu. 10 Et tout comme on offre à son seigneur sa première récolte, 11 ainsi les jeunes gens doivent d'abord offrir leur coeur à Dieu 12 sans restriction ni gaspillage, si ce n'est qu'ils peuvent aimer les gens de bien pour l'amour de Dieu. 13 Nous devons haïr tout ce que Dieu déteste et aimer tout ce qu'il aime; il déteste les péchés et nous les interdit. 14 Et nous n'aimons pas Dieu si de toutes nos forces nous ne fuyons et haïssons les péchés en nous-mêmes et chez les autres.
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Ms 26 f. 150 v.Le cheval ne sait pas où on le mène. (Ci 235 )
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A gauche, un homme sur un cheval: c'est le cavalier, pas le cheval, qui sait où l'on va.
A droite, cinq personnes dansent, mais au dessus d'eux cinq diables savent où ils les mènent.
Ci 235 Le cheval ne sait pas où on le mène. 1 Quand un homme riche monte sur son cheval pour aller au marché, 2 il sait bien ce qu'il va chercher, mais son cheval ne le sait pas.
3 Ainsi bien des gens ne savent pas les dangers ni les grands dommages qu'on affronte en dansant; mais le diable qui les y mène et les en ramène le sait bien. 4 Car s'ils savaient aussi bien que le diable les maux et les périls qui en découlent ou peuvent en découler, il est possible que bien des jeunes gens qui vont danser s'en abstiendraient. 5 Car c'est un péché qui en entraîne tant d'autres qu'on a bien du mal à s'en confesser comme il faut quand on en a une longue habitude.
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Ms 26 f. 151 r.Les diables sur la traîne d'une coquette. ( Ci 236 )
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Saint Jérôme (auréolé) montre à son compagnon le diable installé sur la tête d'une femme (sans doute dans ses "cornes" de cheveux) et un autre diable assis sur sa traîne( sa "queue"). Ce dernier chavire quand la dame ramasse sa traîne pour passer un caniveau. La dame s'indigne de voir rire nos saints personnages et saint Jérôme lui dit pourquoi. A droite, une triade-foule semble admirer la toilette de la femme plutôt que voir la diablerie comme le dit le texte.
Ci 236 Les diables sur la traîne d'une coquette. 1 Saint Jérôme et un ermite virent une coquette qui avait un diable sur sa traîne et deux sur ses nattes. 2 Ils se mirent à rire parce que le diable était tombé dans la boue quand elle souleva sa traîne pour passer un ruisseau. 3 La coquette leur déclara que des gens comme eux ne devraient pas rire ni se moquer des autres. 4 Saint Jérôme lui répondit: "Nous rions, mais si vous voulez vous pouvez en tirer profit." 5 Il lui dit alors ce qu'ils avaient vu et ils firent voir à elle et à d'autres personnes les diables qu'elle portait. 6 Elle fit aussitôt couper sa traîne et ses nattes et passa toute sa vie sous la direction spirituelle de saint Jérôme. 7 Nous pouvons en déduire que la traîne et les nattes chez une femme ou chez un homme déplaisent à Dieu et plaisent aux diables. 8 Cependant la traîne que portent les prélats représente l'Eglise dont ils sont les chefs et qui nous est représentée en personnage féminin.
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Ms 26 f. 151 v.La béguine de Cambrai. (Ci 237)
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Au pied d'un arbre, le bagage que l'ex-béguine a déposé pour aller danser. Elle fait peut-être partie du groupe des quatre danseurs réunis par une corde. Mais on ne la reconnaît pas dans la femme sans bagage qui est reçue au béguinage (tour-porte).
Ci 237 La béguine de Cambrai. 1 Une béguine de Cambrai décida de ne pas renouveler son voeu de béguine 2 et s'en revint avec toutes ses affaires un certain dimanche dans sa ville natale. 3 Et sitôt qu'elle eut déchargé son bagage, elle se précipita à la danse comme une truie dans un champ de pois. 4 A la danse, on chantait la chanson suivante: "Celle qui m'a refusé Aura un jour besoin de moi. Elle ne me trouvera pas." 5 "Hélas, pensa la béguine en son coeur, cette chanson s'applique bien à moi! Dieu m'avait appelée pour être son amie et son épouse et je l'ai abandonné sans motif! 6 Il sera juste qu'il m'abandonne quand j'aurai besoin de lui à ma mort." 7 Aussitôt elle quitta la danse et regagna son béguinage et en repensant à cette chanson de danse, elle pleura longtemps de repentir. 8 Ainsi trouva-t-elle son profit dans ce qui fait du tort à d'autres.
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Ms 26 f. 152 r.La coquette de Rocamadour. (Ci 238)
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Une femme tient de la main droite les tresses de chevaux qu'elle vient de couper; sa main gauche exprime son regret. Cette même femme en prière devant une vierge à l'enfant dit qu'elle aurait mieux aimé perdre un oeil que ses tresses. A droite une triade-foule voit cette prière exaucée et admire le miracle.
Ci 238 La coquette de Rocamadour. 1 Une coquette ne pouvait entrer dans l'église de Notre-Dame de Rocamadour si elle ne coupait ses tresses. 2 Elle put y entrer quand sur le conseil des gens de cette église elle les eut coupées. 3 Et dans sa prière elle dit à Notre Dame: "Ah, très belle douce dame, pour l'amour de vous j'ai sacrifié mes cheveux. 4 Mais j'aurais aimé autant que vous acceptiez que je perde un oeil en gardant mes cheveux ." 5 A ces mots ses cheveux se rattachèrent à sa tête comme avant et elle perdit un oeil.
6 Notre Dame fit voir là combien les nattes lui déplaisaient; et cependant on n'en coupe pas souvent en son honneur. 7 Les femmes qui ne veulent pas quitter leurs tresses pour l'amour de Notre Dame montrent ainsi que le service du diable leur plaît davantage que le sien 8 puisque elles ne veulent pas la servir avec le plus beau de leurs membres, qui d'ailleurs leur cause des ennuis: car elles seraient bien plus à l'aise sans leurs tresses qu'avec elles. 9 Et elles en sont plus laides et plus malpropres, car "Tresses à femmes, c'est château à poux": il est aussi difficile de les en faire sortir que de débusquer un lièvre d'une forêt.
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Ms 26 f. 152 v.Ceux qui désirent être volés. (Ci 239)
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Deux brigands suivent un homme qui porte un gros sac (son trésor) sur l'épaule. Les larrons mettent la main sur le sac. A droite une dame élégante (v. f. 148 et 150r.) a l'air de faire admirer son corps.
Ci 239 Ceux qui désirent être volés. 1 Saint Grégoire dit: "Celui qui porte son trésor à découvert devant les voleurs, il a l'air de désirer se faire voler." 2 De même une femme semble espérer qu'on lui fasse des propositions malhonnêtes quand elle s'attife pour se faire remarquer. 3 "Quiconque veut garder chasteté, Qu'il vive avec sobriété, S'habille avec humilité." 4 Car nous ne devons désirer plaire ni craindre de déplaire à personne d'autre qu'à Dieu.
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Ms 26 f. 153 r.Les diables emportent la tête d'une mourante. (Ci 240)

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A gauche une mourante aux cheveux longs dit à son curé qu'elle voit des diables. "Dites-leur de s'en aller avec ce qui leur appartient." Dans le ciel on voit les diables emporter la tête de la femme. A droite, la femme sans tête sur son lit de mort.
Ci 240 Les diables emportent la tête d'une mourante. 1 Une mourante dit à son curé qu'elle voyait des diables. 2 Il répondit: "Dites-leur donc que s'ils trouvent sur vous quelque chose qui leur appartienne, ils le prennent." 3 Sitôt qu'elle leur eut dit cela, deux diables lui séparèrent la tête du corps avec ses tresses et l'emportèrent. 4 C'est pourquoi il lui fallut un cercueil plus court et elle n'eut pas besoin de coiffure.
5 Dieu fit voir là que les nattes lui déplaisent et qu'elles plaisent aux diables. 6 En effet, s'il avait voulu, il aurait pu faire à toutes les femmes deux cornes, comme aux chèvres. 7 Mais il leur a fait la tête toute ronde pour montrer qu'il les voulait parfaites en toutes choses, car "Rondeur signifie perfection." 8 En effet parmi ces femmes cornues avec leurs tresses,, on aurait du mal à en trouver une qui soit parfaite, mais on en trouverait assez qui soient parfaitement sottes. 9 Car ils seraient bien sots et sottes ceux qui sans rien connaître à la peinture 10 prétendraient améliorer, embellir le portrait qu'un bon peintre aurait fait: ils ne pourraient que le gâter. 11 Les femmes se montrent bien aussi sottes quand elles veulent améliorer ce que Dieu a fait en elles. 12 Elles ne font que s'enlaidir, car, pour parler franchement, elles sont plus disgracieuses. 13 Et c'est sur de telles coquetteries que l'on construit les sots mariages.
le Mariage
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Ms 26 f. 153 v.Départ du jeune Tobie. (Ci 243,1-2)
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La tour-porte représente la maison de Tobie. La mère de Tobie sort pour lui faire ses dernières recommandations. Le chien suit son maître qui écoute docilement les avis du guide. La petite scène de droite nous montre l'étape où Tobie et son guide trempent leurs pieds dans le fleuve. Je n'y vois pas de poisson, mais il se pourrait qu'on en parle...
Ci 241 Le départ du jeune Tobie. 1 Le jeune Tobie se rendait à la cité de Raguès conduit par un ange sous les traits d'un jeune homme. 2 Comme il se lavait les pieds dans une rivière, un poisson le prit par le pied.
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Ms 26 f. 154 r.Mariage de Tobie. (Ci 241 suite)
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Raguel reçoit le mariage de sa fille Sara avec Tobie. Le centre de la peinture semble occupé par le lit nuptial, sur le chevet duquel est posé un objet non identifié. A droite les jeunes époux sont agenouillés. Tobie se retourne pour jeter dans le feu les entrailles du poisson. Cette opération fait fuir (en l'air) le diable qui s'apprêtait à l'étrangler.
Ci 241 (suite) Mariage de Tobie. 3 Sur le conseil de l'ange, il prit le poisson. Avec le fiel de ce poisson il chassa plus tard les diables qui voulaient l'étrangler, la nuit de ses noces avec sa cousine germaine fille de son oncle Raguel.
4 Cette cousine avait eu sept maris qui furent tous étranglés par les diables la nuit de leurs noces parce qu'ils ne la prenaient que pour sa beauté. 5 Ils n'étranglèrent pas Tobie parce qu'il la prit sur le conseil de l'ange; mais ils s'enfuirent quand il mit sur le feu un peu de fiel du poisson comme l'ange lui avait dit.
6 Personne ne devrait prendre femme qu'à la façon de Tobie: 7 Car il ne la prit ni pour sa beauté, ni pour sa richesse, ni pour le plaisir, mais seulement pour avoir une descendance. 8 Si on se mariait dans ces conditions, tous les enfants qui naîtraient de ces mariages seraient quasiment des saints. 9 Mais les mauvaises raisons qui poussent certains à se marier font souvent le peu de valeur des pères; des mères et des enfants

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Ms 26 f. 154 v.Retour de Tobie. (Ci 242)
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Le guide fait encore des recommandations et Tobie l'écoute. Son chien le précède (de peu). La mère est sortie à leur rencontre. Derrière elle la tour-porte de sa maison.
A droite, l'intérieur de la maison, très sombre (parce que le père est aveugle?) Le guide prescrit toujours. Tobie guérit les yeux de son père en y appliquant le fiel du poisson.
Ci 242 Retour de Tobie. 1 Comme l'ange et le jeune Tobie revenaient de la cité de Raguès, 2 la femme du vieux Tobie les reconnut de loin en voyant trotter devant eux le chien qu'ils avaient emmené. 3 Alors Dieu par son ange rendit au vieux Tobie avec le fiel du poisson la vue qu'il avait perdue à cause de la fiente d'une hirondelle.
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Ms 26 f. 155 r.Diverses raisons de se faire moine, ou de se marier (Ci 243)
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Tour-porte élégante: c'est l'abbaye. Amorces de voûte, pilier, banc de pierre: c'est une salle de l'abbaye. Quatre moines débattent des raisons diverses pour lesquelles chacun est entré en religion. Nous sommes loin du mariage? Pas tellement, parce qu'on peut juger de la même façon les diverses raison de prendre femme.
Ci 243 Diverses raisons de se faire moine. 1 Quatre clercs entrèrent en religion. 2 Quand ils se retrouvèrent religieux, le plus sage demanda aux trois autres pourquoi ils y étaient entrés. 3 Le premier répondit: "A cause des bons lits qu'on a au dortoir de cette abbaye." 4 Le second répondit: "Pour avoir part aux richesses de cette abbaye." 5 Le troisième répondit: "Parce que les moines sont traités comme des nobles et je ne le suis pas: je voulais être honoré comme l'un d'eux." 6 Tous les trois demandèrent au quatrième pourquoi il était entré. 7 Il répondit: Pour l'amour de Dieu et pour être utile aux moines actuels et à ceux qui nous succéderont.
8 Ces quatre clercs représentent quatre sortes de gens qui se marient. 9 Car celui qui choisit une épouse pour sa beauté, pour sa richesse ou pour ses relations, 10 il entre en mariage comme les trois premiers clercs entrèrent en religion. 11 Mais celui qui entre en mariage pour l'amour de Dieu et pour avoir des enfants qui plaisent à Dieu, 12 il y entre comme le bon moine entre en religion. Et personne n'y devrait entrer autrement.
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Ms 26 f. 155 v.Les noces de Cana. (Ci 244)
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Peinture très symétrique dont Jésus est le centre. Son geste signifie, semble-t-il: "Portez-en au président du banquet." Les deux groupes de deux disciples admirent: c'est le premier miracle de Jésus. Marie, à gauche, s'occupe du service. A droite un serviteur emporte un pot. Mais pourquoi n'y a-t-il qu'un seul verre sur la table?
Ci 244 Les noces du Cana. 1 Jésus assista au mariage d'Archedéclin. 2 Ces noces furent doubles, car c'était celles de Jésus avec l'Eglise 3 qu'il avait épousée ce jour-là en